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Calvin Russell est mort

Quelques minutes pour regarder le grand classique «Crossroads» de Calvin Russel et vous ne pourrez que succomber au charme cabossé de ce grand Monsieur du rock et du blues. Calvin Russel était un rebelle, un torturé à la Johnny Cash. Son dernier album studio, «Dawg Eat Dawg» me faisait d’ailleurs curieusement penser aux derniers enregistrements du grand Monsieur de la country, ceux de la série American Recordings et, en particulier, le volume III «Solitary Man». Il s’en dégageait la nostalgie et la sérenité de ceux qui savent ou qui ont la prescience de leur fin. Aujourd’hui M. Calvin Russel s’est éteint chez lui au Texas, mais sa voix rocailleuse et son blues mélodieux résonnent toujours.

 

Calvin Russel, «Dawg Eat Dawg», XIII bis Records.

la retraite inspirée d’Idrissa Souamoro

Idrissa Soumaoro est un secret bien gardé de la musique malienne. Lors de l’un de mes premiers séjours à Bamako, il y a une quinzaine d’années, je le découvris animant un fort modeste orchestre dans le hall de l’hôtel Amitié. L’ambiance était un peu bizarre dans le bar de cet hôtel-tour (à l’époque une des seules tours de la ville) construit par les Russes dans les années 60, à la manière russe. S’y croisaient hommes d’affaires occidentaux ou libanais, prostituées, et quelques journalistes culturels égarés (dont moi) emmenés par Christian Mousset pour rencontrer les artistes de son label d’alors Indigo. Idrissa Soumaoro restait imperturbable face à ce parterre pas vraiment intéressé par ce qui se passait sur scène. D’ailleurs, disons le franchement, la musique n’était pas renversante non plus: il s’agissait surtout d’animation de bar. Idrissa ne s’y trompa qui fit une pause impromptue de plusieurs minutes pour venir nous saluer. Ce soir-là, l’oeil vif derrière ses lunettes, Idrissa cachait pourtant bien son jeu car ce petit Monsieur est un grand chansonnier doublé d’un excellent un professeur. Comme il aime à le dire «L’enseignement c’est ma vocation, la musique c’est ma mission!».


Au début des années 70 déjà, il enregistra un morceau mythique qui conciliait son amour des langues et ses talents de chansonnier. «Petit n’imprundent» est un morceau comique qui reprend le discours fleuri et imagé d’un ancien combattant en colère. Ce morceau fera le tour de l’Afrique de L’Ouest, sera repris par plusieurs formations dont les Guinéens de Balla et ses Baladins. En 1984, le Congolais Zao s’en inspira largement pour son titre «Ancien Combattant» qui fut, lui, un tube international. Zao pensa à déposer ce titre pour en toucher les droits d’auteur, ce que ne fit pas Idrissa en son temps.

Pour plus d’infos au sujet de cette histoire, allez voir l’article bien documenté sur histgeobox. J’en profite d’ailleurs pour saluer ce blog que je trouve génial: racontez l’histoire et la géo à travers des chansons du monde entier, voilà de quoi fasciner lycéens et amateurs de savoir toutes catégories confondues!
Plus tard, Idrissa Soumaoro se retrouvera prof à L’institut des Aveugles. Beaucoup de ses concitoyens, pas franchement réceptifs aux problèmes des gens ayant un handicap, ne comprennent pas qu’il accepte ce poste. Et attribuent ça au fait qu’Idrissa porte des lunettes! Qu’à cela ne tienne, Maître Soumaoro apprend la musicographie braille à Birmingham et formera entre autres un certain Amadou qui commence à travailler avec sa future femme… Mariam. Aujourd’hui, Idrissa Soumaoro approche de la retraite et sort seulement son troisième album, «Djitoumou» où se croisent son vieux complice Ali Farka Touré (l’album a été enregistré en 2005) et la grande cantatrice Kandia Kouyaté, une de ses parentes. Polyvalent, Idrissa compose, chante et joue ici du kamele n’goni. Bluesy, parfois même presque que country grâce aux effets de guitare et d’harmonica que lui a adjoint François Bréant, «Djitoumou» possède un charme discret, entêtant.

Idrissa Soumaoro, «Djitoumou» (Lusafrica)

Bye bye Lhasa

Lhasa chantait “I used to say, I am ready. Show me the way, I am ready…” Lhasa est décédée d’un cancer dans la nuit du réveillon 2010. Elle se savait déjà condamnée lorsqu’elle enregistra son dernier disque, paru il y a quelques mois. A la fois  sombres et lumineuses, ces chansons renvoyaient aussi bien aux derniers enregistrements de Johnny Cash (“American III: Solitary Man”) qu’à des comptines d’enfant. Lhasa touchait, en plein cœur. Lhasa est morte et c’est vraiment une bien triste façon de commencer l’année. Grâce à elle, grâce à son premier et magnifique «La Llorona», amateurs de rock, de folk et même de rap ont découvert les musiques du monde. Grâce à elle, l’ouverture d’esprit, la sensibilité et l’intelligence musicale ont su se faire entendre auprès d’un large public. Lhasa était mexicaine, américaine, mais avant tout citoyenne du monde. Sa voix fragile, cristalline et grave séduisait aux quatre coins du monde. Elle est morte et il ne restera d’elle que quelques images filmées et trois disques, qu’on ne peut que recommender d’écouter et de réécouter.

Mon disque des mois de novembre et décembre: Abaji

Je m’étais bien jurée de ne pas me faire prendre par le stress d’avant Noël. Résultat: plusieurs semaines que j’ignore mon blog et que je n’ai même pas réussi à assurer le service minimum, à savoir partager mon disque du mois dans ces pages! Je me rattrape avec un disque qui peut s’écouter un mois, deux mois ou toute une vie…  Son auteur, Abaji est un musicien greco-turco-arménien qui grandit au Liban avant de s’installer à Paris lorsque la guerre du Liban éclate.  «Origine Orients» est son cinquième opus sous son nom. Un musicien que les critiques américains, toujours friands d’étiquettes qualifient de «derwiche du Mississipi» de «Dylan chantant en arabe». Voilà plus de trente ans qu’Abaji s’abreuve aux sources de ses deux passions musicales: le blues et les musiques orientales. Pour cet enregistrement solo, Abaji a toutefois opéré de façon radicale. Il est aller s’enfermer en studio, seul, pendant 48 heures. Percussions attachées aux pieds, guitares et flûtes des quatre coins du monde à portée de main, il s’est laissé porter par son inspiration du moment pour enregistrer plus de 40 morceaux. Un exercice qui nécessite pas mal de concentration, de contrôle et d’écoute de soi, de feeeling. Toute chose qu’Abaji possède. Les quatorze pièces de ce voyage intérieur finalement retenues sur «Origine Orients» en font une démonstration éclatante. Abaji a mis son talent au service de son émotion, d’une mise à nu. Sa voix, souvent dans les graves (mais capable de monter très haut aussi), chante en cinq langues et évoque  un univers intérieur foisonnant. Un blues mutant et universel qui frappe en plein cœur. Abaji est en concert à Paris ce soir et demain soir. A ne pas rater pour ceux qui sont sur place. Quant aux autres, ils peuvent visionner ci-après la vidéo de “Desert To Desert” prise pendant l’enregistrement de son disque.

En concert avec Nawal Raad (danses d’Orient)  à Paris, Théâtre de la Reine Blanche (2 bis, passage Ruelle, 75018 Paris), lundi 21 et mardi 22 décembre à 21 h.

Abaji, «Origine Orients» (Dist F: Harmonia Mundi. Dist CH: Disques Office)


Mon disque du mois de septembre: Tinariwen

Tinariwe_ImidiwanC’est clair, Je suis subjective. Depuis que j’ai entendu «The Radio Tisdas Sessions», le tout premier enregistrement de Tinariwen, j’ai craqué pour ce blues touareg, un peu bancal, décliné au rythme du pas du chameau. L’album avait été réalisé sur un coup de tête avec les moyens du bord dans la station de radio de Kidal, tout au nord du Mali. Pour ce quatrième album , après d’incessantes tournées internationales et une renommée qui ne cesse de croître, Tinariwen est revenu à la base. Un enregistrement dans un studio mobile au fin fond du désert avec Jean-Paul Romann, celui-là même qui avait réalisé leurs premières sessions. Les irréductibles défenseurs de l’identité tamasheq annoncent la couleur d’entrée avec un classique du répertoire, «Imidiwan», chanté et murmuré par la voix voilée du charismatique Ibrahim. Et puisque le groupe a le sens de la communauté, les auteurs varient au fil des morceaux imprimant des intonations légèrement différentes à leur blues du désert. Rodées au coin du feu, les treize chansons rassemblées ici affichent tour à tour nostalgie, puissance incantatoire, parfums de country, chants de gorges ou claquements de mains. Un album à la fois riche et épuré. Indispensable.

Tinariwen, «Imidiwan : Companions» Independiente/Universal.

Tinariqen sera en tournée en France et en Suisse au mois d’octobre dont Paris, l’Alhambra, le 5 octobre et à Genève, L’Usine, le 14 octobre. Tournée date par date sur leur myspace

Mon disque du mois d’avril: Lhasa

lhasa-coverLe mois d’avril touche à sa fin. L’excellent disque de Lhasa vient l’illuminer.

Dès les premières notes, on sait que cet album est de ceux qui marquent, de ceux qu’il ne vaut mieux pas écouter un soir de déprime. Le premier morceau est une longue prière, entre ballade et chant religieux, le second un blues traversé par la guitare de Charlie Watson. La voix est fraîche, juvénile: c’est celle de Lhasa, cette chanteuse américano-mexicaine qui avait été une révélation en 1997 avec son premier disque «la Llorona», entre rock, cabaret et folklore mexicain. Lhasa montrait alors une voie unique, différente. Une voie de nomade. Enfant, elle a sillonné les Etats-Unis à bord du bus de ses parents. Adulte elle a fait partie du Cirque contemporain «Pocheros» avec ses trois sœurs, a vécu à Marseille, au Québec. Et pour confirmer son atypisme, elle a attendu près de sept ans avant de sortir « The Living Road». Chanté en anglais, en français et en espagnol, ce deuxième volet s’ouvrait à de nouveaux genres musicaux (gospel. blues). 2009 est l’année du troisième opus.

Comme son titre le laisse supposer «Lhasa» revient à l’essence de Lhasa.Une instrumentation sobre et inédite où se croisent harpe, guitares, pedal steel, basse, batterie, piano. Et le choix de l’épure pour évoquer l’amour, la vie, la mort. On pense autant à Johnny Cash qu’à Marcel Kanche ou à la pureté d’un chant d’enfant… Il se dégage de ce nouveau disque une impression d’universalité, mais aussi de gravité. Plongée tout entière dans sa méditation musicale, Lhasa, oscille entre évanescence et ancrage. Magnifique.

Lhasa, «Lhasa», Tôt ou Tard/Warner

Odetta est morte

No comment, mais une vidéo à voir absolument. Les esprits de Nina Simone et d’Odetta rassemblés… Bouleversant…

Blues addiction

Lu dans Libé  du mardi 23 septembre un article de Philippe Garnier sur le affiches de blues des années 30 récupérées et republiées aujourd’hui grâce à quelques collectionneurs acharnés dont le dessinateur Robert Crumb. Un travail qui permet d’avoir un aperçu de la vision du Noir de l’époque. Pour les amteurs du genre à signaler deux sites intéressants, celui de bluesimageart.com et de bluesforpeace.com. Achat de disques rares, mp3 à tlécharger et commande de sérigraphies: tout pour l’amateur de blues éclairé. Les peintures sont signées d’Allan Mainous dont le credo est de transcrire les émotions de la musique sur papier. Beaux portraits d’inconnus comme de Stevie Ray Vaughan ou T-Bone Walker. Avis aux amateurs.

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