Voyage en Ethiopie, chapitre 2

Après quatre jours passés à Addis Abeba au cours desquels on a assisté à la fin d’une manifestation sévèrement réprimée par les autorités, notre voyage familial doit se poursuivre.

Dimanche 08 août

teklehaimanot

Peinture représentant Tekla Haimanot

Vu la situation, on évite Gonder et on opte pour l’itinéraire suivant: Debre Markos, Bahir Dar et ses légendaires chutes du Nil, les églises de Lalibela, Axoum, et enfin les églises taillées  dans la roche de la région du Tigré et sa capitale, Mekele. On est content de quitter Addis, qui ne se montre décidément pas sous son meilleur jour.

Un peu avant Debre Markos, on vise le monastère de Debre Libanos, dont le père fondateur, Tekla Haimanot, passa 22 ans dans une grotte debout en buvant l’eau qui suintait du plafond et en se nourrissant de trois feuilles d’arbre le dimanche, jour de sabbat. Selon la légende, au bout de 22 ans sa jambe droite s’est brisée (ou aurait été victime de la gangrène?); ce qui ne l’empêcha pas de rester encore trois ans en ascèse sur une jambe! La grotte dans laquelle il vécut est aujourd’hui devenu un lieu saint où les Ethiopiens viennent chercher de l’eau considérée comme bénie.

Le soir, alors qu’on a atteint Debre Markos et que l’on boit un verre sur la terrasse de notre hôtel, des camions de militaires apparaissent de tous les côtés et larguent quelques hommes à chaque carrefour.

Entre religion et révolte, entre pauvreté et détermination, l’Ethiopie fait tourner la tête

Le gardien de l’hôtel nous informe que Bahir Dar, notre prochaine destination a été le théâtre de violents affrontements entre militaires et manifestants. Le gouvernement  craint que cela ne se propage à Debre Markos, l’ancienne capitale de la province du Godjam. La nuit, je suis réveillée par les chants et les tambours. On pense au muezzin, c’est en fait le prêtre orthodoxe qui annonce le réveil des fidèles. Nous sommes au début d’un jeûne de 16 jours en commémoration de l’Assomption de Marie. L’Ethiopie est le berceau du christianisme en Afrique. C’est aussi le premier état chrétien d’Afrique, suite à la conversion au christianisme d’Ezana, Roi d’Aksoum, en 330 après Jésus-Christ.

Messe à Gonder le vendredi de Pâques

Messe à Gonder le vendredi de Pâques

Aujourd’hui, une majorité de la population est chrétienne (43% d’orthodoxes, 19% de protestants), et la ferveur des messes n’a rien à voir avec ce que l’on peut voir dans notre partie du monde. Recouverts d’un voile blanc, les fidèles se massent dans et à l’extérieur de l’église où ils prient et chantent des heures durant. En période de jeûne, les gens ne mangent que des produits non-animaux, une fois la nuit tombée. Entre religion et révolte, entre pauvreté et détermination, l’Ethiopie fait tourner la tête.

Lundi 9 août

 

dscn0375Le lendemain on met quand même le cap sur Bahir Dar. Le chauffeur se veut rassurant: la situation se serait calmée, le lac Tana et ses monastères sont accessibles. On voyage sous la pluie. Les paysages sont verts et et l’humidité est partout. Les paysans bossent dur. Ils labourent avec des charrues qui semblent sortie d’un autre temps. le sillon ainsi creusé est très peu large, ce qui les obligent à des passages répétés à quelques centimètres d’intervalle. Les femmes portent des poids immenses sur leur tête ou sur leur dos et sont chaussées de petites sandalettes en plastiques, les hommes ont plus souvent des bottes.

A chaque village, sa spécialité, vendue sur les bords de la route

fichier_000-3Ici la canne à sucre, là les tue-mouche, plus loin les bouteilles d’alcool qui vous arrachent la gorge. Les chèvres ont une fâcheuse tendance à préférer poser leur fessier sur la route plutôt que dans la boue et l’accessoire le plus utile de notre chauffeur semble être le klaxon qu’il utilise incessamment pour annoncer son arrivée et éviter les embardées intempestives des piétons ou vespas qui marchent au bord du goudron. Pour conduire en Ethiopie, mieux vaut être doté d’une concentration et d’une vivacité à toute épreuve.

La télévision nous souhaite des « Happy holidays »….

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Le lac Tana, vu depuis une île

A l’approche de Bahir Dar, les contrôles des militaires s’intensifient. On contourne le centre ville pour accéder à notre hôtel par la porte arrière. La porte avant étant officiellement fermée. Toute la ville est en deuil, suite aux 32 morts que les affrontements de la veille ont créé. On visite sans grande conviction deux monastères perchés sur des îles au milieu de ce lac tellement immense qu’il fait plutôt penser à une mer. On sent nos accompagnateurs éthiopiens inquiets. ils passent beaucoup de temps au téléphone.

Le soir, on nous déconseille de sortir de l’hôtel. De toutes façons, pas la peine de s’exciter puisque tout est fermé. J’essaie d’allumer la TV pour voir quelles images sont diffusées. Seule la chaîne du Tigré fonctionne. Les chaînes amhara et oromo affichent un bandeau coloré « Happy Holidays »…. Internet ne fonctionne toujours pas.

Publié le septembre 7, 2016, dans Billets d'humeur, Ethiopie, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

  1. Merci Pour cette invitation au voyage Dans ce pays qu’est l’Ethiopie haut lieu de la spiritualité en Afrique. Ce récit donne envie de le découvrir malgré la situation politique qui gangrène certaine zones. Un vrai plaisir de lire les écrits d’Elisabeth Stoudmann. Bonne journée.

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  2. Merci Mr Biayenda! Tout le plaisir est pour moi de pouvoir partager ces moments forts et peu ordinaires.

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