El Hadj N’Diaye. l’irréductible indépendant de la musique sénégalaise

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Du 18 au 25 mars, il donne quelques  concerts en France. Ne ratez pas cette   voix puissante et ce dénonciateur inconditionnel. Sur scène ou sur disque.

Au pays du rap et du mbalax, El Hadj N’Diaye est un chanteur à texte atypique. Du haut de ses 20 ans de carrière, l’homme est un adepte du «peu, mais bien». Peu de disques, mais des chansons en forme d’hymnes, régulièrement utilisés en bande-son d’émissions TV. Unanimement respecté à Dakar, El Hadj N’Diaye est la voix des sans voix.

Après sept ans de silence, son nouveau CD, le troisième, parvient d’une façon toujours plus subtile à l’équilibre parfait entre textes virulents, voix incantatoire et chaleur humaine. Un empêcheur de tourner en rond croisé dans un café parisien lors de l’un de ses courts séjours dans la capitale française.

Pourquoi avoir laissé passé autant de temps entre votre précédent album et «Geej» ?
El Hadj N’Diaye: Il s’est passé beaucoup de choses. Je m’occupais depuis des années d’un studio ouvert aux jeunes artistes sénégalais. Ce studio était financé par une ONG qui a soudainement décidé de cesser cette activité. Ma déception fut telle que je me suis lancé dans l’agriculture. J’ai acquis un terrain pour faire de la culture de mangues. Puis ma mère est décédée. Mais je suis quand même resté actif. J’ai développé des projets dans des écoles, participé à des musiques du film. Et j’ai même reconstruit ce studio pièce par pièce un peu plus loin, au cap des Biches.
La pochette de «Geej» montre un enfant de dos courant sur une plage au milieu d’un viseur. Pourquoi ?
El Hadj N’Diaye: J’ai voulu mettre en avant le fait que des milliers de jeunes sont prêts à risquer leur vie en s’embarquant sur des pirogues pour tenter d’accéder à l’Occident. La situation s’est beaucoup détériorée au Sénégal depuis 2000. En 2000, l’alternance politique a été votée pour la première fois, grâce à la mobilisation des jeunes. Cela a déclenché un immense élan d’espoir. Un espoir qui se noie aujourd’hui dans la mer.
Dans votre disque, vous «samplez» un discours du célèbre savant  Cheikh Anta Diop sur la négritude. En quoi est-ce toujours d’actualité en 2008?
El Hadj N’Diaye: J’ai composé cette chanson, il y a longtemps, le jour de sa mort. Je pense que l’Afrique ne doit pas oublier Cheikh Anta Diop et ses prises de positions anticolonialistes. Il y a quelques mois Sarkozy donnait son fameux discours à l’Université de Dakar qui s’appelle d’ailleurs Université Cheikh Anta Diop… On en est toujours au même point.
Vous êtes un des rares «chanteurs à textes» du Sénégal. Comment vivez-vous cette responsabilité ?
El Hadj N’Diaye: Le mbalax est une musique qui fait danser, oublier. Ce sont des vidéoclips de gens bien sapés qui jurent avec la réalité. Tant que les gens pensent à danser et à s’habiller, ils ne pensent pas à autre chose… Pour moi être artiste, c’est avant tout un engagement social envers les Sénégalais. Au début de ma carrière, on a cherché à me faire me taire. Mais je n’ai jamais remis en question mon choix. Soit on se rend complice en se taisant, soit on continue par conviction. La force du chant est primordiale dans une culture orale où 50% de la population est analphabète. Je me souviens de mon premier producteur qui me disait : «Tu as une belle voix, mais pourquoi chantes-tu ces conneries-là ?». Il faut admettre que je ne sais que chanter «ces conneries-là» (rires). Je me révolterai toujours contre cette Afrique soi-disant pauvre. Nous sommes assis en haillons sur des mines d’or et de diamant !
Comment vous est venu cette vocation ?
El Hadj N’Diaye: J’ai toujours eu d’excellents résultats scolaires. C’était ma vengeance contre la pauvreté dans laquelle je vivais. Pour me féliciter d’avoir passé mon bac, mon petit frère m’a offert une guitare. Je ne savais pas qu’en faire. J’ai d’abord essayé de la revendre, mais on m’en donnait tellement peu et elle était tellement jolie… Alors je l’ai accrochée au mur de ma chambre et je la regardais.  Ayant obtenu un bac avec mention, j’aurais dû obtenir une bourse pour l’université. Mais faute d’avoir les bonnes relations, je ne l’ai pas eue. J’ai quand même fini par aller à l’université, mais cela m’a dégoûté. Alors un jour, j’ai décroché ma guitare de son clou pour chanter tout ce qui me révoltait.

(interview initialement parue dans Vibrations en mai 2008).

A ECOUTER
El Hadj’N’Diaye, «Geej», Marabi/Harmonia Mundi/Disques Office

Publié le mars 4, 2009, dans interview, Musique, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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