Mon disque du mois d’octobre: Kouyaté & Neerman

Ces deux-là ont du génie. Il y a trois ans, ils ont fait paraître un premier disque  déjà intrigant, baignant dans la culture mandingue. Le vibraphoniste David Neerman, connu dans les milieux jazz, soul parisien, rencontrait et dialoguait avec son alter ego africain, le balafoniste Lansine Kouyaté. Un musicien qu’on trouve dans toutes les bonnes sessions maliennes: de «Sarala» avec Hank Jones à «Red Earth» avec Dee Bridgewater.

Le nouvel opus de Kouyaté & Neerman, «Skyscrapers and Deities», qui paraît aujourd’hui, propulse les deux complices, adeptes de percussions à claviers dans une autre dimension. Les gammes, les harmonies et les systèmes d’échanges sont désormais maîtrisés : Kouyaté & Neerman s’affranchissent des règles d’un dialogue entre deux cultures. Ils osent la différence, délaissent la jam au profit de morceaux plus structurés et invitent des artistes qui sortent du cadre. Le dub poet anglais, originaire de Trinidad, Anthony Joseph, est l’un deux. Il déboule avec son franc-parler et sa diction soyeuse sur un titre consacré à Haïti. Groove, effets de distorsions, et poésie fracassante font penser que si Gil Scott-Heron était encore envie, il aurait tout de suite béni ses fils spirituels-là ! Puis le rythme ralentit, les deux complices s’offrent un clin d’œil à Gainsbourg sur «Requiem pour un Con» avant de repartir vers d’autres horizons musicaux. Kouyaté and Neerman sont devenus des navigateurs de l’espace. Ils ne se lassent pas de faire des escales sur la planète pour s’y approprier ici un rythme ou un air de transe, là un crescendo inspiré ou une atmosphère. Achetez leur dernier opus les yeux fermés et, surtout, ne les ratez pas s’ils font escale près de chez vous. A commencer par le Pannonica de Nantes, mercredi 26 octobre et le Café de la danse à Paris, jeudi 27!

Kouyaté & Neermann, Skyscrapers and Deities, No Format

Publié le octobre 19, 2011, dans le disque du mois, Musique, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Hello- sorry j’ai rien senti qui me fasse vibrer. Cet album me semble juste anguleux. J’y vois bien l’idée, mais ne sent rien qui me fasse balancer. J’y entends une Afrique en hiver qu aurait perdu les clés du groove pour faire de la new wave… Comme en arrêt devant le mur de la gamme tempérée. Les seuls moments qui vaillent , c’est quand entre la kora sur Diétou, là où l’imprécision du son détruit l’ordonancement et la précision. Par rapport à Tortoise, qui a souvent fait l’inverse sur ses morceaux à grand développement, l’Europe ratrappe l’Afrique. Son figé, pas ma came … 

  2. Que dire… Nous ne sommes vraiment pas d’accord. J’ai souvent ressenti ce que vous décrivez dans votre commentaire dans d’autres projets, où des musiciens occidentaux orchestraient et « contrôlaient » des soit-disant « rencontres » avec des artistes africains. Ou, à l’opposé, jouaient les faire-valoir d’une culture qu’ils ne ressentaient pas. J’étais d’ailleurs assez mitigée sur le premier album de Kouyaté & Neerman où la musique malienne me semblait trop dominante. Mais là je trouvais justement que cela sonnait juste, profond, que ça vibrait.
    Conclusion. vive la diversité des opinions et des ressentis!

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