Archives de la Catégorie Billets d’humeur

Séquence auto-pub!

Après trois jours passés à me dire que l’expérience du passage à la télévision était vraiment une drôle d’histoire, je me lance et vous redirige vers mes premiers pas à la TV. Le contexte était le suivant: j’étais invitée à participer à la troisième de l’émission “Plein le Poste” (nouvelle émission musicale de la RTS1) produite et animée par quelques transfuges de la 3 (Duja, Frank François et Claire Mudry). Quelques minutes d’interview sur le bouquin que j’ai écrit sur la 3 pour lesquelles il faut arriver 1 h 30 avant, passer par la case maquillage et coiffage avant d’être redirigée dans le studio. Là en deux minutes on vous explique que vous devez commencer dans une fausse cabine d’ascenseur (comme si vous étiez entrain d’arriver sur le plateau) où Duja (dont on entend que la voix) vous pose une à plusieurs questions plus ou moins méchantes, selon son humeur. La voix est diffusée par haut-parleurs et donne l’impression qu’on est surveillée d’en haut par une sorte de Big Brother sarcastique…  (bon, je suis peut-être un peu parano, je l’avoue…). Mais, précise le réalisateur “il ne faut pas lever la tête et avoir l’air la plus naturelle possible” (sic). Heureusement Duja était de bonne… Une fois passé l’épisode de l’ascenseur, c’est Claire Mudry qui pose les questions sur le plateau. Là ça va nettement mieux car Claire a un vrai talent pour mettre à l’aise malgré les spots qui chauffent et les quatre cameramen qui nous encerclent. Bon, comme dirait l’autre “C’est fait!”. A vous de juger!

Interview Elisabeth Stoudmann 1/2

Interview Elisabeth Stoudmann 2/2

Mon film du mois: Balkan Melodie

Le titre ne me disait pas grand chose: encore un de ces films qui surfe sur vague des musiques balkaniques, avec ce qu’elles peuvent avoir de pire comme de meilleur. Tout de même, ce documentaire musical était signé Stefan Schwietert. Son  dernier film  Heimatklänge (sur des yodlers suisses atypiques) m’avait impressionné.

Je me suis donc rendue à la vision de presse de Balkan Melodie, mi-figue-mi-raisin. Et là, confortablement installée dans mon fauteuil de cinéma, un vieux Monsieur – dont j’associais vaguement le nom au Mystère des Voix Bulgares – est apparu à l’écran. Ou plutôt devrais-je dire crevait l’écran. Avant d’avoir été l’instigateur du projet “Mystère des Voix Bulgares”, Marcel Cellier fut le premier Occidental à partir enregistreur à la main dans l’Europe de l’Est communiste pour y enregistrer ces musiques qui le bouleversaient. Il commença dès la fin des années 50 et continua pendant un demi-siècle. Multi-instrumentiste, passionné de musiques, il sera l’homme qui animait l’émission “De la Mer Noire à la Baltique” que beaucoup d’auditeurs romands ont écouté religieusement chaque samedi après-midi pendant près de trente ans.

Marcel Cellier est le fil rouge du film Balkan Melodie. C’est à travers lui qu’on découvre Georghe Zamfir, virtuose de la flûte de pan, les choeurs bulgares, Ion Pop et son Grupul Iza. Le voyage musical se terminant avec une formation plus actuelle: Le Mahalia Raï Band. Le film est magnifique: il faut aller le voir en salle tant qu’il est encore à l’affiche. Quant à moi toujours sous le charme des Cellier (Marcel a une femme Catherine qui l’a accompagné dans ses pérégrinations balkaniques), je suis allée dare-dare les rencontrer pour en faire un portrait paru aujourd’hui dans Le Courrier consultable en ligne ou en PDF (Marcel Cellier).

Bonne lecture et bon film!

Balkan Melodie est projeté aux Galeries Pathé de Lausanne , au cinéma d’Oron et à la Scala à Genève.

Musiques touarègues dans la tourmente

Alors que le MLNA (mouvement national de libération de l’Azawad) vient de faire sa déclaration d’indépendance et que le désert est à feu et à sang, il est plus que jamais l’heure de s’intéresser aux musiques touarègues. J’ai fait un article sur la question pour Le Courrier que vous pouvez consulter sur le site du journal ou en PDF.

Grâce au succès de Tinariwen, une scène touarègue a émergé avec des groupes plus jeunes (Tamikrest, Bombino…) ou plus traditionnels, comme le magnifique groupe féminin Tartit. Ceux-ci vivent actuellement des heures très difficiles, à l’instar de la plus grande partie de la population civile du Nord du Mali.

Pourtant, certaines de ses formations étaient entrain de tracer des voies  intéressantes. Par exemple Tadalat, un jeune groupe qui vient de faire paraître 5 morceaux enregistrés en plein désert dans le studio mobile Sahara Sounds de leur ami, ingénieur du son et manager Abdallah Ag Amano. A l’origine, deux jeunes Touaregs qui fabriquent des guitares-bidons et rêvent de suivre les traces de Tinariwen. Rejoints par d’autres musiciens, soutenus par Abdallah, ils prouvent aujourd’hui que la musique  tamasheq peut s’auto-produire sans obligatoirement passer par des réalisateurs artistiques occidentaux.

Une démarche rendue possible grâce au Français Sedryk et son label Re-aktion, qui fait l’interface et propose ces musiques en téléchargement payant. En 2008, Sedryk fonde tamasheq.net, le site des musiques touarègues et “le Chant des Fauves, la collection des musiques du Sahara”. En 2012, il détient bon nombre des premiers enregistrements des groupes du désert qui commencent à faire parler d’eux, comme Terakaft, Bombino, Tamikrest. Le Chant des Fauves propose aussi des compilations dont “Songs for Desert Refugees”, parue il y a peu et  dont les bénéfices iront aux réfugiés du Nord du Mali. Le but de la collection et du site tamasheq.net n’est pas seulement de faire découvrir de la bonne musique, mais aussi “de casser quelques clichés hérités de la colonisation, comme celui de l’homme bleu sur son chameau.” Les CDs sont toujours accompagnés de livrets documentés. Le site propose également des podcasts d’émission de radio, des interviews d’artistes, un lexique et même une sélection musicale extraite de cartes mémoires récupérées dans le désert!

Quant à Tadalat – les instigateurs de cette compilation – ils innovent aussi musicalement en intégrant une batterie et des nouvelles rythmiques tout en s’offrant des séquences de chants traditionnels soutenus par des claquements de main. Plutôt convainquant. Et toujours téléchargeable au même endroit.

En janvier 2012, juste avant que la rébellion n’éclate, Tadalat a été lauréat du prix “Nouveaux Talents” au Festival au Désert. Ci-dessous un extrait de sa prestation. A voir pour l’ambiance et en faisant abstraction du son… Rock’n'roll à tous points de vue.

Couleur 3, The Story so far…

Je ne sais pas s’il vous arrive d’écouter Couleur 3. Mais si c’est le cas et si vous êtes tombé par hasard sur les chroniques de la “fabuleuse histoire de Couleur 3″ racontée aux enfants par Tonton Pierrick, il faut que je vous avoue qu’elles sont pour beaucoup tirées d’un bouquin que j’ai écrit. Eh oui, ça y est, j’ai mon nom sur la jaquette d’un bouquin. Et là, je le tiens entre mes mains, tout frais sorti de l’imprimerie. J’avoue que ça fait un peu drôle de feuilleter un “vrai” livre avec son nom dessus. Passé le premier plaisir d’enfant, l’impression d’avoir reçu un super cadeau, une vague de doutes m’assaille. Et si je m’étais complètement plantée… Si ce bouquin était une erreur de A à Z…

Bon je me rassure en me disant qu’il y avait un éditeur et qu’il aurait sans doute réagit avant. Et puis bon, ce livre n’a pas non plus valeur scientifique. L’été dernier, quand Glénat m’a approchée, ça m’a d’ailleurs plutôt fait rire l’idée de faire un bouquin sur une radio! Le temps prévu pour la rédaction de cet ouvrage était compté. Pour ne pas tomber dans l’hagiographie ou le livre historique, je me suis dit que l’idée d’un dico pouvait être marrante. Des entrées par lettres pour passer de la lettre  “A” qui évoque le père fondateur Jean-François Acker à la lettre “B” qui renvoient à une célèbre campagne de promotion à l’intitulé provocateur: “Baisons celle qui passent”.

Comme les archives de la 3 étaient alors inexistantes, je me suis mise à interviewer les collaborateurs (les anciens et les actuels) à tour de bras. Un opération qui s’est avérée riche en rencontres amusantes, mais ça je vous le raconterai dans un prochain papier sur ce blog.

Ah oui, j’oubliais, le livre sort officiellement, le 6 mars, dans toutes les bonnes librairies de Suisse romande et sera commandable sur Internet. Le 6 mars, c’est également le jour du vernissage d’une exposition sur Couleur 3 qui a lieu au Mudac (et là je n’y suis pour rien). Je vous donnerai plus d’infos dès que possible.

Mark Kelly et Mambi pour une dernière mémorable au Café Addis

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais j’ai créé avec trois fous dans mon genre une association: Addis Sounds. Notre but: proposer régulièrement de rendez-vous musicaux inédits avec des musiciens d’ici, originaires d’ailleurs. D’abord parce qu’en Suisse romande, ce genre de musiques est sous représenté (hormis les festivals). Ensuite, parce que vu le climat ambiant de frilosité, de peur de l’autre, il est parfois bon de rappeler que la musique peut toujours rassembler.

A l’origine aussi, il y avait ce café africain qui venait d’ouvrir en bas de chez moi. Passé la première salle et une volée de marches, se trouvait un deuxième espace chaleureux pour lequel j’ai craqué. J’ai commencé par y organiser des concerts en solo avec, parmi les meilleurs musiciens africains du coin: Kara, Nana Cissokho… C’est là que les autres (Edgar, Sylvie et Florian) sont apparus, enthousiastes à l’idée de participer. Addis Sounds est né. Sitôt après les ennuis ont commencé pour le café Addis, la police du commerce ayant repéré le lieu et le jugeant trop bruyant.

Du coup, Addis Sounds est devenue nomade, d’abord pour un double concert mythique de Boubacar Traoré à la Datcha. Mais, comme on aimait vraiment trop le café Addis, nous y sommes revenus deux fois. D’abord pour un concert sans aucune amplification de l’excellent groupe de rebetiko de Genève, Rebeteke puis pour une rencontre entre Mark Kelly et Mambi. Ça c’était vendredi dernier. Un concert qui marquait aussi la fin du café Addis, le patron ayant décidé de jeter l’éponge.

Mark Kelly est un songwriter anglais qui a établi – on ne sait pourquoi – ses quartiers à Vevey. Mark Kelly c’est aussi un indigné, un militant, un performer, un bon vivant qui aime les scènes libres, les performances… Mambi est un percussionniste cubain qui s’est installé à Lausanne depuis belle lurette pour des raisons de cœur… Mambi est un très très grand instrumentiste. Il a joué avec beaucoup de beau linge dont Chucho Valdès. Il peut passer des congas, à la calebasse ou aux grelots. La rencontre de ces deux-là, ne pouvait donc qu’être explosive. le premier parle français avec un énorme accent anglais et pas un mot d’espagnol. Le second ne parle ni français ni anglais. Aux répétitions, c’était déjà quelque chose. Dimanche après-midi à la radio, dans l’émission Kalakuta sur Couleur 3, ils se sont faits enregistrer alors qu’ils croyaient encore être entrain de répéter…

Au café Addis (plein à craquer), le show fut forcément artisanal. Mambi était au four (aux percussions) et au moulin (au son). Mark Kelly a tout de suite mis tout le monde d’accord en faisant chanter le public dès le premier morceau.  En deux sets, ces deux-là ont démontré que le drôle de mélange soul-folk-blues allumé de Kelly pouvait très bien s’accomoder de transes latino. Clairement, c’était Mark Kelly qui traçait la ligne conductrice. Mais Mambi s’est inséré dans son répertoire avec beaucoup de feeling,de subtilité aussi. A peine s’est-il permis une ou deux petites descarga…… Et Mamadou, rapper sénégalais, fidèle des soirées de l’Addis, s’est même emparé du micro pour une jam transculturelle!

Bref, pour avoir une idée, j’ai essayé de filmer le final sur mon Iphone. Mais bon j’étais mal placée,il n’y avait pas de lumière et j’ai dû tourner une ou deux fois mon appareil…. Ça donne quand même une idée de l’ambiance. Quant aux photos qui illustrent cet article – nettement plus pro – elles sont signées d’Edgar Cabrita.

Ah, j’allais oublier: le prochain concert de l’Association Addis Sounds, ce sera le Raaga Trio, une rencontre entre deux Genevois (Andreas Fulgosi et Guillaume Lagger) et deux musiciens d’Afrique de l’Ouest (Andra Kouyaté et Baba Konaté) au Mombasa cette fois (rue de l’Ale 35). Et après, il aura plusieurs concerts au caveau Weber dans le cadre du off Cully Jazz Festival. Mais ça je vous en reparlerai.

Grâce à Cesaria Evora, la musique capverdienne ne s’est jamais aussi bien portée…

Elle annonçait son retrait de la scène il y a un peu plus de deux mois pour cause de maladie. Cesaria Evora est décédée samedi dans un hôpital de l’île de Sao Vicente. Un deuil national de 48 heures a été décrété au Cap Vert . Les hommages affluent de toutes parts sur le net. En France, ce sont les politiques Jack Lang et Frédéric Mitterrand ainsi que le chanteur Bernard Lavilliers qui ont été  parmi les premiers à exprimer leur tristesse. Du Cap-Vert, l’information nous est parvenue du ministre de la culture Mario Lucio Sousa. Connu en tant qu’artiste sous le nom de Mario Lucio,la trajectoire de cet homme manifeste entre autres de l’importance de Cesaria Evora. Né dans un milieu très modeste, Mario Lucio  est devenu en même temps un avocat et un grand rénovateur de la musique capverdienne (voir l’article qui lui est consacré sur ce blog) avant de mettre sa carrière sur pause pour se consacrer à la délicate tâche de ministre de la culture. Sa carrière illustre l’importance de la musique dans ce pays archipel dénué de tout, dont Cesaria Evora fut la plus grande ambassadrice.

C’est José Da Silva, un Capverdien exilé en France, musicien de cœur et cheminot par la force des choses, qui fit connaître à la planète entière la diva aux pieds nus. Il la découvrit en 1985 au Portugal. Il la ramena à Paris avec lui et misa  tout sur elle, au prix de pas mal de galères. Pour elle, il créa un maison de disques Lusafrica en 1988. Il fut récompensé de ses efforts par le succès de Mar Azul en 1991, suivi une année plus tard par celui de de Miss Perfumado. La carrière de Cesaria Evora était lancée. Vingt ans plus tard, Cesaria Evora a enregistré plus de quinze albums, tourné dans le monde entier, fait des duos avec les plus grands, reçu un Grammy Award, la légion d’honneur.

Surtout, elle a permis à un pays que beaucoup d’Occidentaux ne savaient pas où situer sur une carte du monde, d’exister, de rayonner, de développer sa richesse musicale. Son succès planétaire a donné les moyens à Lusafrica de sortir beaucoup d’autres artistes, la plupart s’étant d’ailleurs formés à ses côtés. Ce furent d’abord Bau et Théofilo Chantre. Théofilo Chantre dont le récent sixième album, «MeStissage» est une pure merveille de… chansons françaises! Lura, Tcheka, représentatifs d’une nouvelle génération lusophone, ont aussi fait entendre leur voix en s’ émancipant de la tradition capverdienne. Quant à Mayra Andrade, son dernier album en trio acoustique, «Studio 105», a été publié sur Sony-Bmg (comme ses deux précédents opus d’ailleurs). Onze morceaux qui flirtent avec le jazz et osent une reprise inspirée de «La Javanaise». A travers cette nouvelle génération, c’est un peu de Cesaria Evora qui survit. Comme Miriam Makeba, l’importance de Cesaria Evora est inestimable. C’est pour cela qu’elle ne sera jamais tout à fait morte…

Lettre ouverte de Fernand Melgar

Le cinéaste Fernand Melgar a fait la une du Matin Dimanche, à propos de son film Vol Spécial  sur le centre de détention de requérants de Frambois. Non pas pour la qualité ou l’engagement de son travail, mais parce que l’un des protagonistes du film est un trafiquant de drogue. Rappelons que le centre de Frambois a déjà beaucoup fait parler de lui. Le site internet humanrights résume bien la situation et les enjeux de cet établissment situé à proximité de Cointrin.

Pour répondre aux attaques du Matin, Fernand Melgar a envoyé la lettre ci-dessous par mail. Que je reproduis ici dans son intégralité. Je n’ai pas encore vu Vol Spécial. Mais la lecture de cette lettre me conforte dans l’idée qu’il vaut mieux attirer l’attention du plus grand nombre sur des pratiques étatiques à la limite des droits de l’homme que monter en épingle le ou les cas individuels de trafiquants ou autres délinquants qui ne respectent pas le système. Cela dit,  je ne travaille pas pour le Matin…

«Dans un article du Matin Dimanche daté du 2 octobre, le journaliste Jean-Claude Péclet m’accuse, entre autres griefs, d’avoir occulté le passé pénal de nombreux internés du centre de Frambois. Il prend l’exemple du Camerounais Elvis, qui a été condamné en 2010 pour trafic de drogue. Il livre au public son nom de famille, en toutes lettres, ainsi que le détail de sa condamnation au mépris total de la loi fédérale sur la protection des données (LPD 235.1 et suivants). Une loi que les informateurs de Monsieur Péclet n’ont pas davantage respectée en violant leur secret de fonction.

Elvis a purgé sa peine en Suisse et a, comme on dit, « payé sa dette à la société ». Ce n’est donc pas pour un délit pénal qu’il est expulsé de notre pays, mais pour la seule et unique raison qu’il n’a pas de statut légal en Suisse. Comme l’explique le directeur Jean-Michel Claude, Frambois est un centre de détention administrative où les personnes qui y sont enfermées ne le sont pas pour des raisons pénales ni pour exécuter une peine, mais sont là suite à une décision d’expulsion du territoire, prononcée par les services de migration cantonaux ou fédéraux parce qu’ils sont sans-papiers.

C’est ce qu’explique clairement le carton placé au début du film.

Les informations sur les détenus relèvent de la sphère privée et sont donc confidentielles. J’ai demandé avant le tournage une statistique anonyme sur la population carcérale du moment à Frambois. Le pourcentage était de 40% de casiers judiciaires vierges et 60% de cas avec un passé pénal, dont une majorité de condamnations à des peines légères. C’est donc en pleine connaissance de cause que j’ai fait ce film. Je n’ai pas mentionné ces chiffres par qu’ils n’ont aucune incidence sur la raison de la détention au sens de la loi sur les mesures de contrainte (art.73 LEtr. et suivants).

Dans le même article du Matin Dimanche, le conseiller d’Etat Philippe Leuba m’accuse de naïveté voire de malhonnêteté parce que je n’ai pas montré cette « face sombre de la réalité». Pourtant je veux parler du côté sombre de la réalité, parler de Pitchou, dont Monsieur Péclet met en cause l’honneur et la dignité de façon intolérable, en s’appuyant sur les dires d’un informateur qu’il désigne sommairement comme « un familier du cas ». Joint au téléphone, Monsieur Péclet ne savait même pas de qui il s’agissait dans le film. Quel bel exemple de rigueur journalistique !

Pitchou est le jeune père congolais dont mon film décrit la libération in extremis, un jour avant son expulsion.

Des policiers vaudois sont venus le chercher un beau matin à son domicile familial, où il vit avec sa compagne et leur fils nouveau-né, n’en déplaise au « familier du cas ». Simple contrôle du permis de séjour, disent-ils. Après un bref passage devant le juge de paix, il est incarcéré à Frambois.

Plus tard, pour remplir des formalités d’état civil liées à la naissance de son fils, des policiers lui ont fait traverser Vevey les chaînes aux pieds et les menottes aux poignets comme un vulgaire criminel, alors que son casier judiciaire est vierge. Pitchou a croisé dans la rue des connaissances, stupéfaites de le voir enchaîné de cette manière. Je précise qu’il travaille et vit en Suisse depuis 11 ans, qu’il est parfaitement intégré et respecté de tous parce que c’est un type bien.

Il restera incarcéré plusieurs mois à Frambois… puis libéré sur décision du Service de la Population du canton de Vaud (SPOP) sans aucune explication. Il n’y a en effet aucune règle administrative précise qui définisse lequel des 150’000 sans papiers résidant en Suisse sera expulsé et lequel sera libéré, après une détention administrative qui peut durer jusqu’à 18 mois. Une loterie insensée qui coûte au contribuable la bagatelle de 500.- par jour et par détenu.

Contrairement aux allégations prononcées lors du TJ 19h30 de la RTS du 2 octobre, qui s’est contenté de simplement relayer l’article du Matin Dimanche sans avoir corroboré les sources ou sans me donner le moindre droit de réponse au sujet de Pitchou. Je clame haut et fort qu’il s’est battu corps et âme, avec le soutien de son avocat et des associations de défense des requérants d’asile, pour qu’il puisse rester avec sa famille en Suisse. Il est au bénéfice aujourd’hui d’une admission provisoire et vit avec sa compagne et leur fils.

La libération inattendue de Pitchou libérait une place dans le « vol des Congolais » prévu le lendemain. C’est Elvis E. qui eut le triste privilège de le remplacer. Amené par la police le soir même à Frambois, il y a passé la nuit et est parti le lendemain pour le vol spécial avec les autres expulsés du centre. Elvis E. a donc passé en tout état de cause environ 24 heures à Frambois, et n’est par conséquent pas un « héros » de mon film comme le prétend Monsieur Péclet. Son apparition est de quelques dizaines de secondes et il n’y prononce pas la moindre parole.

Geordry par contre, le requérant débouté « vaudois » au casier judiciaire vierge, nous raconte à l’écran sa peur d’un retour forcé au Cameroun. Une peur hélas justifiée : arrivé à Yaoundé, il est emprisonné et torturé pendant cinq mois pour avoir demandé l’asile en Suisse. Autre « face sombre de la réalité » : comment se fait-il que ses tortionnaires aient eu en main des documents confidentiels émanant du SPOP et de l’Office fédéral des migrations, documents qui ont permis de porter l’accusation d’avoir sali l’image de son pays à l’étranger?

Je n’ai pas non plus oublié le jeune Abdirashid, ce mineur non-accompagné que des policiers de la Sûreté vaudoise ont réveillé un petit matin de novembre 2009 dans le centre pour mineur de l’EVAM à Lausanne. En vertu du traité de Dublin, qui permet de se débarrasser d’une partie de nos requérants chez nos voisins européens, il a été expulsé vers une Italie ouvertement hostile aux requérants d’asile.

C’était un orphelin qui avait fui la guerre en Somalie et trouvé un peu de stabilité dans notre canton. Scolarisé dans une classe d’accueil, c’était un excellent élève, sérieux et motivé, qui forçait l’admiration de ses enseignants. Je n’ai pas oublié ses copains de chambrée, mineurs comme lui, qui ont quitté les bancs de l’école vaudoise pour dormir dans la forêt de peur d’être emmenés à leur tour par la police. Mais cela ne fait sans doute pas partie de « cette face plus sombre de la réalité » dont parle Monsieur Leuba.

J’assume complètement le fait d’avoir mis sur un pied d’égalité Pitchou, un « vrai » sans-papier et Elvis E., un « criminel » qui a payé sa dette envers la société suisse. Parce qu’en expulsant ces deux personnes sans statut légal, nous perpétuons l’hypocrisie et l’injustice. Rousseau, dont nous allons célébrer le 300ème anniversaire de sa naissance, disait que la loi du plus fort ne peut être le principe directeur d’une société : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. » C’est ce que dit si bien Serge dans le film, avant d’être expulsé pieds et poings liés vers son destin.

Le 28 avril 2011, la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE) a prononcé un arrêté qui stipule que nul ne peut être condamné à une peine de prison du simple fait d’être sans papiers. Jusqu’à quand nos autorités vont-elles continuer à appliquer la loi du plus fort ?»

Fernand Melgar, le 2 octobre 2011

A voir également, par ici, le mini sujet que la TSR consacre à la polémique.

Cesaria Evora tire sa révérence

Non Cesaria Evora n’est pas morte, mais elle est malade, fatiguée, plus en mesure d’assurer un calendrier et des tournées de stars de la world music.Le quotidien Le Monde l’explique et fait son éloge mieux que je ne pourrais le faire. A lire ici.
Et pour dire au-revoir à la grande dame de la chanson capverdienne, à regarder encore une fois son “besame mucho” romantique et prémonitoire.

Le triomphe impérial d’Hamelmal Abaté

Evidemment, vous ne vous attendiez pas à ce que je vous dise que le Nouvel An éthiopien, proposé dans le cadre du Festival de la Bâtie et pour lequel j’ai bossé d’arrache-pied, ait été un flop… En toute subjectivité, ce fut un triomphe qui dépassa toutes mes attentes. La veille pourtant, le stress était à son comble. Lors de la répétition générale à la salle du Faubourg de Genève, Imperial Tiger Orchestra et Hamelmal Abaté passèrent pas moins de 3 heures à mettre au point l’ordre de passage des morceaux de leur set, un set prévu pour durer également 3 heures… Puis ils se précipitèrent dans les studios de la Première pour y jouer en direct deux morceaux live dans l’émission Radio Paradiso.

«Un set de trois heures, c’est une folie furieuse» me dis-je en mon for intérieur et un peu aussi en mon for extérieur. «Mais non,  me rassure Luc le percussionniste, tout le challenge est là!». «Ne t’inquiète pas, on va finir par faire 2 h 30», ajoute Raphaël, toujours diplomate… Le jour J, samedi 10 septembre, vers 22 h, alors que la salle se remplit gentiment, j’oscille toujours entre excitation et inquiétude. Est-ce que tout cela est bien raisonnable? La communauté éthiopienne va-t-elle suivre? Nous attend-elle au contour? Les tigres genevois vont-ils être à la hauteur? Les Suisses vont-ils supporter trois heures de concert? Pendant que je cogite, Malcolm Catto, batteur des Heliocentrics et excellentissime DJ, vogue joyeusement entre descarga, afrobeat et musiques de l’âge d’or éthiopien.

22 h 30, c’est parti. En force. Les six musiciens Genevois et le joueur de masenqo, Endress Hassan, attaquent avec détermination. Trois instrumentaux au couteau et l’entrée en piste des deux danseurs (Getu Tirfe et Emebet Tizazu) suffisent à mettre le feu. La première chanteuse, Bethlemen Dagnachew, avec sa drôle de voix aux accents reggae et son sourire enfantin, fait une apparition lumineuse le temps de deux chansons. Puis c’est au tour de celle que tout le monde attend, Hamelmal Abaté, de se lancer dans un  a cappella à couper le souffle. Quelques minutes plus tard, le public commence à se déchaîner… et la diva sort de scène. L’air de rien, Imperial Tiger Orchestra balance deux instrumentaux, plutôt expérimentaux.  Aïe, mon sang se glace à nouveau. J’adore, mais quand est-il des 500 autres spectateurs de la salle? Je risque quelques coups d’œil à droite et à gauche, et je ne vois que des visages fendus de larges sourires… Je respire… Si ce virage-là passe, la soirée ne peut qu’exploser. Sur le coup de minuit, Hamelmal Abaté, drapée d’une cape noire qui ne se porte que dans les grandes occasions, revient avec sa chanson-culte, «Enkuan Aderesachihu», celle-là même qui s’entend dans tout Addis Abeba à l’approche du Nouvel An copte. Parmi les Ethiopiens venus en masse, ça commence à chauffer. La température à l’intérieur de la salle aussi.

Voir que mon objectif  – réunir le temps d’une soirée Ethiopiens et Suisses qui habituellement se côtoient sans se voir – est atteint me remplit de joie. Sur scène comme dans la salle l’heure est aux mélanges, aux échanges jubilatoires. Bethelem Dagnachew et Hamelmal Abaté se relaient au micro. Les chemises collées à la poitrine, les tigres genevois ont pris leur rythme de croisière. Final en apothéose avec les deux chanteuses au micro, les danseurs et le flegmatique Endress Hassan, armé de son violon fou. La claque. Malcolm Catto est lui aussi impressionné par la qualité du spectacle. Normalement il faut s’appeler Clinton ou Femi Kuti pour oser ce genre de shows…. Et quand le DJ anglais voit son alter ego éthiopien,  Dawit,  un gamin de 20 ans, tapoter sur son Iphone et faire groover une salle remplie d’Ethiopiens aux sons des grands succès d’Addis Abeba, il se comporte en vrai gentleman. Il regarde sa caisse de vinyles avec circonspection, me lance un sourire en coin avant de me proposer, avec un brin d’humour, de mettre des disques en toute fin de soirée: “pour vider la piste de danse”. A l’heure éthiopienne, tout tourne décidément à l’envers. Tant mieux.

PS1. Dans le feu de l’action, j’ai même oublié de prendre des photos ou des vidéos. Mais ça devrait arriver sur YouTube prochainement…

PS2. Pour les Français, le plateau dont je vous parle ci-dessus, donnera un unique concert au Point Ephémère le 15 septembre 2011 à 20 h. Ce ne sera plus Nouvel An, mais ce n’est pas une raison suffisante pour rater ça!

Il est temps de fêter la nouvelle année!

Le 10 septembre prochain, le Festival de la Bâtie fêtera la nouvelle année éthiopienne 2004. Pour cause de calendrier copte et parce que, depuis quelques années déjà, un groupe de blancs-becs genevois ne peut s’empêcher de décliner les musiques éthiopiennes sous toutes leurs formes. Imperial Tiger Orchestra a d’abord commencé par s’attaquer aux classiques de l’âge d’or de la musique éthiopienne en version instrumentale. Avec pas mal de recul et de culot: du free jazz au funk, ils  ont pétri et malaxé rythmes et harmonies pour mieux se les approprier. Depuis peu ces musiciens hors catégories s’intéressent à des musiques  plus récentes (dont celles composées sous le régime du Derg) ainsi qu’aux genres voisins issus de toute la Corne de l’Afrique.

Le projet de Nouvel An genevois dont il est question ici, est né en juin 2010. J’avais invité  les tigres genevois à faire la première partie d’un concert de Mahmoud Ahmed et du Badume’s Band à la salle du Vélodrome de Plan-Les-Ouates. Un ami restaurateur éthiopien, Dereje, présent dans la salle fut conquis tant par la prestation d’Imperial Tiger Orchestra que par celle du vénérable Mahmoud Ahmed. Il m’apprit à cette occasion que le Nouvel An copte avait lieu la nuit du 10 au 11 septembre. De là à songer à  fêter dignement cet événement à Genève, ville qui rassemble une des plus grandes communautés éthiopienne et érythréenne de Suisse…

Parallèlement, Raphaël Anker, fou de musiques africaines depuis son plus jeune âge, et ses comparses d’Imperial Tiger Orchestra préparaient leur premier CD, «Mercato». Tous avaient flashé sur un titre de la grande chanteuse Hamelmal Abaté qu’ils firent interpréter pour l’occasion par une artiste éthiopienne du bout du lac: Bethelem Dagnachew,aussi surnommée Betty. Le premier pas vers des musiques chantées était osé…

La même année, le groupe s’était produit au Festival des Musiques Ethiopiennes d’Addis Abeba, mis sur pied par Francis Falceto, alias Monsieur “Ethiopiques”. Il y rencontra Endress Hassan, joueur de masenqo, avec lequel il se découvrit des affinités baroques.

Lorsque le festival de la Bâtie, séduit par l’audace de ces Genevois, donna une carte blanche à Imperial Tiger Orchestra à l’occasion du Nouveal An éthiopien, le groupe songea logiquement à rassembler sur une même scène Hamelmal Abaté, Bethelem Dagnachew et Endress Hassan. Une revue d’un genre nouveau qui a également séduit d’autres programmateurs à Zurich, à Berne et Paris pour un spectacle qui s’annonce aussi incroyable qu’unique. A ne rater sous aucun prétexte!

Pour avoir une idée de  l’esprit décalé et passionné qui anime Imperial Tiger Orchestra, découvrez cette vidéo d’une récente tournée en Russie en Hollande et en France réalisée par leur batteur Julien Israelian.

Et bientôt sur ce blog, la carrière de Hamelmal Abaté, des images des répétitions qui commencent demain and more…

Hamelmal Abaté et Imperial Tiger Orchestra on tour:

- Zurich, Theaterspektakel, dimanche 4 septembre

- Genève, la Bâtie, salle du Faubourg, samedi 10 septembre

- Paris, Point Ephémère, jeudi 15 septembre

- Berne, Beeflat, dimanche 18 septembre

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