Un après-midi au Musée

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Exposition «Les archives de la diversité humaine» Scénographie Atelier Brückner GmbH, Stuttgart / Photo: MEG, J. WattsEn février dernier, à l’occasion d’un atelier musical au Musée d’ethnographie de Genève, la médiation musicale s’est profilée comme un outil de réflexion et d’approfondissement des liens entre public et patrimoine.

Fraîchement entrée au comité dans la toute nouvelle association  Médiation musicale suisse+, je m’interroge encore sur ce qu’englobe exactement cette notion de médiation musicale. A travers mes activités de journaliste et de chef de projets musicaux, je connais bien sûr les formats « ateliers musicaux », « interventions dans les écoles », « visites guidées autour d’une thématique ou d’une histoire musicale ». Mais j’associe toujours intuitivement le terme de médiation ou de médiateur à une forme d’arbitrage et de modération entre deux partis qui ne seraient pas d’accord. Ce qui brouille les pistes.

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Flûte à encoche taillée dans un fémur humain Suriname (Milieu du 18e siècle?)

C’est dans ce contexte que j’accepte la proposition de Barbara Balba Weber de l’accompagner lors d’un atelier participatif organisé avec l’équipe du Musée d’ethnographie de Genève. Le MEG possède un fonds de 16’000 heures de musiques du monde et une collection de 2500 instruments de musique dont certains spécimen sont exposés dans l’exposition permanente du Musée. En ce lundi après-midi de février, Mauricio Estrada Muñoz, responsable de l’Unité « Publics », huit médiateurs et guides de musée sont rassemblés dans une salle de réunion. Ils se questionnent sur comment mieux exploiter et faire fructifier les objets et enregistrements des collections. Ils sont tombés sur le guide de médiation musicale que Barbara Balba Weber et six autres médiateurs suisses ont réalisé l’an dernier dans le cadre d’un travail de recherche. Le guide est disponible le site mediation-culturelle.ch

 

Quoi ? Pourquoi ? Pour qui ? Comment ? Qui ?

Dans le train qui nous amène à Genève, Barbara m’explique que la médiation musicale est toute action liée au passage de la musique vers un public. Les musiciens sont les premiers médiateurs, mais les journalistes le sont également tout comme les organisateurs de concerts, les maisons de disques ou toute autre personne ayant tant soit peu affaire avec la musique. Voilà qui me met tout de suite plus à l’aise: je suis une médiatrice musicale sans le savoir !

Barbara Balba Weber ouvre l’atelier en présentant le guide de médiation musicale, une boussole pour la pratique et la professionnalisation de la médiation musicale suisse. Le guide proprement dit consiste en un simple dépliant recto verso avec des schémas explicatifs : un outil simple permettant d’analyser et de développer une action de médiation à l’aide de cinq critères basiques: quoi – pourquoi – pour qui – comment – qui.

A l’intérieur de ces cinq grands cadres, d’autres questions sont posées aux participants afin d’évaluer leur projet, de le développer ou de mieux le communiquer avec l’extérieur. Chaque musique développe ses spécificités mais les cinq catégories peuvent chaque fois leur être appliquées. Quelques exemples : la musique classique cherche à renouveler son public (c’est d’ailleurs le genre musical le plus actif dans le domaine de la médiation musicale). La musique folklorique est confrontée à la difficulté d’être présente dans les campagnes, mais pas dans les villes. Et la musique hip hop au fait que son public touche uniquement ou presque uniquement les jeunes. Que peut-on faire pour décloisonner ces musiques ? Pour créer des passerelles vers de nouveaux publics ? Tels sont les enjeux de la médiation musicale.

Musiques traditionnelles évolutives

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Chambre sonore: compositions de Julien Perez incorporées dans une installation vidéo réalisée par Ange Leccia (exposition permanente du MEG)

Au MEG, la situation est particulière puisque le musée ne crée pas de la musique mais la stocke. Les actions de médiation musicale y sont déjà existantes : une chambre sonore mélange images et sons pour tenter une approche « en texture » du support immatériel qu’est la musique, des visites thématiques autour de la musique mettent en valeur les instruments exposés ou les enregistrements (disponibles via des tablettes tactiles), des interventions musicales par des musiciens ou des DJs sont programmées. Plus d’une centaine de disques ont déjà été publiés, dont trois disques de remix d’archives sonores. Enfin, des visites scolaires sont régulièrement organisées.

Mais l’équipe du MEG planche actuellement sur un projet pour les adultes qui permettrait de réactiver, faire redécouvrir les archives sonores et faire participer les musiciens et le public. Les questions qui se posent sont :

– comment remettre ces musiques traditionnelles dans leur contexte ?
– comment créer un dialogue entre les objets qui ait un sens ?
– comment créer un « voyage sonore », raconter des histoires ?
– comment protéger/promouvoir les musiques traditionnelles actuelles ?

Boussole et pistes de réflexion

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Chambre sonore: compositions de Julien Perez incorporées dans une installation vidéo réalisée par Ange Leccia (exposition permanente du MEG)

En utilisant le guide de médiation musicale, les participants de l’atelier se rendent compte que les moyens et le contenu sont liés. Les questions qu’ils se posent sur l’outil, sur « comment ça marche » font écho aux questions relatives à leur approche.

Rapidement la question de ce que sont les musiques traditionnelles se pose : tout le monde semble s’accorder à dire que les musiques traditionnelles au sens de « figées dans la tradition » n’existent pas. Les musiques traditionnelles sont par essence évolutives. « Enfermées » dans un musée, comment mettre en valeur leur potentiel évolutif ?

Les ressortissants des communautés étrangères sont évoqués. Ce public méconnait la richesse du patrimoine muséeographique, mais est souvent touché par la musique. Comment pourrait-on les intégrer au processus ?

Dans une société où l’image est prépondérante, il serait intéressant de montrer ses musiques dans leur contexte via des extraits filmés. Pour trouver ces images, le besoin de s’associer avec de nouveaux partenaires est exprimé. Sont alors évoqués les écoles de musique, les musiciens, d’autres structures ou institutions impliquées dans les musiques du monde.

Au sortir des cet après-midi de brainstorming, aucune réponse définitive n’est amenée. Mais tel n’était pas le but : un processus de réflexion est lancé, processus qui privilégie l’ouverture et le partage des compétences. Il faut maintenant se laisser le temps de digérer cette première prise de contact. Chacun repart à ses affaires et un deuxième rendez-vous est au programme dans le courant de l’année 2016. Quant à moi, je ressors enrichie de cette expérience : en une demi-journée, j’ai beaucoup mieux appréhendé ce qu’est la médiation musicale et surtout l’esprit collaboratif qu’elle engendre. Des perspectives de développement réjouissantes. Affaire à suivre.

Je suis tombée amoureuse de ….. Dianne Reeves

Dianne Reeves©J-C Arav

©J-C Arav

Il est des jours comme ça où ça déborde de partout: trop de stress, trop de trucs dans la tête, trop de « trop ». En ce dimanche 10 avril, sous un soleil printanier radieux,  le trop plein de ma tête semblait vouloir prévaloir de tout. Sans grande conviction, je dirigeais mes pas vers le Cully Jazz Festival pour aller voir le pianiste et producteur martiniquais surdoué Chassol dont j’avais déjà raté par deux fois le show innovant où se mêlent sons, images et musiques d’une région du globe. Tout mon réseau était dithyrambique sur le cas Chassol. Je me devais donc d’y aller.

Une demi-heure avant le début du concert de Chassol, le grand Chapiteau se préparait à accueillir Dianne Reeves, « la dernière grande chanteuse de jazz » selon la rumeur. Je l’avoue, je n’ai jamais vraiment suivi la carrière de Dianne Reeves.  J’avais tendance à la classer  – avec les nombreux préjugés qui me caractérisent – dans la catégorie chanteuse-star. Les quelques disques, à la production léchée que j’avais écoutés, m’avaient conforté dans cette idée. Tout comme le Grammy Award qu’elle a remporté l’an dernier. Une très grand chanteuse, mais du genre inaccessible ou capricieuse comme Cassandra Wilson et consorts.

Virtuosité nonchalante 

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@J-C Arav

En diva qui se respecte, Dianne Reeves laisse à son quartet (Peter Martin – piano, Romero Lubambo – guitare, Reginald Veal – basse, Terreon Gully – batterie) l’honneur d’ouvrir le concert. Batteur, bassiste et pianiste sont tous trois des musiciens hors pair: jeu subtil et sensuel, feeling à revendre. D’authentiques instrumentistes américains à la virtuosité nonchalante, qui donnent l’impression que tout cela n’est qu’un jeu d’enfants.

Lorsque Mme Reeves entre en scène, sa voix met d’entrée de jeu tout le monde d’accord. Dans tous ses états, des plus graves aux plus aigus (et même jusqu’au cris), elle est un vrai instrument et partage avec ses acolytes de scène cette même aisance indéfinissable que n’est le lot que des très très grands artistes. Elle tient son micro à 20 bon centimètres de la bouche, ce qui n’empêche pas chaque mot qu’elle prononce d’être entendu distinctement jusqu’au fond de la salle.

I like it!

@J-C Arav

@J-C Arav

Un rapide coup d’oeil à mon téléphone m’indique qu’il est l’heure de diriger mes pas vers la sortie pour rejoindre la salle où Chassol va se produire. « Juste une dernière chanson » me dis-je. C’est alors que Reginald Veal se lance dans un solo de basse impressionnant, à la fois vertigineux et funky. Sans qu’on s’en rende compte les autres musiciens sont sortis de la scène et Dianne Reeves s’est assise sur l’estrade qui soutient la batterie. Telle une petite fille, elle dodeline de la tête l’air, rêveuse. Parfois elle lance un « I like it » comme si elle était toute seule dans sa cuisine entrain d’écouter la radio.

 

Ce frère né d’une autre mère ….

Et puis il y a Romero Lubambo, celui que Dianne Reeves présente comme « son frère, né d’une autre mère ». Un Brésilien qu’elle a rencontré il y a une vingtaine d’années et avec lequel elle a passé alors une nuit à boire des caipirinha, « ces boissons qui font du bien à l’âme ». C’est le début d’une très longue complicité musicale. Dimanche soir à Cully, il n’y a pas que le caipirinha qui fait du bien à l’âme. Les arpèges de cette guitare latine magique, les bribes de chant murmurées sont les prémisses à l’envol de la voix puissante de Dianne Reeves. Je me surprends à sourire et à frissonner en même temps. Merci Dianne Reeves pour cet incroyable concert. C’est pour des moments comme ceux-là que j’aime le Cully Jazz.

Désolée Chassol, la prochaine fois c’est promis ce sera la bonne!

Dianne Reeves sera de retour en Suisse au festival de Verbier le 2 août. Plus d’infos ici!

Lettre ouverte d’Alain Bittar

Dans ma boîte mail, il y a quelques heures, j’ai découvert cette missive, que Alain Bittar, directeur de l’Institut des cultures arabes et méditerranéennes, à Genève, a envoyé à tous ses contacts. Lisez jusqu’au bout le témoignage de cet « étranger » qui réside depuis 56 ans en Suisse.

Chers ami(e)s suisses(ses),

Si aujourd’hui je me permets de vous interpeller sur un sujet qui me concerne au premier plan et qui me tient à cœur, c’est entendu que la solution dépend de votre vote.

Pour tous les étrangers qui partagent votre quotidien, qui sont vos collègues de travail, vos voisins, vos amis, des membres de vos familles… pour tous ces étrangers qui aiment ce pays et leur canton…. Votez NON ! à l‘initiative discriminatoire de l’UDC...Ne vous dites pas « mais eux ils sont bien intégrés, il ne va rien leur arriver », car ce sont et ce seront les premiers touchés par cette initiative dangereuse. Ce ne seront pas les petits prédateurs qui créent l’insécurité et qui ne pourront pas être renvoyés faute de pays d’accueil…

Si cette initiative devait passer, tout le tissu social de la Suisse serait mis à mal, de l’ouvrier(e) au cadre, au chef(fe) d’entreprise, au père ou à la mère de famille, aux jeunes qui sont nés en Suisse, tous les étranger(e)s de ce pays soient près de deux millions de personnes seraient stigmatisés comme criminels potentiels….

Un délinquant est un délinquant, qu’il soit suisse ou étranger. C’est la délinquance doit être combattue pas les étrangers…

Jeune homme à Genève, j’ai vécu l’angoisse de mon père lors de la première et de la deuxième initiative Schwarzenbach contre la surpopulation étrangère. Aujourd’hui j’ai hérité de son angoisse face à l’Initiative xénophobe de l’UDC qui n’apporte aucune solution au problème de la criminalité. Mais qui stigmatise 2 millions de citoyens. Cette votation qui semble très serrée au vu des moyens investis par l’UDC et de son caractère démagogique pourrait aussi être une occasion de dire NON à la politique de radicalisation.

En supprimant toute possibilité de recours, en mettant hors-jeu la justice, cette initiative ouvre la voie à l’arbitraire et cela dans la vie de tous les jours aussi bien pour les étrangers que pour les suisses.

Après avoir vécu 56 ans en Suisse, ayant reçu en 2006 du Conseil administratif de la Ville  « La médaille de la Genève reconnaissante », après avoir lu le Pacte du Grütli lors de la fête nationale du 1er aout dans la commune ou j’habitais, Je me sens stigmatisé comme criminel potentiel susceptible d’être expulsé en cas de moindre faux pas dans ma vie et sans aucun recours.

Ma foi, vais-je devoir me faire à l’idée, que pour une raison ou une autre, comme 40% de la population genevoise je pourrais être expulsé sans aucune voie de recours après toutes ces années en Suisse et que mes enfants soient nés dans ce pays ainsi que mes petits enfants et que j’y tienne une librairie depuis 37 ans…?

J’espère que ma voiture ne glissera pas sur une plaque de verglas, et que la vie ne me fera pas commettre le moindre délit punissable….

Certains partisans du OUI m’objecteront qu’il suffit de demander la naturalisation pour ne pas être expulsable…. Je ne crois pas que ce soit une merveilleuse preuve de patriotisme que d’effectuer cette démarche de peur d’être expulsé. 

Si le OUI devait passer le 28 février, soyez sûrs que la prochaine étape UDC sera le retrait de la nationalité aux binationaux et que la suivante sera le retrait de la nationalité à ceux qui l’ont acquise depuis moins de 5 ans…

Si le Oui devait passer, la stigmatisation d’une grande partie de la population ne manquerait pas de laisser des traces indélébiles dans la société et dans le vivre ensemble.

Je m’adresse par ce courriel, à tous ceux qui  n’ont pas encore voté ou qui ne pensaient pas voter, pour leur demander de ne pas sous-estimer l’importance de leur vote sur une initiative qui  remet en cause plusieurs piliers de l’État de droit suisse.

N’oubliez pas d’aller voter avec la tête et le cœur et non pas avec la peur instillée au ventre.

Alain Bittar

 

Tous pour Musiques Métisses !

image_383festival-musiques-metisses-2010S’il est un souvenir musical qui m’a marqué, c’est bien celui de Salif Keita qui, à peine entré sur la grande scène du Festival Musiques Métisses d’Angoulême sous un soleil de plomb, vêtu d’un costume deux pièces blanc, s’agenouillait, sans dire un mot, pour embrasser le sol, manifestant ainsi de son immense respect pour le festival, pour son directeur Christian Mousset, pour le public et pour la ville d’Angoulême. C’était en mai 2010. Vingt-six ans plus tôt, en 1984, Salif Keita donnait son premier concert en France. Un concert symbolique, un concert mythique qui marquait le lancement de la carrière du futur auteur de « Soro » (1987), du futur grand chanteur malien adulé dans le monde entier.

Comme un vieil ami

Le Festival Musiques métisses je l’ai côtoyé, fréquenté assidument à certaines périodes, parfois délaissé  – comme un vieil ami qu’on ose parfois négliger car le lien ne sera jamais vraiment rompu. Seulement voilà, aujourd’hui pour des raisons extérieures, le lien semble bien mal en point. Musiques Métisses, qui venait de fêter ses quarante ans d’existence, n’est plus. Du moins plus pour l’instant. Les politiques ont décidé de fermer les vannes face aux problèmes financiers récurrents de la manifestation, qui rappelons-le, hormis les concerts de la grande scène, proposait de multiples activités gratuites : concerts dans les écoles, dans les EMS, débats et conférences autour de la littérature africaine (Littérature Métisses).

Il est évident qu’une manifestation comme Musiques Métisses ne peut pas être économiquement viable. Il est évident qu’une manifestation comme Musiques Métisses est beaucoup plus qu’un simple festival de musiques.

Musiques Métisses c’est une utopie, un grand rassemblement d’artistes et d’activistes musicaux convaincus que la musique, les actions sur le terrain pouvaient permettre le dialogue, l’échange, la mixité. Décider de ne plus soutenir Musiques Métisses, c’est choisir de baisser les bras et de se renfermer encore un peu plus dans la morosité ambiante de cette année 2015, décidément bien déprimante.

L’île des possibles

Quant à la musique, elle a toujours été la garante des bonnes vibrations de ce monde éphémère que l’équipe du festival construisait chaque année avec attention, amour et détermination sur l’île de Bourgine pendant les trois jours du week-end de la Pentecôte.

Dans les années 90, j’y ai découvert les cuivres déjantés de Gangbé Brass Band, fanfare improbable qui vient justement de renaître de ses cendres avec la parution d’un nouvel album et d’un documentaire d’Arnaud Robert. J’ai aussi succombé à la fureur des koras électrisées de Ba Cissoko, à l’ambivalence de la voix mutante de Jimmy Scott, au charme envoûtant de la sublimissime et bouleversante chanteuse tchadienne Mounira Mitchala.

Et puis il y avait tous ses « vieux » groupes que Christian Mousset ne pouvait pas s’empêcher de ressusciter : Le Super Rail Band de Bamako, les Bantous de la Capitale, la Camerounaise Anne-Marie Nzié, le Réunionnais Granmoun Lélé (et plus récemment l’atypique Menwar), le Guinéen Mamadou Barry ou le vertigineux guitariste malien Djelimady Tounkara. Evidemment, l’an dernier, lorsque les Ambassadeurs du Motel de Bamako décidèrent de se reformer le temps d’une tournée, ils ne purent que faire escale sur l’île de Bourgines. Je n’y étais pas et je le regrette.

Ce qui sauve les Africains…..

L’annonce de la fin de Musiques Métisses fait remonter d’autres souvenirs comme cette édition 2012 où la Tunisienne Emel Mathlouthi, connue pour son engagement dans les révolutions arabes, lâchait :. « Même si le soleil trompeur de la révolution va peut-être nous brûler…» avant de s’interrompre, émue, et de reprendre avec « Halleluja » de Léonard Cohen à la guitare sèche. Sur une autre scène Denis Péan, chanteur et poète de Lo’Jo s’exclamait: «  Il est des mots qui font rêver, comme identité et des mots qui agacent comme “identité nationale“ ».

2010 encore et l’énergie fulgurante et communicative du big band de jeunes guinéens Les Espoirs de Coronthie ou une longue interview avec Emile Biayenda, batteur et leader des Tambours de Brazza qui me racontait son incroyable trajectoire, assis sous un arbre de l’île.

Agir

Il y a bien plus longtemps, lors de l’un de mes premiers entretiens avec lui, Christian Mousset me disait: «L’Afrique ça m’éclate. La première fois que je me suis rendu en Afrique francophone, j’ai noté toutes les expressions qui me faisaient rire. Ce qui sauve les Africains du désespoir, c’est le rire». Alors si vous avez encore envie de rire, de découvrir des musiques, de partager des émotions et de déguster dans la même soirée un bon poulet Yassa et une fouée régionale, c’est très simple, précipitez-vous sur la page Facebook « Soutien à Musiques Métisses » et suivez son actualité!

Enfin, un très grand merci et bravo à la journaliste de Marianne, Frédérique Briard qui est la première à avoir osé dire « non » et à s’être mobilisée contre la disparition du festival.

Very good trip réveille les morts!

Voilà c’est la rentrée avec son lot de réjouissances et de contraintes. Bon, en ce qui me concerne, j’adore mon métier et rentrée est souvent synonyme d’excitation pour moi (j’avoue quand même que je dois trier mes documents comptables depuis lundi et que mon bureau ressemble à un champ de bataille d’avions en papier…).

Mais l’été fut très cool aussi. Côté musique, j’ai laissé tomber l’ordinateur, la chaîne stéréo et je n’ai eu recours qu’à la radio. L’été fut donc rétro. D’abord grâce aux ados qui, à peine leurs fesses posées sur les sièges de la voiture, branchent leurs chaînes FM. J’ai donc été largement abreuvée des reprises de « Aint Nobody (Love Me Better)… » de Felix Jean et de « Englishman in New York » de Cris Cab. Du coup, je n’avais pas vraiment l’impression d’être en 2015. Et ça m’a donné envie de réécouter du Chaka Khan:

Quelle voix! Je sais que je fais un peu « vieille peau », mais j’adore. Bon les synthés pourris, j’avoue qu’ils ont un peu vieilli. Mais les années 80 sont les années 80, y a rien à faire là-contre…

Sinon, toujours dans la voiture, je suis tombée, complètement par hasard sur la semaine groove de la série d’été que Michka Assayas présentait sur France Inter (eh oui parfois j’arrive à reprendre le contrôle du poste radio à mes enfants…). Les émissions ont pour titre « Very Good Trip » et elles portent bien leur nom.  Je rappelle que Michka Assayas est:

  1. encore plus vieux que moi
  2. le journaliste de rock français que je respecte le plus,  responsable entre autres du Dictionnaire du rock (Editions Laffont, 2000)
Roy Orbinson (1965) © - 2015 / Jac. de Nijs / Anefo

Roy Orbinson (1965) © – 2015 / Jac. de Nijs / Anefo

Bref, l’homme connaît son sujet sur le bout des doigts. Il est de ceux qui ont compris et qui osent affirmer que « la country était le blues des Blancs de la même façon que le blues est la country des Noirs » et il le prouve magistralement en enchaînant deux classiques, « In the Ghetto » de Presley et « In Dreams » de Roy Orbison. Wouahou… Ça doit bien faire quinze ans que je n’ai plus écouté ces deux-là, mais quelle claque! Deux voix d’outre-tombe qui vous remuent de l’intérieur et chamboulent tout sur leur passage. Franchement, en voiture, ça peut s’avérer dangereux.

Du coup je me suis précipitée sur mes vieux disques de Roy Orbison tout en pianotant sur mon Iphone pour podcaster toute la série de « Very Good Trip ». Et depuis les pépites n’arrêtent pas de pleuvoir. Ecoutez par exemple l’émission  « New York » (04.08.2015) et vous plongerez dans un trip funky-punky orchestré par les Talking Heads, B-52’s, Lizzy Mercier-Descloux. Inutile de préciser que les commentaires sont toujours intéressants, mêlant éléments biographiques, informations inédites et anecdotes personnelles. Michka Assayas a rencontré beaucoup beaucoup d’artistes dont il parle. Je me demande d’ailleurs comment il a fait pour en rencontrer autant.

The Temptations (1971) - © - 2015 / Multi-Media Management/Gordy Records

The Temptations (1971) – © – 2015 / Multi-Media Management/Gordy Records

Avec lui, vous passez en cinquante minutes chrono de Los Lobos à Lucas Santtana, de Véronique Sanson aux Specials  dans « Brise cool des tropiques »(05.08.2015). Les Temptations, Gil-Scott-Heron et Curtis Mayfield s’enchaînent eux dans « Soul, chaos et délivrance ». Quant à cette dernière semaine, elle a été entièrement consacrée au blues et à la soul. Précision utile: j’ai bien repris le boulot, mais tous les matins, entre 10:00 et 11:00, je fais ma pause radio. Merci pour votre compréhension!

D’Angelo, le retour de The Voice

DAngelo-600x349Ça a démarré par un cadeau de Noël. Cadeau de Noël à moi-même, un peu avant les festivités de décembre. Allez hop je m’offre une place pour le concert de D’Angelo au Kaufleuten le 11 février 2015. La date approchant, croulant sous le boulot, je commençais à tergiverser. « Est-ce bien raisonnable de faire plus de 200 km pour aller voir Mr D’Angelo ? Tu n’as plus vingt ans voyons… », « Ce nouveau disque franchement je ne croche pas à 100%… » « Il a vachement vieilli, grossi… »

Bref, le 11 février à 16 :00, je me retrouve quand même dans la voiture d’Edgar, direction Zurich. A 19 :00, à l’entrée de Zurich, les longues files de bouchons  font disparaître toute perspective de boire un verre avec Carine, Arnaud et les autres avant le début du concert. « Je savais bien que j’aurais pas dû venir » me susurre mon petit démon intérieur pendant que je donne le change en blaguant avec Alex et Edgar.

Deux heures plus tard, D’Angelo est là, sur scène, à 20 mètres de moi, devant un public que l’on ne peut que qualifier de « conquis d’avance ». Un choc. Le Sex-symbol des années 90 a grossi. Il porte des longues tuniques noires pour essayer de le cacher. Il faut s’habituer à cette nouvelle silhouette qui semble un peu fatiguée, empruntée. Il démarre seul au micro. Ouf la voix est toujours là. Son nouveau groupe, The Vanguard , fait son entrée à la queue leu-leu. Il présente chacun d’eux. Lorsque c’est le tour du bassiste, Pino Palladino, l’ovation du public monte en décibels. Un morceau, deux morceaux. Je ne suis pas vraiment dedans. Tout le monde joue bien, les choristes, deux hommes (dont je ne me rappelle plus le nom) d’un côté de la scène, et Kendra Forster (qui a participé à la composition de « The Black Messiah ») de l’autre, s’amusent à des joutes vocales de bon augure.

Peu à peu ça prend. Les claviers semblent tout droits sortis d’une église du sud des Etats-Unis. Les guitaristes balancent du lourd. Et D’Angelo joue de sa voix schizophrène, comme il sait si bien le faire. Un coup en haut, façon Prince, un coup en bas façon soulman. Les morceaux du « Black Messiah » sont transfigurés par ce traitement. D’Angelo donne, donne et donne encore. Il surprend par sa hargne, par le ton P-funk qu’il donne au concert. L’esprit de Georges Clinton flotte dans l’atmosphère surchauffée du Kaufleuten. Le concert commence à filer à une allure impressionnante jusqu’au morceau final, longue montée en puissante où soudain D’Angelo décolle, plantant là ses choristes, pourtant plutôt doués. Il grimpe les octaves et monte en puissance : tout le public est contaminé par les vibrations qu’il envoie. « I Need Somebody » répète-t-il inlassablement. Une chose est sûre : le public a trouvé lui ce dont il avait besoin. Love is in the air.

Trois quarts d’heure et deux rappels plus tard, D’Angelo est toujours là. Son band a labouré avec ardeur et sans rémission pendant près de deux heures ce champ soul-funk-rock, a enchaîné les tubes quand soudain il semble se rappeler qu’il est aussi un chanteur de ballades. Il conclut avec un vieux morceau « How Does it Feel ?» pur sucre.

Les musiciens quittent les uns après les autres la scène sous les ovations du public. Et D’Angelo finit seul, au fond de la scène, dans un call and response avec le public subjugué. Mon petit démon intérieur s’est aplati, s’excuse face à la démonstration du maestro. Sourires, yeux qui brillent : les bons concerts se lisent aussi sur le visage des spectateurs quittant la salle. Merci à D’Angelo d’être revenu, même quand on y croyait plus !

Xuman rappe les news et milite

journal_rappeA la demande générale (plus précisément à celle de trois personnes sur Facebook…), je tente la énième reprise régulière d’articles sur ce blog. Après analyse de mes pannes récurrentes, je crois que j’ai mis le doigt sur ce qui me bloque: ne pas pouvoir envisager d’écrire quelque chose sans étude approfondie du dossier ou sans avoir réalisé une longue interview. Du coup, je n’ai jamais suffisamment de temps pour pouvoir publier quoique ce soit. Bref, défaut professionnel ou perfectionnisme, je n’ose pas la légèreté, les petits billets courts et sans prétention.

A la découverte du JT rappé

Alors je m’y lance pour vous parler de la reconversion de Xuman en journaliste. Gunman Xuman c’est un pionnier de la scène rap sénégalaise, un des membres de Pee Froiss. Sa dernière lubie, plutôt inspirée, un journal en version rap diffusé à la télévision sénégalaise, mais aussi sur la chaîne Youtube JT rappé.

Le principe est simple, comme l’explique Xuman lors de la projection d’un extrait de son Journal rappé à l’excellent Norient Musikfilm Festival qui se tient ce week-end à Berne:

– utiliser la musique et la parole pour amener plus de conscience dans une société qui est essentiellement basée sur la culture orale
– sélectionner les news qui ne sont pas forcément mises en avant dans les « vrais » journaux télévisés
– les décoder
– toucher les jeunes en utilisant leur idiome préféré, le rap

Le journal est ainsi aussi capable aussi de montages délirants comme cette publicité sur les APE (accords de partenariats économiques) entre l’Europe et l’Afrique qui permettrait entre autres à l’Europe de diffuser ses produits agricoles en Afrique et qui, du coup, mettrait encore plus en péril les fragiles cultures africaines.

« On ne peut pas  tuer les idées »

KeytiLe JT rappé dure quelques minutes. Il est présenté par Xuman en français et en wolof par Keyti, une autre figure culte de la scène hip hop sénégalaise. Le JT rappé c’est une bouffée d’air en provenance d’Afrique, une façon de montrer que, malgré les tentatives de muselage, des voix continueront de s’élever. Comme disait récemment ce dessinateur français ami des défunts Cabu et consorts (dont j’ai malheureusement oublié le nom): « On ne peut pas  tuer les idées ». Avec Xuman, Keyti, le JT rappé offre la vision d’un rap authentique, social et engagé, en parfait désaccord avec la tendance dominante bling bling américaine. Avec Xuman et Keyti, réfléchir c’est aussi prendre du recul et rigoler. Leur arme de prédilection? La parodie décapante. Jugez plutôt…

 

 

 

Vieux, Aziza et Kara : le feu des musiques du désert

Vieux Farka & AzizaJe passe le plupart de mon temps à aligner les heures entre un écran d’ordinateur et des négociations hasardeuses. J’essaie d’entrouvrir des portes qui semblent hermétiquement fermées, de m’activer dans tous les sens pour faire bouger des choses apparemment inamovibles. Parfois – souvent ces derniers temps – le découragement et sa petite voix perfide me disent: « A quoi bon ? », « Mission Impossible», « Pourquoi te compliquer la vie ? » « T’as perdu le feu sacré, laisse tomber ! »

Et, soudain, toutes ces questions disparaissent. Le feu renaît. Il suffit d’une voix, de quelques arpèges de guitare pour que toute la fatigue soit balayée, pour que tout redevienne clair. Ce fut le cas samedi soir, lors de la soirée Desert Blues que j’avais programmée à l’Espace Vélodrome de Plan-Les-Ouates.

Nostalgie et tendresse

Dès qu’Aziza Brahim, est entrée sur scène, la magie a opéré. Son chant a cappella, avec cette infinie nostalgie et tendresse qui le caractérise, a suffi pour captiver le public. Il est irrémédiablement tombé sous le charme de cette chanteuse sahraoui qui donnait son premier concert en terre helvétique. Pour rappel, (car beaucoup de gens m’ont posé la question après le concert): le Sahara Occidental est un territoire coincé entre la Mauritanie, L’Algérie et le Maroc, sans statut officiel depuis le départ des Espagnols en 1976 ! Une petite partie s’est auto-proclamée indépendante alors que l’autre est sous contrôle marocain.

 

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Née dans un camp de réfugiés au Sud de l’Algérie, sans avoir jamais posé le pied sur sa terre d’origine, Aziza Brahim est l’une des seules porte-paroles de ce peuple et de sa culture.

Sa musique partage beaucoup de points communs avec les musiques tamashek, mais étend ses antennes jusqu’à Cuba où Aziza Brahim a fait ses classes dès l’adolescence. A ses côtés à Genève, un nouveau guitariste, José Mendoza, enrichit son univers de ses couleurs arabo-andalouses. C’est parfois encore un peu maladroit, mais fragile et puissant à la fois.

Guitar hero

Si Ali Farka Touré, était encore des nôtres, nul doute qu’il serait fier de son fiston. Vieux Farka a le son d’Ali et des étincelles de sa présence magnétique. Musicalement, Vieux va plus loin. Formé par le grand Toumani Diabaté, il a les deux pieds fermement ancrés dans la tradition et la tête perdue dans un jeu de guitare foudroyant.

 

Vieux Farka & Kara« Le meilleur guitariste africain actuel » s’exclame le chanteur peul de Genève, Kara Sylla Ka, invité à interpréter le grand classique « Diarabi » sur scène. Et Vieux le prouve en enchaînant des soli de guitares époustouflants sans aucune préparation, sur un deuxième titre du musicien sénégalais de Genève, « Yero Mama ». Etant déjà mandaté par Aziza pour prendre des photos, je n’ai pas malheureusement pas pu filmer….

20140523_223926Propulsé par la dynamique de ce duo, Vieux retourne en coulisse chercher Aziza et son groupe. Les musiciens d’’Aziza prennent la place de ceux de Vieux qui attrapent quelques percussions. Le feu se propage, la salle se lève et tout le monde se met à danser aux rythmes du désert face à ce big band improvisé. Sans militantisme, sans long discours sur la situation malienne ou sahraoui, Aziza Brahim, Vieux Farka Touré et Kara Sylla Ka nous ont donné une belle leçon de cœur et de paix. On recommande vivement à ceux qui n’étaient pas là l’achat des CDs respectifs des ces trois musiciens qui comptent parmi les meilleures sorties africaines de ces derniers temps.

Pour Ali Farka Touré, c’est par là.
Pour Aziza Brahim, par ici
Pour Kara, le CD numérique « Mali Notdimi » est disponible sur Itunes.

Enfin, merci au service culturel de Plan-Les-Ouates, sans lequel rien de tout cela ne serait possible! Au oui,  j’allais presque oublier: tout compte fait, je fais l’un des plus beaux métiers du monde….

Bamako, la musique live renaît de ses cendres

Nahawa (1)Bonne nouvelle de Bamako : après la guerre, la renaissance. Les Jeudis Musicaux, des concerts organisés par le Musée National du Mali depuis bientôt une décade, avaient dû suspendre leurs activités après le coup d’état et les événements qui s’ensuivirent. Ils reprennent aujourd’hui leurs quartiers au Parc National. Depuis fin 2013, Samuel Sidibé, Directeur du Musée National, a décidé de remettre au programme ce rendez-vous musical bamakois incontournable. Soutenu dans un premier temps par L’UNESCO, les Jeudis Musicaux se sont désormais associés à long terme avec L’Initiative de l’Aga Khan pour la Musique (AKMI).

« un catalyseur d’innovation et d’éducation musicale »

Ces deux organismes partagent quelques valeurs communes. Pour Samuel Sidibé, il s’agit de « permettre aux jeunes artistes de s’exprimer ». Pour Fairouz Nishanova, directrice de l’AKMI, de « fonctionner comme un catalyseur d’innovation et d’éducation musicale, dans la tradition du riche héritage malien ». Lors de ces concerts de fin d’après-midi, seront présentés en grande majorité des artistes de Bamako, mais originaires des quatre coins du pays. Des ateliers musicaux où les « vétérans » encadrent les jeunes musiciens sont également au programme.

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Avec le Centre Culturel Français, les Jeudis Musicaux s’inscrivent donc comme l’une des rares propositions de musique live à Bamako. Ont ou vont se produire le jeudi dans le parc, à ciel ouvert, quelques grands noms – Nahawa Doumbia, Affel Bocoum, Khaira Arby – comme des nouveaux venus (Ya Ka Madou Sangaré ou Sidiki Diabaté, le fils de Toumani Diabaté).

Pour rappel, l’Initiative de l’Aga Khan pour la Musique est active dans plusieurs pays d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique avec pour mission de développer les cultures de ces régions au niveau local, national et international. C’est pourquoi, dans la foulée des Jeudis Musicaux, un festival trimestriel de deux ou trois jours est prévu dans ce même Parc National. La première édition est annoncée pour octobre. Et on espère avoir bientôt plus de news, plus de photos, plus de vidéos de ces après-midi musicaux dans le Parc National.

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http://www.akdn.org/Content/1269

Elina Duni, portrait et concert

Sa voix transcende la folklore albanais. Avec son groupe, constitué de la crème des musiciens de jazz suisses, elle propose des arrangements inédits, insolites et incroyablement séduisants. Elle c’est la chanteuse Elina Duni. Elle sera en concert à la salle des Fêtes de Renens (lausanne) ce soir. L’occasion de republier un portrait paru dans le Courrier il y a un peu plus d’année. Et surtout, allez écouter, ça en vaut la peine!

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