Archives de la Catégorie Musique

Séquence auto-pub!

Après trois jours passés à me dire que l’expérience du passage à la télévision était vraiment une drôle d’histoire, je me lance et vous redirige vers mes premiers pas à la TV. Le contexte était le suivant: j’étais invitée à participer à la troisième de l’émission “Plein le Poste” (nouvelle émission musicale de la RTS1) produite et animée par quelques transfuges de la 3 (Duja, Frank François et Claire Mudry). Quelques minutes d’interview sur le bouquin que j’ai écrit sur la 3 pour lesquelles il faut arriver 1 h 30 avant, passer par la case maquillage et coiffage avant d’être redirigée dans le studio. Là en deux minutes on vous explique que vous devez commencer dans une fausse cabine d’ascenseur (comme si vous étiez entrain d’arriver sur le plateau) où Duja (dont on entend que la voix) vous pose une à plusieurs questions plus ou moins méchantes, selon son humeur. La voix est diffusée par haut-parleurs et donne l’impression qu’on est surveillée d’en haut par une sorte de Big Brother sarcastique…  (bon, je suis peut-être un peu parano, je l’avoue…). Mais, précise le réalisateur “il ne faut pas lever la tête et avoir l’air la plus naturelle possible” (sic). Heureusement Duja était de bonne… Une fois passé l’épisode de l’ascenseur, c’est Claire Mudry qui pose les questions sur le plateau. Là ça va nettement mieux car Claire a un vrai talent pour mettre à l’aise malgré les spots qui chauffent et les quatre cameramen qui nous encerclent. Bon, comme dirait l’autre “C’est fait!”. A vous de juger!

Interview Elisabeth Stoudmann 1/2

Interview Elisabeth Stoudmann 2/2

Mon film du mois: Balkan Melodie

Le titre ne me disait pas grand chose: encore un de ces films qui surfe sur vague des musiques balkaniques, avec ce qu’elles peuvent avoir de pire comme de meilleur. Tout de même, ce documentaire musical était signé Stefan Schwietert. Son  dernier film  Heimatklänge (sur des yodlers suisses atypiques) m’avait impressionné.

Je me suis donc rendue à la vision de presse de Balkan Melodie, mi-figue-mi-raisin. Et là, confortablement installée dans mon fauteuil de cinéma, un vieux Monsieur – dont j’associais vaguement le nom au Mystère des Voix Bulgares – est apparu à l’écran. Ou plutôt devrais-je dire crevait l’écran. Avant d’avoir été l’instigateur du projet “Mystère des Voix Bulgares”, Marcel Cellier fut le premier Occidental à partir enregistreur à la main dans l’Europe de l’Est communiste pour y enregistrer ces musiques qui le bouleversaient. Il commença dès la fin des années 50 et continua pendant un demi-siècle. Multi-instrumentiste, passionné de musiques, il sera l’homme qui animait l’émission “De la Mer Noire à la Baltique” que beaucoup d’auditeurs romands ont écouté religieusement chaque samedi après-midi pendant près de trente ans.

Marcel Cellier est le fil rouge du film Balkan Melodie. C’est à travers lui qu’on découvre Georghe Zamfir, virtuose de la flûte de pan, les choeurs bulgares, Ion Pop et son Grupul Iza. Le voyage musical se terminant avec une formation plus actuelle: Le Mahalia Raï Band. Le film est magnifique: il faut aller le voir en salle tant qu’il est encore à l’affiche. Quant à moi toujours sous le charme des Cellier (Marcel a une femme Catherine qui l’a accompagné dans ses pérégrinations balkaniques), je suis allée dare-dare les rencontrer pour en faire un portrait paru aujourd’hui dans Le Courrier consultable en ligne ou en PDF (Marcel Cellier).

Bonne lecture et bon film!

Balkan Melodie est projeté aux Galeries Pathé de Lausanne , au cinéma d’Oron et à la Scala à Genève.

Musiques touarègues dans la tourmente

Alors que le MLNA (mouvement national de libération de l’Azawad) vient de faire sa déclaration d’indépendance et que le désert est à feu et à sang, il est plus que jamais l’heure de s’intéresser aux musiques touarègues. J’ai fait un article sur la question pour Le Courrier que vous pouvez consulter sur le site du journal ou en PDF.

Grâce au succès de Tinariwen, une scène touarègue a émergé avec des groupes plus jeunes (Tamikrest, Bombino…) ou plus traditionnels, comme le magnifique groupe féminin Tartit. Ceux-ci vivent actuellement des heures très difficiles, à l’instar de la plus grande partie de la population civile du Nord du Mali.

Pourtant, certaines de ses formations étaient entrain de tracer des voies  intéressantes. Par exemple Tadalat, un jeune groupe qui vient de faire paraître 5 morceaux enregistrés en plein désert dans le studio mobile Sahara Sounds de leur ami, ingénieur du son et manager Abdallah Ag Amano. A l’origine, deux jeunes Touaregs qui fabriquent des guitares-bidons et rêvent de suivre les traces de Tinariwen. Rejoints par d’autres musiciens, soutenus par Abdallah, ils prouvent aujourd’hui que la musique  tamasheq peut s’auto-produire sans obligatoirement passer par des réalisateurs artistiques occidentaux.

Une démarche rendue possible grâce au Français Sedryk et son label Re-aktion, qui fait l’interface et propose ces musiques en téléchargement payant. En 2008, Sedryk fonde tamasheq.net, le site des musiques touarègues et “le Chant des Fauves, la collection des musiques du Sahara”. En 2012, il détient bon nombre des premiers enregistrements des groupes du désert qui commencent à faire parler d’eux, comme Terakaft, Bombino, Tamikrest. Le Chant des Fauves propose aussi des compilations dont “Songs for Desert Refugees”, parue il y a peu et  dont les bénéfices iront aux réfugiés du Nord du Mali. Le but de la collection et du site tamasheq.net n’est pas seulement de faire découvrir de la bonne musique, mais aussi “de casser quelques clichés hérités de la colonisation, comme celui de l’homme bleu sur son chameau.” Les CDs sont toujours accompagnés de livrets documentés. Le site propose également des podcasts d’émission de radio, des interviews d’artistes, un lexique et même une sélection musicale extraite de cartes mémoires récupérées dans le désert!

Quant à Tadalat – les instigateurs de cette compilation – ils innovent aussi musicalement en intégrant une batterie et des nouvelles rythmiques tout en s’offrant des séquences de chants traditionnels soutenus par des claquements de main. Plutôt convainquant. Et toujours téléchargeable au même endroit.

En janvier 2012, juste avant que la rébellion n’éclate, Tadalat a été lauréat du prix “Nouveaux Talents” au Festival au Désert. Ci-dessous un extrait de sa prestation. A voir pour l’ambiance et en faisant abstraction du son… Rock’n'roll à tous points de vue.

Mon disque du mois de mars: Leonard Cohen

Je ne sais pas si c’est parce que je sors de l’écriture du livre sur Couleur 3, mais ces temps c’est le disque de Leonard Cohen qui revient avec insistance dans mon lecteur CD. Leonard Cohen est un des tout premiers musiciens que j’ai écouté. Son concert au Palais de Beaulieu de Lausanne (sauf erreur en 1985) fut une révélation. Avec une amie, nous étions nichées au dernier balcon, Leonard Cohen était aussi grand qu’une épingle tout au loin sur la scène. Mais sitôt qu’il se mettait à chanter de sa voix déjà basse mais un peu plus légère, on avait l’impression qu’il était debout en face de nous.

J’avoue n’avoir ensuite suivi sa carrière que sporadiquement. Pourtant, l’homme ne sort des CDs qu’au compte-gouttes. En 45 ans de carrière, à peine 15 albums studio. Sur  “Old Ideas”, Leonard Cohen se révèle un peu plus, le même et différent. Ses poèmes sont toujours hantés de questions existentielles. Sa voix, plus caverneuse, parle souvent plus qu’elle ne chante.

Un album qui tourne son regard vers le passé, qui fait le bilan d’une vie qui arrive à son terme. Un album que l’on imagine composé et ruminé dans son antre, lentement, tranquillement.  On pense aux aux dernières oeuvres d’un Johnny Cash ou Calvin Russell. Mais la lumière est aussi là, grâce aux choeurs de femmes et à une instrumentation aussi subtile que soignée. Pour cet album, Leonard Cohen a beaucoup travaillé avec Patrick Léonard (arrangeur de Madonna, Bryan Ferry et plus récemment de son fils Adam Cohen). Sa voix, sa poésie, son aura ressortent grandies et ses “vieilles idées” sur la mort, l’amour, la sexualité, la rédemption, la foi frappent de plein fouet.

Et comme Leonard Cohen est “vieux”, il fait les choses à l’ancienne. Il a façonné ce CD comme un artisan, signant également toutes les illustrations et la pochette. Raison de plus d’aller en acheter un exemplaire  chez l’un de ces bon “vieux” disquaires…

Leonard Cohen, “Old Stories”(Sony Music)

On peut acheter le dico de Couleur 3 en ligne

Alors, je vous disais que Tonton Pierrick avait fait des chroniques autour du dico sur Couleur 3 que j’ai réalisé. Et bien maintenant il a fait une promo rigolote à écouter sur soundcloud.com. A écouter avant de vous rendre ce soir au Mudac pour le vernissage de l’exposition sur Couleur 3!

Et avant de lire le livre que vous pouvez désormais commander en ligne sur la boutique de la RSR, euh pardon je voulais dire RTS… Bonne lecture!

Couleur 3, The Story so far…

Je ne sais pas s’il vous arrive d’écouter Couleur 3. Mais si c’est le cas et si vous êtes tombé par hasard sur les chroniques de la “fabuleuse histoire de Couleur 3″ racontée aux enfants par Tonton Pierrick, il faut que je vous avoue qu’elles sont pour beaucoup tirées d’un bouquin que j’ai écrit. Eh oui, ça y est, j’ai mon nom sur la jaquette d’un bouquin. Et là, je le tiens entre mes mains, tout frais sorti de l’imprimerie. J’avoue que ça fait un peu drôle de feuilleter un “vrai” livre avec son nom dessus. Passé le premier plaisir d’enfant, l’impression d’avoir reçu un super cadeau, une vague de doutes m’assaille. Et si je m’étais complètement plantée… Si ce bouquin était une erreur de A à Z…

Bon je me rassure en me disant qu’il y avait un éditeur et qu’il aurait sans doute réagit avant. Et puis bon, ce livre n’a pas non plus valeur scientifique. L’été dernier, quand Glénat m’a approchée, ça m’a d’ailleurs plutôt fait rire l’idée de faire un bouquin sur une radio! Le temps prévu pour la rédaction de cet ouvrage était compté. Pour ne pas tomber dans l’hagiographie ou le livre historique, je me suis dit que l’idée d’un dico pouvait être marrante. Des entrées par lettres pour passer de la lettre  “A” qui évoque le père fondateur Jean-François Acker à la lettre “B” qui renvoient à une célèbre campagne de promotion à l’intitulé provocateur: “Baisons celle qui passent”.

Comme les archives de la 3 étaient alors inexistantes, je me suis mise à interviewer les collaborateurs (les anciens et les actuels) à tour de bras. Un opération qui s’est avérée riche en rencontres amusantes, mais ça je vous le raconterai dans un prochain papier sur ce blog.

Ah oui, j’oubliais, le livre sort officiellement, le 6 mars, dans toutes les bonnes librairies de Suisse romande et sera commandable sur Internet. Le 6 mars, c’est également le jour du vernissage d’une exposition sur Couleur 3 qui a lieu au Mudac (et là je n’y suis pour rien). Je vous donnerai plus d’infos dès que possible.

Mark Kelly et Mambi pour une dernière mémorable au Café Addis

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais j’ai créé avec trois fous dans mon genre une association: Addis Sounds. Notre but: proposer régulièrement de rendez-vous musicaux inédits avec des musiciens d’ici, originaires d’ailleurs. D’abord parce qu’en Suisse romande, ce genre de musiques est sous représenté (hormis les festivals). Ensuite, parce que vu le climat ambiant de frilosité, de peur de l’autre, il est parfois bon de rappeler que la musique peut toujours rassembler.

A l’origine aussi, il y avait ce café africain qui venait d’ouvrir en bas de chez moi. Passé la première salle et une volée de marches, se trouvait un deuxième espace chaleureux pour lequel j’ai craqué. J’ai commencé par y organiser des concerts en solo avec, parmi les meilleurs musiciens africains du coin: Kara, Nana Cissokho… C’est là que les autres (Edgar, Sylvie et Florian) sont apparus, enthousiastes à l’idée de participer. Addis Sounds est né. Sitôt après les ennuis ont commencé pour le café Addis, la police du commerce ayant repéré le lieu et le jugeant trop bruyant.

Du coup, Addis Sounds est devenue nomade, d’abord pour un double concert mythique de Boubacar Traoré à la Datcha. Mais, comme on aimait vraiment trop le café Addis, nous y sommes revenus deux fois. D’abord pour un concert sans aucune amplification de l’excellent groupe de rebetiko de Genève, Rebeteke puis pour une rencontre entre Mark Kelly et Mambi. Ça c’était vendredi dernier. Un concert qui marquait aussi la fin du café Addis, le patron ayant décidé de jeter l’éponge.

Mark Kelly est un songwriter anglais qui a établi – on ne sait pourquoi – ses quartiers à Vevey. Mark Kelly c’est aussi un indigné, un militant, un performer, un bon vivant qui aime les scènes libres, les performances… Mambi est un percussionniste cubain qui s’est installé à Lausanne depuis belle lurette pour des raisons de cœur… Mambi est un très très grand instrumentiste. Il a joué avec beaucoup de beau linge dont Chucho Valdès. Il peut passer des congas, à la calebasse ou aux grelots. La rencontre de ces deux-là, ne pouvait donc qu’être explosive. le premier parle français avec un énorme accent anglais et pas un mot d’espagnol. Le second ne parle ni français ni anglais. Aux répétitions, c’était déjà quelque chose. Dimanche après-midi à la radio, dans l’émission Kalakuta sur Couleur 3, ils se sont faits enregistrer alors qu’ils croyaient encore être entrain de répéter…

Au café Addis (plein à craquer), le show fut forcément artisanal. Mambi était au four (aux percussions) et au moulin (au son). Mark Kelly a tout de suite mis tout le monde d’accord en faisant chanter le public dès le premier morceau.  En deux sets, ces deux-là ont démontré que le drôle de mélange soul-folk-blues allumé de Kelly pouvait très bien s’accomoder de transes latino. Clairement, c’était Mark Kelly qui traçait la ligne conductrice. Mais Mambi s’est inséré dans son répertoire avec beaucoup de feeling,de subtilité aussi. A peine s’est-il permis une ou deux petites descarga…… Et Mamadou, rapper sénégalais, fidèle des soirées de l’Addis, s’est même emparé du micro pour une jam transculturelle!

Bref, pour avoir une idée, j’ai essayé de filmer le final sur mon Iphone. Mais bon j’étais mal placée,il n’y avait pas de lumière et j’ai dû tourner une ou deux fois mon appareil…. Ça donne quand même une idée de l’ambiance. Quant aux photos qui illustrent cet article – nettement plus pro – elles sont signées d’Edgar Cabrita.

Ah, j’allais oublier: le prochain concert de l’Association Addis Sounds, ce sera le Raaga Trio, une rencontre entre deux Genevois (Andreas Fulgosi et Guillaume Lagger) et deux musiciens d’Afrique de l’Ouest (Andra Kouyaté et Baba Konaté) au Mombasa cette fois (rue de l’Ale 35). Et après, il aura plusieurs concerts au caveau Weber dans le cadre du off Cully Jazz Festival. Mais ça je vous en reparlerai.

Fokn Bois, le rap du Ghana s’exporte en Suisse

Ils sont deux, deux rappers ghanéens inspirés. Différents dans le style, dans le ton, mais partageant un même état d’esprit. Le premier, Wanlov the Kubalor (littéralement Wanlov, le vagabond) est mi-roumain, mi- ghanéen. Il grandit au Ghana bercé par des chansons roumaines avant de partir faire ses études aux Etats-Unis. Ce qui explique que son premier album s’appelle “Green Card”. Du coup son second opus, sorti pendant la coupe du monde football en Afrique du Sud a pris pour nom, « Yellow Card ». Pour peaufiner son style afrogypsy, Wanlov the Kubalor a profité d’une résidence à la Cité des Arts à Paris. Il y a posé les bases de son nouveau CD avec des samples de musiques tziganes pris sur le vif. Un CD à paraître prochainement et qui s’intulera…. “Brown Card”.

Son comparse, M3nsa, n’est autre que le fils du guitariste d’Osibisa. Un groupe culte de Londres composé pour moitié de Ghanéens et pour moitié de musiciens caraïbes qui ouvrit bien des frontières musicales dès les années 70. M3nsa a déjà collaboré avec Nneka, The Roots, Damon Albarn… Vous pouvez écouter quelques bons morceaux sur soundcloud. Version rap dans un duo avec Nneka et version soul sous son nom.

Ouverture d’esprit, paroles engagées, ces deux-là maîtrisent toutes les techniques vocales du rap. Ensemble, ils jouent du minimalisme, de l’humour et du rap en pidgin. Plutôt pas mal, non?

Aux côtés de ce tandem ghanéen, DJ Edu, un Kenyan de Londres. Bien connu dans de nombreuses mégapoles africaines pour ses sets ravageurs, il officie également comme passeur de musiques urbaines africaines sur BBC1.

A voir à Nyon, à la Parenthèse ce jeudi (12 janvier 2011, 21 h 30). Egalement à Berne où ils se produisent ce week-end dans le cadre d’un festival de films musicaux non moins intéressant: le Norient Musik Film Festival. Dernière précision: à  Nyon, l’entrée est libre. Qu’on se le dise…

Youssou N’Dour président?

Cette semaine, c’est la semaine des stars. Après la disparition de Cesaria Evora, c’est au tour de l’illustrissime chanteur sénégalais de faire parler de lui. On avait déjà vu des musiciens se transformer en ministre de la culture (Gilberto Gil au Brésil, Mario Lucio au Cap-Vert). Youssou N’Dour a toujours visé le top. Il paraît donc qu’il pourrait briguer la présidence du Sénégal l’année prochaine. Pour plus de détails, voir l’article qui lui est consacré sur Afrik.com.

Grâce à Cesaria Evora, la musique capverdienne ne s’est jamais aussi bien portée…

Elle annonçait son retrait de la scène il y a un peu plus de deux mois pour cause de maladie. Cesaria Evora est décédée samedi dans un hôpital de l’île de Sao Vicente. Un deuil national de 48 heures a été décrété au Cap Vert . Les hommages affluent de toutes parts sur le net. En France, ce sont les politiques Jack Lang et Frédéric Mitterrand ainsi que le chanteur Bernard Lavilliers qui ont été  parmi les premiers à exprimer leur tristesse. Du Cap-Vert, l’information nous est parvenue du ministre de la culture Mario Lucio Sousa. Connu en tant qu’artiste sous le nom de Mario Lucio,la trajectoire de cet homme manifeste entre autres de l’importance de Cesaria Evora. Né dans un milieu très modeste, Mario Lucio  est devenu en même temps un avocat et un grand rénovateur de la musique capverdienne (voir l’article qui lui est consacré sur ce blog) avant de mettre sa carrière sur pause pour se consacrer à la délicate tâche de ministre de la culture. Sa carrière illustre l’importance de la musique dans ce pays archipel dénué de tout, dont Cesaria Evora fut la plus grande ambassadrice.

C’est José Da Silva, un Capverdien exilé en France, musicien de cœur et cheminot par la force des choses, qui fit connaître à la planète entière la diva aux pieds nus. Il la découvrit en 1985 au Portugal. Il la ramena à Paris avec lui et misa  tout sur elle, au prix de pas mal de galères. Pour elle, il créa un maison de disques Lusafrica en 1988. Il fut récompensé de ses efforts par le succès de Mar Azul en 1991, suivi une année plus tard par celui de de Miss Perfumado. La carrière de Cesaria Evora était lancée. Vingt ans plus tard, Cesaria Evora a enregistré plus de quinze albums, tourné dans le monde entier, fait des duos avec les plus grands, reçu un Grammy Award, la légion d’honneur.

Surtout, elle a permis à un pays que beaucoup d’Occidentaux ne savaient pas où situer sur une carte du monde, d’exister, de rayonner, de développer sa richesse musicale. Son succès planétaire a donné les moyens à Lusafrica de sortir beaucoup d’autres artistes, la plupart s’étant d’ailleurs formés à ses côtés. Ce furent d’abord Bau et Théofilo Chantre. Théofilo Chantre dont le récent sixième album, «MeStissage» est une pure merveille de… chansons françaises! Lura, Tcheka, représentatifs d’une nouvelle génération lusophone, ont aussi fait entendre leur voix en s’ émancipant de la tradition capverdienne. Quant à Mayra Andrade, son dernier album en trio acoustique, «Studio 105», a été publié sur Sony-Bmg (comme ses deux précédents opus d’ailleurs). Onze morceaux qui flirtent avec le jazz et osent une reprise inspirée de «La Javanaise». A travers cette nouvelle génération, c’est un peu de Cesaria Evora qui survit. Comme Miriam Makeba, l’importance de Cesaria Evora est inestimable. C’est pour cela qu’elle ne sera jamais tout à fait morte…

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