Qui est donc Hamelmal Abaté?

Star parmi les Ethiopiens et les Américains, Hamelmal Abaté n’est peu ou pas connue du public européen. La création qu’elle réalise au festival de la Bâtie dans le cadre du Nouvel An éthiopien, reprise ensuite à Paris et à Berne, est l’occasion de retracer la carrière de cette artiste à la voix de velours.

Née à Harar dans la deuxième moitié des années 60, Hamelmal Abaté ne connaît pas la date précise de son anniversaire. Suite au divorce de ses parents, elle déménage avec ses neufs frères et sœurs à Asebe Terefi, petite bourgade coupée du monde. Enfant, elle fait partie du chœur de l’église où ses talents vocaux sont déjà repérés. Elle fait aussi partie d’un groupe de jeunes, Kebele Kinet, qui chantent a cappella. Au milieu des années 70, l’Ethiopie vit alors les premières années du Derg, la junte militaire qui renversa Hailé Sélassié. Le pays est en guerre sur plusieurs fronts et la musique sert de ciment national. La plupart des structures étatiques ont leur groupe. Lors des cérémonies officielles, les formations les plus en vues se produisent aux quatre coins du pays. Y compris à Asebe Terefi où Kebele Kinet en profite pour s’improviser groupe de première partie.

C’est lors de l’une de ces fêtes que Kebele Kinet se retrouve sur scène avant le groupe de la police d’Harar. Sans prévenir, les musiciens se glissent derrière les chanteurs en herbe et se mettent à jouer. «Je devais avoir 14 ans. C’est à ce moment que j’ai senti au plus profond de moi que je serai chanteuse». Egalement sous le charme, les musiciens-policiers lui proposent de les suivre à Harar. Mais la mère d’Hamelmal Abaté s’y oppose catégoriquement. Être musicienne n’est pas quelque chose d’envisageable pour sa fille. Hamelmal Abaté adolescente est déjà une personnalité hors du commun. Elle ment à sa mère, prétend qu’elle doit suivre un traitement à l’hôpital d’Harar et part rejoindre l’orchestre de la police. Pendant deux ans, elle chante dans cette formation. Sa scolarité terminée, la chanteuse en herbe devrait devenir policière pour pouvoir continuer à chanter avec ce groupe.

Addis Abeba, la ville de tous les possibles, la tente. Encore mineure, Hamelmal Abaté prétend avoir décroché un engagement dans la capitale et être invitée à résider chez un de ses oncles paternels. Un nouveau mensonge. Arrivée dans la plus grand ville du pays, les choses se corsent. «J’avais eu une enfance heureuse, insouciante. À Addis, je partais tous les matins faire la tournée des théâtres et de tous les lieux où l’on jouait. En vain. J’étais trop jeune. Personne ne voulait de moi». Alors qu’elle songe à réintégrer le domicile familial, Hamelmal Abaté tente une ultime fois sa chance au Théâtre National. Elle est à nouveau éconduite. Sur le chemin du retour, mue par une impulsion subite, la jeune fille fait demi-tour, pousse la porte de l’entrée des artistes et se retrouve en pleine répétition. Des musiciens d’Harar la reconnaissent et convainquent la direction de l’écouter. Elle est engagée. Tout s’enchaîne alors très vite.

a href= »https://zabeth.files.wordpress.com/2011/09/hammelmal-abatc3a9_ld2.jpg »> En 1983, Hamelmal Abaté sort son premier album, qui comprend la chanson d’amour «Na Maleda», un hit. La chanteuse devient alors une incontournable de la vie nocturne. «À l’époque du Derg, il y avait le couvre-feu. Alors on fermait les portes du club et l’on jouait toute la nuit !». Le succès grandissant, Hamelmal Abaté joue un temps avec le Roha Band, le groupe le plus en vue d’Addis Abeba. Femme de tête, elle décide ensuite de devenir sa propre productrice. Elle achète des instruments, engage des musiciens et monte le Hammelband avec lequel elle tourne dans tout le pays. Elle écrit ses poèmes-chansons et développe une collaboration à long terme avec le pianiste et arrangeur Abegaz.

Après la chute du Derg en 1991, l’émulation artistique est forte dans la jeune République démocratique d’Ethiopie et les frontières s’ouvrent. Les artistes qui en ont les moyens commencent à aller jouer aux Etats-Unis où réside une très grande communauté éthiopienne. Les structures en place en Ethiopie ne tardant pas à se détériorer et le piratage des disques à s’intensifier, certains choisissent l’exil. Comme ses aînés Mahmoud Ahmed ou Aster Aweke, Hamelmal Abaté s’installe non loin d’Hollywood en 1992. Elle y réside jusqu’en 2005. Elle se produit lors des fêtes éthiopiennes, tout en continuant d’enregistrer des CDs, huit en tout.

Au début des années 90 paraît l’album «Ermehin Awuta», en tête des ventes en Ethiopie pendant plus d’une année. Suivra en 1997, «Irsagn» («Forget Me») qui la consacre grande chanteuse de la musique éthiopienne. Entre tradition et modernité, Hamelmal Abaté frappe par son sens de la mélodie, par la pureté de sa voix. Elle est aussi à l’aise dans les registres aigus caractéristiques des voix éthiopiennes féminines que dans des parties plus graves. Sa musique gorgée de soul et de cuivres fait d’elle l’artiste la plus funky d’Addis Abeba. Hamelmal Abaté c’est aussi la voix des femmes qu’elle n’a cessé de chanter dans tous ses morceaux. «l’Ethiopie est un pays où l’homme est roi, avec tout ce que cela peut impliquer comme abus. Je cherche à inciter les femmes à retrouver leur fierté, à oser dire non» explique la chanteuse au long cours qui a choisi de se réinstaller en Ethiopie depuis six ans.

Hamelmal Abaté et Imperial Tiger Orchestra on tour:

Genève, la Bâtie, salle du Faubourg, samedi 10 septembre

Paris, Point Ephémère, jeudi 15 septembre

Berne, Beeflat, dimanche 18 septembre

Publié le septembre 2, 2011, dans Général, Musique, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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