Akim El Sikameya: « Je n’ai jamais aimé les eaux qui stagnent »

février 9, 2010 at 8:42 | In Musique, interview | Leave a Comment
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L’Oranais Akim El Sikameya réinsuffle  la vie à la musique arabo-andalouse de ses origines. Il fera escale à Genève le 18 février en compagnie de son amie espagnole Mara Aranda. Interview.

Toujours en mouvement, Akim El Sikameya explose de créativité sur son troisième album réalisé en compagnie de Philippe Eidel. Le chanteur et violoniste y fait monter et descendre sa voix de contre-ténor dans un tourbillon de musiques dansantes et profondes. Introducing est bien plus qu’une introduction, c’est une séance d’initiation à une musique acoustique puissante et fédératrice. Attablé à une petite table du Café du Train Bleu, à la Gare de Lyon, Akim El Sikameya s’en explique, de sa voix si particulière, qui accroche immédiatement.

Né à Oran d’un père procureur, entouré de grands frères carriéristes, qu’est-ce qui vous a poussé à étudier la musique arabo-andalouse dès l’âge de huit ans?

Akim El Sikameya Mon père était mélomane, issu d’une famille de musiciens. Mes parents étaient originaires de Tlemcen, une ville arabo-andalouse qui a, comme Constantine ou Fez, accueilli les Musulmans expulsés d’Espagne en 1492. J’ai toujours aimé la musique arabo-andalouse, mais après l’avoir étudiée assis en costard-cravate pendant de nombreuses années dans une école réputée d’Oran, j’en ai eu marre. J’avais envie d’autre chose, j’avais envie de la démocratiser. J’ai lancé mon premier groupe El Meya en 1990. J’y ai tout de suite introduit un piano parce que j’avais envie d’innover. Ce qui était une hérésie pour les puristes. Mon école m’a d’ailleurs fait passer en conseil de discipline. Je cherche toujours à me projeter plus loin. Je n’ai jamais aimé les eaux qui stagnent.

Quand on pense à Oran dans les années 80, on pense au raï. N’avez-vous jamais été tenté d’en faire ?

Akim El Sikameya J’adorais le raï. Mon idole était Cheb Hasni. Mais je ne pouvais pas chanter le raï de Cheb Khaled ou de Cheb Mami parce qu’ils avaient des textes trop directs, trop crus. C’était trop vulgaire pour quelqu’un comme moi, abreuvé aux valeurs de l’amour courtois. Cela dit, la musique arabo-andalouse est d’essence métisse. Elle a reçu l’influence des Perses, des Grecs, des Berbères ; elle est juive, chrétienne et musulmane. Avec El Meya, on jouait du raï, mais du raï traditionnel, le raï des anciens ! On jouait également le répertoire marocain.

Vous arrivez en France en 1994. Comment vous relancez-vous dans la musique ?

Akim El Sikameya Deux de mes grands frères, mes aînés de 25 ans, furent condamnés à mort par le FIS et s’enfuirent. C’était l’époque ou le FIS ciblait tous les intellectuels. Dès que j’ai eu fini mes études, je les ai suivis. Je suis arrivé à Marseille. Au début j’avais juste un visa d’un mois pour un atelier culturel. J’ai dû ensuite entamer un parcours de combattant pour régulariser ma situation. J’ai été beaucoup aidé par le réseau de solidarité en faveur des Algériens. J’ai fait un master en management, puis j’ai cherché du boulot. À Marseille, j’ai retrouvé deux des musiciens de El Meya et l’on s’est mis à tourner dans le milieu associatif. C’est ce qui m’a permis de subsister. J’ai toujours été actif dans le milieu associatif. Aujourd’hui, je fais des ateliers de chant arabo-andalou pour des jeunes ados du 11e et du 20e. Cela me permet aussi de faire passer le message de tolérance et de paix contenu dans cette musique. Je serai toujours contre le fanatisme sous toutes ses formes.

Sur ce nouvel album, Introducing, on vous sent libéré…

Akim El Sikameya Pour la première fois, j’ai écrit tous les textes moi-même. Ce sont toujours des textes très imagés. Ils ont parfois plusieurs niveaux de lecture, comme « Le Sultan Tyran », une fable à la fois politique et érotique. Il y a toute une tradition de la littérature arabe érotique à laquelle je souscris. Sur ce disque, je me suis affirmé. Je me suis même fait rattraper par le raï puisque j’utilise tout le panel de ma voix, des graves aux aigus alors qu’avant je n’étais que dans les hauts.

Cette interview a initialement été publiée dans le magazine Vibrations.

À écouter:

Akim El Sikameya, Introducing (World Music Network/Harmonia Mundi)

En concert avec Mara Aranda à:

Plan-Les-Ouates (Genève), la Julienne, jeudi 18 février, 20 h.

Billets: achat en ligne ici

Site internet:

www.akimelsikameya.com

Mon disque du mois de janvier: Bako Dagnon

janvier 31, 2010 at 9:23 | In Musique, le disque du mois | Leave a Comment
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Trève de plaisanterie. Il est temps de s’y remettre. A alimenter ce blog, je veux dire… Ce n’est pas parce que je croule sous le travail, qu’il fait moins 5°C dehors et que je me laisserais bien aller à une soirée » séries TV » qu’il faut se laisser aller. En plus c’est le 30 janvier et je n’ai toujours pas élu mon disque du mois. In extremis donc, mais depuis longtemps dans ma platine. la belle, l’unique Bako Dagnon.

Bako Dagnon est sans doute une des plus grandes chanteuses maliennes, une « griotte» unanimement respectée dans sa communauté. En 2003, elle accepte de participer à l’enregistrement du CD «Mandekalou», vaste fresque en hommage à la culture mandingue. À près de 60 ans, c’est son premier pas vers une carrière internationale. Suivra «Titati», premier opus solo, salué par la critique. «Sidiba», son dernier-né, va plus loin.

Épaulée par Jean Lamoot qui officia sur «M’bemba» (l’avant-dernier opus acoustique de Salif Keita),  Bako Dagnon démontre son intelligence musicale. Sa maîtrise vocale, son enracinement dans la culture mandingue, font que son style est reconnaissable dès les premières notes. Tout en subtilité. Les guitares acoustiques ou électriques, les percussions feutrées, les solos d’instruments à cordes traditionnels: tout concourt à donner un écrin toujours plus fin à cette voix décidément unique. Expérimentée, Bako Dagnon évite toutes les stridences dont certaines « griottes » font preuve. Celle qui fut connue et unanimement respectée pour sa voix claire et juvénile au pays, axe désormais sa carrière internationale autour d’une voix plus grave posée, la voix de la maturité. Thèmes classiques, ode aux guides de la révolution, ou chansons pour les femmes: les onze morceaux de «Sidiba» dégagent une force puissante, chaleureuse que l’on sent construite sur son lot de douleur. «Fadeen», longue incantation à peine rehaussée de quelques arpèges et percussions, bouleverse. D’une vie difficile, Bako Dagnon a su extraire le meilleur pour son art. «Sidiba» en fait une démonstration étincelante.

Bako Dagnon, «Sidiba», (Discograph)

2010

janvier 5, 2010 at 8:53 | In Général | Leave a Comment

Photo de Florent de la Tullaye de la Belle Kinoise.

Bye bye Lhasa

janvier 4, 2010 at 10:12 | In Musique | Leave a Comment
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Lhasa chantait « I used to say, I am ready. Show me the way, I am ready… » Lhasa est décédée d’un cancer dans la nuit du réveillon 2010. Elle se savait déjà condamnée lorsqu’elle enregistra son dernier disque, paru il y a quelques mois. A la fois  sombres et lumineuses, ces chansons renvoyaient aussi bien aux derniers enregistrements de Johnny Cash (« American III: Solitary Man ») qu’à des comptines d’enfant. Lhasa touchait, en plein cœur. Lhasa est morte et c’est vraiment une bien triste façon de commencer l’année. Grâce à elle, grâce à son premier et magnifique «La Llorona», amateurs de rock, de folk et même de rap ont découvert les musiques du monde. Grâce à elle, l’ouverture d’esprit, la sensibilité et l’intelligence musicale ont su se faire entendre auprès d’un large public. Lhasa était mexicaine, américaine, mais avant tout citoyenne du monde. Sa voix fragile, cristalline et grave séduisait aux quatre coins du monde. Elle est morte et il ne restera d’elle que quelques images filmées et trois disques, qu’on ne peut que recommender d’écouter et de réécouter.

Mon disque des mois de novembre et décembre: Abaji

décembre 21, 2009 at 10:53 | In Musique, le disque du mois | Leave a Comment
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Je m’étais bien jurée de ne pas me faire prendre par le stress d’avant Noël. Résultat: plusieurs semaines que j’ignore mon blog et que je n’ai même pas réussi à assurer le service minimum, à savoir partager mon disque du mois dans ces pages! Je me rattrape avec un disque qui peut s’écouter un mois, deux mois ou toute une vie…  Son auteur, Abaji est un musicien greco-turco-arménien qui grandit au Liban avant de s’installer à Paris lorsque la guerre du Liban éclate.  «Origine Orients» est son cinquième opus sous son nom. Un musicien que les critiques américains, toujours friands d’étiquettes qualifient de «derwiche du Mississipi» de «Dylan chantant en arabe». Voilà plus de trente ans qu’Abaji s’abreuve aux sources de ses deux passions musicales: le blues et les musiques orientales. Pour cet enregistrement solo, Abaji a toutefois opéré de façon radicale. Il est aller s’enfermer en studio, seul, pendant 48 heures. Percussions attachées aux pieds, guitares et flûtes des quatre coins du monde à portée de main, il s’est laissé porter par son inspiration du moment pour enregistrer plus de 40 morceaux. Un exercice qui nécessite pas mal de concentration, de contrôle et d’écoute de soi, de feeeling. Toute chose qu’Abaji possède. Les quatorze pièces de ce voyage intérieur finalement retenues sur «Origine Orients» en font une démonstration éclatante. Abaji a mis son talent au service de son émotion, d’une mise à nu. Sa voix, souvent dans les graves (mais capable de monter très haut aussi), chante en cinq langues et évoque  un univers intérieur foisonnant. Un blues mutant et universel qui frappe en plein cœur. Abaji est en concert à Paris ce soir et demain soir. A ne pas rater pour ceux qui sont sur place. Quant aux autres, ils peuvent visionner ci-après la vidéo de « Desert To Desert » prise pendant l’enregistrement de son disque.

En concert avec Nawal Raad (danses d’Orient)  à Paris, Théâtre de la Reine Blanche (2 bis, passage Ruelle, 75018 Paris), lundi 21 et mardi 22 décembre à 21 h.

Abaji, «Origine Orients» (Dist F: Harmonia Mundi. Dist CH: Disques Office)


Interview de Tony Allen

novembre 14, 2009 at 10:56 | In Musique, interview | 2 Comments
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J’ai rencontré Tony Allen, un des pères de l’afrobeat à Paris à l’occasion de la sortie de son nouvel album «Secret Agent». Je l’ai revu au Festival Factory en octobre. Un concert dont le final fut mémorable : une longue jam avec le virtuose des claviers RV (Hervé Salters) et son combo rock-funk-jazz General Elektriks. Un moment d’anthologie qui n’existe pas sur le net pour l’instant. En attendant, voici une autre vidéo live de Tony Allen et mon interview réalisée pour Radio Paradiso, écoutable ici. Il y parle de son nouvel album, mais aussi de sa vision actuelle du Nigéria, de son approche musicale. Il se remémore également ses débuts avec Fela ainsi que comment l’afrobeat fut créé! Bonne écoute.

A signaler encore son concert en Suisse. Ce sera le 28 novembre au Temple du Bas de Neuchâtel.

Mon disque du mois d’octobre: Les Triaboliques

octobre 30, 2009 at 10:37 | In Musique, le disque du mois | 2 Comments
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LES TRIABOLIQUES Rivermudtwilight pochette

Cette fois vous allez dire que je radote…  Après Justin Adams et Juldeh Camara, après Tinariwen, c’est au tour des Triaboliques, un autre projet de Justin Adams, d’être mon disque de chevet en ce mois d’octobre où les nuits tombent trop vite. Mais je ne suis pas gâteuse car ce disque est tout simplement un OVNI musical conçu par trois ex-rockers reconvertis aux musiques du monde. Le premier Triabolique s’appelle Ben Mandelson. Il fut la tête pensante du groupe de proto-world 3 Mustaphas 3 et joua avec Billy Bragg. Le deuxième, Lu Edmonds, est un ex-punk devenu un sérieux amateur de musique turque. Et le troisième est donc notre ami Justin Adams, guitariste de Robert Plant, ami de Sinead O’Connor, de Lo’Jo ou de Tinariwen. Tous trois ont roulé leur bosse aux quatre coins de la planète en quête de la note bleue, des vibrations essentielles. Cet enregistrement se présente comme un voyage extraordinaire entre monde urbain et primal, un pont entre passé et futur. Les genres musicaux les plus authentiques (blues, musiques du désert et de l’Ouest africain, guajira cubaine …) sont malaxés dans ce chaudron de cordes où guitares électrique, hawaïenne, mandoline et banjo turc sont en perpétuelle ébullition. Une calebasse, un harmonica viennent parfois rehausser le tableau. Difficile de croire que trois personnes ait pu créer un tel aimant musical, aussi puissant qu’intense. J’allais oublier… La reprise mémorable du classique «Don’t Let Me be Misunderstood» fondue dans un traditionnel d’Europe de l’Est. Il faut l’entendre pour y croire…

Du sang sur les mains

octobre 27, 2009 at 1:41 | In Billets d'humeur, Général, Musique | 2 Comments
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Le rapper genevois Jonas et ses complices Cenzino et Eriah défendent avec virulence l’initiative populaire « Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre »  soumise au vote des Suisses  le 29 novembre 2009 . Et signent ce clip sanglant dénonçant le commerce – légal ou illégal – de la vente d’armes suisses à beaucoup (trop) de pays belligérants dans le monde. Au programme de ces mêmes votations, une autre initiative contre la construction de minarets sur le territoire helvétique!

Dans le mail qu’il ma adressé, Jonas  m’indique également la liste non exhaustive des exportations d’armes de ces cinquante dernières années. Pour un aussi petit pays que le nôtre c’est édifiant! Jugez plutôt et SURTOUT allez voter le 29 novembre prochain!

1953
Egypte: l’entreprise Suisse Pavtag confirme en mars 1953 d’avoir fourni 25 tonnes de Napalm à l’Egypte.

1960-74
Iran: plus de 20% du total des exportations d’armes vont au régime du Shah d’Iran.

1963
Afrique du Sud: le régime de l’Apartheid est le principal destinataire de matériel de guerre suisse, malgré qu’il soit soumis à un embargo sur les armes de l’ONU.

1964
Indonésie: la Suisse vent des avions militaires Pilatus à l’Indonésie, malgré que ce pays se trouve en conflit avec la Malaisie.

1964-68
Afrique du Sud: Oerlikon-Bührle exporte illégalement du matériel de guerre en Afrique du Sud en falsifiant les documents à l’exportation.

1964-68
Israël: Oerlikon-Bührle exporte illégalement du matériel de guerre en Israël en falsifiant les documents à l’exportation.

1965-73
Vietnam: La suisse livre du napalm, des avions Pilatus et des éléments de l’Agent Orange (défoliant à la dioxine) aux Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam.

1967-74
Turquie: pendant la guerre pour Chypre, Bührle fournit des fusées à la Turquie en passant par l’Allemagne.

1970
Grèce: Oerlikon Bührle fournit du matériel de guerre à la dictature militaire en 1970.

1971-79
Ouganda: le dictateur Idi Amin Dada obtient des avions Bravo fabriqués par la FFA à Altenrhein.

Années 1970
Chili,: le régime militaire du dictateur Pinochet reçoit des licences de production pour des chars Piranha de la Mowag et pour les fusils d’assaut de SIG.

Années 1970
Argentine : la dictature militaire emploie des blindés Mowag contre les étudiants et employés en grève.

1973
Chili: Lors du coup d’Etat qui a renversé le gouvernement démocratiquement élu d’Allende, les militaires ont utilisé des chars Mowag et des fusils d’assaut SIG.

1979
Ghana: Alors que les coups d’Etat des militaires contre le gouvernement se succèdent, Mowag fournit des chars de grenadiers.

Fin des années 1970- fin des années 1980
Lybie: Oerlikon-Bührle a fourni illégalement au colonel Kadhafi de la munition (Livraisons non définies, lieu de production non identifié, probablement extra-européen).

1980
Bolivie: l’armée prend le pouvoir avec un coup d’Etat en utilisant des chars de grenadiers de la Mowag.

1980
Chine: Des canons de défense antiaériens Oerlikon sont livrés à la Chine dans les années quatre-vingt. Peu après, la Chine produit elle-même ces canons.

Années 1980
Turquie contre Grèce: malgré la répétition des conflits de frontière, les deux pays sont massivement fournis en armes.

1982
Argentine: sous la dictature militaire, le pays obtient la licence pour la production des canons Oerlikon qui seront aussi utilisés lors de la guerre des Malouines.

Fin des années 1980
Angola: au cours de la guerre civile des PC-7 du MPLA sont utilisés contre la population civile.

1980-88
Lors de la première guerre du Golfe entre l’Irak et l’Iran, la Suisse a livré des armes aux deux pays. Cette guerre a provoqué environ un million de morts.

1980-88
Iran: Des chars de grenadiers du type Piranha sont livrés en Iran par l’intermédiaire de la compagnie chilienne Cardoen pendant la première guerre du Golfe.

1980-88
Irak/Iran: Lors de la première guerre du Golfe, l’entreprise suisse FCA Contractor procure les matières premières pour la production de gaz de combat en même temps à l’Iran et à l’Irak (livraison de 500 tonnes chacun de Thiodiglycol).

1980-88
Irak: pendant la première guerre du Golfe, SIG livre des fusils d’assaut à l’Irak en passant par Famae au Chili.

1980-88
Irak: Des mitrailleuses pour hélicoptères d’Oerlikon Bührle parviennent en Irak lors de la première guerre du Golfe via l’Espagne (CASA).

1980-88
Iran: durant la première guerre du Golfe, Oerlikon-Bührle livre des canons antiaériens et des systèmes de guidage à l’Iran à travers sa filiale italienne.

1980-1988
Irak: pendant la première guerre du Golfe, une entreprise suisse négocie la fourniture de plusieurs millions de mines destinées à l’Irak.

1982
Irak: des fusils de sniper de l’entreprise suisse SIG sont fabriqués sous licence en Autriche et livrés à l’Irak pendant la première guerre du Golfe.

1982
Liban: pendant la guerre civile la firme SIG livre à des milices belligérantes des fusils d’assaut suisses.

1987
Tchad: en automne 1987, des PC-7 armés bombardent un hôpital à Abéché, dans l’Est du Tchad.

1987
Chili: EMS-Patvag, la filiale de EMS Chemie (de M. Blocher), vend des licences pour la production de détonateurs à l’armée chilienne pendant la dictature.

1988
Irak:  La ville kurde Halabja dans le Nord de l’Irak est bombardée par des avions Pilatus des Forces aériennes irakiennes avec du gaz toxique, il y a plus que 5′000 morts.

1989
Guatemala: L’armée utilise des PC-7 contre les rebelles et la population civile, un avion est abattu.

1990
Arabie Saoudite: Exportations du matériel de guerre par Oerlikon-Bührle malgré les graves violations des droits humains.

Début des années 1990
Turquie: malgré le conflit au Kurdistan, Oerlikon livre des armes pour véhicules blindés.

1991
Biafra (Nigeria): Des avions de la Croix-Rouge sont abattus par des canons antiaériens suisses lors de la guerre civile.

1991-1994
Croatie: lors de la guerre de 1991-1994, la Suisse est l’un des principaux fournisseurs d’armes pour la Croatie. Beaucoup d’exportations ne figurent cependant pas dans les statistiques officielles.

1993
Philippines: malgré les continues violations des droits humains, la Suisse exporte des fusils d’assaut SIG au début des années quatre-vingt et des canons Oerlikon pour la marine de guerre.

1993
Birmanie: Des techniciens suisses aident lors d’exercices de tir avec des PC-7 armés. Ensuite l’armée birmane utilise ces avions contre la population civile.

1993
Nigeria: Pilatus vend des PC-7 à la dictature militaire qui vient d’annuler les élections démocratiques.

1993
Afrique du Sud: Le Conseil fédéral autorise l’exportation des avions Pilatus au régime de l’apartheid malgré l’embargo de l’ONU.

1993
Afrique du Sud : Un transfert de technologie pour des armes d’Oerlikon-Bührle a lieu avec le régime de l’apartheid malgré l’embargo de l’ONU (Resolution 418).

1993
Kurdistan: lors de la plus grande offensive militaire de l’armée turque contre les Kurdes, la Turquie est le principal client de l’industrie de l’armement suisse.

1993
Corée du Sud: Des PC-9 avec les ancrages pour les armes sont exportés en Corée du Sud bien que le pays soit toujours officiellement en guerre avec la Corée du Nord.

1994
Suisse: La Mowag invite Pinochet, le général tortionnaire chilien, à une visite privée en Thurgovie pour célébrer des décennies de fructueuse collaboration.

1994
Mexique, Chiapas: des avions Pilatus PC-7 bombardent et tirent sur des insurgés indigènes et des civils. Il y a des centaines de morts selon différentes sources.

1998
Pakistan: Les instances officielles suisses ont consciemment pris en compte de permettre la construction de la bombe nucléaire pakistanaise, qui a été testée la première fois en 1998.

2000
Irak: La RUAG livre des grenades à main à l’armée britannique pendant des années. « La meilleure grenade à main du monde » est utilisée en Irak.

2000
Jordanie: La RUAG concède des licences pour la production de canons de chars de 120mm à la Jordanie sans exiger des déclarations de non-réexportation.

2002
Irak: Le corps des Marines US commande 100′000 grenades de 60mm du type MAPAM. Il faut supposer que ces munitions de mortier sont utilisés en Irak.

2003
Irak: au début de la guerre, la Ruag fournit des pièces de missiles air-sol du type Maverick à l’armée de l’air étasunienne.

2003
Irak: au cours de la troisième guerre du Golfe, Derendinger, filiale genevoise de RUAG, livre des pièces de F/A-18 aux Etats-Unis, le principal agresseur de l’Irak.

2004
Botswana: Ce pays était le deuxième plus grand importateur d’armement suisse en 2004. L’espérance de vie y est d’environ 33 ans.

2004/05
Irak / Afghanistan: Des armes de petit calibre, officiellement détruites en Bosnie-Herzégovine, parviennent en Irak et en Afghanistan à l’aide de marchands suisses.

2006
Tchad: Des Pilatus PC-9 armés bombardent des camps de déplacés dans la région du Darfour en guerre, au Soudan.

2007
Afghanistan: L’armée roumaine achète des chars Piranha de la Mowag pour les utiliser en Afghanistan en 2007.

2008
Pakistan: avec des achats pour 110 millions de Frs, ce pays était le plus grand importateur d’armement suisse en 2008.

2008
Israël: la Suisse a exporté pour 1,8 millions de Francs de matériel de guerre vers Israël. Elbit, la deuxième industrie d’armement israélienne développe et teste des tourelles de tir sur les blindés Piranha de Mowag.

2008
Chine: Le président du conseil d’administration de Pilatus, Oskar Schwenk, confirme qu’il négocie des exportations d’avions militaires avec Chine.

2008
Corée du Sud: Malgré l’état de guerre officiellement en vigueur, la Suisse livre des armes à la Corée du Sud.

2008
Suisse: année record pour les exportations de matériel de guerre avec 772 millions de francs (0.33% du total des exportations).

2009
Suisse: La RUAG est le plus grand fabricant européen de munition d’armes de petit calibre en 2009.

2009
Arabie Saoudite: Malgré des violations de droits de l’homme graves et systématiques, des fusils d’assaut sont exportés en Arabie Saoudite.

A propos de LA musique africaine

octobre 23, 2009 at 3:24 | In Billets d'humeur, Général, Musique | Leave a Comment
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Il y a quelque temps, j’ai eu une grande discussion téléphonique avec le manager d’un artiste suisse dont je tairais le nom. Le dit manager était aussi un grand fan et producteur de musiques africaines et antillaises. il me reprochait, ainsi qu’à la plupart de mes confrères journalistes mon élitisme musical, arguant que la musique africaine dont on parle en Europe – Ali Farka Touré, Rokia Traoré… – n’était pas le fait d’artistes représentatifs de leur pays ou de leur continent puisque « se vendant » mal au pays. Et pourquoi donc ne parlait-on jamais de la musique populaire africaine: le kuduro en Angola, le rap ou Koffi Olomide qui remplit chaque année le stade de Bercy, Meiway et tous les autres que j’oublie…

Ce à quoi je rétorquais que le stade de Bercy était rempli de Congolais quand Koffi Olomidé s’y produit. Les goûts ne sont pas les mêmes et ce qui plaît aux uns, ne plaît pas aux autres. Mais surtout, le critère de popularité ne peut être retenu comme le seul critère d’intérêt pour un journaliste. Pour preuve tous les compositeurs de musique classique et tous les peintres qui n’eurent aucun succès de leur vivant et furent encensés après leur mort. Cela dit, se pencher sur les grands courants musicaux, parfois passionnants et foisonnants comme le kuduro, peut être très intéressant, d’un point de vue social comme artistique. Mais que dire sur le zouk mutant du Cap Vert qui fait se remplir les pistes de danse des discothèques, mais qui nous laisse de marbre.

Pourquoi parler de l’un et pas de l’autre. Après avoir retourné la question dans tous les sens, j’ai résolu le problème par un parti pris entièrement subjectif: je ne parle et n’écris que sur des musiques qui me touchent, des musiques dont j’ai envie de me faire la « passeuse » parce que j’ai été séduite par les valeurs ou l’énergie qu’elles véhiculent. Inutile de « ghettoïser » la world music là-dedans, car c’est un a priori que j’ai toujours appliqué à toutes les musiques qu’elles soient américaines, congolaises ou françaises. Sans aucune prétention.

En fait, le terme même de world music ou de musique du monde (comme celui de black music d’ailleurs) m’énerve. Et là je rejoins mon interlocuteur qui affirmait que  la world music telle qu’elle existe depuis près de 30 ans est une nouvelle forme de néo-colonialisme. Mettre toutes les musiques (autres que nos musiques occidentales) dans un sac est évidemment incroyablement réducteur. On ne peut même pas parler d’une musique africaine ou asiatique, c’est comme si on parlait d’une musique américaine ou européenne sans tenir des comptes des spécificités de chaque région, tradition et de leur évolution. Mais notre esprit rationnel est ainsi fait qu’il a besoin de construire des petits ensembles qu’il va ensuite mettre dans un plus grand ensemble, puis dans un grand tout. On a dû faire trop de géométrie à l’école! Et on arrive ainsi à des généralisations aberrantes sur LA musique africaine! Encore un cliché au même titre que ceux véhiculés sur l’Afrique qui se meurt, l’Afrique rongée par le SIDA, l’Afrique diabolisée… A voir et à écouter à ce propos l’excellente conférence de l’écrivaine nigériane Chimananda Ngozi Adichie.

Pour en revenir à la musique, il est clair que dans beaucoup de pays d’Afrique, il y a deux marchés, celui tenu par les producteurs locaux qui font de la musique pour le marché local et celui tenu par les Blancs qui font des CDs pour l’international. Ce qui semble assez logique puisque les auditeurs locaux vont accorder beaucoup plus d’importance aux paroles qu’à la musique. Les Occidentaux par contre (qui ne comprennent pas les paroles) s’intéressent plus à la musique qu’aux paroles. Même Youssou N’Dour et toute la structure qu’il a mis en place au Sénégal peine à diffuser ses enregistrements sur le marché international. Il est probable qu’il faille encore une génération pour que les producteurs africains arrive à diffuser sur les deux fronts. C’est d’ailleurs au sein des musiques les plus urbaines, comme le label Sheer Music, producteur de  DJ Mujava, que certains commencent à faire leur chemin.

Reste que le graal pour les artistes d’Afrique de l’Ouest en tous cas (c’est ceux que je connais le mieux)  est de décrocher un contrat avec un producteur occidental. C’est la garantie de gagner de l’argent en vendant ses disques chers (comparativement au pouvoir d’achat africain) et sans supporter le fléau de la piraterie. C’est une ouverture aussi vers des tournées bien rémunérées. Et à terme un établissement en Europe. Certains s’intéressent aux arrangements, au travail de production. D’autres s’en fichent complètement.

L’essentiel reste pourtant que la musique, comme la littérature, circule et qu’on s’extirpe  enfin des clichés sur la musique africaine. Qu’on arrête de se poser des graves questions. Du genre: cette musique africaine est-elle suffisamment roots? Grâce à des DJ, des rappers, mais aussi grâce aux musiques savantes, traditionnelles ou populaires, les musiques africaines montrent qu’elles sont multi-formes, comme partout dans le reste du monde.

Ouf, me voilà rassurée. Je peux donc savourer tranquillement le génial coffret de rééditions « African pearls 5  » consacré à la Côte d’Ivoire,  me délecter du pré-CD de Bako Dagnon, la grande griotte malienne et aller voir les dernières nouvelles du  sound system Radioclit sur leur myspace. En toute bonne conscience.

Tinariwen, le pas du chameau

octobre 12, 2009 at 2:06 | In Général, Musique | Leave a Comment
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Tinariwen 01©thomasdorn

Le grand groupe touareg, poursuit sa voie authentique, sans concession. En concert à Genève mercredi 14 octobre 2009.

(Cet article est initialement paru dans le numèro de septembre du magazine Vibrations)

Ils se battent pour du sable et des cailloux : voilà près de vingt ans que le peuple touareg, séparé arbitrairement par des frontières au moment de la décolonisation, se bat pour son unité, pour son identité aussi. De mouvement de rébellion en riffs de guitare, ce bout de désert-là continue de refuser de se taire. Du groupe de femmes, Tartit, aux rockers de Tinariwen, l’homme bleu sort de son désert et conquiert les scènes musicales du monde entier. Avec leurs guitares électriques, leurs chants murmurés, leur blues désossé, cachés dans leurs chèches, les musiciens de Tinariwen exercent une fascination digne de pop stars. L’histoire commença  à la fin des années 70. Deux chômeurs du nom d’Ibrahim et Intiyaden, en exil en Libye, découvrent la guitare, s’en emparent et se mettent à composer. Et sont bientôt rejoints par d’autres. Tinariwen est né. Pour la première fois des chansons touarègues expriment des sentiments – l’exil, la nostalgie. la vie quotidienne – au lieu des grands poèmes classiques de la culture touarègue. Bientôt les chansons se font plus militantes, plus politiques et les cassettes du groupe circulent discrètement dans tous les campements et villages touaregs. Parallèlement, un mouvement de rébellion revendiquant un statut d’autonomie, le droit à l’éducation et au développement, prend de plus en plus d’ampleur. Les frontières nationales arbitrairement tracées dans le désert au moment de la décolonisation, restent le problème majeur pour ce peuple écartelé sur plusieurs états. Tinariwen devient le chantre du mouvement. Sa renommée grandit, de Tombouctou à Tamanrasset.
En 2000, après une éclipse, le groupe renaît de ses cendres et démarre une carrière internationale grâce à une rencontre avec le groupe français Lo’jo. Aujourd’hui, les membres de Tinariwen oscillent entre tournées et vie de nomade dans le désert, Un grand écart entre deux mondes que tout oppose, salué aujourd’hui par la sortie d’un troisième album, «Imidiwan».

Une question de devoir

«Le choix d’enregistrer dans le désert a été fait pour avoir le son du désert, avec les parasites, le vent… Mais aussi pour retrouver notre inspiration dans un milieu naturel.» explique le charismatique Ibrahim, dans l’appartement parisien de l’un de ses amis. Ce grand bonhomme, faussement nonchalant, toujours un peu avec vous mais un peu ailleurs aussi, n’est pas franchement convaincu par l’exercice de l’interview. Il ne se sent d’ailleurs guère à sa place dans la capitale française, mais continue sa trajectoire de rock star malgré lui, par devoir envers sa communauté, son peuple.
Attirer coûte que coûte l’attention du plus grand nombre sur ce petit bout de désert, telle est désormais la mission de Tinariwen. Un petit bout de désert qui excite de plus en plus la convoitise des multinationales et des grandes puissances. Pétrole, uranium, soleil : sous le sable et les cailloux, toutes les énergies sont là, pour le plus grand malheur du peuple touareg… Un peu plus à l’Est dans le désert, la ville nigérienne d’Arlit est bien connue pour ses mines d’uranium à ciel ouvert exploitées sans grande considération pour la population locale. Dans la région de Kidal, la ville dont est originaire Tinariwen, de l’uranium a déjà été trouvé et des contrats établis avec une compagnie australienne… De quoi faire trembler «Il y a une énorme ignorance de ce qu’est l’uranium chez les touaregs. Beaucoup pensent que ce sont de simples cailloux. C’est cette partie de la population qui est utilisée pour l’exploitation des mines. Ceux qui connaissent les dangers de l’uranium ne sont pas consultés.» reprend Ibrahim.
Et même si Tinariwen ne parle pas explicitement de ces problèmes dans ses chansons, même s’ils ont désormais opté pour la poésie plutôt que pour le militantisme, ils continuent à jouer les ambassadeurs d’un peuple et d’une culture millénaire menacée. Leur souci de persévérer, d’intégrer des structures auxquelles ils ne comprennent rien, est une façon en soi de faire avancer leur cause. Comme le dit Justin Adams, arrangeur de leurs premiers albums, «Avec Tinariwen, c’est comme si j’avais découvert le centre, l’essence de toutes les musique africaines qui m’intéressaient jusque-là.  En plus, il y a leur engagement. Même sans comprendre un traître mot de tamashek, on peut sentir le sérieux de leur démarche. On pense évidemment à Bob Marley…».

Nostalgie et unité

Le nouvel album du groupe évite une fois encore les écueils dans lesquels d’autres seraient tombés: une production plus poussée, un « gros » son qui les propulserait au sommet des charts … Et l’on sent de suite que les treize chansons rassemblées ici ont été rodées au coin du feu. Tinariwen, groupe à géométrie variable par essence, a ouvert grand les portes de son studio mobile. Les femmes, avec leurs chants enjoués et leurs claquements de mains, viennent soutenir les sourdes complaintes d’Ibrahim, Hassan, Abdallah, Intidao … Certains «anciens » membres du groupe, sont aussi revenus. Ainsi Mohammed, dit Japonais, le temps d’un morceau, magnifique chanson sur les regrets, l’anxiété, le temps gâché. Ou Diara dont la guitare magique hante deux titres. Le rythme reste toujours réglé sur «le pas du chameau», mais les ambiances varient Selon les auteurs des morceaux. «C’est une question d’unité. Chacun des membres du groupe pourrait faire un album tout seul, Mais nous avons choisi d’être ensemble et chacun a sa place !»

Tinariwen, Imidiwan, AZ/Universal
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