la retraite inspirée d’Idrissa Souamoro

Idrissa Soumaoro est un secret bien gardé de la musique malienne. Lors de l’un de mes premiers séjours à Bamako, il y a une quinzaine d’années, je le découvris animant un fort modeste orchestre dans le hall de l’hôtel Amitié. L’ambiance était un peu bizarre dans le bar de cet hôtel-tour (à l’époque une des seules tours de la ville) construit par les Russes dans les années 60, à la manière russe. S’y croisaient hommes d’affaires occidentaux ou libanais, prostituées, et quelques journalistes culturels égarés (dont moi) emmenés par Christian Mousset pour rencontrer les artistes de son label d’alors Indigo. Idrissa Soumaoro restait imperturbable face à ce parterre pas vraiment intéressé par ce qui se passait sur scène. D’ailleurs, disons le franchement, la musique n’était pas renversante non plus: il s’agissait surtout d’animation de bar. Idrissa ne s’y trompa qui fit une pause impromptue de plusieurs minutes pour venir nous saluer. Ce soir-là, l’oeil vif derrière ses lunettes, Idrissa cachait pourtant bien son jeu car ce petit Monsieur est un grand chansonnier doublé d’un excellent un professeur. Comme il aime à le dire «L’enseignement c’est ma vocation, la musique c’est ma mission!».


Au début des années 70 déjà, il enregistra un morceau mythique qui conciliait son amour des langues et ses talents de chansonnier. «Petit n’imprundent» est un morceau comique qui reprend le discours fleuri et imagé d’un ancien combattant en colère. Ce morceau fera le tour de l’Afrique de L’Ouest, sera repris par plusieurs formations dont les Guinéens de Balla et ses Baladins. En 1984, le Congolais Zao s’en inspira largement pour son titre «Ancien Combattant» qui fut, lui, un tube international. Zao pensa à déposer ce titre pour en toucher les droits d’auteur, ce que ne fit pas Idrissa en son temps.

Pour plus d’infos au sujet de cette histoire, allez voir l’article bien documenté sur histgeobox. J’en profite d’ailleurs pour saluer ce blog que je trouve génial: racontez l’histoire et la géo à travers des chansons du monde entier, voilà de quoi fasciner lycéens et amateurs de savoir toutes catégories confondues!
Plus tard, Idrissa Soumaoro se retrouvera prof à L’institut des Aveugles. Beaucoup de ses concitoyens, pas franchement réceptifs aux problèmes des gens ayant un handicap, ne comprennent pas qu’il accepte ce poste. Et attribuent ça au fait qu’Idrissa porte des lunettes! Qu’à cela ne tienne, Maître Soumaoro apprend la musicographie braille à Birmingham et formera entre autres un certain Amadou qui commence à travailler avec sa future femme… Mariam. Aujourd’hui, Idrissa Soumaoro approche de la retraite et sort seulement son troisième album, «Djitoumou» où se croisent son vieux complice Ali Farka Touré (l’album a été enregistré en 2005) et la grande cantatrice Kandia Kouyaté, une de ses parentes. Polyvalent, Idrissa compose, chante et joue ici du kamele n’goni. Bluesy, parfois même presque que country grâce aux effets de guitare et d’harmonica que lui a adjoint François Bréant, «Djitoumou» possède un charme discret, entêtant.

Idrissa Soumaoro, «Djitoumou» (Lusafrica)

Publié le juin 8, 2010, dans Billets d'humeur, le disque du mois, Musique, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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