Publié par : Elisabeth Stoudmann | octobre 30, 2009

Mon disque du mois d’octobre: Les Triaboliques

LES TRIABOLIQUES Rivermudtwilight pochette

Cette fois vous allez dire que je radote…  Après Justin Adams et Juldeh Camara, après Tinariwen, c’est au tour des Triaboliques, un autre projet de Justin Adams, d’être mon disque de chevet en ce mois d’octobre où les nuits tombent trop vite. Mais je ne suis pas gâteuse car ce disque est tout simplement un OVNI musical conçu par trois ex-rockers reconvertis aux musiques du monde. Le premier Triabolique s’appelle Ben Mandelson. Il fut la tête pensante du groupe de proto-world 3 Mustaphas 3 et joua avec Billy Bragg. Le deuxième, Lu Edmonds, est un ex-punk devenu un sérieux amateur de musique turque. Et le troisième est donc notre ami Justin Adams, guitariste de Robert Plant, ami de Sinead O’Connor, de Lo’Jo ou de Tinariwen. Tous trois ont roulé leur bosse aux quatre coins de la planète en quête de la note bleue, des vibrations essentielles. Cet enregistrement se présente comme un voyage extraordinaire entre monde urbain et primal, un pont entre passé et futur. Les genres musicaux les plus authentiques (blues, musiques du désert et de l’Ouest africain, guajira cubaine …) sont malaxés dans ce chaudron de cordes où guitares électrique, hawaïenne, mandoline et banjo turc sont en perpétuelle ébullition. Une calebasse, un harmonica viennent parfois rehausser le tableau. Difficile de croire que trois personnes ait pu créer un tel aimant musical, aussi puissant qu’intense. J’allais oublier… La reprise mémorable du classique «Don’t Let Me be Misunderstood» fondue dans un traditionnel d’Europe de l’Est. Il faut l’entendre pour y croire…

Publié par : Elisabeth Stoudmann | octobre 27, 2009

Du sang sur les mains

Le rapper genevois Jonas et ses complices Cenzino et Eriah défendent avec virulence l’initiative populaire “Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre”  soumise au vote des Suisses  le 29 novembre 2009 . Et signent ce clip sanglant dénonçant le commerce – légal ou illégal – de la vente d’armes suisses à beaucoup (trop) de pays belligérants dans le monde. Au programme de ces mêmes votations, une autre initiative contre la construction de minarets sur le territoire helvétique!

Dans le mail qu’il ma adressé, Jonas  m’indique également la liste non exhaustive des exportations d’armes de ces cinquante dernières années. Pour un aussi petit pays que le nôtre c’est édifiant! Jugez plutôt et SURTOUT allez voter le 29 novembre prochain!

1953
Egypte: l’entreprise Suisse Pavtag confirme en mars 1953 d’avoir fourni 25 tonnes de Napalm à l’Egypte.

1960-74
Iran: plus de 20% du total des exportations d’armes vont au régime du Shah d’Iran.

1963
Afrique du Sud: le régime de l’Apartheid est le principal destinataire de matériel de guerre suisse, malgré qu’il soit soumis à un embargo sur les armes de l’ONU.

1964
Indonésie: la Suisse vent des avions militaires Pilatus à l’Indonésie, malgré que ce pays se trouve en conflit avec la Malaisie.

1964-68
Afrique du Sud: Oerlikon-Bührle exporte illégalement du matériel de guerre en Afrique du Sud en falsifiant les documents à l’exportation.

1964-68
Israël: Oerlikon-Bührle exporte illégalement du matériel de guerre en Israël en falsifiant les documents à l’exportation.

1965-73
Vietnam: La suisse livre du napalm, des avions Pilatus et des éléments de l’Agent Orange (défoliant à la dioxine) aux Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam.

1967-74
Turquie: pendant la guerre pour Chypre, Bührle fournit des fusées à la Turquie en passant par l’Allemagne.

1970
Grèce: Oerlikon Bührle fournit du matériel de guerre à la dictature militaire en 1970.

1971-79
Ouganda: le dictateur Idi Amin Dada obtient des avions Bravo fabriqués par la FFA à Altenrhein.

Années 1970
Chili,: le régime militaire du dictateur Pinochet reçoit des licences de production pour des chars Piranha de la Mowag et pour les fusils d’assaut de SIG.

Années 1970
Argentine : la dictature militaire emploie des blindés Mowag contre les étudiants et employés en grève.

1973
Chili: Lors du coup d’Etat qui a renversé le gouvernement démocratiquement élu d’Allende, les militaires ont utilisé des chars Mowag et des fusils d’assaut SIG.

1979
Ghana: Alors que les coups d’Etat des militaires contre le gouvernement se succèdent, Mowag fournit des chars de grenadiers.

Fin des années 1970- fin des années 1980
Lybie: Oerlikon-Bührle a fourni illégalement au colonel Kadhafi de la munition (Livraisons non définies, lieu de production non identifié, probablement extra-européen).

1980
Bolivie: l’armée prend le pouvoir avec un coup d’Etat en utilisant des chars de grenadiers de la Mowag.

1980
Chine: Des canons de défense antiaériens Oerlikon sont livrés à la Chine dans les années quatre-vingt. Peu après, la Chine produit elle-même ces canons.

Années 1980
Turquie contre Grèce: malgré la répétition des conflits de frontière, les deux pays sont massivement fournis en armes.

1982
Argentine: sous la dictature militaire, le pays obtient la licence pour la production des canons Oerlikon qui seront aussi utilisés lors de la guerre des Malouines.

Fin des années 1980
Angola: au cours de la guerre civile des PC-7 du MPLA sont utilisés contre la population civile.

1980-88
Lors de la première guerre du Golfe entre l’Irak et l’Iran, la Suisse a livré des armes aux deux pays. Cette guerre a provoqué environ un million de morts.

1980-88
Iran: Des chars de grenadiers du type Piranha sont livrés en Iran par l’intermédiaire de la compagnie chilienne Cardoen pendant la première guerre du Golfe.

1980-88
Irak/Iran: Lors de la première guerre du Golfe, l’entreprise suisse FCA Contractor procure les matières premières pour la production de gaz de combat en même temps à l’Iran et à l’Irak (livraison de 500 tonnes chacun de Thiodiglycol).

1980-88
Irak: pendant la première guerre du Golfe, SIG livre des fusils d’assaut à l’Irak en passant par Famae au Chili.

1980-88
Irak: Des mitrailleuses pour hélicoptères d’Oerlikon Bührle parviennent en Irak lors de la première guerre du Golfe via l’Espagne (CASA).

1980-88
Iran: durant la première guerre du Golfe, Oerlikon-Bührle livre des canons antiaériens et des systèmes de guidage à l’Iran à travers sa filiale italienne.

1980-1988
Irak: pendant la première guerre du Golfe, une entreprise suisse négocie la fourniture de plusieurs millions de mines destinées à l’Irak.

1982
Irak: des fusils de sniper de l’entreprise suisse SIG sont fabriqués sous licence en Autriche et livrés à l’Irak pendant la première guerre du Golfe.

1982
Liban: pendant la guerre civile la firme SIG livre à des milices belligérantes des fusils d’assaut suisses.

1987
Tchad: en automne 1987, des PC-7 armés bombardent un hôpital à Abéché, dans l’Est du Tchad.

1987
Chili: EMS-Patvag, la filiale de EMS Chemie (de M. Blocher), vend des licences pour la production de détonateurs à l’armée chilienne pendant la dictature.

1988
Irak:  La ville kurde Halabja dans le Nord de l’Irak est bombardée par des avions Pilatus des Forces aériennes irakiennes avec du gaz toxique, il y a plus que 5′000 morts.

1989
Guatemala: L’armée utilise des PC-7 contre les rebelles et la population civile, un avion est abattu.

1990
Arabie Saoudite: Exportations du matériel de guerre par Oerlikon-Bührle malgré les graves violations des droits humains.

Début des années 1990
Turquie: malgré le conflit au Kurdistan, Oerlikon livre des armes pour véhicules blindés.

1991
Biafra (Nigeria): Des avions de la Croix-Rouge sont abattus par des canons antiaériens suisses lors de la guerre civile.

1991-1994
Croatie: lors de la guerre de 1991-1994, la Suisse est l’un des principaux fournisseurs d’armes pour la Croatie. Beaucoup d’exportations ne figurent cependant pas dans les statistiques officielles.

1993
Philippines: malgré les continues violations des droits humains, la Suisse exporte des fusils d’assaut SIG au début des années quatre-vingt et des canons Oerlikon pour la marine de guerre.

1993
Birmanie: Des techniciens suisses aident lors d’exercices de tir avec des PC-7 armés. Ensuite l’armée birmane utilise ces avions contre la population civile.

1993
Nigeria: Pilatus vend des PC-7 à la dictature militaire qui vient d’annuler les élections démocratiques.

1993
Afrique du Sud: Le Conseil fédéral autorise l’exportation des avions Pilatus au régime de l’apartheid malgré l’embargo de l’ONU.

1993
Afrique du Sud : Un transfert de technologie pour des armes d’Oerlikon-Bührle a lieu avec le régime de l’apartheid malgré l’embargo de l’ONU (Resolution 418).

1993
Kurdistan: lors de la plus grande offensive militaire de l’armée turque contre les Kurdes, la Turquie est le principal client de l’industrie de l’armement suisse.

1993
Corée du Sud: Des PC-9 avec les ancrages pour les armes sont exportés en Corée du Sud bien que le pays soit toujours officiellement en guerre avec la Corée du Nord.

1994
Suisse: La Mowag invite Pinochet, le général tortionnaire chilien, à une visite privée en Thurgovie pour célébrer des décennies de fructueuse collaboration.

1994
Mexique, Chiapas: des avions Pilatus PC-7 bombardent et tirent sur des insurgés indigènes et des civils. Il y a des centaines de morts selon différentes sources.

1998
Pakistan: Les instances officielles suisses ont consciemment pris en compte de permettre la construction de la bombe nucléaire pakistanaise, qui a été testée la première fois en 1998.

2000
Irak: La RUAG livre des grenades à main à l’armée britannique pendant des années. « La meilleure grenade à main du monde » est utilisée en Irak.

2000
Jordanie: La RUAG concède des licences pour la production de canons de chars de 120mm à la Jordanie sans exiger des déclarations de non-réexportation.

2002
Irak: Le corps des Marines US commande 100′000 grenades de 60mm du type MAPAM. Il faut supposer que ces munitions de mortier sont utilisés en Irak.

2003
Irak: au début de la guerre, la Ruag fournit des pièces de missiles air-sol du type Maverick à l’armée de l’air étasunienne.

2003
Irak: au cours de la troisième guerre du Golfe, Derendinger, filiale genevoise de RUAG, livre des pièces de F/A-18 aux Etats-Unis, le principal agresseur de l’Irak.

2004
Botswana: Ce pays était le deuxième plus grand importateur d’armement suisse en 2004. L’espérance de vie y est d’environ 33 ans.

2004/05
Irak / Afghanistan: Des armes de petit calibre, officiellement détruites en Bosnie-Herzégovine, parviennent en Irak et en Afghanistan à l’aide de marchands suisses.

2006
Tchad: Des Pilatus PC-9 armés bombardent des camps de déplacés dans la région du Darfour en guerre, au Soudan.

2007
Afghanistan: L’armée roumaine achète des chars Piranha de la Mowag pour les utiliser en Afghanistan en 2007.

2008
Pakistan: avec des achats pour 110 millions de Frs, ce pays était le plus grand importateur d’armement suisse en 2008.

2008
Israël: la Suisse a exporté pour 1,8 millions de Francs de matériel de guerre vers Israël. Elbit, la deuxième industrie d’armement israélienne développe et teste des tourelles de tir sur les blindés Piranha de Mowag.

2008
Chine: Le président du conseil d’administration de Pilatus, Oskar Schwenk, confirme qu’il négocie des exportations d’avions militaires avec Chine.

2008
Corée du Sud: Malgré l’état de guerre officiellement en vigueur, la Suisse livre des armes à la Corée du Sud.

2008
Suisse: année record pour les exportations de matériel de guerre avec 772 millions de francs (0.33% du total des exportations).

2009
Suisse: La RUAG est le plus grand fabricant européen de munition d’armes de petit calibre en 2009.

2009
Arabie Saoudite: Malgré des violations de droits de l’homme graves et systématiques, des fusils d’assaut sont exportés en Arabie Saoudite.

Publié par : Elisabeth Stoudmann | octobre 23, 2009

A propos de LA musique africaine

Il y a quelque temps, j’ai eu une grande discussion téléphonique avec le manager d’un artiste suisse dont je tairais le nom. Le dit manager était aussi un grand fan et producteur de musiques africaines et antillaises. il me reprochait, ainsi qu’à la plupart de mes confrères journalistes mon élitisme musical, arguant que la musique africaine dont on parle en Europe – Ali Farka Touré, Rokia Traoré… – n’était pas le fait d’artistes représentatifs de leur pays ou de leur continent puisque “se vendant” mal au pays. Et pourquoi donc ne parlait-on jamais de la musique populaire africaine: le kuduro en Angola, le rap ou Koffi Olomide qui remplit chaque année le stade de Bercy, Meiway et tous les autres que j’oublie…

Ce à quoi je rétorquais que le stade de Bercy était rempli de Congolais quand Koffi Olomidé s’y produit. Les goûts ne sont pas les mêmes et ce qui plaît aux uns, ne plaît pas aux autres. Mais surtout, le critère de popularité ne peut être retenu comme le seul critère d’intérêt pour un journaliste. Pour preuve tous les compositeurs de musique classique et tous les peintres qui n’eurent aucun succès de leur vivant et furent encensés après leur mort. Cela dit, se pencher sur les grands courants musicaux, parfois passionnants et foisonnants comme le kuduro, peut être très intéressant, d’un point de vue social comme artistique. Mais que dire sur le zouk mutant du Cap Vert qui fait se remplir les pistes de danse des discothèques, mais qui nous laisse de marbre.

Pourquoi parler de l’un et pas de l’autre. Après avoir retourné la question dans tous les sens, j’ai résolu le problème par un parti pris entièrement subjectif: je ne parle et n’écris que sur des musiques qui me touchent, des musiques dont j’ai envie de me faire la “passeuse” parce que j’ai été séduite par les valeurs ou l’énergie qu’elles véhiculent. Inutile de “ghettoïser” la world music là-dedans, car c’est un a priori que j’ai toujours appliqué à toutes les musiques qu’elles soient américaines, congolaises ou françaises. Sans aucune prétention.

En fait, le terme même de world music ou de musique du monde (comme celui de black music d’ailleurs) m’énerve. Et là je rejoins mon interlocuteur qui affirmait que  la world music telle qu’elle existe depuis près de 30 ans est une nouvelle forme de néo-colonialisme. Mettre toutes les musiques (autres que nos musiques occidentales) dans un sac est évidemment incroyablement réducteur. On ne peut même pas parler d’une musique africaine ou asiatique, c’est comme si on parlait d’une musique américaine ou européenne sans tenir des comptes des spécificités de chaque région, tradition et de leur évolution. Mais notre esprit rationnel est ainsi fait qu’il a besoin de construire des petits ensembles qu’il va ensuite mettre dans un plus grand ensemble, puis dans un grand tout. On a dû faire trop de géométrie à l’école! Et on arrive ainsi à des généralisations aberrantes sur LA musique africaine! Encore un cliché au même titre que ceux véhiculés sur l’Afrique qui se meurt, l’Afrique rongée par le SIDA, l’Afrique diabolisée… A voir et à écouter à ce propos l’excellente conférence de l’écrivaine nigériane Chimananda Ngozi Adichie.

Pour en revenir à la musique, il est clair que dans beaucoup de pays d’Afrique, il y a deux marchés, celui tenu par les producteurs locaux qui font de la musique pour le marché local et celui tenu par les Blancs qui font des CDs pour l’international. Ce qui semble assez logique puisque les auditeurs locaux vont accorder beaucoup plus d’importance aux paroles qu’à la musique. Les Occidentaux par contre (qui ne comprennent pas les paroles) s’intéressent plus à la musique qu’aux paroles. Même Youssou N’Dour et toute la structure qu’il a mis en place au Sénégal peine à diffuser ses enregistrements sur le marché international. Il est probable qu’il faille encore une génération pour que les producteurs africains arrive à diffuser sur les deux fronts. C’est d’ailleurs au sein des musiques les plus urbaines, comme le label Sheer Music, producteur de  DJ Mujava, que certains commencent à faire leur chemin.

Reste que le graal pour les artistes d’Afrique de l’Ouest en tous cas (c’est ceux que je connais le mieux)  est de décrocher un contrat avec un producteur occidental. C’est la garantie de gagner de l’argent en vendant ses disques chers (comparativement au pouvoir d’achat africain) et sans supporter le fléau de la piraterie. C’est une ouverture aussi vers des tournées bien rémunérées. Et à terme un établissement en Europe. Certains s’intéressent aux arrangements, au travail de production. D’autres s’en fichent complètement.

L’essentiel reste pourtant que la musique, comme la littérature, circule et qu’on s’extirpe  enfin des clichés sur la musique africaine. Qu’on arrête de se poser des graves questions. Du genre: cette musique africaine est-elle suffisamment roots? Grâce à des DJ, des rappers, mais aussi grâce aux musiques savantes, traditionnelles ou populaires, les musiques africaines montrent qu’elles sont multi-formes, comme partout dans le reste du monde.

Ouf, me voilà rassurée. Je peux donc savourer tranquillement le génial coffret de rééditions “African pearls 5 ” consacré à la Côte d’Ivoire,  me délecter du pré-CD de Bako Dagnon, la grande griotte malienne et aller voir les dernières nouvelles du  sound system Radioclit sur leur myspace. En toute bonne conscience.

Publié par : Elisabeth Stoudmann | octobre 12, 2009

Tinariwen, le pas du chameau

Tinariwen 01©thomasdorn

Le grand groupe touareg, poursuit sa voie authentique, sans concession. En concert à Genève mercredi 14 octobre 2009.

(Cet article est initialement paru dans le numèro de septembre du magazine Vibrations)

Ils se battent pour du sable et des cailloux : voilà près de vingt ans que le peuple touareg, séparé arbitrairement par des frontières au moment de la décolonisation, se bat pour son unité, pour son identité aussi. De mouvement de rébellion en riffs de guitare, ce bout de désert-là continue de refuser de se taire. Du groupe de femmes, Tartit, aux rockers de Tinariwen, l’homme bleu sort de son désert et conquiert les scènes musicales du monde entier. Avec leurs guitares électriques, leurs chants murmurés, leur blues désossé, cachés dans leurs chèches, les musiciens de Tinariwen exercent une fascination digne de pop stars. L’histoire commença  à la fin des années 70. Deux chômeurs du nom d’Ibrahim et Intiyaden, en exil en Libye, découvrent la guitare, s’en emparent et se mettent à composer. Et sont bientôt rejoints par d’autres. Tinariwen est né. Pour la première fois des chansons touarègues expriment des sentiments – l’exil, la nostalgie. la vie quotidienne – au lieu des grands poèmes classiques de la culture touarègue. Bientôt les chansons se font plus militantes, plus politiques et les cassettes du groupe circulent discrètement dans tous les campements et villages touaregs. Parallèlement, un mouvement de rébellion revendiquant un statut d’autonomie, le droit à l’éducation et au développement, prend de plus en plus d’ampleur. Les frontières nationales arbitrairement tracées dans le désert au moment de la décolonisation, restent le problème majeur pour ce peuple écartelé sur plusieurs états. Tinariwen devient le chantre du mouvement. Sa renommée grandit, de Tombouctou à Tamanrasset.
En 2000, après une éclipse, le groupe renaît de ses cendres et démarre une carrière internationale grâce à une rencontre avec le groupe français Lo’jo. Aujourd’hui, les membres de Tinariwen oscillent entre tournées et vie de nomade dans le désert, Un grand écart entre deux mondes que tout oppose, salué aujourd’hui par la sortie d’un troisième album, «Imidiwan».

Une question de devoir

«Le choix d’enregistrer dans le désert a été fait pour avoir le son du désert, avec les parasites, le vent… Mais aussi pour retrouver notre inspiration dans un milieu naturel.» explique le charismatique Ibrahim, dans l’appartement parisien de l’un de ses amis. Ce grand bonhomme, faussement nonchalant, toujours un peu avec vous mais un peu ailleurs aussi, n’est pas franchement convaincu par l’exercice de l’interview. Il ne se sent d’ailleurs guère à sa place dans la capitale française, mais continue sa trajectoire de rock star malgré lui, par devoir envers sa communauté, son peuple.
Attirer coûte que coûte l’attention du plus grand nombre sur ce petit bout de désert, telle est désormais la mission de Tinariwen. Un petit bout de désert qui excite de plus en plus la convoitise des multinationales et des grandes puissances. Pétrole, uranium, soleil : sous le sable et les cailloux, toutes les énergies sont là, pour le plus grand malheur du peuple touareg… Un peu plus à l’Est dans le désert, la ville nigérienne d’Arlit est bien connue pour ses mines d’uranium à ciel ouvert exploitées sans grande considération pour la population locale. Dans la région de Kidal, la ville dont est originaire Tinariwen, de l’uranium a déjà été trouvé et des contrats établis avec une compagnie australienne… De quoi faire trembler «Il y a une énorme ignorance de ce qu’est l’uranium chez les touaregs. Beaucoup pensent que ce sont de simples cailloux. C’est cette partie de la population qui est utilisée pour l’exploitation des mines. Ceux qui connaissent les dangers de l’uranium ne sont pas consultés.» reprend Ibrahim.
Et même si Tinariwen ne parle pas explicitement de ces problèmes dans ses chansons, même s’ils ont désormais opté pour la poésie plutôt que pour le militantisme, ils continuent à jouer les ambassadeurs d’un peuple et d’une culture millénaire menacée. Leur souci de persévérer, d’intégrer des structures auxquelles ils ne comprennent rien, est une façon en soi de faire avancer leur cause. Comme le dit Justin Adams, arrangeur de leurs premiers albums, «Avec Tinariwen, c’est comme si j’avais découvert le centre, l’essence de toutes les musique africaines qui m’intéressaient jusque-là.  En plus, il y a leur engagement. Même sans comprendre un traître mot de tamashek, on peut sentir le sérieux de leur démarche. On pense évidemment à Bob Marley…».

Nostalgie et unité

Le nouvel album du groupe évite une fois encore les écueils dans lesquels d’autres seraient tombés: une production plus poussée, un « gros » son qui les propulserait au sommet des charts … Et l’on sent de suite que les treize chansons rassemblées ici ont été rodées au coin du feu. Tinariwen, groupe à géométrie variable par essence, a ouvert grand les portes de son studio mobile. Les femmes, avec leurs chants enjoués et leurs claquements de mains, viennent soutenir les sourdes complaintes d’Ibrahim, Hassan, Abdallah, Intidao … Certains «anciens » membres du groupe, sont aussi revenus. Ainsi Mohammed, dit Japonais, le temps d’un morceau, magnifique chanson sur les regrets, l’anxiété, le temps gâché. Ou Diara dont la guitare magique hante deux titres. Le rythme reste toujours réglé sur «le pas du chameau», mais les ambiances varient Selon les auteurs des morceaux. «C’est une question d’unité. Chacun des membres du groupe pourrait faire un album tout seul, Mais nous avons choisi d’être ensemble et chacun a sa place !»

Tinariwen, Imidiwan, AZ/Universal
Publié par : Elisabeth Stoudmann | octobre 1, 2009

à propos de ma future carrière au Bengladesh…

Il est de ces hasards qui font des rencontres, des petits instants de bonheur. Et qui me redonnent de la vigueur dans ma vocation de journaliste musicale (même si je suis toujours mal payée et que j’aligne les heures devant l’écran…).

Ma dernière en date fut l’interview de la chanteuse bengali Farida Parveen. J’avais prévu de présenter cette grande dame de la chanson soufie dans les pages du Courrier. Premier hic: mes délais rédactionnels m’empêchent de rencontrer la dame de visu. Me voilà donc partie pour une interview téléphonique, en communication directe avec l’hôtel Ibis de Roissy. Clairement moins dépaysant qu’un reportage au Bengladesh! Farida Parveen s’y était installée la veille en compagnie de ses musiciens pour une petite tournée européenne.

Dès le début, l’interview s’annonce périlleux, voire improbable. Farida Parveen parle très peu l’anglais. Et moi, bien évidemment, pas un seul mot de bengladeshi. Son agent, Pierre-Alain Baud, que je salue ici, se démène comme un beau diable pour que la communication passe. S’ensuit une longue conversation mélangée de bengali et franglais… Mais le courant passe et mes interlocuteurs téléphoniques sont aussi adorables que leur musique est magnifique. Du coup, inspirée, je ponds rapidement mon article pour le Courrier (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas). Sans que je sache pourquoi, l’équipe du Courrier décide de mettre à la “une” la photo de Farida Parveen pour annoncer mon papier dans les pages intérieures.

Du coup, ce matin mon téléphone sonne et j’ai le manager, ému, au bout du fil. Il me dit que les musiciens ont été tellement sidérés par l’article et par la place que Le Courrier a accordé à Farida Parveen qu’il souhaiteraient obtenir chacun un exemplaire du magazine. Il me dit encore qu’ils veulent le montrer à la télévision et à la radio au Bengladesh, voir le faire traduire. A mon tour d’être baba. En tous cas, s’il jamais ils le traduisent, j’aimerais bien recevoir une copie de ma prose en bengali! A défaut, vous pouvez télécharger le PDF de l’article en français ici: Le Courrier_Farida Parveen ou aller le lire sur le site du Courrier!

Ah! J’allais oublier, Le Courrier, le seul quotidien romand (voire francophone) qui a osé mettre une photo de Farida Parveen en couverture est un excellent quotidien indépendant, qui a toujours préféré compter sur ses lecteurs plutôt que sur d’aléatoires recettes publicitaires. Pour sûr, la meilleure façon de rester intègre. En ces temps de crise, le Courrier est plus que jamais à la recherche de nouveaux abonnés, voir de généreux donateurs. Cliquez ici si ça vous intéresse ou si vous êtes à la recherche de cadeaux de Noël intelligents!

Et surtout, si vous êtes du côté de la cité de Calvin, allez écoutez ce soir Farida Parveen et ses merveilleux musiciens à l’Alhambra de Genève.

Publié par : Elisabeth Stoudmann | septembre 19, 2009

Mon disque du mois de septembre: Tinariwen

Tinariwe_ImidiwanC’est clair, Je suis subjective. Depuis que j’ai entendu «The Radio Tisdas Sessions», le tout premier enregistrement de Tinariwen, j’ai craqué pour ce blues touareg, un peu bancal, décliné au rythme du pas du chameau. L’album avait été réalisé sur un coup de tête avec les moyens du bord dans la station de radio de Kidal, tout au nord du Mali. Pour ce quatrième album , après d’incessantes tournées internationales et une renommée qui ne cesse de croître, Tinariwen est revenu à la base. Un enregistrement dans un studio mobile au fin fond du désert avec Jean-Paul Romann, celui-là même qui avait réalisé leurs premières sessions. Les irréductibles défenseurs de l’identité tamasheq annoncent la couleur d’entrée avec un classique du répertoire, «Imidiwan», chanté et murmuré par la voix voilée du charismatique Ibrahim. Et puisque le groupe a le sens de la communauté, les auteurs varient au fil des morceaux imprimant des intonations légèrement différentes à leur blues du désert. Rodées au coin du feu, les treize chansons rassemblées ici affichent tour à tour nostalgie, puissance incantatoire, parfums de country, chants de gorges ou claquements de mains. Un album à la fois riche et épuré. Indispensable.

Tinariwen, «Imidiwan : Companions» Independiente/Universal.

Tinariqen sera en tournée en France et en Suisse au mois d’octobre dont Paris, l’Alhambra, le 5 octobre et à Genève, L’Usine, le 14 octobre. Tournée date par date sur leur myspace

Publié par : Elisabeth Stoudmann | septembre 11, 2009

Youssou N’Dour et Didier Awadi dénoncent

Youssou N’Dour n’est pas que le gentil musicien bien poli qu’on se plait à dépeindre en France. Il sait aussi dire quand “trop c’est trop”.  Et la goutte d’eau qui a fait déborder le vase (c’est le cas de le dire) furent les récentes inondations (voire dépêche AFP). Face à la passivité du président face à ce problème, face aux incessantes  interruptions d’électricité, face aux émeutes des jeunes qui ont actuellement lieu dans la banlieue de Dakar, Youssou N’Dour a retrouvé sa verve et a enregistré dans l’urgence une nouvelle version de «Ob-la-di, Ob-la-da» des Beatles. En wolof, ça donne «Leep Mo Lendem», qui signifie “Tout est dans l’obscurité». Un titre diffusé uniquement en radio et sur internet qui, on l’espère, devrait faire des vagues. Il a déjà suscité le montage photos-vidéo ci-dessous. Simple, mais efficace!

Didier Awadi y va aussi de sa chanson, en français dans le texte cette fois. Les images de cette vidéo-là n’ont plus rien à voir avec les habituelles cartes postales du Sénégal…

Publié par : Elisabeth Stoudmann | juillet 29, 2009

Souvenir, Souvenir…

Koko, un des membres inspirés du groupe congolais Staff Benda Bilili, feuillette Vibrations, lors de son passage début juillet au Festival des Temps Chauds dans la région de Bourg-en-Bresse. La classe!

© Florent de La Tullaye

© Florent de La Tullaye

Publié par : Elisabeth Stoudmann | juillet 26, 2009

Musiques maliennes au Pont des Artistes

Mali carte

Hier soir, Isabelle Dhordain faisait le tour des musiques maliennes dans son émission Le Pont des Artistes. Pour présenter Salif Keita, Oumou Sangaré, Rokia Traoré, Kassé Mady Diabaté, pour parler des griots, de l’empire mandingue …, elle a eu recours à une invitée très très spéciale: moi-même!

Chaque artiste malien s’entend également dans des sessions live réalisées spécialement pour le Pont des Artistes. Pour ceux que ça intéresse et qui auraient raté l’émission, vous pouvez encore l’écouter en ligne pendant une semaine sur le site de France Inter.

Bonne écoute!

Publié par : Elisabeth Stoudmann | juillet 15, 2009

Les autres festivals…

Staff Benda Bilili

Staff Benda Bilili

A côté des openair et autres mastodontes de l’été qui mélangent allègrement toutes les musiques à toutes les sauces, fleurissent de plus en plus de festival avec une démarche de proximité. Cet été, on a ainsi pu voir la révélation africaine de l’année, les joyeux Congolais de Staff Benda Bilili, dans la cour d’une ferme bressane à quelques kilomètres de Bourg-en-Bresse. Un moment de pur magie où les improvisations étourdissantes du jeune prodige Roger, sur sa guitare à une corde faite de bric et de broc, se mariaient judicieusement au groove de ses comparses handicapés, mais pas pour autant diminués. Quelques minutes plus tôt, un défilé de mode préparé par une association du coin permettait à des personnes défavorisées de se montrer sous leurs plus beaux atours. Un beau moment de fierté retrouvée! Les Temps Chauds de l’Ain existent depuis belle lurette, mais il est bon de saluer encore une fois leur travail.

Alemu Aga

Alemu Aga

Autre décor, autre ambiance: le MMM festival a pour ligne directrice la musique des montagnes des quatre coins du globe. De l’Ethiopie aux Monts Altaï en passant par l’altiplano bolivien, tout ce beau monde se retrouve dans un alpage du Valais accessible par télécabine ou à pied (1 h 30 depuis le village d’Anzère). Un expérience qui vaut sans doute qu’on s’y arrête. Et une Fête nationale de 1er août qui s’annonce très métissée. J’y serai en tous les cas et je vous raconterai, histoire de vous faire envie…

Il y a encore le festival de Martin Hess, bien connu pour avoir été le manager de Stefan Eicher. Désormais passionné de musiques africaines, il organise chaque année dans le paradis fiscal d’Obwald des rencontres entre musiciens folkloriques suisses et africains. Le premier week-end de juillet, c’est donc le Culture Musical Club de Zanzibar qui a débarqué au fin fond de la Suisse profonde… Décidément il n’y a qu’en Helvétie que ce genre de choses est possible… Jugez par vous-même de cette rencontre improbable entre jodlers et Bi Kidule, la doyenne de 95 ans de Zanzibar en cliquant sur lien du festival: Volkskulturfest. Vous y découvrirez une vidéo incroyable (mais en allemand) à déguster à l’heure de l’apéro…


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