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Mon disque du mois d’octobre: Lo’Jo « Cinema El Mundo »

OK, OK ce n’est pas très original, puisque toute la presse française s’est entichée de cet album, mais c’est néanmoins une évidence: « Cinema El Mundo » est le disque qui tourne le plus dans mon lecteur CD. Il a aussi envahi mon téléphone, ma biblothèque Itunes… D’autres excellents disques sont parus ce mois, comme « Matanë Malit » d’Elina Duni dont je parle sur le blog Music Inside ou le nouvel opus des punks helvetico-cajun de Mama Rosin que j’ai chroniqué sur swissvibes.org.

Mais celui des Lo’Jo est un peu spécial, parce que les Lo’Jo sont un peu spéciaux. Lo’Jo est un « vieux « groupe qui arrive comme une respiration dans un monde hyperactif, hyper-consommant, hyper-globalisantune. Lo’Jo est une onomatopée qui rassemble depuis plus de trente ans des musiciens bohèmes vivant la musique à leur rythme et au rythme de leurs pérégrinations musicales. Il y eut d’abord un penchant immodéré pour les musiques de cirque et de rue, puis le goût pour les voyages qui les emmenèrent du Sahara à La Géorgie. Et depuis toujours une curiosité, une volonté farouche de partager, d’échanger, de vivre différemment. Des indignés d’avant l’heure. Trente ans de carrière donc et quinze albums, chacun avec ses lumières, son approche originale. Et aujourd’hui « Cinema El Mundo », qui synthétise le meilleur de leurs attraits. Les invités y sont prestigieux, mais surtout – et c’est le  plus important – parfaitement intégrés au projet. Robert Wyatt y récite un texte en introduction, Ibrahim de Tinariwen croise Le Mauritien Lelou Menwar dans un improbable « African Dub Crossing The Fantôms of An Opera ». Le panduri (instrument traditionnel géorgien à trois cordes), le n’goni (son équivalent africain) et un violon chinois apparaissent ici et là pour parachever un magnifique travail sur les cordes. S’enchaînent alors une drôle de Marseillaise en créole, des valses dans des langues inventées. Une toile magique de compositions dans lesquels les mots, associations d’idées de Denis Péan font écho aux voies tournoyantes des deux chanteuses Yamina et Nadia. Subtilement produit par Jean Lamoot, « Cinéma El Mundo » s’effeuille au fil des écoutes, dévoilant ici une atmosphère, là une phrase choc ou encore un refrain entêtant. En un mot finissant, une drôle de drogue à laquelle on devient très facilement dépendant.  A signaler que les Lo’Jo sont ce soir en concert à La Maroquinerie à Paris avant de s’envoler vers les Etats-Unis où semble-t-il leur disque est également très bien accueilli!

Lo’Jo, Cinema El Mundo (World Village/ Harmonia Mundi)

La chronique de cet album est initialement parue dans Le Courrier du 13 octobre 2012

Musiques touarègues dans la tourmente

Alors que le MLNA (mouvement national de libération de l’Azawad) vient de faire sa déclaration d’indépendance et que le désert est à feu et à sang, il est plus que jamais l’heure de s’intéresser aux musiques touarègues. J’ai fait un article sur la question pour Le Courrier que vous pouvez consulter sur le site du journal ou en PDF.

Grâce au succès de Tinariwen, une scène touarègue a émergé avec des groupes plus jeunes (Tamikrest, Bombino…) ou plus traditionnels, comme le magnifique groupe féminin Tartit. Ceux-ci vivent actuellement des heures très difficiles, à l’instar de la plus grande partie de la population civile du Nord du Mali.

Pourtant, certaines de ses formations étaient entrain de tracer des voies  intéressantes. Par exemple Tadalat, un jeune groupe qui vient de faire paraître 5 morceaux enregistrés en plein désert dans le studio mobile Sahara Sounds de leur ami, ingénieur du son et manager Abdallah Ag Amano. A l’origine, deux jeunes Touaregs qui fabriquent des guitares-bidons et rêvent de suivre les traces de Tinariwen. Rejoints par d’autres musiciens, soutenus par Abdallah, ils prouvent aujourd’hui que la musique  tamasheq peut s’auto-produire sans obligatoirement passer par des réalisateurs artistiques occidentaux.

Une démarche rendue possible grâce au Français Sedryk et son label Re-aktion, qui fait l’interface et propose ces musiques en téléchargement payant. En 2008, Sedryk fonde tamasheq.net, le site des musiques touarègues et « le Chant des Fauves, la collection des musiques du Sahara ». En 2012, il détient bon nombre des premiers enregistrements des groupes du désert qui commencent à faire parler d’eux, comme Terakaft, Bombino, Tamikrest. Le Chant des Fauves propose aussi des compilations dont « Songs for Desert Refugees », parue il y a peu et  dont les bénéfices iront aux réfugiés du Nord du Mali. Le but de la collection et du site tamasheq.net n’est pas seulement de faire découvrir de la bonne musique, mais aussi « de casser quelques clichés hérités de la colonisation, comme celui de l’homme bleu sur son chameau. » Les CDs sont toujours accompagnés de livrets documentés. Le site propose également des podcasts d’émission de radio, des interviews d’artistes, un lexique et même une sélection musicale extraite de cartes mémoires récupérées dans le désert!

Quant à Tadalat – les instigateurs de cette compilation – ils innovent aussi musicalement en intégrant une batterie et des nouvelles rythmiques tout en s’offrant des séquences de chants traditionnels soutenus par des claquements de main. Plutôt convainquant. Et toujours téléchargeable au même endroit.

En janvier 2012, juste avant que la rébellion n’éclate, Tadalat a été lauréat du prix « Nouveaux Talents » au Festival au Désert. Ci-dessous un extrait de sa prestation. A voir pour l’ambiance et en faisant abstraction du son… Rock’n’roll à tous points de vue.

Mon disque du mois de septembre: Tinariwen

A l’occasion de la sortie de leur cinquième album, Tinariwen est partout dans la presse française. Groupe vieux de  plus de trente ans (même si leur carrière internationale ne remonte qu’à dix ans), les jeunes musiciens révolutionnaires ont vieilli. Et grandi. Eux qui rêvaient d’autonomie pour leur peuple errant entre le Niger, le Mali et l’Algérie ont aujourd’hui opté pour une attitude empreinte d’une sagesse un peu désabusée. Fidèles à leur mission, ils passent plus de temps en tournée que dans le Sahara, cherchant désormais à attirer l’attention de la communauté internationale sur leur peuple, via  leur musique. Sans jamais perdre l’inspiration. Logique puisque celle-ci est construite sur le sentiment de nostalgie, l’assouf en tamasheq. Pour preuve, ce nouvel album acoustique, enregistré à Tassili (également titre l’album) dans le désert, au sud-est de Djanet. Aux commandes de ce nouvel opus, Jean-Paul Romann qui participait déjà au tout premier enregistrement des rockers touaregs, des sessions cultes enregistrées à la Radio Tisdas dans leur fief de Kidal. En jouant l’acoustique, les rockers touaregs gagnent bien sûr en puissance émotive et en précision. Centré autour de la voix d’Ibrahim, membre fondateur du groupe,  «Tassili», montre que son chant bourdonnant sait parfois être plus léger ou se muer en récitation. Il le dévoile aussi dans des compositions plus personnelles, plus romantiques.

Exit les chœurs féminins, les autres membres de la formation sont là pour les chorus. Les seules voix à faire écho à celle d’Ibrahim sont celles de deux membres de TV on The Radio. Celle de Kyp Malone frappe juste sur «Asuf D Alwa», un morceau étonnant qui joue du contraste entre la voix haut perchée de l’Américain et les sonorités graves du chant touareg.

Jugez plutôt sur cette vidéo du making of de l’album:

Les cuivres de Dirty Dozen Brass Band qui apparaissent un peu plus loin, sans « déranger », n’apportent pas grand chose de plus à la formule.  L’album se clôt avec un morceau caché «Takest Tamidaret» chanté par Abdallah accompagné de sa seule guitare, clin d’oeil à la façon dont les touregs jouent dans le désert, le soir au coin du feu. Frisson garanti. «Tassili» est de loin mon album préféré de Tinariwen depuis «The Radio Tisdas Sessions».

Tinariwen, «Tassali» V2 Music

Les touaregs bougent encore…

Assan Midal est un guide touareg. Il a publié il y a quelque temps un article sur les touaregs sur le site de France 24. Un point de vue de l’intérieur qui montre à quel point les médias, qui craignent désormais de se rendre dans le Sahara, stigmatisent toute une région sans mettre en perspective les différents tenants et aboutissants.

Vendredi dernier (le 26 octobre 2010), Libération consacrait sa une à « la menace »  islamiste suite aux dernières revendications de Ben Laden concernant les otages français et africains kidnappés à Arlit. Plusieurs pages dans lesquelles un colonne est consacrée aux touaregs. Si la journaliste précise en préambule que «toute la communauté touareg du Mali ne peut être considérée en bloc comme complice», elle dit aussi que « les notables et élus touaregs qui qui servent à négocier la libération des otages ne sont pas «clean» «  ou que «Kidal, dernière ville du pays avant la frontière algérienne est devenu le fief d’Aqmi». La plupart des journaux français entonnent d’ailleurs le même refrain.

Seul, l’Express a osé publié un article sur le problème des touaregs, pris entre le marteau et l’enclume. Cet article précise que le terrorisme handicape grandement cette région, dans l’impossibilité de se développer économiquement, que les touaregs pratiquent un islam ouvert et peu prosélyte. Il précise enfin que des «ex-rebelles réclament la création d’unités militaires associant combattants tamasheq et soldats maliens pour chasser les djihadistes du pays». Ouf! Enfin quelqu’un qui ose aller à contre-courant de la stigmatisation des touaregs. Car la question qui m’importe n’est pas: «Est-ce que des touaregs participent ou collaborent avec les terroristes islamistes?» car les extrémistes de tous bords attirent toujours des adeptes dans n’importe quelle société. Ce qui me dérange est que la presse n’essaie que trop rarement de mettre en perspective la situation très particulière des touaregs, que le kidnapping de cinq français occulte la mise à mort de tout un peuple, que le cliché « du bandit des grands chemins » perdure, envers et contre tout.

Hassan, du groupe Tinariwen, et une amie

Toute personne qui a été dans cette région ne peut adhérer à ces amalgames réducteurs. J’ai été trois fois dans le Nord du Mali, toujours pour de brefs séjours, dans le cadre de reportages musicaux. Ma dernière virée remonte à  novembre 2006, à Kidal justement, qui était alors surtout le fief des musiciens de Tinariwen. Les touaregs que j’ai rencontrés n’y ressemblaient pas du tout au tableau que l’on dresse actuellement dans les journaux. Sans être des saints – loin s’en faut – ils survivent dans une zone très difficile, délaissé par un gouvernement malien qui sait que la majorité de sa population ne les porte pas cette communauté dans son cœur.

Depuis très longtemps, cette zone du Sahara, à cheval sur le Mali, l’Algérie et le Niger, est le lieu de tous les commerces, de tous les trafics, du sel à la drogue… Depuis moins longtemps, la région est convoitée par les multi-nationales à cause des richesses de son sous-sol. L’exploitation de l’uranium par Areva à Arlit, dans le Nord Niger se fait depuis des années au mépris des droits humanitaires les plus élémentaires. En atteste le reportage de Dominique Hennequin et Pascal Lorent intitulé, «Uranium, l’héritage empoisonné» diffusé à la fin de l’année passée sur  la chaîne Public Sénat. En mai 2010, Greenpeace a publié un rapport accusant purement et simplement Areva de mettre en danger la vie des Nigériens. Pour résumer, vivre dans la ville touarègue d’Arlit signifie aujourd’hui accepter d’être radioactif de la tête aux pieds. D’ailleurs Arlit a gagné le triste titre de «premier bidonville touareg». Et vous vous le prendriez comment, si on vous annonçait soudain que vous n’êtes  plus qu’un  bête morceau de viande radioactif ?

 

Terakaft

Mais le regard de l’Occidental est très sélectif. Quand le touareg n’est pas le méchant bandit des grands chemins que tout le monde fustige, il devient le mystérieux homme bleu du désert, au charisme magnétique. Et si les touaregs n’étaient que des être humains normaux, comme vous et moi? Espérons que l’engouement pour le rock touareg puissent avoir cet effet. Les nouvelles de ce front là sont stimulantes. Tamikrest, les nouveaux rockers du Sahara sont en studio. Terakaft, constitué d’un ancien de Tinariwen et de jeunes touaregs travaillent aussi à la réalisation d’un nouvel album. Ils sont en Europe et joueront à Lausanne le 6 novembre au Bourg. Quant à Sedryk, l’ami lyonnais des touaregs, il continue son travail d’enregistrement numérique et de promotion de ces musiques sur l’excellent site tamashek.net. La sortie d’une série de chansons d’Amanar, de Kidal, est prévue (en téléchargement uniquement) fin novembre. J’y reviendrai. Et pour plus d’infos générales sur les touaregs, vous pouvez aussi consulter le site temoust.org.

Mais les touaregs ne font pas que de la musique. A l’instigation de l’actrice francophone Melissa Wainhouse, une jeune troupe de comédiens du nom de Tisrawtt, s’est créée. Bien que Melissa Wainhouse ne puisse désormais plus se rendre à Kidal, le projet continue. Début novembre, la troupe va répéter à Bamako avant de se produire en décembre au Festival des Réalités de Sikasso puis à Bamako et, en janvier, au Festival au Désert à Tombouctou. Dans un deuxième temps, Tisrawtt et des musiciens de Kidal participeront à un spectacle de la compagnie française La Calma prévu en France pour l’été 2011.  Le visualisation du documentaire ci-dessous est radicale pour qui cherche à avoir une vision moins stéréotypée du touareg!

Et si ça vous a plu, vous pouvez soutenir cette troupe de théâtre  – qui en a bien besoin – en prenant contact  par mail avec Melissa Wainhouse (meliwainhouse@yahoo.fr)

Mon Mondial à moi

Je n’aime pas le foot. Je n’ai rien contre ce sport en tant que tel. Depuis que j’ai vu le film «Looking For Eric» , j’ai même une certaine sympathie pour ses supporters. Seulement voilà, il m’est aussi impossible de me concentrer devant un match que devant la Nouvelle Star. Immanquablement, quand il se passe quelque chose d’important, je regarde ailleurs ou je pense à autre chose. Cela dit, j’aime bien les Mondiaux parce que, tout à coup, toutes les terrasses de la ville sont libres à l’heure de l’apéro. D’une certaine façon, j’aime aussi découvrir les résultats des matches en observant les déferlantes des différentes communautés, en fin de soirée, dans les rues de Lausanne.

Et puis là, en Afrique du Sud, musicalement on commence fort. Shakira n’a rien trouvé de mieux que de pomper son hymne officiel – «Waka Waka» – sur un vieux tube africain des années 80, propriété d’un groupe de l’armée camerounaise du nom de Zangalewa! Voilà qui vaut son pesant d’ironie et une rentrée d’argent inespérée pour Zangalewa. Et, comme si elle voulait se rattraper, Shakira s’associe alors aux Sud-Africains politiquement corrects de Freshlyground pour chanter son fameux hymne… Comme le dit l’adage «there is no business like show business, like no business at all»… Je n’ai toujours pas réussi à savoir si, du coup, les musiciens de Zangalewa avaient eu un ticket pour Pretoria. J’ai plutôt l’impression qu’on cherche à étouffer l’affaire, mais bon si vous avez des infos, dites-le-moi! En attendant, flashback sur leur vidéo (personnes sérieuses s’abstenir…).

Du côté africain, il y aura quand même beaucoup d’artistes intéressants dans le pays de Mandela: les touaregs de Tinariwen, la Camerounaise Kareyce Fotso et Amadou & Mariam, le couple d’aveugles du Mali. Qui en profite pour sortir des remixes de leur morceau «Africa» réalisé avec K’Naan. C’est Bob Sinclair, mais surtout le soundsystem londonien Radioclit qui s’y sont collés et les deuxièmes ne s’en sortent pas mal du tout! Bref, je voulais partager le remix de Radioclit avec vous, mais visiblement les fonctionnalités de ce blog wordpress ne le permettent pas… A vous de chercher!

Mais la bande-son idéale de ce Mondial, est proposée par l’excellent label Out Here à travers une compilation de house. Vous avez bien lu, c’est de la house. Inutile donc d’écouter ça dans votre salon. Ces 13 morceaux de musique de danse assez variée proviennent tous des ghettos d’Afrique du Sud. On y trouve du kwaito qui ne fait pas dans la dentelle avec DJ Cleo ou Pastor Mbhobho mais aussi l’incontournable DJ Mujava dans un morceau à la fois tribal, festif et minimal. Et quelques révélations comme la poétesse Ntsiki Mazwai, dub poet des temps modernes qui pose sa voix percutante sur des beats métronomiques. Ou encore le morceau de transe hypnotique «Mexican Girl», le rêve d’un certain Aero Manyelo retranscrit en musique. Uplifting!


«Ayobaness, The Sound of South African House», Outhere Records.

L’appel de Tinariwen

Le groupe Tinariwen fait fantasmer les foules en Occident depuis bientôt cinq ans. Mais la mission des membres du groupe est claire depuis le début: être les ambassadeurs d’une culture – celle des Touaregs – en voie de disparition.

Aujourd’hui c’est non seulement une culture, mais un peuple entier qui vit un cauchemar. Cette région du Sahara connaît une sécheresse qu’on croyait eradiquée depuis plus de trente ans (la dernière grande sécheresse et famine de 1975).

Les animaux meurent et les populations en sont arrivées à se battre près des rares puits qui donnent encore de l’eau. Tinariwen a donc lancé un appel de fonds pour aider ces populations nomades à passer le cap. Vous pouvez faire vos dons sur le site http://www.tamashek.net géré par Sedryk Reaktion. Cet ami des de longue date des touaregs se porte garant que vos dons arriverons au bon endroit. Allez-y, sans hésiter!

Tinariwen, le pas du chameau

Tinariwen 01©thomasdorn

Le grand groupe touareg, poursuit sa voie authentique, sans concession. En concert à Genève mercredi 14 octobre 2009.

(Cet article est initialement paru dans le numèro de septembre du magazine Vibrations)

Ils se battent pour du sable et des cailloux : voilà près de vingt ans que le peuple touareg, séparé arbitrairement par des frontières au moment de la décolonisation, se bat pour son unité, pour son identité aussi. De mouvement de rébellion en riffs de guitare, ce bout de désert-là continue de refuser de se taire. Du groupe de femmes, Tartit, aux rockers de Tinariwen, l’homme bleu sort de son désert et conquiert les scènes musicales du monde entier. Avec leurs guitares électriques, leurs chants murmurés, leur blues désossé, cachés dans leurs chèches, les musiciens de Tinariwen exercent une fascination digne de pop stars. L’histoire commença  à la fin des années 70. Deux chômeurs du nom d’Ibrahim et Intiyaden, en exil en Libye, découvrent la guitare, s’en emparent et se mettent à composer. Et sont bientôt rejoints par d’autres. Tinariwen est né. Pour la première fois des chansons touarègues expriment des sentiments – l’exil, la nostalgie. la vie quotidienne – au lieu des grands poèmes classiques de la culture touarègue. Bientôt les chansons se font plus militantes, plus politiques et les cassettes du groupe circulent discrètement dans tous les campements et villages touaregs. Parallèlement, un mouvement de rébellion revendiquant un statut d’autonomie, le droit à l’éducation et au développement, prend de plus en plus d’ampleur. Les frontières nationales arbitrairement tracées dans le désert au moment de la décolonisation, restent le problème majeur pour ce peuple écartelé sur plusieurs états. Tinariwen devient le chantre du mouvement. Sa renommée grandit, de Tombouctou à Tamanrasset.
En 2000, après une éclipse, le groupe renaît de ses cendres et démarre une carrière internationale grâce à une rencontre avec le groupe français Lo’jo. Aujourd’hui, les membres de Tinariwen oscillent entre tournées et vie de nomade dans le désert, Un grand écart entre deux mondes que tout oppose, salué aujourd’hui par la sortie d’un troisième album, «Imidiwan».

Une question de devoir

«Le choix d’enregistrer dans le désert a été fait pour avoir le son du désert, avec les parasites, le vent… Mais aussi pour retrouver notre inspiration dans un milieu naturel.» explique le charismatique Ibrahim, dans l’appartement parisien de l’un de ses amis. Ce grand bonhomme, faussement nonchalant, toujours un peu avec vous mais un peu ailleurs aussi, n’est pas franchement convaincu par l’exercice de l’interview. Il ne se sent d’ailleurs guère à sa place dans la capitale française, mais continue sa trajectoire de rock star malgré lui, par devoir envers sa communauté, son peuple.
Attirer coûte que coûte l’attention du plus grand nombre sur ce petit bout de désert, telle est désormais la mission de Tinariwen. Un petit bout de désert qui excite de plus en plus la convoitise des multinationales et des grandes puissances. Pétrole, uranium, soleil : sous le sable et les cailloux, toutes les énergies sont là, pour le plus grand malheur du peuple touareg… Un peu plus à l’Est dans le désert, la ville nigérienne d’Arlit est bien connue pour ses mines d’uranium à ciel ouvert exploitées sans grande considération pour la population locale. Dans la région de Kidal, la ville dont est originaire Tinariwen, de l’uranium a déjà été trouvé et des contrats établis avec une compagnie australienne… De quoi faire trembler «Il y a une énorme ignorance de ce qu’est l’uranium chez les touaregs. Beaucoup pensent que ce sont de simples cailloux. C’est cette partie de la population qui est utilisée pour l’exploitation des mines. Ceux qui connaissent les dangers de l’uranium ne sont pas consultés.» reprend Ibrahim.
Et même si Tinariwen ne parle pas explicitement de ces problèmes dans ses chansons, même s’ils ont désormais opté pour la poésie plutôt que pour le militantisme, ils continuent à jouer les ambassadeurs d’un peuple et d’une culture millénaire menacée. Leur souci de persévérer, d’intégrer des structures auxquelles ils ne comprennent rien, est une façon en soi de faire avancer leur cause. Comme le dit Justin Adams, arrangeur de leurs premiers albums, «Avec Tinariwen, c’est comme si j’avais découvert le centre, l’essence de toutes les musique africaines qui m’intéressaient jusque-là.  En plus, il y a leur engagement. Même sans comprendre un traître mot de tamashek, on peut sentir le sérieux de leur démarche. On pense évidemment à Bob Marley…».

Nostalgie et unité

Le nouvel album du groupe évite une fois encore les écueils dans lesquels d’autres seraient tombés: une production plus poussée, un « gros » son qui les propulserait au sommet des charts … Et l’on sent de suite que les treize chansons rassemblées ici ont été rodées au coin du feu. Tinariwen, groupe à géométrie variable par essence, a ouvert grand les portes de son studio mobile. Les femmes, avec leurs chants enjoués et leurs claquements de mains, viennent soutenir les sourdes complaintes d’Ibrahim, Hassan, Abdallah, Intidao … Certains «anciens » membres du groupe, sont aussi revenus. Ainsi Mohammed, dit Japonais, le temps d’un morceau, magnifique chanson sur les regrets, l’anxiété, le temps gâché. Ou Diara dont la guitare magique hante deux titres. Le rythme reste toujours réglé sur «le pas du chameau», mais les ambiances varient Selon les auteurs des morceaux. «C’est une question d’unité. Chacun des membres du groupe pourrait faire un album tout seul, Mais nous avons choisi d’être ensemble et chacun a sa place !»

Tinariwen, Imidiwan, AZ/Universal

Mon disque du mois de septembre: Tinariwen

Tinariwe_ImidiwanC’est clair, Je suis subjective. Depuis que j’ai entendu «The Radio Tisdas Sessions», le tout premier enregistrement de Tinariwen, j’ai craqué pour ce blues touareg, un peu bancal, décliné au rythme du pas du chameau. L’album avait été réalisé sur un coup de tête avec les moyens du bord dans la station de radio de Kidal, tout au nord du Mali. Pour ce quatrième album , après d’incessantes tournées internationales et une renommée qui ne cesse de croître, Tinariwen est revenu à la base. Un enregistrement dans un studio mobile au fin fond du désert avec Jean-Paul Romann, celui-là même qui avait réalisé leurs premières sessions. Les irréductibles défenseurs de l’identité tamasheq annoncent la couleur d’entrée avec un classique du répertoire, «Imidiwan», chanté et murmuré par la voix voilée du charismatique Ibrahim. Et puisque le groupe a le sens de la communauté, les auteurs varient au fil des morceaux imprimant des intonations légèrement différentes à leur blues du désert. Rodées au coin du feu, les treize chansons rassemblées ici affichent tour à tour nostalgie, puissance incantatoire, parfums de country, chants de gorges ou claquements de mains. Un album à la fois riche et épuré. Indispensable.

Tinariwen, «Imidiwan : Companions» Independiente/Universal.

Tinariqen sera en tournée en France et en Suisse au mois d’octobre dont Paris, l’Alhambra, le 5 octobre et à Genève, L’Usine, le 14 octobre. Tournée date par date sur leur myspace

collectors de Tinariwen et Terakaft

Les musiques du monde s’intéressent à Internet. C’est même une nouvelle tendance pour faire découvrir à moindres coûts des nouveaux artistes. L’idée est de réaliser  le travail de production et de présentation (notes de pochettes) habituellement faits pour un CD « physique », mais de ne sortir la musique qu’en téléchargement. Le label de worldmusic qui monte, Cumbancha, annonce ainsi dans la courant de l’été la parution digitale d’enregistrements de Kimi Djabaté guitariste, balafoniste et percussionniste de Guinée-Bissau, dans sa nouvelle collection, Discovery Series.

Aujourd’hui, le label Reaktiazawad-live-1999on propose quant à lui deux enregistrements collector sur le site tamasheq.net. Tout d’abord, le premier enregistrement live en Europe de Tinariwen… Y alternent au chant des membres mythiques aujourd’hui retourné dans leur désert comme Kedou ou Foy Foy ou d’autres toujours actifs (Hassan et Abdallah).

Réunis alors sous le nom d’Azawad, ces musiciens ont enregistré en 1999 au Chabada d’Angers. Peu de temps auparavant, ils avaient rencontré pour la première fois les Lo’Jo et leur manager Philippe Brix au théâtre des Réalités de Bamako. Deux ans plus tard, le premier Festival du Désert – toujours sous l’égide des Lo’Jo et de Philippe Brix – eut lieu à Tin-Essako, au nord du Mali. Et les musiques touarègues prirent leur envol dans le reste du monde…. Ces 6 enregistrements pris sur le vif brillent par leur puissance rustique. Les guitares électriques n’y sont pas encore omniprésentes, les instruments traditionnels (violon imzad) et les claquements de main oui. Il en ressort une lancinance, une émotion et une puissance foudroyante.

terakaft-live-2008On retrouve Kedou sur le deuxième enregistrement digital de tamasheq.net. Un enregistrement pris lors de la tournée européenne du trio Terakaft en 2007. Terakaft est constitué de Kedou et deux jeunes musiciens Sanou et Rhissa. Cette formule plus dense, plus intense, plus rock montre le chemin parcouru par certains de ces musiciens touaregs en à peine 10 ans. Edifiant!

Sites internet:

http://www.tamasheq.net/

http://www.myspace.com/labelreaktion

Concerts de Terakaft

11Juin 2009 La Tannerie Bourg en Bresse (France)

12 juin 2009 L’Arrêt Public des Platanes Lyon (France)

13 juin 2009 L’Arrêt Public des Platanes Lyon (France)

9 août 2009 Theatron Music Summer Festival Munchen (Germany)

14 août 2009 Time in Jazz Festival Berchidda (Italia)

15 août 2009 Time in Jazz festival Berchidda (Italia)

5 sept. 2009 Festival « Paint the city black » Colle Val d’Elsa (Italia)

Concerts de Tinariwen

5 juillet 2009: Les Eurockéennes de Belfort (France)

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