Bill Laswell versus Robbie Shakespeare

Bill Laswell © Daniel Balmat

Bill Laswell © Daniel Balmat

On peut critiquer le Montreux Jazz Festival, sa politique tarifaire, son côté business, son clinquant people et tout le tralala. Il faut bien reconnaître que Claude Nobs sait encore surprendre. Hier soir, la scène du MDH voyait ainsi défiler Robbie Shakespeare flanqué de l’inséparable Sly Dunbar. Avant Bill Laswell et de son nouveau projet Method of Defiance. Deux formations, invitées dans le cadre d’un des trois soirées consacrées au label Island. Dans le public, on distingue d’ailleurs la silhouette discrète de Chris Blackwell…

Robbie Shakespeare © Daniel Balmat

Robbie Shakespeare © Daniel Balmat

La plus grande rythmique du reggae de tous les temps s’était acoquinée pour l’occasion avec le chanteur Bitty Mac Lean. Un petit bonhomme, au look plutôt strict, mais doté d’une voix soyeuse et roots qui connaît les classiques du genre sur le bout des doigts. Un défilé de tubes, un crescendo de groove. Robbie Shakespeare, drapé dans un long manteau noir, est particulièrement en forme. Il brandit sa basse comme une kalatchnikov. Derrière lui, Sly n’a même plus besoin de le regarder pour orchestrer soudain une déferlante de rythmes. Apparaît au détour d’une chanson, Monty Alexander, ébouriffé, l’harmonium à la main (A lire d’ailleurs une excellente interview de lui sur le site vibrationsmusic.com). Le public s’enflamme et quand Robbie Shakespeare se met à chanter en rappel de sa voix de fausset, c’est l’ovation.

Bill Laswell n’est pas du genre à se faire impressionner par les artistes qui jouent avant ou après lui. Son dernier passage à Montreux remonte à 1983. Il s’était fait huer par un public venu pour voir Level 42 (eh oui, parfois Montreux fait aussi des plateaux moins pertinents…). Laswell est donc là pour défendre les couleurs de son nouveau projet, Method of Defiance. A ses côtés le fidèle Bernie Worrell, Dj Krush, les rappers Dr Israël et l’excellent Hawk (un pote de Tricky). Last but not least, Guy Licata, le cheveu parfaitement lissé, la raie impeccablement rectiligne, cache mal ses pulsions de psycho-batteur. Quant au trompettiste japonais Toshinori Kondo, il aimerait bien être une réincarnation de Miles Davis. D’entrée de jeu, ça joue bien, très bien. Entre free jazz, sound system et électronique, entre ordinateurs, claviers et platines, les musiciens et rappers improvisent, puslent… Leur dub, expérimental, trafiqué est à 100’000 lieues de celui de Sly & Robbie. Et pourtant, il s’inscrit dans la continuité. Bill Laswell, impassible, semble suivre les lignes d’une musique perdue dans sa tête. Et quand soudain, il fait gronder sa basse, le public, largement constitué d’amateurs de Material, est prêt. Trois-quart d’heure et déjà, c’est la fin… avant deux rappels de la même veine. Un set 100% New-yorkais: court, mais intense. Une expérience musicale qui cherche toujours à repousser les limites des genres. En un mot finissant: de la bonne musique.

Publié le juillet 13, 2009, dans Billets d'humeur, Musique, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :