Bill Laswell versus Robbie Shakespeare

juillet 13, 2009 at 10:08 | In Billets d'humeur, Musique | Leave a Comment
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Bill Laswell © Daniel Balmat

Bill Laswell © Daniel Balmat

On peut critiquer le Montreux Jazz Festival, sa politique tarifaire, son côté business, son clinquant people et tout le tralala. Il faut bien reconnaître que Claude Nobs sait encore surprendre. Hier soir, la scène du MDH voyait ainsi défiler Robbie Shakespeare flanqué de l’inséparable Sly Dunbar. Avant Bill Laswell et de son nouveau projet Method of Defiance. Deux formations, invitées dans le cadre d’un des trois soirées consacrées au label Island. Dans le public, on distingue d’ailleurs la silhouette discrète de Chris Blackwell…

Robbie Shakespeare © Daniel Balmat

Robbie Shakespeare © Daniel Balmat

La plus grande rythmique du reggae de tous les temps s’était acoquinée pour l’occasion avec le chanteur Bitty Mac Lean. Un petit bonhomme, au look plutôt strict, mais doté d’une voix soyeuse et roots qui connaît les classiques du genre sur le bout des doigts. Un défilé de tubes, un crescendo de groove. Robbie Shakespeare, drapé dans un long manteau noir, est particulièrement en forme. Il brandit sa basse comme une kalatchnikov. Derrière lui, Sly n’a même plus besoin de le regarder pour orchestrer soudain une déferlante de rythmes. Apparaît au détour d’une chanson, Monty Alexander, ébouriffé, l’harmonium à la main (A lire d’ailleurs une excellente interview de lui sur le site vibrationsmusic.com). Le public s’enflamme et quand Robbie Shakespeare se met à chanter en rappel de sa voix de fausset, c’est l’ovation.

Bill Laswell n’est pas du genre à se faire impressionner par les artistes qui jouent avant ou après lui. Son dernier passage à Montreux remonte à 1983. Il s’était fait huer par un public venu pour voir Level 42 (eh oui, parfois Montreux fait aussi des plateaux moins pertinents…). Laswell est donc là pour défendre les couleurs de son nouveau projet, Method of Defiance. A ses côtés le fidèle Bernie Worrell, Dj Krush, les rappers Dr Israël et l’excellent Hawk (un pote de Tricky). Last but not least, Guy Licata, le cheveu parfaitement lissé, la raie impeccablement rectiligne, cache mal ses pulsions de psycho-batteur. Quant au trompettiste japonais Toshinori Kondo, il aimerait bien être une réincarnation de Miles Davis. D’entrée de jeu, ça joue bien, très bien. Entre free jazz, sound system et électronique, entre ordinateurs, claviers et platines, les musiciens et rappers improvisent, puslent… Leur dub, expérimental, trafiqué est à 100′000 lieues de celui de Sly & Robbie. Et pourtant, il s’inscrit dans la continuité. Bill Laswell, impassible, semble suivre les lignes d’une musique perdue dans sa tête. Et quand soudain, il fait gronder sa basse, le public, largement constitué d’amateurs de Material, est prêt. Trois-quart d’heure et déjà, c’est la fin… avant deux rappels de la même veine. Un set 100% New-yorkais: court, mais intense. Une expérience musicale qui cherche toujours à repousser les limites des genres. En un mot finissant: de la bonne musique.

Parfums de jazz à Cointrin

février 5, 2009 at 9:49 | In Général, Musique | Leave a Comment
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L’autre jour, je me baladais à  l’aéroport de Cointrin à Genève    attendant qu’unmiles-davis-quincy2 avion Easyjet veuille bien atterrir sans trop de retard. Quand soudain, je vis en lettres immenses les mots  » Montreux » et « Jazz  » scintiller devant moi. Je me rappelais vaguement avoir lu des communiqués de presse il y a six mois annonçant l’ouverture du « premier Montreux Jazz Café permanent », mais j’avais immédiatement gommé l’information de mon cerveau. Vu de loin, le café ressemblait à un havre de paix dans un monde de folie où les gens ne communiqueraient plus que par l’intermédiaire de petits panneaux qu’il secouent en-dessus de leurs têtes.

Je m’approche. Je m’absorbe dans la contemplation des étals remplis des habituels T-Shirts, tasses, sacs, vestes marqués du sceau du Montreux Jazz Festival. Puis, je lève les yeux et là, je reconnais sur les écrans la silhouette de Miles Davis. J’arrête ma flânerie et me poste dans un coin pour voir le concert. L’entendre est exclu d’emblée vu le cliquetis des verres et la clientèle internationale qui discute fort et dans toutes les langues. Je regarde donc défiler les images. Les membres du Georges Gruntz Jazz Band et du Gil Evans Orchestra bien appliqués derrières leurs lutrins, Miles en sueur et Quincy Jones, sautillant avec ses baguettes de chef d’orchestre pour coordonner tout ce beau monde. Le sourire aux lèvres, il est bien le seul à avoir l’air de s’amuser. C’était en 1991.

En tendant bien l’oreille, on reconnaît les mélodies de quelques standards du jazz. Dans l’ambiance faussement feutrée de ce jazz café qui a plutôt des allures de lounge bar, ce big band a l’air complètement hors-sujet. On dirait des acteurs professionnels engagés dans un film amateur.

Je suis bien placée pour savoir que « labelliser » un événement devenu aussi mythique que le Montreux Jazz Festival est un incontournable dans notre société de marketing et de communication. Il n’empêche, la scène ne fait pas sourire et je me dis qu’entre ces « parfums » de jazz et pas de jazz du tout, je préfère encore la deuxième option. Mais bon, je suis peut-être une vieille réac…

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