Archives de la Catégorie Billets d’humeur

Asmara groove

A Asmara, capitale de l’Erythrée, la musique est bien présente. Et même si l’accompagnement est bien souvent trop clinquant, les mélodies sont imparables et les voix lumineuses. Petite sélection des quelques CDs achetés au magasin Maico à deux pas de l’avenue de la Libération cet été. A la TV, dans les bars et discothèques, c’est le rythme tigrinya et sa syncope caractéristique qui domine. Il vous entraîne dans une drôle de transe qui n’est pas sans rappeler les rythmes des musiques touarègues,

La star de l’été 2011 a pour nom Jamel Romedan, alias Jimi. Voix de velours, personnalité charmeuse et romantique, son tube «Ghezana»  s’entend partout, des sonneries de téléphone au bars de Massawa. Jugez plutôt sur cette vidéo prise au stade d’Asmara le 24 mai dernier.

Sa dernière chanson d’amour, «Nsiki do Tbideli», met encore mieux en valeur le charme particulier de sa voix de crooner

 

Feven Tsegay est LA jeune chanteuse dont le nom coure sur toutes les lèvres.  «Wesn» permet de découvrir une voix haute et vibrante et une belle personnalité.


 

Thomas Alazar soigne son look et joue quant à la lui la carte de la voix grave  et du violon traditionnel. Plutôt bien vu!

 

Last but not least, le très jeune Freselam Mussie et son redoutable «Tsibah Zeytbli»:


La lutte continue…

Juste un petit mot pour vous signaler le numéro hors-série de l’été du Courrier International. Sous le titre générique de “Révolutions sonores”, Le Courrier balance une série d’articles vraiment bien sur ces musiques qui dérangent aux quatre coins du monde. Partant des musiques qui ont scandé les mouvements d’émeute en Egypte et en Tunisie, le Courrier a fait appel à tous ses correspondants. J’y ai ainsi découvert le mouvement flamenco anticapitaliste: avec le collectif Flo 6 x 8 qui fait scandale par ses interventions musicales et/ou dansées dans les banques ibériques. Se filmant en direct, ce collectif engagé a ensuite diffusé ses images sur youtube et sur son site internet www.flo6x8.com créant une polémique. Regardez ce petit reportage TV pour vous donner une idée…


Egalement au menu du Courrier un dossier sur la révolution technologique qui change notre rapport à la musique, sur la bande-son des mouvements étudiants à Londres ou sur “Parva que Sou”, une ballade du groupe Deolinda devenue l’étendard d’une génération portugaise: De nombreux autres sujet passionnants se bousculent dans cet hors-série, déjà incontournable. En prime Le Courrier propose sur son site internet une sélection vidéo de ces nouveaux artistes militants. Pour y jeter un coup d’œil, c’est par ici.

A signaler également dans le numéro de juin de Vibrations un excellent article de Rabah Mezouane, qui offre un petit flash back historique sur l’Algérie, pays marqué par l’histoire de ses musiciens engagés, dont la destinée s’est trop souvent mal terminée. Pour enchaîner sur El General (Tunisie), Youness Safar (Maroc) et d’autres nouveaux héros de la résistance maghrébine. Le numéro de juin est feuilletable (mais pas téléchargeable) sur vibrationsmusic.com  Il ne vous reste donc plus qu’à vous rendre chez votre marchand de journaux le plus proche…

Alphüttli Jodler Club versus Erika Stucky

Vendredi dernier, j’ai été l’instigatrice d’une soirée intitulée “Le Son des Helvètes” avec le Alphüttli Jodler Club et Erika Stucky à l’Espace Vélodrome de Plan-Les-Ouates (Genève), Au final il y a eu un joli ping pong entre les Jodleurs éparpillés dans le public et Erika Stucky sur scène. J’ai expliqué et filmé tout ça (avec mon Iphone, soyez donc indulgent pour la qualité!) sur le blog Swiss Vibes. Allez-y jetez un oeil!

Stéphane Belmondo n’est pas prêt à partir sur une île déserte…

Mandatée par Vibrations pour confronter le trompettiste français Stéphane Belmondo à la délicate question de «Quels sont les dix disques que vous emmèneriez sur une île déserte ?»  Je me suis retrouvé face à des réponses aussi prolixes qu’intéressantes, beaucoup trop prolixes en tout cas pour être publiées dans leur intégralité dans le mag. Mais tellement intéressantes que nécessitant impérativement d’être publiées quelque part. Donc ici, sur mon blog. En parlant des musiciens qui l’ont marqués, Stéphane Belmondo en dévoile des facettes pas forcément connues. Une vision de l’intérieur et intime de ce jazzman français qu’on croyait inséparable de son aîné, Lionel. Et qui sort aujourd’hui son premier disque sans son frère : «The Same as it Never Was Before».

Stéphane Belmondo: «Soyons clair, ce serait une catastrophe pour moi de devoir partir sur une île déserte avec ses dix, ou plutôt onze disques. Je me suis résolu à faire la liste succincte de quelques disques qu’il me semble écouter depuis toujours et qui correspondent à des phases de ma vie. Ça a été très compliqué parce que j’ai une vision de la musique extrêmement ouverte : classique, bal, jazz, musiques traditionnelles. En fait, je ne me suis jamais considéré comme un jazzman, mais plutôt comme un improvisateur. Mon nouveau disque, le premier sans mon frère, correspond à un tournant de ma vie. Depuis deux ans, j’ai une famille et j’ai ressenti le besoin d’arrêter de faire le sideman de luxe et de proposer mon projet. Je suis un éternel chercheur de sons. Pour enregistrer j’ai besoin d’être avec des gens qui me sont proches, avec lesquels je suis complice. C’est pourquoi j’ai enregistré mon nouveau disque avec Kirk Lightsey et Billy Hart que je connais depuis des lustres et qui ont plus de 70 ans. Le jeune bassiste Sylvain Romano avec qui je joue aussi depuis des années est aussi de la partie.

Milton Nascimento, «Club da Esquina» (vol 1 et 2) 1978

Il y a beaucoup de choses dans la musique de Milton Nascimento : de la musique classique, de l’Afrique et ses rythmes brésiliens bien à lui. C’est un compositeur « naturel ». Je l’ai découvert, il y a 20-25 ans et les premiers disques que j’ai écoutés sont «Club da Esquina». Ce sont des disques militants enregistrés dans les années 60. Ils mettent en scène quatre amis discutant des problèmes du Brésil d’alors. On ne le sait pas, mais certaines des chansons de Milton Nascimento ont été censurées par le gouvernement brésilien. Milton Nascimento est très croyant et ça se sent dans sa musique. Avec mon frère, Lionel, nous avions fait, il y a quatre ans, un projet en son hommage et avec sa participation. J’ai eu l’honneur de le connaître et j’ai rarement vu quelqu’un qui donne autant de lui-même.

Le Mystère des Voix Bulgares, vol 1

Ça pourrait être de la musique brésilienne, même si c’est géographiquement complètement à l’opposé ! J’ai eu la chance d’aller en Bulgarie l’an dernier et d’entendre le Mystère des Voix Bulgares dans la plus grande église de Sofia. J’aime les musiques qui prêtent au recueillement. Je suis croyant, mais pas religieux. Il y a une pureté dans ces voix qui, pour moi, renvoient à plein d’instruments. Les harmonies sont extrêmement complexes. Je crois que c’est ça le mystère : les harmonies. Parfois, j’y entends la musique classique du XIXème siècle. Je pense fondamentalement que tout se rejoint. Il n’y a qu’une seule musique.

Ellis Regina «Sings Nascimento»

J’ai appris de la bouche même de Milton Nascimento que toutes les compositions qu’il a écrites, il les a écrites pour Ellis Regina. C’était sa muse. Ce qui me touche chez elle, c’est l’émotion qu’elle fait passer dans sa voix. Il y a une énorme souffrance. Je la place tout près d’Edith Piaf. C’est quelqu’un que j’écoute quasiment tout le temps. J’ai des périodes où je n’écoute pas de musique, mais, même là, elle est dans ma tête. Elle me ressource. Je découvre sans cesse dans sa voix de nouveaux sons.

Joni Mitchell «Travelogue»

Je suis fan de la dernière période de Joni Mitchell, depuis le moment où elle est revenue en invitée sur un disque d’Herbie Hancock et où elle chante «The Man I Love»  de Gershwin. Dans ce disque, elle donne de nouvelles versions d’anciennes compositions accompagnée de Herbie Hancock, Wayne Shorter, Brian Blade, Billy Preston, Kenny Wheeler et d’un grand orchestre classique. J’adore ce concept parce qu’on peut faire le même morceau différemment. ’L’arrangeur n’est autre que Vince Mendoza : un génie et qui a parfaitement compris le sens de la musique de Joni Mitchell.

Freddie Hubard «The Love Connection»

Le seul trompettiste de la sélection. Celui qui m’a marqué le plus. Pas dans sa première période, ni dans sa dernière car il avait des problèmes de lèvres qui l’empêchaient de jouer. Mais dans sa période d’avant la maladie, disons de 1966 à 1994.  Il y a comme un mimétisme entre lui et moi. Il a une façon très physique de jouer la trompette. Quand je le regardais jouer, sa façon de tenir l’instrument, sa façon de se tenir, tout me semblait couler de source. J’ai toujours cherché ce son là aussi. Mais je n’ai jamais trouvé une trompette ou un bugle permettant de le produire. Il y a peu j’ai trouvé en Hollande un luthier. Il est entrain de me fabriquer un instrument dont le son se rapproche de mon son idéal. J’ai eu la chance de le connaître aussi. On a beaucoup discuté ensemble. Je pense que c’est un grand compositeur méconnu. Il y avait en lui les prémisses du jazz que l’on fait aujourd’hui et une « couleur » bien particulière.  Il a fait des disques avec les pires accompagnements, mais chaque fois son jeu est tellement magnifique qu’il fait oublier le reste. Maintenant je n’écoute plus du tout de trompette. Je me suis émancipé. Ce qui me touche vraiment c’est la voix, la voix sous toutes ces formes, sauf les voix d’opéra. J’ai aussi repris la batterie et la flûte.

Maurice Durufflé, «Requiem»

J’ai grandi avec la musique classique. J’ai joué très tôt dans des orchestres symphoniques, dont celui d’Aix. Il y a énormément de requiems qui sont magnifiques, mais ici le travail de composition et des harmonies est génial. Le jazz n’a rien inventé au niveau des harmonies. On a tendance à l’oublier. Tout est déjà là. Et puis dans ce Requiem, il y a bien sûr aussi les voix et la dimension spirituelle.

Maurice Ravel, Concerto en sol par François Samson

J’ai choisi spécifiquement cette version parce que j’adore François Samson. Malheureusement il était alcoolique. Il traînait beaucoup dans les clubs de jazz parisiens à l’époque où Bud Powell et des gens comme lui s’y produisaient. Il a développé une façon de jouer de Ravel très jazz, très «powellienne ». Quant à Ravel, c’est un génie de la mélodie, un génie de l’orchestration. Il est hors du temps.

Bill Evans Trio with Symphony Orchestra

C’est Michel Petrucciani qui m’a fait découvrir ce disque. Mon frère, qui a son âge, était copain avec lui. Quand Petrucciani est parti pour les Etats-Unis, il nous a laissé sa collection de 500 vinyles. J’ai encore des vinyles de lui dans ma discothèque ! J’écoutais ce disque quand j’avais 13 ans. Je peux me tromper, mais je pense que Bill Evans a été le premier jazzman à s’attaquer au classique. Il m’a beaucoup influencé par son sens de l’improvisation et son sens de la mélodie. Son « son» de piano est comparable à un son de bugle.

Stevie Wonder, «Songs in the Key of Life»

Sur chaque disque de Stevie Wonder, il y a des morceaux qui me bouleversent et d’autres que je n’écoute pas parce que trop « variété» à mon goût. «Songs in The Key of Life» est le seul enregistrement que j’écoute de bout en bout. Stevie Wonder m’a incroyablement influencé. En 2004, j’ai fait l’album «Wonderland» en sextet qui lui était entièrement dédié et aujourd’hui je n’ai pas pu m’empêcher de remettre un morceau sur «The Same as It Never Was Before». On parle tout le temps de la voix de Stevie Wonder, mais on omet souvent de dire que c’est un pianiste et un harmoniciste extraordinaires.

Coltrane, Période Impulse…

C’est le musicien qui m’a fait le plus peur. J’ai à la fois compris et pas compris. Mon oreille de musicien m’a dit. «Qu’est-ce que c’est que ce truc-là ? » Mon oreille humaine a été vraiment touchée. Ça m’a remué à un point dont je ne peux même pas parler aujourd’hui. Il est mort très jeune. Mais c’était sa destinée. Il ne pouvait pas rester plus longtemps. C’était une étoile filante, ce mec-là ! Comme souvent, c’est sa dernière période qui me touche le plus. Mc Coy Tyner et Elvin Jones étaient les seules personnes qui pouvaient le suivre, l’accompagner.

Jaco Pastorius, «Word of Mouth»

C’est la synthèse de tout. On a toujours parlé du bassiste, mais quel compositeur ! Ce disque est un enregistrement rapiécé, un big band éclaté. Y participent Wayne Shorter, Herbie Hancok, Toots Thielemans et bon nombre d’autres grands musiciens Certains enregistraient à New York, d’autres à Bruxelles. Et Jaco Pastorius a tout orchestré dans son studio. C’est son «son» de base qui touche en premier. Mais c’est un très grand orchestrateur. Un génie lui aussi. Son importance au sein de Wheather Report était aussi grande que celle de Zawinul. “

Stéphane Belmondo, «The Same as it Never Was Before» (Verve, Universal)
Vernissage du CD le 16 juin à Paris au Café de la Danse

Le charme de Mounira …

La première fois que j’ai rencontré Mounira Mitchala il y a trois ans, elle résidait dans un studio à la Cité des Arts de Paris et participait à une résidence de chant. Depuis la jeune femme timide que j’ai rencontrée a pris de l’assurance et a peaufiné sa démarche.

Ce qui m’a plu d’emblée chez elle c’était sa voix, ses mélodies, la nostalgie de ses refrains. Une voix qui tire des liens entre Afrique noire, monde arabe et Orient. Acoustique mais pas trop, moderne mais pas trop, Mounira Mitchala dégage une aura de subtilité. Après avoir remporté le prix RFI en 2008, elle fait paraître la même année son premier CD, «Talou Lena» (Marabi). Très vite certains de ses titres sont repris sur des compilations de world music. Elle est d’ailleurs l’une des rares artistes de la nouvelle génération figurant sur le coffret encyclopédique de 200 titres «Africa: 1960-2010: 50 ans d’Indépendance», récompensé par le prix de l’Académie Charle Cros l’an dernier.

De retour en Europe pour y enregistrer son second CD, elle fait une escale genevoise, à La Julienne de Plan-Les-Ouates où je programme des concerts quatre fois par année. Une occasion unique de voir une future grande dame de la chanson africaine entourée de la crème des musiciens africains. Dont Emile Biayenda des Tambours de Brazza à la batterie et Charles Kely à la guitare (qui a lui aussi un album sous son nom).

Pour le plaisir des yeux (et des oreilles), un aperçu de son talent ci-dessous dans cette vidéo (de mauvaise qualité) où elle chante pour le Darfour:

Ah… J’allais oublier: la billeterie en ligne c’est ici!

Calvin Russell est mort

Quelques minutes pour regarder le grand classique «Crossroads» de Calvin Russel et vous ne pourrez que succomber au charme cabossé de ce grand Monsieur du rock et du blues. Calvin Russel était un rebelle, un torturé à la Johnny Cash. Son dernier album studio, «Dawg Eat Dawg» me faisait d’ailleurs curieusement penser aux derniers enregistrements du grand Monsieur de la country, ceux de la série American Recordings et, en particulier, le volume III «Solitary Man». Il s’en dégageait la nostalgie et la sérenité de ceux qui savent ou qui ont la prescience de leur fin. Aujourd’hui M. Calvin Russel s’est éteint chez lui au Texas, mais sa voix rocailleuse et son blues mélodieux résonnent toujours.

 

Calvin Russel, «Dawg Eat Dawg», XIII bis Records.

Révolution africaine au Cully Jazz Festival

L’édition 2011 du Cully Jazz Festival se sera déroulée comme un long crescendo d’excellentes musiques. Côté jazz, il y eut des moments d’exception, dont  Tigran Hamasyan en solo au temple, l’incroyable contrebassiste israélien Avishai Cohen ou  Archie Shepp grand maestro parvenu au sommet de son art  à 74 ans! Mêlant classiques de son répertoire, blues (qu’il chante lui même et fort bien) et innovation avec l’incroyable Napoléon Maddox à la voix. Rarement rap -  ou plutôt spoken world  comme disent les Anglais -  n’a atteint un tel niveau de subtilité, de sensibilité, d’excellence. Chapeau! Eric Legnini avec la chanteuse à la voix marquée Krystle Warren a été le premier à développer les liens infinis qui lient la plupart des musiques à l’Afrique.

Le maestro Gilberto Gil avec son fils et le grand Jacques Morlenbaum à la contrebasse a débarqué en toute tranquillité. Pour un show grandiose. Extrapolant à partir de cette formule minimale, Gilberto Gil, chante, siffle, glisse dans des chants de gorge, frappe sa caisse de résonance comme une percussion ou ponctue ces sentences d’une seule note répétitive. Si vous avez raté la chose, le concert existe en disque sous le nom de Banda Dois. Il ne me semble pas que le disque soit distribué en France, ni même disponible sur Itunes mais il est téléchargeable légalement ici. Y figure entre autres un titre en français intitulé «La Renaissance Africaine».

Ça tombe bien parce que hier soir, vendredi 1er avril, le Cully Jazz baignait en pleine renaissance africaine. D’abord avec l’incroyable duo Ballaké Sissoko et Vincent Segal. Une première suisse et une première pour moi dans l’église du village. Ensemble, avec émotion, humilité et pas mal d’humour, le Malien, virtuose de la kora et le Français, champion du violoncelle, ont revisité les standards de la culture mandingue en les mêlant à leurs propres compositions. Thèmes classiques, évocations courtes ou nouveaux morceaux de Ballaké Sissko se sont enchaînés. Une subtile alliance entre les arpèges vertigineux de la kora et les mouvements d’archets ou les cordes pincées du violoncelle. Les yeux fermés, complices, les deux amis se laissent porter par leur inspiration, Ballaké ponctuant de quelques “hums” appréciateurs ces moments de félicités partagés.

Au Chapiteau, il faut quelques minutes pour s’adapter à l’ambiance débridée que  Seun Kuti et son big band composé de quelques anciens d’Egypt 80 et d’une flopée de jeunes musiciens est entrain de mettre en place. Evidemment on ne peut s’empêcher de comparer cette prestation à celle de son aîné Femi Kuti, présent l’an passé sur cette même scène. Là où Femi impressionnait avec un spectacle parfaitement rôdé,  calé à la seconde près, avec des danseuses et choristes renversantes, Seun Kuti semble évoluer au sein d’un big band beaucoup plus chaotique. Mais le chaos est savamment orchestré. Passé la transition d’une musique de recueillement à cette transe nigériane, on entre dans la musique sans ne plus pouvoir  lâcher l’affaire. C’est que Seun Kuti a hérité d’une bonne dose de charisme de son père. Danseur époustouflant, saxophoniste de bon niveau, il a la diatribe vindicative. Il fustige les bombardements en Lybie par un Occident qui cherche à oublier qu’il a enrichi Khadafi pendant de nombreuses années en lui achetant son pétrole et en fermant les yeux. Il défend les joints et éructe contre les autorités qui encouragent la vente de cigarettes, drogue légale. Mais surtout, Seun Kuti a décidé d’annoncer à l’Europe l’imminence d’une  révolution africaine en tournant autour d’un des morceaux fétiches de son tout nouvel album «Rise». Comme Martin Meissonier, fidèle ami et producteur de ses débuts, nous le disait il n’y a pas si longtemps «le groupe de Seun Kuti me fait parfois penser à l’Arkestra de Sun Ra». Jugez plutôt sur cette vidéo réalisée en 2005 aux Nuits de Fourvière:

Archie Shepp, Phat Jam in Milano, (Dawn of Freedom)

Gilberto Gil, «BandaDois» (WMI)

Ballaké Sissoko & Vincent Segal, «Chamber Music» (No Format)

Seun Kuti, «From Africa With Fury: Rise», Knitting Factory Records

Swiss Vibes, mode d’emploi

Une des raisons de mon silence sur ce blog ces derniers temps est que je suis entrain d’en constituer un autre!
Je m’explique. Il y a deux ans, alors que je travaillais encore à temps plein pour le magazine Vibrations, nous avions réalisé avec Pro Helvetia un CD intitulé Swiss Vibes. Sophie Hunger était sur le point de faire sortir son disque en France, d’autres artistes suisses émergeaient à l’étranger et l’on avait envie de sortir la musique suisse des clichés dans lesquels elle est encore souvent enfermée à l’étranger. Le CD avait été envoyé gratuitement aux abonnés du magazine et diffusé via le réseau de Pro Helvetia.

Deux ans plus tard, désormais installée en indépendante, me voilà de retour avec un nouveau Swiss Vibes. 19 titres enthousiasmants, from jazz to pop, pour montrer que la scène helvétique se porte toujours à merveille. Et pour étoffer l’opération, on a décidé de créer un blog (voir badge ci-contre), une page Facebook, bref de faire monter la sauce et d’amener plus de contenu sur les artistes participants à l’opération. Pour en savoir plus: allez visiter le blog swissvibes.org et devenez fan de la page Swiss Vibes sur Facebook. Et si vous aimez, partagez avec vos amis, collez des badges sur vos sites et blogs (instructions pour les badges sur ce lien).

Et bien sûr, bientôt de retour sur ce blog pour partagez avec vous mon disque du mois d’avril et mes coups de cœur du festival de jazz de Cully où j’ai déjà été subjuguée par le retour du vénérable, mais néanmoins toujours inventif Gilberto Gil en trio avec son fils et Jacques Morlenbaum! D’ailleurs ce soir, il y a Samuel Blaser, tromboniste suisse en première partie de Wayne Shorter. Qui dit mieux?

Je parle de mon blog

Hier, j’ai été invitée à parler de mon blog dans le cadre d’un First de Rezonance. Rezonance est un réseau  qui rassemble entrepreneurs et indépendants de Suisse Romande. Mensuellement, Rezonance organise des conférences sur des thèmes bien spécifiques. Celui d’hier s’intitulait : “Ma présence dans les médias sociaux”.

L’idée était que je parle de mon blog, comme une utilisatrice lambda, que je montre un peu ce que j’y fais et ce que cela me rapporte. Tout ça en 15 minutes maxi, montre en main. Tout allait bien jusqu’au jour où j’ai été sur le site de Rezonance et que j’ai constaté qu’il y avait 225 personnes inscrites. Gla gla… pas trop l’habitude de parler avec des slides devant 225 personnes. Ça y est c’est fait: j’ai surmonté mes vieilles peurs et suis même franchement contente d’avoir participé à cet événement.

Vous pouvez consulter ici (Rezonance_10.03) les résumés qui étaient projetés sur l’écran derrière moi pendant que je parlais. Est ressorti en gros de ces réflexions que mon blog me permettait :

-      De communiquer différemment avec les gens, de façon plus personnelle, à la première personne. D’aborder aussi tous les sujets qui m’intéressent sans attendre l’aval d’un supérieur. Le billet que j’ai publié, il y a quelque temps sur les Touaregs en est un bon exemple… Aucun journal de la place n’aurait acheté ça !

-      D’obtenir une stimulation intellectuelle à travers les commentaires et réactions des gens.

-      D’entrer en relation avec de nouvelles personnes. Des contacts qui pouvaient déboucher sur de nouvelles collaborations inédites auxquelles je n’aurais jamais pensé par moi-même.

En rentrant chez moi, je me suis rendu compte que j’avais oublié de préciser une chose importante, une conséquence indirecte de mon blog, un niveau meta en quelque sorte. Depuis que j’ai un blog, je ne fonctionne plus – ou du moins je n’interagis plus – de la même façon avec les gens dans la vie réelle aussi.

Un exemple: je programme une série de concerts dans le domaine des musiques du monde à Plan-Les-Ouates. L’année passée, lors de la présentation de la saison, quelqu’un du public est venu vers moi, me disant en gros: «Les musiques du monde c’est bien joli, mais pourquoi ne faites-vous jamais de concerts de musique suisse». Avant le blog, je me serais probablement dit: « Mais de quoi il se mêle celui-là, c’est moi qui sait, c’est moi la spécialiste!» Avec l’expérience du blog et l’habitude d’avoir des gens qui réagissent,  j’ai pensé : «Tiens c’est marrant. C’est vrai qu’il y aurait peut-être quelque chose à creuser de ce côté-là !»… Du coup, le 28 mai 2011, j’ai prévu un concert de Erika Stucky, la grande jodleuse-rockeuse suisse allemande, avec en première partie le Alphüttli Jodler Club de Plan-Les Ouates. Je me réjouis déjà de ce double-concert qui va montrer comment la musique traditionnelle suisse se maintient et comment elle peut être interprétée de façon très expérimentale.

Conclusion : les blogs c’est bon aussi pour l’ouverture d’esprit et la remise en question: presque un thérapie, quoi ! En attendant, ce soir, toujours à Plan-Les-Ouates, soirée blues avec Pura Fé et Music Maker Foundation. Là aussi ça va être thérapeutique et festif. Venez nombreux !

Raoul Paz à Cuba

Le 20 novembre 1969, les Nations Unies adoptaient la Convention sur le droits de l’enfant. 21 ans plus tard, le même jour, Raul Paz a mobilisé dans l’urgence les élèves de l’école nationale de ballet et l’école de nationale de danse de Cuba pour réaliser cette vidéo commémorative. Il paraît que ce genre d’actions s’appelle un flashmob (“mobilisation rapide d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer une action convenue d’avance”). Et celui-ci serait le premier de l’histoire  à s’être déroulé sur l’île de Cuba. Plutôt sympa, non?

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