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Mark Kelly et Mambi pour une dernière mémorable au Café Addis

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais j’ai créé avec trois fous dans mon genre une association: Addis Sounds. Notre but: proposer régulièrement de rendez-vous musicaux inédits avec des musiciens d’ici, originaires d’ailleurs. D’abord parce qu’en Suisse romande, ce genre de musiques est sous représenté (hormis les festivals). Ensuite, parce que vu le climat ambiant de frilosité, de peur de l’autre, il est parfois bon de rappeler que la musique peut toujours rassembler.

A l’origine aussi, il y avait ce café africain qui venait d’ouvrir en bas de chez moi. Passé la première salle et une volée de marches, se trouvait un deuxième espace chaleureux pour lequel j’ai craqué. J’ai commencé par y organiser des concerts en solo avec, parmi les meilleurs musiciens africains du coin: Kara, Nana Cissokho… C’est là que les autres (Edgar, Sylvie et Florian) sont apparus, enthousiastes à l’idée de participer. Addis Sounds est né. Sitôt après les ennuis ont commencé pour le café Addis, la police du commerce ayant repéré le lieu et le jugeant trop bruyant.

Du coup, Addis Sounds est devenue nomade, d’abord pour un double concert mythique de Boubacar Traoré à la Datcha. Mais, comme on aimait vraiment trop le café Addis, nous y sommes revenus deux fois. D’abord pour un concert sans aucune amplification de l’excellent groupe de rebetiko de Genève, Rebeteke puis pour une rencontre entre Mark Kelly et Mambi. Ça c’était vendredi dernier. Un concert qui marquait aussi la fin du café Addis, le patron ayant décidé de jeter l’éponge.

Mark Kelly est un songwriter anglais qui a établi – on ne sait pourquoi – ses quartiers à Vevey. Mark Kelly c’est aussi un indigné, un militant, un performer, un bon vivant qui aime les scènes libres, les performances… Mambi est un percussionniste cubain qui s’est installé à Lausanne depuis belle lurette pour des raisons de cœur… Mambi est un très très grand instrumentiste. Il a joué avec beaucoup de beau linge dont Chucho Valdès. Il peut passer des congas, à la calebasse ou aux grelots. La rencontre de ces deux-là, ne pouvait donc qu’être explosive. le premier parle français avec un énorme accent anglais et pas un mot d’espagnol. Le second ne parle ni français ni anglais. Aux répétitions, c’était déjà quelque chose. Dimanche après-midi à la radio, dans l’émission Kalakuta sur Couleur 3, ils se sont faits enregistrer alors qu’ils croyaient encore être entrain de répéter…

Au café Addis (plein à craquer), le show fut forcément artisanal. Mambi était au four (aux percussions) et au moulin (au son). Mark Kelly a tout de suite mis tout le monde d’accord en faisant chanter le public dès le premier morceau.  En deux sets, ces deux-là ont démontré que le drôle de mélange soul-folk-blues allumé de Kelly pouvait très bien s’accomoder de transes latino. Clairement, c’était Mark Kelly qui traçait la ligne conductrice. Mais Mambi s’est inséré dans son répertoire avec beaucoup de feeling,de subtilité aussi. A peine s’est-il permis une ou deux petites descarga…… Et Mamadou, rapper sénégalais, fidèle des soirées de l’Addis, s’est même emparé du micro pour une jam transculturelle!

Bref, pour avoir une idée, j’ai essayé de filmer le final sur mon Iphone. Mais bon j’étais mal placée,il n’y avait pas de lumière et j’ai dû tourner une ou deux fois mon appareil…. Ça donne quand même une idée de l’ambiance. Quant aux photos qui illustrent cet article – nettement plus pro – elles sont signées d’Edgar Cabrita.

Ah, j’allais oublier: le prochain concert de l’Association Addis Sounds, ce sera le Raaga Trio, une rencontre entre deux Genevois (Andreas Fulgosi et Guillaume Lagger) et deux musiciens d’Afrique de l’Ouest (Andra Kouyaté et Baba Konaté) au Mombasa cette fois (rue de l’Ale 35). Et après, il aura plusieurs concerts au caveau Weber dans le cadre du off Cully Jazz Festival. Mais ça je vous en reparlerai.

Youssou N’Dour président?

Cette semaine, c’est la semaine des stars. Après la disparition de Cesaria Evora, c’est au tour de l’illustrissime chanteur sénégalais de faire parler de lui. On avait déjà vu des musiciens se transformer en ministre de la culture (Gilberto Gil au Brésil, Mario Lucio au Cap-Vert). Youssou N’Dour a toujours visé le top. Il paraît donc qu’il pourrait briguer la présidence du Sénégal l’année prochaine. Pour plus de détails, voir l’article qui lui est consacré sur Afrik.com.

Cesaria Evora tire sa révérence

Non Cesaria Evora n’est pas morte, mais elle est malade, fatiguée, plus en mesure d’assurer un calendrier et des tournées de stars de la world music.Le quotidien Le Monde l’explique et fait son éloge mieux que je ne pourrais le faire. A lire ici.
Et pour dire au-revoir à la grande dame de la chanson capverdienne, à regarder encore une fois son “besame mucho” romantique et prémonitoire.

Le triomphe impérial d’Hamelmal Abaté

Evidemment, vous ne vous attendiez pas à ce que je vous dise que le Nouvel An éthiopien, proposé dans le cadre du Festival de la Bâtie et pour lequel j’ai bossé d’arrache-pied, ait été un flop… En toute subjectivité, ce fut un triomphe qui dépassa toutes mes attentes. La veille pourtant, le stress était à son comble. Lors de la répétition générale à la salle du Faubourg de Genève, Imperial Tiger Orchestra et Hamelmal Abaté passèrent pas moins de 3 heures à mettre au point l’ordre de passage des morceaux de leur set, un set prévu pour durer également 3 heures… Puis ils se précipitèrent dans les studios de la Première pour y jouer en direct deux morceaux live dans l’émission Radio Paradiso.

«Un set de trois heures, c’est une folie furieuse» me dis-je en mon for intérieur et un peu aussi en mon for extérieur. «Mais non,  me rassure Luc le percussionniste, tout le challenge est là!». «Ne t’inquiète pas, on va finir par faire 2 h 30», ajoute Raphaël, toujours diplomate… Le jour J, samedi 10 septembre, vers 22 h, alors que la salle se remplit gentiment, j’oscille toujours entre excitation et inquiétude. Est-ce que tout cela est bien raisonnable? La communauté éthiopienne va-t-elle suivre? Nous attend-elle au contour? Les tigres genevois vont-ils être à la hauteur? Les Suisses vont-ils supporter trois heures de concert? Pendant que je cogite, Malcolm Catto, batteur des Heliocentrics et excellentissime DJ, vogue joyeusement entre descarga, afrobeat et musiques de l’âge d’or éthiopien.

22 h 30, c’est parti. En force. Les six musiciens Genevois et le joueur de masenqo, Endress Hassan, attaquent avec détermination. Trois instrumentaux au couteau et l’entrée en piste des deux danseurs (Getu Tirfe et Emebet Tizazu) suffisent à mettre le feu. La première chanteuse, Bethlemen Dagnachew, avec sa drôle de voix aux accents reggae et son sourire enfantin, fait une apparition lumineuse le temps de deux chansons. Puis c’est au tour de celle que tout le monde attend, Hamelmal Abaté, de se lancer dans un  a cappella à couper le souffle. Quelques minutes plus tard, le public commence à se déchaîner… et la diva sort de scène. L’air de rien, Imperial Tiger Orchestra balance deux instrumentaux, plutôt expérimentaux.  Aïe, mon sang se glace à nouveau. J’adore, mais quand est-il des 500 autres spectateurs de la salle? Je risque quelques coups d’œil à droite et à gauche, et je ne vois que des visages fendus de larges sourires… Je respire… Si ce virage-là passe, la soirée ne peut qu’exploser. Sur le coup de minuit, Hamelmal Abaté, drapée d’une cape noire qui ne se porte que dans les grandes occasions, revient avec sa chanson-culte, «Enkuan Aderesachihu», celle-là même qui s’entend dans tout Addis Abeba à l’approche du Nouvel An copte. Parmi les Ethiopiens venus en masse, ça commence à chauffer. La température à l’intérieur de la salle aussi.

Voir que mon objectif  – réunir le temps d’une soirée Ethiopiens et Suisses qui habituellement se côtoient sans se voir – est atteint me remplit de joie. Sur scène comme dans la salle l’heure est aux mélanges, aux échanges jubilatoires. Bethelem Dagnachew et Hamelmal Abaté se relaient au micro. Les chemises collées à la poitrine, les tigres genevois ont pris leur rythme de croisière. Final en apothéose avec les deux chanteuses au micro, les danseurs et le flegmatique Endress Hassan, armé de son violon fou. La claque. Malcolm Catto est lui aussi impressionné par la qualité du spectacle. Normalement il faut s’appeler Clinton ou Femi Kuti pour oser ce genre de shows…. Et quand le DJ anglais voit son alter ego éthiopien,  Dawit,  un gamin de 20 ans, tapoter sur son Iphone et faire groover une salle remplie d’Ethiopiens aux sons des grands succès d’Addis Abeba, il se comporte en vrai gentleman. Il regarde sa caisse de vinyles avec circonspection, me lance un sourire en coin avant de me proposer, avec un brin d’humour, de mettre des disques en toute fin de soirée: “pour vider la piste de danse”. A l’heure éthiopienne, tout tourne décidément à l’envers. Tant mieux.

PS1. Dans le feu de l’action, j’ai même oublié de prendre des photos ou des vidéos. Mais ça devrait arriver sur YouTube prochainement…

PS2. Pour les Français, le plateau dont je vous parle ci-dessus, donnera un unique concert au Point Ephémère le 15 septembre 2011 à 20 h. Ce ne sera plus Nouvel An, mais ce n’est pas une raison suffisante pour rater ça!

Qui est donc Hamelmal Abaté?

Star parmi les Ethiopiens et les Américains, Hamelmal Abaté n’est peu ou pas connue du public européen. La création qu’elle réalise au festival de la Bâtie dans le cadre du Nouvel An éthiopien, reprise ensuite à Paris et à Berne, est l’occasion de retracer la carrière de cette artiste à la voix de velours.

Née à Harar dans la deuxième moitié des années 60, Hamelmal Abaté ne connaît pas la date précise de son anniversaire. Suite au divorce de ses parents, elle déménage avec ses neufs frères et sœurs à Asebe Terefi, petite bourgade coupée du monde. Enfant, elle fait partie du chœur de l’église où ses talents vocaux sont déjà repérés. Elle fait aussi partie d’un groupe de jeunes, Kebele Kinet, qui chantent a cappella. Au milieu des années 70, l’Ethiopie vit alors les premières années du Derg, la junte militaire qui renversa Hailé Sélassié. Le pays est en guerre sur plusieurs fronts et la musique sert de ciment national. La plupart des structures étatiques ont leur groupe. Lors des cérémonies officielles, les formations les plus en vues se produisent aux quatre coins du pays. Y compris à Asebe Terefi où Kebele Kinet en profite pour s’improviser groupe de première partie.

C’est lors de l’une de ces fêtes que Kebele Kinet se retrouve sur scène avant le groupe de la police d’Harar. Sans prévenir, les musiciens se glissent derrière les chanteurs en herbe et se mettent à jouer. «Je devais avoir 14 ans. C’est à ce moment que j’ai senti au plus profond de moi que je serai chanteuse». Egalement sous le charme, les musiciens-policiers lui proposent de les suivre à Harar. Mais la mère d’Hamelmal Abaté s’y oppose catégoriquement. Être musicienne n’est pas quelque chose d’envisageable pour sa fille. Hamelmal Abaté adolescente est déjà une personnalité hors du commun. Elle ment à sa mère, prétend qu’elle doit suivre un traitement à l’hôpital d’Harar et part rejoindre l’orchestre de la police. Pendant deux ans, elle chante dans cette formation. Sa scolarité terminée, la chanteuse en herbe devrait devenir policière pour pouvoir continuer à chanter avec ce groupe.

Addis Abeba, la ville de tous les possibles, la tente. Encore mineure, Hamelmal Abaté prétend avoir décroché un engagement dans la capitale et être invitée à résider chez un de ses oncles paternels. Un nouveau mensonge. Arrivée dans la plus grand ville du pays, les choses se corsent. «J’avais eu une enfance heureuse, insouciante. À Addis, je partais tous les matins faire la tournée des théâtres et de tous les lieux où l’on jouait. En vain. J’étais trop jeune. Personne ne voulait de moi». Alors qu’elle songe à réintégrer le domicile familial, Hamelmal Abaté tente une ultime fois sa chance au Théâtre National. Elle est à nouveau éconduite. Sur le chemin du retour, mue par une impulsion subite, la jeune fille fait demi-tour, pousse la porte de l’entrée des artistes et se retrouve en pleine répétition. Des musiciens d’Harar la reconnaissent et convainquent la direction de l’écouter. Elle est engagée. Tout s’enchaîne alors très vite.

a href=”http://zabeth.files.wordpress.com/2011/09/hammelmal-abatc3a9_ld2.jpg”> En 1983, Hamelmal Abaté sort son premier album, qui comprend la chanson d’amour «Na Maleda», un hit. La chanteuse devient alors une incontournable de la vie nocturne. «À l’époque du Derg, il y avait le couvre-feu. Alors on fermait les portes du club et l’on jouait toute la nuit !». Le succès grandissant, Hamelmal Abaté joue un temps avec le Roha Band, le groupe le plus en vue d’Addis Abeba. Femme de tête, elle décide ensuite de devenir sa propre productrice. Elle achète des instruments, engage des musiciens et monte le Hammelband avec lequel elle tourne dans tout le pays. Elle écrit ses poèmes-chansons et développe une collaboration à long terme avec le pianiste et arrangeur Abegaz.

Après la chute du Derg en 1991, l’émulation artistique est forte dans la jeune République démocratique d’Ethiopie et les frontières s’ouvrent. Les artistes qui en ont les moyens commencent à aller jouer aux Etats-Unis où réside une très grande communauté éthiopienne. Les structures en place en Ethiopie ne tardant pas à se détériorer et le piratage des disques à s’intensifier, certains choisissent l’exil. Comme ses aînés Mahmoud Ahmed ou Aster Aweke, Hamelmal Abaté s’installe non loin d’Hollywood en 1992. Elle y réside jusqu’en 2005. Elle se produit lors des fêtes éthiopiennes, tout en continuant d’enregistrer des CDs, huit en tout.

Au début des années 90 paraît l’album «Ermehin Awuta», en tête des ventes en Ethiopie pendant plus d’une année. Suivra en 1997, «Irsagn» («Forget Me») qui la consacre grande chanteuse de la musique éthiopienne. Entre tradition et modernité, Hamelmal Abaté frappe par son sens de la mélodie, par la pureté de sa voix. Elle est aussi à l’aise dans les registres aigus caractéristiques des voix éthiopiennes féminines que dans des parties plus graves. Sa musique gorgée de soul et de cuivres fait d’elle l’artiste la plus funky d’Addis Abeba. Hamelmal Abaté c’est aussi la voix des femmes qu’elle n’a cessé de chanter dans tous ses morceaux. «l’Ethiopie est un pays où l’homme est roi, avec tout ce que cela peut impliquer comme abus. Je cherche à inciter les femmes à retrouver leur fierté, à oser dire non» explique la chanteuse au long cours qui a choisi de se réinstaller en Ethiopie depuis six ans.

Hamelmal Abaté et Imperial Tiger Orchestra on tour:

- Genève, la Bâtie, salle du Faubourg, samedi 10 septembre

- Paris, Point Ephémère, jeudi 15 septembre

- Berne, Beeflat, dimanche 18 septembre

Il est temps de fêter la nouvelle année!

Le 10 septembre prochain, le Festival de la Bâtie fêtera la nouvelle année éthiopienne 2004. Pour cause de calendrier copte et parce que, depuis quelques années déjà, un groupe de blancs-becs genevois ne peut s’empêcher de décliner les musiques éthiopiennes sous toutes leurs formes. Imperial Tiger Orchestra a d’abord commencé par s’attaquer aux classiques de l’âge d’or de la musique éthiopienne en version instrumentale. Avec pas mal de recul et de culot: du free jazz au funk, ils  ont pétri et malaxé rythmes et harmonies pour mieux se les approprier. Depuis peu ces musiciens hors catégories s’intéressent à des musiques  plus récentes (dont celles composées sous le régime du Derg) ainsi qu’aux genres voisins issus de toute la Corne de l’Afrique.

Le projet de Nouvel An genevois dont il est question ici, est né en juin 2010. J’avais invité  les tigres genevois à faire la première partie d’un concert de Mahmoud Ahmed et du Badume’s Band à la salle du Vélodrome de Plan-Les-Ouates. Un ami restaurateur éthiopien, Dereje, présent dans la salle fut conquis tant par la prestation d’Imperial Tiger Orchestra que par celle du vénérable Mahmoud Ahmed. Il m’apprit à cette occasion que le Nouvel An copte avait lieu la nuit du 10 au 11 septembre. De là à songer à  fêter dignement cet événement à Genève, ville qui rassemble une des plus grandes communautés éthiopienne et érythréenne de Suisse…

Parallèlement, Raphaël Anker, fou de musiques africaines depuis son plus jeune âge, et ses comparses d’Imperial Tiger Orchestra préparaient leur premier CD, «Mercato». Tous avaient flashé sur un titre de la grande chanteuse Hamelmal Abaté qu’ils firent interpréter pour l’occasion par une artiste éthiopienne du bout du lac: Bethelem Dagnachew,aussi surnommée Betty. Le premier pas vers des musiques chantées était osé…

La même année, le groupe s’était produit au Festival des Musiques Ethiopiennes d’Addis Abeba, mis sur pied par Francis Falceto, alias Monsieur “Ethiopiques”. Il y rencontra Endress Hassan, joueur de masenqo, avec lequel il se découvrit des affinités baroques.

Lorsque le festival de la Bâtie, séduit par l’audace de ces Genevois, donna une carte blanche à Imperial Tiger Orchestra à l’occasion du Nouveal An éthiopien, le groupe songea logiquement à rassembler sur une même scène Hamelmal Abaté, Bethelem Dagnachew et Endress Hassan. Une revue d’un genre nouveau qui a également séduit d’autres programmateurs à Zurich, à Berne et Paris pour un spectacle qui s’annonce aussi incroyable qu’unique. A ne rater sous aucun prétexte!

Pour avoir une idée de  l’esprit décalé et passionné qui anime Imperial Tiger Orchestra, découvrez cette vidéo d’une récente tournée en Russie en Hollande et en France réalisée par leur batteur Julien Israelian.

Et bientôt sur ce blog, la carrière de Hamelmal Abaté, des images des répétitions qui commencent demain and more…

Hamelmal Abaté et Imperial Tiger Orchestra on tour:

- Zurich, Theaterspektakel, dimanche 4 septembre

- Genève, la Bâtie, salle du Faubourg, samedi 10 septembre

- Paris, Point Ephémère, jeudi 15 septembre

- Berne, Beeflat, dimanche 18 septembre

Tous à la Cité!

Ce n’est pas parce que j’ai programmé quelques concerts au festival de la Cité que je recommande chaudement d’y aller. Enfin pas seulement… Car j’ai  bien évidemment proposé au festival des trucs que je trouve géniaux comme Aziz Sahmaoui. L’ex-leader de l’ONB revient aux sources de la musique gnawa qu’il conjugue avec ses cousines sénégalaises. Et comme, entre-temps, il a passé dans les rangs de Joe Zawinul, son combo est un véritable navire de rythmes et de mélodies imparables qui sait déclencher des tempêtes comme fendre les flots avec subtilité (Place du Château, samedi 2, 23 h 45). Avant le gnawa Aziz Sahmaoui, nos amis de Imperial Tiger Orchestra investiront la scène du Château avec leur collègue éthiopien Endress Hassan et un coupe de danseurs. Je ne reviens pas sur le sujet, j’ai abondamment tartiné sur eux.  Ceux que ça intéressent peuvent d’ailleurs d’ailleurs télécharger ici le dernier article que je leur consacre dans Vibrations:

Mais tonight is the night: Le festival démarre en beauté avec sur la scène de la Fabrique (20 h) avec Forro in the Dark. Ce groupe de New-Yorkais d’origine brésilienne amène à la musique traditionnelle de leur pays un gros son, une approche  à la fois “arty” et soul. Une démarche qui avait plu en son temps à un certain David Byrne qui collabora avec eux sur leur premier album, paru en 2005. Au même titre qu’une certaine Bebel Gilberto..

Pour info Forro in the Dark rejoue sur cette même scène de la Fabrique mercredi (21 h 15) et jeudi (23h).

Revenons à ce soir, suite des festivités avec les nouveaux héros genevois que sont Mama Rosin (scène de la Fabrique, 21 h 15). Trois hurluberlus qui détestent les formats et malaxent musique cajun, blues et tout autre genre qui leur plaît avec dextérité et décontraction. Final avec Professeur Wouassa (scène de la Fabrique, 23 h 15), les Lausannois, adeptes d’afrobeat pur jus. Ils annoncent pour l’occasion une ribambelle d’invités. Cela dit un cruel dilemme va se poser à ce moment là de la soirée: un peu avant (à 23 h), sur la scène du château démarre un spectacle qui s’annonce d’ores et déjà incroyable, signé Faustin Linyekula. «More, more, more… future» est le clin d’œil trash d’un artiste congolais au bon vieux slogan punk no future. Avec dans le rôle du  guitariste punk africain le génialissime Flamme Kapaya. Des costumes improbables (signés Xuly Bët), des danses déjantées et des musiques d’un genre nouveau pour rêver et réinventer un possible Congo. Explications et extraits avec l’auteur du spectacles dans la vidéo ci-dessous:

La lutte continue…

Juste un petit mot pour vous signaler le numéro hors-série de l’été du Courrier International. Sous le titre générique de “Révolutions sonores”, Le Courrier balance une série d’articles vraiment bien sur ces musiques qui dérangent aux quatre coins du monde. Partant des musiques qui ont scandé les mouvements d’émeute en Egypte et en Tunisie, le Courrier a fait appel à tous ses correspondants. J’y ai ainsi découvert le mouvement flamenco anticapitaliste: avec le collectif Flo 6 x 8 qui fait scandale par ses interventions musicales et/ou dansées dans les banques ibériques. Se filmant en direct, ce collectif engagé a ensuite diffusé ses images sur youtube et sur son site internet www.flo6x8.com créant une polémique. Regardez ce petit reportage TV pour vous donner une idée…


Egalement au menu du Courrier un dossier sur la révolution technologique qui change notre rapport à la musique, sur la bande-son des mouvements étudiants à Londres ou sur “Parva que Sou”, une ballade du groupe Deolinda devenue l’étendard d’une génération portugaise: De nombreux autres sujet passionnants se bousculent dans cet hors-série, déjà incontournable. En prime Le Courrier propose sur son site internet une sélection vidéo de ces nouveaux artistes militants. Pour y jeter un coup d’œil, c’est par ici.

A signaler également dans le numéro de juin de Vibrations un excellent article de Rabah Mezouane, qui offre un petit flash back historique sur l’Algérie, pays marqué par l’histoire de ses musiciens engagés, dont la destinée s’est trop souvent mal terminée. Pour enchaîner sur El General (Tunisie), Youness Safar (Maroc) et d’autres nouveaux héros de la résistance maghrébine. Le numéro de juin est feuilletable (mais pas téléchargeable) sur vibrationsmusic.com  Il ne vous reste donc plus qu’à vous rendre chez votre marchand de journaux le plus proche…

Nana Cissokho et Alaye Diarra au café Addis

Il y a des choses très très énervantes. Comme lorsque l’on organise un concert, qu’on fait faire des très jolis flyers (voir ci-contre) et que ceux-ci ne sont toujours pas arrivés une semaine avant la date fatidique.

Donc comme le merveilleux monde de l’imprimerie n’est pas toujours fiable, je vous résume la chose virtuellement et vous fait confiance pour faire circuler l’info via Facebook et autres.

Le concert aura lieu samedi 21 mai à mon très cher café Addis. Une petite salle confortable (60 places assises – 100 debout) situé à la rue du Valentin 23 à Lausanne et superbement décorée par mon amie Suzy. Là où le chanteur sénégalo-suisse Kara dont je vous avais déjà parlé dans ce blog s’était déjà magistralement illustré.

Là il s’agit d’un concert en duo entre Nana Cissokho (kora et chant) et le Alaye Diara (balafon). Le Sénégalais Nana Cissokho est bien connu dans la région de Lausanne avec son ensemble Nana’n'kho qui s’inspire de la tradition mandingue, mais y intègre des musiques de toute l’Afrique de L’Ouest. Depuis qu’il vit en Suisse Nana Cissokho a joué dans différentes formations, de tailles différentes, ainsi qu’en solo. Il faut dire que Nana a été à bon école. Griot, il est le fils du joueur de kora Soundioulou Cissokho qui fut couronné «roi de la kora» par Sékou Touré! Quant à sa mère, elle n’est autre que la grande chanteuse Mahawa Kouyaté. Alaye Diarra est, quant à lui, un joueur de balafon, originaire du Burkina et  formé à l’école des ballets. Il s’est illustré, entre autres aux côtés des frères Coulibaly. Ensemble, ces deux-là déclineront en version intime les harmonies d’inspiration mandingue, mais libre de tous carcans. La mini-vidéo ci-dessous (enregistrée avec les moyens du bord lors de l’émission Radio Paradiso) vous donne un avant-goût de comment les choses pourront s’emballer le 21 mai… Réservez votre soirée! Et si vous voulez déguster la délicieuse cuisine d’Afrique de L’Ouest du café Addis avant le concert (qui démarre à 21 h 30), réservation recommandée au (078) 771 96 77.

Révolution africaine au Cully Jazz Festival

L’édition 2011 du Cully Jazz Festival se sera déroulée comme un long crescendo d’excellentes musiques. Côté jazz, il y eut des moments d’exception, dont  Tigran Hamasyan en solo au temple, l’incroyable contrebassiste israélien Avishai Cohen ou  Archie Shepp grand maestro parvenu au sommet de son art  à 74 ans! Mêlant classiques de son répertoire, blues (qu’il chante lui même et fort bien) et innovation avec l’incroyable Napoléon Maddox à la voix. Rarement rap -  ou plutôt spoken world  comme disent les Anglais -  n’a atteint un tel niveau de subtilité, de sensibilité, d’excellence. Chapeau! Eric Legnini avec la chanteuse à la voix marquée Krystle Warren a été le premier à développer les liens infinis qui lient la plupart des musiques à l’Afrique.

Le maestro Gilberto Gil avec son fils et le grand Jacques Morlenbaum à la contrebasse a débarqué en toute tranquillité. Pour un show grandiose. Extrapolant à partir de cette formule minimale, Gilberto Gil, chante, siffle, glisse dans des chants de gorge, frappe sa caisse de résonance comme une percussion ou ponctue ces sentences d’une seule note répétitive. Si vous avez raté la chose, le concert existe en disque sous le nom de Banda Dois. Il ne me semble pas que le disque soit distribué en France, ni même disponible sur Itunes mais il est téléchargeable légalement ici. Y figure entre autres un titre en français intitulé «La Renaissance Africaine».

Ça tombe bien parce que hier soir, vendredi 1er avril, le Cully Jazz baignait en pleine renaissance africaine. D’abord avec l’incroyable duo Ballaké Sissoko et Vincent Segal. Une première suisse et une première pour moi dans l’église du village. Ensemble, avec émotion, humilité et pas mal d’humour, le Malien, virtuose de la kora et le Français, champion du violoncelle, ont revisité les standards de la culture mandingue en les mêlant à leurs propres compositions. Thèmes classiques, évocations courtes ou nouveaux morceaux de Ballaké Sissko se sont enchaînés. Une subtile alliance entre les arpèges vertigineux de la kora et les mouvements d’archets ou les cordes pincées du violoncelle. Les yeux fermés, complices, les deux amis se laissent porter par leur inspiration, Ballaké ponctuant de quelques “hums” appréciateurs ces moments de félicités partagés.

Au Chapiteau, il faut quelques minutes pour s’adapter à l’ambiance débridée que  Seun Kuti et son big band composé de quelques anciens d’Egypt 80 et d’une flopée de jeunes musiciens est entrain de mettre en place. Evidemment on ne peut s’empêcher de comparer cette prestation à celle de son aîné Femi Kuti, présent l’an passé sur cette même scène. Là où Femi impressionnait avec un spectacle parfaitement rôdé,  calé à la seconde près, avec des danseuses et choristes renversantes, Seun Kuti semble évoluer au sein d’un big band beaucoup plus chaotique. Mais le chaos est savamment orchestré. Passé la transition d’une musique de recueillement à cette transe nigériane, on entre dans la musique sans ne plus pouvoir  lâcher l’affaire. C’est que Seun Kuti a hérité d’une bonne dose de charisme de son père. Danseur époustouflant, saxophoniste de bon niveau, il a la diatribe vindicative. Il fustige les bombardements en Lybie par un Occident qui cherche à oublier qu’il a enrichi Khadafi pendant de nombreuses années en lui achetant son pétrole et en fermant les yeux. Il défend les joints et éructe contre les autorités qui encouragent la vente de cigarettes, drogue légale. Mais surtout, Seun Kuti a décidé d’annoncer à l’Europe l’imminence d’une  révolution africaine en tournant autour d’un des morceaux fétiches de son tout nouvel album «Rise». Comme Martin Meissonier, fidèle ami et producteur de ses débuts, nous le disait il n’y a pas si longtemps «le groupe de Seun Kuti me fait parfois penser à l’Arkestra de Sun Ra». Jugez plutôt sur cette vidéo réalisée en 2005 aux Nuits de Fourvière:

Archie Shepp, Phat Jam in Milano, (Dawn of Freedom)

Gilberto Gil, «BandaDois» (WMI)

Ballaké Sissoko & Vincent Segal, «Chamber Music» (No Format)

Seun Kuti, «From Africa With Fury: Rise», Knitting Factory Records

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