Swiss Tango

Il y a quelque temps, j’ai rencontré Horacio Molina. Horacio Molina est, comme il se définit lui-même sarcastiquement,«une légende vivante du tango». Le genre de légende que j’apprécie.
Précisons d’emblée que je ne connais rien au tango. J’ai quelques disques du label Manana (le label d’Eduardo Makaroff, un des membres du Gotan Project), dont le sien, un disque de Caceres et un autre de Melingo. A part ça, ma culture du tango est quasi nulle. En sirotant un thé au buffet de la Gare de Lausanne, j’attendais Horacio Molina afin de lui tire le portrait pour Le Courrier. Et je me maudissais de m’être lancée dans une telle aventure, en néophyte. Quand j’ai vu arriver ce Monsieur très digne aux cheveux blancs, j’ai tout de suite compris que j’avais affaire à quelqu’un d’exigeant. Impossible de tricher. J’aborde donc l’entrevue en lui lançant «Je ne connais rien au tango, mais ça m’intéresse». Et lui de me répondre. «Tant mieux. Je vais pouvoir vous expliquer».

Et le voilà se remémorant ses premiers souvenirs de Gardel, son amitié avec Mercedes Sosa ou s’enthousiasmant à propos de deux morceaux qu’il a enregistrés avec le Brésilien Dori Caymmi pour son nouvel album. Happée par ses yeux qui brillent et son sourire, je décide de reporter un déplacement pour aller le voir le surlendemain en concert à Onex, près de Genève. Là, le charme finit d’opérer. Accompagné au piano par son ami Gustavo Beytelmann, Horacio Molina se révèle être homme de spectacle complet. Un humoriste (les journalistes en ont pris plein la tête ce soir-là), doté d’une voix d’une subtilité extraordinaire. Un grand romantique. Depuis nous avons sympathisé et nous sommes revus plusieurs fois. De quoi approfondir mon approche du tango. Ou plutôt mon écoute du tango.

Si Horacio Molina est l’archétype du tango romantique, Melingo s’impose s’impose en Tom Waits distingué. Sa voix grave et rauque imprime une impulsion canaille à son répertoire de chansons. Son album, «Maldito Tango» tire d’ailleurs des liens entre les poètes maudits d’Argentine et ceux du reste du monde.

De Madrid à Paris, ce chanteur formé au classique, puis rompu au rock, a su trouver sa voie dans le style national de son pays d’origine. « Le renouvellement vient de ceux qui aiment le tango et dont l’intention primordiale n’est pas de le renouveler, mais simplement d‘apporter son grain de sable. Sans penser au futur, mais plutôt au passé» explique ce très grand « performer ».

Justement, quelques mois après Horacio Molina, Melingo vient également se produire à Genève. A croire qu’une véritable connexion suisse du tango est entrain de s’établir.

Horacio Molina, Melingo: deux générations, deux trajets, deux personnalités radicalement différentes. Et pourtant chacun à sa manière fait bouger, vibrer un genre qu’on aurait tort de vouloir enfermer dans un carcan.

Melingo. Plan-Les-Ouates (Genève), Espace Vélodrome, jeudi 25 mars, 20 h. Billets en ligne ici.

Publié le mars 17, 2010, dans Billets d'humeur, Général, Musique, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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