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Il est temps de fêter la nouvelle année!

Le 10 septembre prochain, le Festival de la Bâtie fêtera la nouvelle année éthiopienne 2004. Pour cause de calendrier copte et parce que, depuis quelques années déjà, un groupe de blancs-becs genevois ne peut s’empêcher de décliner les musiques éthiopiennes sous toutes leurs formes. Imperial Tiger Orchestra a d’abord commencé par s’attaquer aux classiques de l’âge d’or de la musique éthiopienne en version instrumentale. Avec pas mal de recul et de culot: du free jazz au funk, ils  ont pétri et malaxé rythmes et harmonies pour mieux se les approprier. Depuis peu ces musiciens hors catégories s’intéressent à des musiques  plus récentes (dont celles composées sous le régime du Derg) ainsi qu’aux genres voisins issus de toute la Corne de l’Afrique.

Le projet de Nouvel An genevois dont il est question ici, est né en juin 2010. J’avais invité  les tigres genevois à faire la première partie d’un concert de Mahmoud Ahmed et du Badume’s Band à la salle du Vélodrome de Plan-Les-Ouates. Un ami restaurateur éthiopien, Dereje, présent dans la salle fut conquis tant par la prestation d’Imperial Tiger Orchestra que par celle du vénérable Mahmoud Ahmed. Il m’apprit à cette occasion que le Nouvel An copte avait lieu la nuit du 10 au 11 septembre. De là à songer à  fêter dignement cet événement à Genève, ville qui rassemble une des plus grandes communautés éthiopienne et érythréenne de Suisse…

Parallèlement, Raphaël Anker, fou de musiques africaines depuis son plus jeune âge, et ses comparses d’Imperial Tiger Orchestra préparaient leur premier CD, «Mercato». Tous avaient flashé sur un titre de la grande chanteuse Hamelmal Abaté qu’ils firent interpréter pour l’occasion par une artiste éthiopienne du bout du lac: Bethelem Dagnachew,aussi surnommée Betty. Le premier pas vers des musiques chantées était osé…

La même année, le groupe s’était produit au Festival des Musiques Ethiopiennes d’Addis Abeba, mis sur pied par Francis Falceto, alias Monsieur “Ethiopiques”. Il y rencontra Endress Hassan, joueur de masenqo, avec lequel il se découvrit des affinités baroques.

Lorsque le festival de la Bâtie, séduit par l’audace de ces Genevois, donna une carte blanche à Imperial Tiger Orchestra à l’occasion du Nouveal An éthiopien, le groupe songea logiquement à rassembler sur une même scène Hamelmal Abaté, Bethelem Dagnachew et Endress Hassan. Une revue d’un genre nouveau qui a également séduit d’autres programmateurs à Zurich, à Berne et Paris pour un spectacle qui s’annonce aussi incroyable qu’unique. A ne rater sous aucun prétexte!

Pour avoir une idée de  l’esprit décalé et passionné qui anime Imperial Tiger Orchestra, découvrez cette vidéo d’une récente tournée en Russie en Hollande et en France réalisée par leur batteur Julien Israelian.

Et bientôt sur ce blog, la carrière de Hamelmal Abaté, des images des répétitions qui commencent demain and more…

Hamelmal Abaté et Imperial Tiger Orchestra on tour:

- Zurich, Theaterspektakel, dimanche 4 septembre

- Genève, la Bâtie, salle du Faubourg, samedi 10 septembre

- Paris, Point Ephémère, jeudi 15 septembre

- Berne, Beeflat, dimanche 18 septembre

Tous à la Cité!

Ce n’est pas parce que j’ai programmé quelques concerts au festival de la Cité que je recommande chaudement d’y aller. Enfin pas seulement… Car j’ai  bien évidemment proposé au festival des trucs que je trouve géniaux comme Aziz Sahmaoui. L’ex-leader de l’ONB revient aux sources de la musique gnawa qu’il conjugue avec ses cousines sénégalaises. Et comme, entre-temps, il a passé dans les rangs de Joe Zawinul, son combo est un véritable navire de rythmes et de mélodies imparables qui sait déclencher des tempêtes comme fendre les flots avec subtilité (Place du Château, samedi 2, 23 h 45). Avant le gnawa Aziz Sahmaoui, nos amis de Imperial Tiger Orchestra investiront la scène du Château avec leur collègue éthiopien Endress Hassan et un coupe de danseurs. Je ne reviens pas sur le sujet, j’ai abondamment tartiné sur eux.  Ceux que ça intéressent peuvent d’ailleurs d’ailleurs télécharger ici le dernier article que je leur consacre dans Vibrations:

Mais tonight is the night: Le festival démarre en beauté avec sur la scène de la Fabrique (20 h) avec Forro in the Dark. Ce groupe de New-Yorkais d’origine brésilienne amène à la musique traditionnelle de leur pays un gros son, une approche  à la fois “arty” et soul. Une démarche qui avait plu en son temps à un certain David Byrne qui collabora avec eux sur leur premier album, paru en 2005. Au même titre qu’une certaine Bebel Gilberto..

Pour info Forro in the Dark rejoue sur cette même scène de la Fabrique mercredi (21 h 15) et jeudi (23h).

Revenons à ce soir, suite des festivités avec les nouveaux héros genevois que sont Mama Rosin (scène de la Fabrique, 21 h 15). Trois hurluberlus qui détestent les formats et malaxent musique cajun, blues et tout autre genre qui leur plaît avec dextérité et décontraction. Final avec Professeur Wouassa (scène de la Fabrique, 23 h 15), les Lausannois, adeptes d’afrobeat pur jus. Ils annoncent pour l’occasion une ribambelle d’invités. Cela dit un cruel dilemme va se poser à ce moment là de la soirée: un peu avant (à 23 h), sur la scène du château démarre un spectacle qui s’annonce d’ores et déjà incroyable, signé Faustin Linyekula. «More, more, more… future» est le clin d’œil trash d’un artiste congolais au bon vieux slogan punk no future. Avec dans le rôle du  guitariste punk africain le génialissime Flamme Kapaya. Des costumes improbables (signés Xuly Bët), des danses déjantées et des musiques d’un genre nouveau pour rêver et réinventer un possible Congo. Explications et extraits avec l’auteur du spectacles dans la vidéo ci-dessous:

La lutte continue…

Juste un petit mot pour vous signaler le numéro hors-série de l’été du Courrier International. Sous le titre générique de “Révolutions sonores”, Le Courrier balance une série d’articles vraiment bien sur ces musiques qui dérangent aux quatre coins du monde. Partant des musiques qui ont scandé les mouvements d’émeute en Egypte et en Tunisie, le Courrier a fait appel à tous ses correspondants. J’y ai ainsi découvert le mouvement flamenco anticapitaliste: avec le collectif Flo 6 x 8 qui fait scandale par ses interventions musicales et/ou dansées dans les banques ibériques. Se filmant en direct, ce collectif engagé a ensuite diffusé ses images sur youtube et sur son site internet www.flo6x8.com créant une polémique. Regardez ce petit reportage TV pour vous donner une idée…


Egalement au menu du Courrier un dossier sur la révolution technologique qui change notre rapport à la musique, sur la bande-son des mouvements étudiants à Londres ou sur “Parva que Sou”, une ballade du groupe Deolinda devenue l’étendard d’une génération portugaise: De nombreux autres sujet passionnants se bousculent dans cet hors-série, déjà incontournable. En prime Le Courrier propose sur son site internet une sélection vidéo de ces nouveaux artistes militants. Pour y jeter un coup d’œil, c’est par ici.

A signaler également dans le numéro de juin de Vibrations un excellent article de Rabah Mezouane, qui offre un petit flash back historique sur l’Algérie, pays marqué par l’histoire de ses musiciens engagés, dont la destinée s’est trop souvent mal terminée. Pour enchaîner sur El General (Tunisie), Youness Safar (Maroc) et d’autres nouveaux héros de la résistance maghrébine. Le numéro de juin est feuilletable (mais pas téléchargeable) sur vibrationsmusic.com  Il ne vous reste donc plus qu’à vous rendre chez votre marchand de journaux le plus proche…

Nana Cissokho et Alaye Diarra au café Addis

Il y a des choses très très énervantes. Comme lorsque l’on organise un concert, qu’on fait faire des très jolis flyers (voir ci-contre) et que ceux-ci ne sont toujours pas arrivés une semaine avant la date fatidique.

Donc comme le merveilleux monde de l’imprimerie n’est pas toujours fiable, je vous résume la chose virtuellement et vous fait confiance pour faire circuler l’info via Facebook et autres.

Le concert aura lieu samedi 21 mai à mon très cher café Addis. Une petite salle confortable (60 places assises – 100 debout) situé à la rue du Valentin 23 à Lausanne et superbement décorée par mon amie Suzy. Là où le chanteur sénégalo-suisse Kara dont je vous avais déjà parlé dans ce blog s’était déjà magistralement illustré.

Là il s’agit d’un concert en duo entre Nana Cissokho (kora et chant) et le Alaye Diara (balafon). Le Sénégalais Nana Cissokho est bien connu dans la région de Lausanne avec son ensemble Nana’n'kho qui s’inspire de la tradition mandingue, mais y intègre des musiques de toute l’Afrique de L’Ouest. Depuis qu’il vit en Suisse Nana Cissokho a joué dans différentes formations, de tailles différentes, ainsi qu’en solo. Il faut dire que Nana a été à bon école. Griot, il est le fils du joueur de kora Soundioulou Cissokho qui fut couronné «roi de la kora» par Sékou Touré! Quant à sa mère, elle n’est autre que la grande chanteuse Mahawa Kouyaté. Alaye Diarra est, quant à lui, un joueur de balafon, originaire du Burkina et  formé à l’école des ballets. Il s’est illustré, entre autres aux côtés des frères Coulibaly. Ensemble, ces deux-là déclineront en version intime les harmonies d’inspiration mandingue, mais libre de tous carcans. La mini-vidéo ci-dessous (enregistrée avec les moyens du bord lors de l’émission Radio Paradiso) vous donne un avant-goût de comment les choses pourront s’emballer le 21 mai… Réservez votre soirée! Et si vous voulez déguster la délicieuse cuisine d’Afrique de L’Ouest du café Addis avant le concert (qui démarre à 21 h 30), réservation recommandée au (078) 771 96 77.

Révolution africaine au Cully Jazz Festival

L’édition 2011 du Cully Jazz Festival se sera déroulée comme un long crescendo d’excellentes musiques. Côté jazz, il y eut des moments d’exception, dont  Tigran Hamasyan en solo au temple, l’incroyable contrebassiste israélien Avishai Cohen ou  Archie Shepp grand maestro parvenu au sommet de son art  à 74 ans! Mêlant classiques de son répertoire, blues (qu’il chante lui même et fort bien) et innovation avec l’incroyable Napoléon Maddox à la voix. Rarement rap -  ou plutôt spoken world  comme disent les Anglais -  n’a atteint un tel niveau de subtilité, de sensibilité, d’excellence. Chapeau! Eric Legnini avec la chanteuse à la voix marquée Krystle Warren a été le premier à développer les liens infinis qui lient la plupart des musiques à l’Afrique.

Le maestro Gilberto Gil avec son fils et le grand Jacques Morlenbaum à la contrebasse a débarqué en toute tranquillité. Pour un show grandiose. Extrapolant à partir de cette formule minimale, Gilberto Gil, chante, siffle, glisse dans des chants de gorge, frappe sa caisse de résonance comme une percussion ou ponctue ces sentences d’une seule note répétitive. Si vous avez raté la chose, le concert existe en disque sous le nom de Banda Dois. Il ne me semble pas que le disque soit distribué en France, ni même disponible sur Itunes mais il est téléchargeable légalement ici. Y figure entre autres un titre en français intitulé «La Renaissance Africaine».

Ça tombe bien parce que hier soir, vendredi 1er avril, le Cully Jazz baignait en pleine renaissance africaine. D’abord avec l’incroyable duo Ballaké Sissoko et Vincent Segal. Une première suisse et une première pour moi dans l’église du village. Ensemble, avec émotion, humilité et pas mal d’humour, le Malien, virtuose de la kora et le Français, champion du violoncelle, ont revisité les standards de la culture mandingue en les mêlant à leurs propres compositions. Thèmes classiques, évocations courtes ou nouveaux morceaux de Ballaké Sissko se sont enchaînés. Une subtile alliance entre les arpèges vertigineux de la kora et les mouvements d’archets ou les cordes pincées du violoncelle. Les yeux fermés, complices, les deux amis se laissent porter par leur inspiration, Ballaké ponctuant de quelques “hums” appréciateurs ces moments de félicités partagés.

Au Chapiteau, il faut quelques minutes pour s’adapter à l’ambiance débridée que  Seun Kuti et son big band composé de quelques anciens d’Egypt 80 et d’une flopée de jeunes musiciens est entrain de mettre en place. Evidemment on ne peut s’empêcher de comparer cette prestation à celle de son aîné Femi Kuti, présent l’an passé sur cette même scène. Là où Femi impressionnait avec un spectacle parfaitement rôdé,  calé à la seconde près, avec des danseuses et choristes renversantes, Seun Kuti semble évoluer au sein d’un big band beaucoup plus chaotique. Mais le chaos est savamment orchestré. Passé la transition d’une musique de recueillement à cette transe nigériane, on entre dans la musique sans ne plus pouvoir  lâcher l’affaire. C’est que Seun Kuti a hérité d’une bonne dose de charisme de son père. Danseur époustouflant, saxophoniste de bon niveau, il a la diatribe vindicative. Il fustige les bombardements en Lybie par un Occident qui cherche à oublier qu’il a enrichi Khadafi pendant de nombreuses années en lui achetant son pétrole et en fermant les yeux. Il défend les joints et éructe contre les autorités qui encouragent la vente de cigarettes, drogue légale. Mais surtout, Seun Kuti a décidé d’annoncer à l’Europe l’imminence d’une  révolution africaine en tournant autour d’un des morceaux fétiches de son tout nouvel album «Rise». Comme Martin Meissonier, fidèle ami et producteur de ses débuts, nous le disait il n’y a pas si longtemps «le groupe de Seun Kuti me fait parfois penser à l’Arkestra de Sun Ra». Jugez plutôt sur cette vidéo réalisée en 2005 aux Nuits de Fourvière:

Archie Shepp, Phat Jam in Milano, (Dawn of Freedom)

Gilberto Gil, «BandaDois» (WMI)

Ballaké Sissoko & Vincent Segal, «Chamber Music» (No Format)

Seun Kuti, «From Africa With Fury: Rise», Knitting Factory Records

Swiss Vibes, mode d’emploi

Une des raisons de mon silence sur ce blog ces derniers temps est que je suis entrain d’en constituer un autre!
Je m’explique. Il y a deux ans, alors que je travaillais encore à temps plein pour le magazine Vibrations, nous avions réalisé avec Pro Helvetia un CD intitulé Swiss Vibes. Sophie Hunger était sur le point de faire sortir son disque en France, d’autres artistes suisses émergeaient à l’étranger et l’on avait envie de sortir la musique suisse des clichés dans lesquels elle est encore souvent enfermée à l’étranger. Le CD avait été envoyé gratuitement aux abonnés du magazine et diffusé via le réseau de Pro Helvetia.

Deux ans plus tard, désormais installée en indépendante, me voilà de retour avec un nouveau Swiss Vibes. 19 titres enthousiasmants, from jazz to pop, pour montrer que la scène helvétique se porte toujours à merveille. Et pour étoffer l’opération, on a décidé de créer un blog (voir badge ci-contre), une page Facebook, bref de faire monter la sauce et d’amener plus de contenu sur les artistes participants à l’opération. Pour en savoir plus: allez visiter le blog swissvibes.org et devenez fan de la page Swiss Vibes sur Facebook. Et si vous aimez, partagez avec vos amis, collez des badges sur vos sites et blogs (instructions pour les badges sur ce lien).

Et bien sûr, bientôt de retour sur ce blog pour partagez avec vous mon disque du mois d’avril et mes coups de cœur du festival de jazz de Cully où j’ai déjà été subjuguée par le retour du vénérable, mais néanmoins toujours inventif Gilberto Gil en trio avec son fils et Jacques Morlenbaum! D’ailleurs ce soir, il y a Samuel Blaser, tromboniste suisse en première partie de Wayne Shorter. Qui dit mieux?

Musique et politique: du Brésil au Cap-Vert

Juste pour rire: alors que l’ex-ministre de la culture brésilien, Gilberto Gil, ouvre vendredi  le festival de jazz de Cully dans une soirée d’ores et déjà sold out, Mario Lucio dont je suis une grande fan, annule ses concerts européens parce qu’il vient d’être nommé ministre du Cap-Vert… L’occasion de republier ici un article paru dans Le Courrier en décembre dernier et de souligner la trajectoire exceptionnelle de ce musicien hors norme.

Éminence grise de la musique capverdienne, Mario Lucio a été l’un des premiers à réunir les musiques de son archipel. Orphelin, ayant atterri dans une caserne grâce à un militaire ébloui par ses talents artistiques, Mario Lucio grandit seul, à l’écoute des autres. Plus précisément, à l’écoute de ces soldats qui arrivent de leurs différentes îles avec leur instrument sous le bras. Alors que son pays vit les premières heures de son indépendance, il recueille et apprend ces rythmes. Dix ans plus tard, au début des années 90, Mario Lucio est devenu avocat, mais reste musicien dans l’âme. Il fonde Simentera, le premier groupe capverdien qui fait fusionner ce qui jusque-là restait des répertoires bien distincts.

Le Cap-Vert, pays créé de toutes pièces par les Portugais au XVe siècle est devenu prospère grâce au commerce des esclaves. La diversité est un élément fondateur : les références européennes sont aux origines du pays et l’Afrique de l’Ouest est à deux pas…

Depuis qu’il avance à visage découvert, Mario Lucio ne cesse d’explorer ses liens au reste du monde. Sur son précédent opus, «Badyo», enregistré à Bamako, Mario Lucio s’est fait le chantre d’une Afrique en devenir. «L’Afrique n’est pas retardée. Il faut regarder combien de pays compte l’Afrique et combien sont en guerre. Il existe une Afrique urbaine, scientifique, moderne. Il y a des jeunes scientifiques à l’île Maurice, des jeunes entrepreneurs au Bénin, des historiens au Sénégal, Il y a une nouvelle génération d’Africains qui a une conception de la façon dont les continents doivent échanger, communiquer. La vision misérabiliste et d’aide n’est pas appropriée. La première aide serait un changement d’attitude vis-à-vis de l’Afrique.»

Après l’Afrique, place au monde. «Kreol» est le projet le plus ambitieux de Mario Lucio à ce jour. Le multi-instrumentiste s’y est offert un périple sur trois continents. Il a enregistré avec des musiciens africains (Toumani Diabaté, Cesaria Evora), antillais (Ralph Tamar et Mario Canonge), des Brésiliens (Milton Nascimento), Cubains (Pablo Milanès) et Portugais (Teresa Salgueiro). Il dessine les contours d’une musique universelle, parfois proche de chants sacrés, souvent festive, toujours stimulante. À l’image de cet artiste lumineux dont le fil conducteur cherche à : «ajouter la démarche de l’autre à la mienne». Et Mario Lucio de préciser : «Je pense vraiment qu’on doit essayer de voir le monde à partir du point de vue de l’autre, ou du moins de l’autre qui est en nous. Récemment Angela Merkel a dit quelque chose d’incroyable: «Notre effort d’intégration a complètement échoué». C’est sincère et c’est vrai. Toute l’Europe s’est mise à parler d’intégration, mais l’intégration est une forme de soumission. Elle était vouée à l’échec. L’intégration c’est dire «Tu vis chez moi, essaie d’être un peu comme moi !». Pourquoi ne dit-on pas : «Tu es venu me rendre visite alors qu’avant c’est moi qui suis venu chez toi. Comment pouvons-nous vivre notre différence?»

Un point de vue qui peut sembler utopiste, à l’heure où les identités nationales s’exacerbent partout en Europe. Mais l’écoute de «Kreol» prouve pourtant qu’un lien est possible entre les extrêmes., que des cultures à priori différente s’approvisionnent à une même source. «Je crois aux coïncidences cosmiques. Les choses arrivent dans plusieurs endroits au même moment. A l’origine du monde, il n’y a pas eu une seule Lucie, mère de tous les humains. Je pense qu’il y a eu plusieurs mères ou pères simultanément.»
Et comme on ne va pas le voir de si tôt en concert, on se contentera d’une petite vidéo. Bon là, c’est acoustique, avec un instrument traditionnel, un peu transe. Rien à voir avec les orchestrations soignées de son dernier disque. Mais elle vaut la peine d’être vue. Plutôt deux fois qu’une!

Mario Lucio, «Kreol», (Lusafrica/Musikvertrieb)

Je parle de mon blog

Hier, j’ai été invitée à parler de mon blog dans le cadre d’un First de Rezonance. Rezonance est un réseau  qui rassemble entrepreneurs et indépendants de Suisse Romande. Mensuellement, Rezonance organise des conférences sur des thèmes bien spécifiques. Celui d’hier s’intitulait : “Ma présence dans les médias sociaux”.

L’idée était que je parle de mon blog, comme une utilisatrice lambda, que je montre un peu ce que j’y fais et ce que cela me rapporte. Tout ça en 15 minutes maxi, montre en main. Tout allait bien jusqu’au jour où j’ai été sur le site de Rezonance et que j’ai constaté qu’il y avait 225 personnes inscrites. Gla gla… pas trop l’habitude de parler avec des slides devant 225 personnes. Ça y est c’est fait: j’ai surmonté mes vieilles peurs et suis même franchement contente d’avoir participé à cet événement.

Vous pouvez consulter ici (Rezonance_10.03) les résumés qui étaient projetés sur l’écran derrière moi pendant que je parlais. Est ressorti en gros de ces réflexions que mon blog me permettait :

-      De communiquer différemment avec les gens, de façon plus personnelle, à la première personne. D’aborder aussi tous les sujets qui m’intéressent sans attendre l’aval d’un supérieur. Le billet que j’ai publié, il y a quelque temps sur les Touaregs en est un bon exemple… Aucun journal de la place n’aurait acheté ça !

-      D’obtenir une stimulation intellectuelle à travers les commentaires et réactions des gens.

-      D’entrer en relation avec de nouvelles personnes. Des contacts qui pouvaient déboucher sur de nouvelles collaborations inédites auxquelles je n’aurais jamais pensé par moi-même.

En rentrant chez moi, je me suis rendu compte que j’avais oublié de préciser une chose importante, une conséquence indirecte de mon blog, un niveau meta en quelque sorte. Depuis que j’ai un blog, je ne fonctionne plus – ou du moins je n’interagis plus – de la même façon avec les gens dans la vie réelle aussi.

Un exemple: je programme une série de concerts dans le domaine des musiques du monde à Plan-Les-Ouates. L’année passée, lors de la présentation de la saison, quelqu’un du public est venu vers moi, me disant en gros: «Les musiques du monde c’est bien joli, mais pourquoi ne faites-vous jamais de concerts de musique suisse». Avant le blog, je me serais probablement dit: « Mais de quoi il se mêle celui-là, c’est moi qui sait, c’est moi la spécialiste!» Avec l’expérience du blog et l’habitude d’avoir des gens qui réagissent,  j’ai pensé : «Tiens c’est marrant. C’est vrai qu’il y aurait peut-être quelque chose à creuser de ce côté-là !»… Du coup, le 28 mai 2011, j’ai prévu un concert de Erika Stucky, la grande jodleuse-rockeuse suisse allemande, avec en première partie le Alphüttli Jodler Club de Plan-Les Ouates. Je me réjouis déjà de ce double-concert qui va montrer comment la musique traditionnelle suisse se maintient et comment elle peut être interprétée de façon très expérimentale.

Conclusion : les blogs c’est bon aussi pour l’ouverture d’esprit et la remise en question: presque un thérapie, quoi ! En attendant, ce soir, toujours à Plan-Les-Ouates, soirée blues avec Pura Fé et Music Maker Foundation. Là aussi ça va être thérapeutique et festif. Venez nombreux !

Raoul Paz à Cuba

Le 20 novembre 1969, les Nations Unies adoptaient la Convention sur le droits de l’enfant. 21 ans plus tard, le même jour, Raul Paz a mobilisé dans l’urgence les élèves de l’école nationale de ballet et l’école de nationale de danse de Cuba pour réaliser cette vidéo commémorative. Il paraît que ce genre d’actions s’appelle un flashmob (“mobilisation rapide d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer une action convenue d’avance”). Et celui-ci serait le premier de l’histoire  à s’être déroulé sur l’île de Cuba. Plutôt sympa, non?

Liberté d’expression en danger au Brésil

Je n’ai pas eu le temps de vérifier cette info fournie par une amie journaliste brésilienne. Mais si l’histoire est vraie, elle vaut la peine d’être diffusée au maximum. Faites passer…

Le plus grand quotidien du Brésil intente un procès à un blog indépendant, inaugurant ainsi une nouvelle forme de censure

L’action, inédite dans l’histoire judiciaire brésilienne, est ignorée par les médias locaux, dominés par quelques familles, et peut créer un précèdent terrible pour tous les blogueurs du pays.

Comme ce fut le cas pour l’élection d’Obama et lors d’autres élections en Europe, l’internet a occupé une place inédite dans la récente campagne présidentielle brésilienne, qui s’est achevée par la victoire de la candidate de Lula (Dilma Roussef). La participation de centaines de blogs a été particulièrement déterminante puisque, dans leur majorité, ils ont supporté la candidate de gauche (Dilma) alors que, à l’opposé, pratiquement tous les médias traditionnels (radio, télé, quotidiens, magazines) ont fortement soutenu le candidat de l’opposition, José Serra – à la tête d’une coalition politique-médiatique-religieuse conservatrice -  et qui a fini par être battu. Le poids de l’internet est apparu évident le 24 novembre dernier, quand Lula a donné la première interview exclusive d’un président brésilien aux blogueurs. Cette marque de reconnaissance a souligné l’importance des blogs et l’alternative qu’ils ont représenté face aux médias traditionnels pendant la campagne électorale.

C’est dans ce contexte qu’en septembre est né un blog appelé “Falha de São Paulo”, une parodie du plus grand quotidien brésilien, la “Folha de São Paulo”. En Portugais, on se réfère au quotidien seulement comme “Folha” (“feuille”) tandis que “Falha” veut dire “faille”. Ce blog proposait de nombreux photomontages, blagues et critiques acides à l’égard des nouvelles publiées par la “Folha”. Si ces critiques se révélaient toujours humoristiques, elles n’en étaient pas moins acerbes. Par exemple, l’un des montages les plus célèbres (et le plus ironique) plaçait le visage du propriétaire du quotidien, Otavio Frias Filho, sur le corps de Dark Vador, le méchant de la saga Star Wars. Or, un mois après le lancement du site, le quotidien a intenté un procès en Justice pour supprimer le blog de l’internet. Et il y est parvenu. Le pire est que, en plus d’avoir obtenu que l’adresse internet du site soit supprimée, le quotidien la “Folha” a déposé un procès de 88 pages contre les auteurs du blog et réclamé une indemnisation financière pour préjudice moral. Le quotidien évoque une “utilisation illicite de la marque”, en raison de la similitude entre les noms “Folha” et Falha” et du logo du blog, qui s’inspirait du logo du quotidien. La parodie a été réalisée par deux frères (Lino et Mário Ito Bocchini), sans aucun lien avec quelque parti politique ou entité que ce soit. Il s’agit de deux personnes indépendantes, le premier étant journaliste et l’autre, designer. A l’heure actuelle, en raison du coût de ce procès, les deux frères se trouvent plongés dans une grande difficulté morale et financière qui les empêche de se défendre pleinement et efficacement contre cette action violente lancée par le plus grand quotidien du pays. De l’avis des avocats et des professeurs de Droit consultés par les deux créateurs du site, la “Folha” va sans doute gagner ce procès, non pas pour une question de fond mais parce qu’il s’agit là d’une entreprise importante et puissante.

C’est la raison pour laquelle les frères Bocchini ont décidé de porter la question au delà des frontières de leur pays. Au Brésil, moins de 10 familles dominent les grands médias de communication. Et l’une d’elle se trouve être la famille Frias, celle qui se sent gênée par la “Falha de São Paulo” et ses blagues. Par corporatisme, un organe de la presse qui appartient à l’une de ces familles ne va jamais diffuser de nouvelles qui en concernerait une autre. Il s’agit là d’une sorte de tradition brésilienne. La censure d’un blog, d’autant plus quand elle est suivie d’une demande d’indemnisation, est une action inédite au Brésil. C’est la raison pour laquelle les frères Bocchini ont été invités à participer à de nombreux débats et séminaires autour des thèmes de la communication et de la liberté d’expression. Dans tout le pays, des blogueurs et des défenseurs de la liberté de la presse leur ont envoyé des témoignages de solidarité. Des figures célèbres, comme l’ex-ministre de la Culture Gilberto Gil, ont enregistré des témoignages vidéo pour condamner la censure et le procès intenté par la “Folha”. Et pourtant, la presse continue d’ignorer complètement le sujet.

L’inquiétude de tous est que, si le quotidien remporte cette action judiciaire inédite (comme il est vraisemblable), un message très clair sera envoyé aux autres grandes entreprises brésiliennes, qu’elles appartiennent au monde de la communication ou non : si quelqu’un vous gène sur internet, il suffit de le trainer en justice pour un prétexte quelconque comme ” l’utilisation illicite de la marque”. La Justice exigera la suppression du site et, de surcroît, vous accordera un dédommagement financier. Cela signifie qu’est en train de naître au Brésil un nouveau type de censure, instrumentalisée par ceux qui affirment promouvoir la liberté d’expression. Ainsi, personne ne risque de briser le monopole des médias conventionnels, dominés par ces familles évoquées précédemment.

C’est pour cette raison que nous lançons un appel à l’étranger. S’il vous plaît, si vous avez la capacité et l’opportunité de diffuser ou de publier ce texte dans n’importe quel organe de presse ou sur un réseau social sur internet, faites-le! Ou encore, si vous jugez opportun de réaliser un reportage sur ce sujet, n’hésitez pas à nous contacter.

Merci


Le nouveau site internet des frères Bocchini, le www.desculpeanossafalha.com.br, donne tous les détails sur cette affaire. Les posts sont en portugais, mais vous pourrez également y trouver ce texte en anglais, français et espagnol. Et vous pouvez écrire, dans n’importe quelle langue, à  desculpeanossafalha@gmail.com.

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