Archives d’Auteur: Elisabeth Stoudmann

Bojan Z, en solo, en trio…. bref, en excellente forme!

imagesLa pochette du dernier disque de Bojan Z dévoile la photo d’un oiseau, « Rosario ». Un spécimen de perruches que le pianiste serbe considère comme des refuges de l’âme. Ça tombe bien. « Soul Shelter » est justement le nom de son dernier album en solo. Ce soir, au Festival de la Cité, il présente deux concerts consécutifs, preuve de son éclectisme inspiré. Le premier en solo, le deuxième en trio avec en invité spécial, le violoniste suisse, Tobias Preisig. Explications.

Vous avez fait deux disques en solo. En quoi est-ce important pour vous ?
Bojan Z La préparation d’un disque, l’élaboration des compositions, c’est l’obsession d’un moment précis de la vie. Réaliser un disque permet de passer d’une histoire à une autre, de tourner la page. Dans le cas d’un disque en solo, il y a cette idée très peu modeste et un peu folle de chercher à faire quelque chose de différent de ce qui a été fait jusqu’à présent….

Pourquoi ce titre « Soul Shelter » (« l’abri de l’âme ») pour votre dernier album solo paru l’an dernier ?
Bojan Z Ce disque a commencé par une difficulté à accoucher de nouveaux morceaux. J’ai d’abord pensé que le déclin cbojan-z-soul-shelterréatif était arrivé ! Mais comme cela ne m’a pas mené très loin, j’ai creusé et je me suis rendu compte que je n’avais peut-être plus envie de communiquer avec mes semblables à travers la musique. De voir la condition actuelle de l’homme et de la planète, la misère humaine, morale et esthétique me bloquait. Je me suis donc naturellement tourné vers moi-même. Je me suis isolé des médias. Depuis la guerre en Yougoslavie, je ne les consultais de toutes façons plus beaucoup. J’ai donc chercher à  « abriter mon âme ». Là, j’ai pu constater que, fort heureusement, mon âme avait toujours des choses à dire. Elle était juste un peu bombardée par les particules nocives !

Vous avez été confrontés à des situations très difficiles par rapport à la Yougoslavie, votre pays d’origine. Pourtant votre musique reste joyeuse, vivante, chaleureuse ?
Bojan Z La musique des Balkans comporte ces deux éléments, la tragédie et la comédie. Je ne fais que perpétuer cette tradition ! Je suis de caractère déconneur et joyeux même si j’ai été confronté à une misère et à une bassesse humaine difficilement imaginable à la fin du XXème siècle.

 Certains des titres de vos chansons font rire, comme « Greedy » (« In Goods We Trust »). Est-ce une forme de critique sociale ?
Bojan Z Je suis un grand fan des Monthy Python comme beaucoup de gens de ma génération à Belgrade. Le titre des chansons est pour moi l’endroit où l’on eut le plus facilement se lâcher et suggérer des situations absurdes et néanmoins comiques. Ce titre fait partir de mes observations d’une des maladies premières du monde actuel : l’avidité.

Vous avez construit votre propre instrument le xénophone à partir du Fender Rhodes. Pourquoi ?
Bojan Z  Cela s’inscrit dans ma quête de faire quelque chose de nouveau, de différent. Je voulais trouver un instrument qui puisse produire les quarts de tons. En tant que pianiste, je joue d’un instrument qui ne me permet pas de jouer toutes les notes que j’entends. Je cherchais aussi à  faire sonner différemment un instrument au son connoté. Je l’ai accordé selon les sonorités que j’avais en tête. Le public a d’abord été dégouté, puis sa curiosité s’est réveillée. C’était en 2006. Beaucoup de gens on cru que j’avais inventé un nouvel instrument, mais en fait ce n’est qu’une adaptation du Fender Rhodes. Comme le xénophone est difficilement transportable, je règle et j’accorde à ma manière les Fender Rhodes mis à ma disposition lors des concerts.

Vous avez joué avec des musiciens originaires de beaucoup de cultures différentes, dont des musiciens nord-africains
Bojan Z Les premiers accords que j’ai entendus et que je ne pouvais pas faire au piano (hormis le blues  et la soul music) étaient ceux d’un enregistrement de musique égyptienne. Je devais avoir 12-13 ans et cela m’a énormément touché. Je ne sais pas pourquoi. Ensuite, quand jouais sur des pianos désaccordés, j’ai remarqué qu’ils se rapprochaient parfois des modes issus de la musique asiatique. Puis j’ai commencé à expérimenter avec des clefs d’accordage. Lors de l’enregistrement de mon premier album solo, « Solo Obsession », il y avait un accordeur sur place. Je n’osais pas toucher à un piano à queue, de peur de casser une corde. Il l’a fait pour moi. Lorsque vous entendez un piano de concert accordé de cette façon, je peux vous jurer que c’est à la fois horrible et magnifique.

Votre rapport aux musiques nord-africaines ?
Bojan Z Karim Ziad a pu m’expliquer avec des mots ce que je ne comprenais pas dans la musique maghrébine. Souvent les musiciens traditionnels ne savent pas expliquer ce qu’ils font (les rythmes etc). J’ai beaucoup appris en jouant avec els musiciens du Maghreb comme avec ceux de la musique improvisée. Disons que mon chemin est tout sauf fini.

Sur un même enregistrement vous pouvez partir dans le free jazz ou faire une reprise de Bowie, comment faites-vous ?
Bojan Z Je fais partie de ces musiciens qui pensent toujours en fonction du disque. J’aime bien voir un enregistrement comme quelque chose d’homogène. Je pense que le fil conducteur, c’est moi, tout simplement. J‘écoute énormément de choses différentes. Dès que j’ai commencé avec des musiciens de ma génération comme Noël Akchoté, Julien Loureau, on s’est posé la question de ce qu’on ne voulait pas faire plutôt que de ce qu’on voulait faire…On ne voulait pas faire une musique académique, on ne voulait pas refaire à la lettre près ce qui existait déjà. Automatiquement on s’est intéressé à ce qui restait : ça allait des musiques ethniques au free funk. Et on cherchait à comprendre pourquoi les musiciens procédaient de la sorte. Il me semble que ce genre de discussion, ce genre d’exigence est en forte diminution dans la nouvelle génération qui sort des écoles.

Vous-même avez pourtant fait des études de musique classique assez poussées?
Bojan Z Il y a une chose dont je suis très fier, c’est de ne pas avoir été bon à l’école. J’ai vraiment réussi de justesse. Quand ils m’ont remis mon diplôme, j’explosais de joie. Mes profs ne comprenaient pas, vu mes piètres résultats. Je me fichais complètement du diplôme, je savais déjà que ça n’allait pas me servir pour ce que je voulais faire. J’avais suivi le cursus parce que mes parents l’exigeaient. Je sautais de joie parce que c’était enfin fini. Peu après j’étais à Paris….

Que se passe-t-il dans votre tête quand vous reprenez un morceau comme « Ashes to Ashes » de David Bowie ?
Bojan Z J’aime m’inspirer des liens émotionnels en rapport avec ma vie, des gens que je rencontre, des odeurs, des couleurs. J’ai toujours dévoré les musiques. J’ai écouté mon premier disque des Beatles à l’âge de six ans. A l’âge de dix ans, je connaissais déjà tout le répertoire. A la suite des Beatles, j’ai découvert toute la scène anglaise ; Bowie faisait partie des musiciens que je suivais. Ce morceau m’est venu au moment où j’étais entrain de disperser les cendres de mon père dans la mer. Mon oncle essayait de se rappeler les paroles usuelles « ashes to ashes, dust to dust … ». Il n’y arrivait pas et, curieusement, ce morceau m’est revenu.

Vous avez été d’accord de faire cette rencontre à la Cité avec le violoniste suisse Tobias Preisig alors que vous n’êtes pas un grand fan de violon. Pourquoi ?
Bojan Z Je ne pense pas être un être fini. J’espère encore pouvoir évoluer ! Ma relation problématique avec le violon remonte à mes années d’étude. J’étais à l’école du matin au soir et, il y avait toujours un élève de âge de trois ou de huit ans qui est essayait de jouer à l’unisson avec le prof de l’autre côté de la paroi. Ce son m’a marqué très profondément. J’ai parfois joué avec des violonistes, mais j’ai du mal à être touché par le violon. Cela dit, je trouve l’approche de Tobias intéressante. Et je suis sûr qu’on va s’entendre.

Bojan Z solo. Place du Château, samedi 13 juillet, 18 h 45

Bojan Z trio avec Tobias Preisig. Place du Château, samedi 13 juillet, 22 h 15.

Vibrations est mort, vive Vibrations

Le numéro 1 de Vibrations paru en juillet 1991

Le numéro 1 de Vibrations paru en juillet 1991

Cette fois ça y est, l’annonce est officielle : le magazine Vibrations a mis la clef sous le paillasson. Bizarrement, l’annonce de cette mort me soulage. De méchantes rumeurs couraient depuis quelque temps déjà et je n’avais pas envie d’assister de l’extérieur (je n’y travaille plus depuis trois ans) à la lente agonie de ce magazine qui occupa tant de place dans ma vie. A lire les hommages et remarques sur Facebook, Vibrations a su rester jusqu’à la fin un magazine indépendant, de qualité et prescripteur.

Les souvenirs affluent : les débuts, les premières soirées hip hop et house à l’aube des années 90 dans « le temple du rock lausannois », autrement dit la Dolce Vita. Pierre-Jean Crittin et moi gravitions dans une saine ébullition entourés des DJs Mandrax et Jack O’Mollo, du photographe Benoît, des dessinateurs Noyau et Mix & Remix. A force de ressasser qu’aucun magazine musical francophone ne parlait de ces musiques qui nous excitaient tant, nous avons eu la prétention de vouloir faire ça nous-mêmes. Précisons que nous étions jeunes, utopistes et inexpérimentés. Nous voulions que Vibrations mette en avant ces filiations qui nous semblaient évidentes : du jazz au rap, du blues et du gospel au r’n’b, des musiques africaines à la house.

Le premier numéro, tiré à 10’000 exemplaires, fut vendu à la criée uniquement au Montreux Jazz Festival et au Paléo Nyon. Inutile de préciser que ce fut un fiasco financier mémorable… La couverture, signée Noyau, affichait un dessin jaune pétant sur fond bleu de Rob Gallagher, chanteur de Galliano. Galliano c’était ce groupe pionnier de l’acid-jazz londonien qui s‘offrait le luxe d’un vibe controller, soit un mec qui ne faisait pas grand chose, à part traverser la scène avec un bâton et une allure funky. Totalement superflu et en même temps indispensable ! Tout le paradoxe de l’époque.

Avec sa maquette noir-blanc, des dessins de Noyau et de Mix & Remix un peu partout, beaucoup de fautes d’orthographes, des nuits blanches et une ligne éditoriale qui se résumait à un base line foireux, « des rythmes etc », Vibrations était, de l’avis unanime des gens du métier destinés à disparaître avant même d’avoir pu fêter son premier anniversaire.

Vingt-deux ans plus tard, à l’heure où Vibrations ferme ses portes, il s’est imposé comme une référence dans la presse musicale francophone. Dire tout ce qu’il m’a apporté serait long, fastidieux et un peu nombriliste. Mais il y eut des rencontres incroyables, des régions entières du monde (comme le nord du Mali aujourd’hui à feu et à sang) qui se sont ouvertes à moi avec leur chaleur, leur énergie. Et puis surtout le travail accompli au quotidien avec des gens prêts à s’engager jour après jour.

J’ai lu l’autre jour sur Facebook un commentaire à propos de la disparition de Vibrations qui disait : « No more good vibrations ». Pas sûr. Vibrations était un magazine de passionnés qui attirait les passionnés, qu’ils soient lecteurs, pigistes, rédacteur en chef, éditeur ou graphistes comme Alex qui reprit le flambeau de Noyau et se démultiplia à la maquette pendant de nombreuses années. J’espère et je crois que l’école de Vibrations va permettre à ceux-là de transmettre toujours plus loin leur passion. Je souhaite en tous cas bonne chance et bon vent à tous les émules de Vibrations !

Le Cully Jazz invoque la musique pour conjurer la pluie

Alexandre_Cellier_Ion_Miu_01aLe Cully Jazz a démarré vendredi dernier. Malgré un temps exécrable, la musique est chaque soir meilleure. Dans le IN, l’ouverture du festival par le magnifique quartet d’Elina Duni a mis tout le monde d’accord (voir mon compte-rendu sur Swiss Vibes). Hier soir, Roberto Fonseca a boulversé le public du Chapiteau par sa précision, sa spiritualité, son aisance (voir mon compte rendu sur music inside). Le festival off n’est pas en reste avec l’excellent violoniste zurichois Tobias Preisig en résidence au Jardin, l’ex-Dead Brothers genevois Pierre Omer au THBBC et Addis sounds et sa sélection de musiques de l’est au caveau Weber. Ne manquez pas vendredi et samedi prochain l’incroyable et mythique joueur de cymbalum roumain Ion Miu. Ion Miu est un virtuose aussi à l’aise dans le folklore, le classique, que le jazz. Il a fait partie de l’orchestre Ciocarlia pendant dix ans et est un vieil ami de la famille Cellier. Il y a plus de vingt ans, le grand découvreur de talents en Europe de l’Est,  Marcel Cellier, l’a fait venir avec bon nombre d’autres de ces confrères pour deux mémorables tournées. Aujourd’hui, Ion Miu renoue avec la Suisse et avec le fils de Marcel, Alexandre. Un duo fort et émouvant et peut-être un invité surprise!

Vendredi toujours, mais plutôt dans la soirée, le Next Step accueille un revenant d’un autre genre:  Wayne Paul. Ce nom vous dit quelque chose ? Rappelez-vous le début des années 90, la scène hip hop expérimentale londonienne où le rap se conjuguait avec poésie, rythmes afro, reggae… Les noms qui couraient sur toutes les lèvres étaient ceux de Roots Manuva, Lotek Hi-Fi et….. Wayne Paul, qui se distinguait par sa voix étonnante, trait d’union parfait entre soul et reggae, Si Wayne Paul s’est fait discret depuis le milieu des années 90, happé par des problèmes d’alcool et de drogue, il apparaît néanmoins plusieurs fois dans les différents projets de Christophe Calpini. En 2007 sur le disque de Stade et Infinite Livez , puis en 2010 sur « In Dog We trust » le dernier opus de Dog Almond. du musicien, compositeur et arrangeur nyonnais a alors envie de faire le pas et d’enregistrer tout un album avec le chanteur dont la voix « renferme tellement d’émotions ».

Wayne Paul_noirblanc_HD« Between The Lines » est un enregistrement étonnant, auquel on ne cesse de revenir. Il est traversé de bout en bout par un feeling reggae, sans jamais être du reggae. « Mon travail c’est un peu comme mettre du piment dans la fondue. Je ne peux pas définir ce que je fais. Je ne suis pas à franchement parler Jamaïcain. Je n’ai jamais aimé les catégories. J’ajoute une base électronique à différents styles ». Ce dub du futur fait aussi défiler quelques invités, comme God’s Gift, ami de longue date de Wayne Paul et issu de la scène grime sur le très beau « You Love ».

« Between The Lines » scelle une amitié, celle de Christophe Calpini et de Wayne Paul. Il manifeste aussi d’une résurrection. Wayne Paul ne touche plus à l’alcool ni à la drogue depuis une dizaine d’années. «Je ne suis pas meilleur qu’un autre et la route a été longue pour moi. Je suis parti tellement haut dans le ciel que je ne pouvais plus voir mes pieds. Mais on ne peut pas faire deux fois les mêmes erreurs. Mes pieds sont maintenant fermement ancrés dans le sol ». Mieux, sa voix, son chant, ses textes ressortent désormais grandis de ce long parcours de combattant.

La deuxième partie de ce billet est un résumé d’un article paru dans le quotidien Le Courrier le 6 avril et consultable ici.

Aziz Sahmaoui et son Université gnawa débarquent à Genève

Aziz Sahmaoui & The University of Gnawa ©Lagos

Aziz Sahmaoui & The University of Gnawa ©Lagos

Il est l’un des fondateurs de l’ONB. Il donne un nouveau souffle à la musique gnawa. Il est l’un de mes musiciens préférés et il joue dans le cadre de la soirée que j’ai montée pour mon quotidien préféré, Le Courrier, le 26 janvier. Une  soirée qui vient clore toute une journée placée sous le thème « D’ici et D’ailleurs ».

Il c’est Aziz Sahmaoui qui, en quelques notes, sait vous transporter dans son univers musical. « Quand on arrive au Maroc, on découvre différents rythmes, des rythmes qui sont toujours plus profonds ; une forme de transe. Quand on arrive au Sénégal, c’est encore plus fort. En écoutant bien, on se rend compte que ce sont les mêmes codes. Ils sont juste joués et transmis autrement.» Sur son premier CD « University of Gnawa », Aziz Sahmaoui a convié musiciens Marocains, Sénégalais et Français à partager son héritage musical.

Après avoir sévi dans l’ONB où il écrit la plupart des compositions du groupe, il fut aussi le compagnon du maestro du jazz fusion, Joe Zawinul, de 2004 à sa mort quelques années plus tard. « Au sein du Syndicate, il fallait avoir une endurance, une vitesse d’exécution et une concentration maximale. On ne savait jamais quand on allait avoir la parole. C’est un peu comme en classe, dans un cours passionnant. On suit et tout d’un coup c’est à nous. J’aime  l’improvisation. Parfois il y avait un pépin électronique et ça y est, c’était à moi de raconter mon histoire. A la fin, Joe Zawinul ne pouvait plus marcher, mais il n’a jamais voulu arrêter. Jamais il n’a baissé le tempo. »

Depuis tout petit, Aziz Sahmaoui aime la stimulation. Né au Maroc, il baigne dans la musique même si ces parents ne sont pas musiciens. « Au Maroc, le rythme passe à travers les portes fermées, à travers les murs, il nous appelle. ». Du moins pour ceux qui y sont sensibles. Et Aziz Sahmaoui est de ceux-là. Il se rappelle encore son premier concert, le premier rythme qu’on lui demanda de faire enfant pour soutenir un musicien dans une fête. Arrivé à Paris, il apprend le solfège pour ne « plus naviguer à l’aveuglette ». Dès le milieu des années 80, il anime des mariages avec d’autres musiciens maghrébins. Dans ces prestations marathon, il passe du chaabi au raï, du kabyle au rock, du gnawa au funk. Il remarque que le public adore. Le concept de l’Orchestre national de Barbès prend forme. Avec ce drôle de big band, il écume les scènes de France. Et lorsque le premier CD-live du groupe paraît en 1997, il est rapidement consacré disque d’or. Les succès s’enchaînent et Aziz Sahmaoui ne tarde pas à se lasser. Il n’hésite donc pas quand Joe Zawinul vient le chercher.

A la mort de ce-dernier en septembre 2007, c’est le trou noir, le silence. Aziz Sahmaoui a besoin de rester seul. Il jette un regard sur les pièces qu’il n’a cessé d’écrire pendant toute sa vie, les reprend, les affine. Parallèlement il est invité par le producteur Martin Meissonnier à participer à l’album acoustique de Khaled. Il apprécie la façon de travailler de ce-dernier et lui soumet ses compositions. Un répertoire se met en place et le disque « University of Gnawa » paraît en 2011. Sans batterie, avec des mots qu’il a inventés, aidés de musiciens audacieux, s’appuyant sur des riffs acérés et des instruments traditionnels, Aziz Sahmaoui crée une nouvelle voie pour la musique de son cœur.

Une grande partie de cet article est initialement paru dans Le Courrier du 12 avril 2012

 Aziz Sahmaoui, « University of  Gnawa » (General Pattern/Musikvertrieb)

En concert dans le cadre de la journée « D’Ici et D’ailleurs » organisée par Le Courrier le 26 janvier 2013 (20h).
En première partie, les Genevois férus de musique éthiopienne et leurs incroyables danseurs: Imperial Tiger Orchestra.

Afrobeat encore et toujours

AFROBEAT Plus que jamais, Fela Kuti, son message, sa musique sont à l’ordre du jour. Un musée à sa mémoire et une comédie musicale le consacrent, alors que la scène afrobeat explose partout dans le monde.

Antibalas ©Marina Abadjieff

Antibalas ©Marina Abadjieff

Avec l’immense batteur Tony Allen, Fela Kuti fut le créateur d’une nouvelle forme de musique de transe urbaine, l’afrobeat, créée à partir d’un mix inédit de rythmes traditionnels, de juju, de highlife, de jazz et de soul. Il fut aussi un agitateur, utilisant la musique comme une arme, comme un cri de ralliement dans un Nigeria chaque jour un peu plus corrompu sous l’effet d’un gigantesque boom pétrolier. Fela, cousin du célèbre écrivain Wole Soyinka, était un personnage fascinant, charismatique, qui a su créer la légende de son vivant. Par exemple en organisant en 1978 une cérémonie de mariage où il épousera 27 femmes, pour la plupart des danseuses et choristes de son ensemble!
Il a surtout été l’un des premiers (avec Miriam Makeba) à avoir redonné fierté aux Africains, à avoir osé une critique politique virulente, à avoir formulé une prophétie sociale qui s’est avérée exacte en bien des points. Beaucoup des constats qu’il dresse alors – corruption galopante, permanence de la mainmise des ex-puissances coloniales sur l’Afrique – étaient irrecevables. Ils sont aujourd’hui parfaitement accrédités en Europe comme en Afrique.
Lorsqu’il meurt, le 2 août 1997, personne ne pense que son héritage prendra un tel envol. Certes, deux de ses fils – Femi l’aîné et SeMise en page 1un le cadet – se mobilisent pour reprendre l’un le club de son père, l’autre son orchestre Egypt 80. Ils ont fait depuis une belle carrière, chacun sous son nom.
Pourtant, depuis une quinzaine d’années, c’est de l’Occident, de «Babylone», que le mouvement renaît. Des groupes d’afrobeat émergent un peu partout en Europe, aux Etats-Unis et se font les nouveaux apôtres du genre. Jusqu’en Suisse, où les Faranas outre-Sarine et Professor Wouassa sur les bords du Léman sont eux aussi des adeptes de cette musique……

Initialement paru dans Le Courrier du 10 novembre 2012, cet article fait intervenir Martin Meissonnier, François Bensignor, Martin Perna d’ Antibalas et DJ Ness. Il est disponible dans son intégralité  sur le site de mon quotidien préféré!

Une Nuit au Sahara…. à Lausanne

Nabil Othmani sur la scène du Casino de Montbenon

Nabil Othmani sur la scène du Casino de Montbenon

Tout a commencé à cause de Florian. Dans notre microscopique association Addis Sounds, Florian est un transfuge de l’Evénement Africain, cette autre « assoc » lausannoise, à l’origine de plusieurs soirées africaines mythiques dans les années 90 au Casino de Montbenon. C’est grâce à ses contacts qu’il a su que cette salle très prise s’était except ionnellement libérée le 1er décembre 2012, journée mondiale du SIDA.

Mais, à Addis Sounds, nous avions autre chose en tête. Depuis le temps que ça chauffe au Mali et que les Touaregs sont au cœur de la tourmente, il me semblait logique de leur rendre hommage, eux qui m’avaient si bien accueillie dans leur désert et dont je suis les périples musicaux depuis une dizaine d’années. E puis j’en avais assez de voir que beaucoup faisaient l’amalgame entre Touaregs et islamistes ou intégristes. Le bon vieux cliché du « méchant » Touareg, bandit des grands chemins  pointait de nouveau le bout de son nez. Je prends donc contact avec Sedryk du label Reaktion. Ce Lyonnais est tombé amoureux de la musique touarègue il y a maintenant quinze ans. Polyvalent, il a lancé un label Reaktion (largement numérique) et un site sur les cultures tamasheq. Très vite la soirée s’est mise en place. L’excellent documentaire « Woodstock à Tombouctou »  de Désirée Von Trotha s’est imposé d’entrée de jeu, le groupe de Nabil Othmani aussi.

Puis ce fut la traversée du désert (hum, désolée je n’ai pas pu m’empêcher..), l’élaboration des affiches, du matériel promo, l’établissement d’un budget qui nous montrait très clairement que nous étions condamnés au succès… Et le doute a commencé à nous envahir. Et si nous étions, complètement fous : était-ce vraiment raisonnable de mettre sur pied une soirée de six heures avec un documentaire musical de 90 minutes tourné à Tombouctou et un groupe peu ou pas connu en Suisse ? Comment attirer les deux cents personnes dont nous avons besoin avec une telle affiche ? Bon allez on s’en fout :« Qui ne risque rien n’a rien », dit le proverbe. On décrète que cette nuit sera saharienne ou ne sera pas et on s’arrange avec un traiteur marocain de la place pour que le couscous soit également de la fête. Edgar, notre Monsieur promo, part à l’assaut de la presse : plusieurs journalistes aiment le concept et les articles et émissions de radio commencent à pleuvoir de tous les côtés.

Barka au soundcheck

Barka au soundcheck

Le jour J, on tremble quand même. On n’a que 75 billets vendus pour une salle d’une capacité de 450 places. Pourtant, incroyable mais vrai,dès l’ouverture des portes les gens arrivent, dans un flot continu et régulier… Ils s’asseyent aux tables devant leur assiette de couscous. Un forgeron touareg fait son entrée, les poches de son boubou sont remplies de bijoux en argent qu’il déballe sur une table.

Sedryk fait une excellente présentation des circonstances dans lesquelles le film a été tourné. Il rappelle que le terme « Ishumar » est dérivé du mot français « chômeur » et qu’il a été a été attribué aux populations Touaregs mouvantes, à la recherche de travail après avoir après subit les grandes sécheresses des années 70. Il explique aussi que le film a été tourné au Festival au Désert en 2011, un an avant le soulèvement de 2012 et la déclaration d’indépendance de l’AZAWAD. Tout est en germes dans le film de Désirée Von Trotha qui connaît son sujet sur le bout des doigts et qui filme les Touaregs avec beaucoup de simplicité et d’émotion. Le public rit lorsqu’il assiste aux courses de chameaux effrénées ou lorsqu’il entend le discours très libéré de Disco du groupe Tartit qui ne mâche pas ses mots à l’encontre de la gente masculine. Dans un coin de la salle Nabil Othmani et son percussionniste Smail ne peuvent s’empêcher de chanter avec leurs confrères (en particulier le Nigérien Bombino) qui s’activent à l’écran.

Une heure plus tard ils sont sur scène. Les pagnes africains prêtés par notre ami Fanfan offrent un décor chaleureux. Pour pousser les gens à se lever, les musiciens commencent à enchaîner quelques reggae (un ou deux de trop à mon goût). Mais ça marche… Le public se rapproche de la scène et se met à bouger. Nabil Othmani peut alors voguer allègrement entre rythmes touaregs et algériens (gnawa, oranais). Le ton est enjoué, léger. Dans les premiers rangs les femmes algériennes, jeunes et moins jeunes, dansent. Les Suisses suivent le mouvement. Certains spectateurs semblent un peu déconcertés par le tour festif que prend la soirée. C’est que Nabil n’a pas vraiment le même profil que ses confrères maliens. Lui n’a pas connu la guerre, les sécheresses. Il vient de l’oasis de Djanet en Algérie, d’une famille aisée de musiciens.

Le stand du label Reaktion avant l'ouverture des portes...

Le stand du label Reaktion avant l’ouverture des portes..

Eparpillés dans différents pays, au moment de l’indépendance des états africains dans les années 60, les cultures touarègues se sont imprégnées de la culture des sociétés où elles se sont implantées. Les ballades syncopées de Nabil Othmani ne sont pas des chants de résistance, mais de ces rengaines qui trottent  dans la tête bien après que les musiciens soient sortis de scène.

A Amina, DJ marocaine résident à Genève, revient la délicate tâche de faire danser le public après ce marathon d’images et de musiques. Un défi qu’elle relève haut la main, aidées par les musiciens qui, à peine changés, ne tardent pas à investir la piste de danse. Le public sort ravi. On le remercie d’avoir su être curieux !

A signaler encore que le Festival du Désert est devenu itinérant. En février, il donnera des soirées en Mauritanie, au Mali (Ségou et bamako) et au Burkina-Faso.Il lance une souscription pour pouvoir réaliser une compilation live.

Et que Addis Sounds propose au CityClub de Pully ce vendredi 7 décembre une autre soirée « film et concert » autour du musicien malien Pedro Kouyaté

©les photos de cet article ont été prises par Edgar Cabrita

Mon disque du mois d’octobre: Lo’Jo « Cinema El Mundo »

OK, OK ce n’est pas très original, puisque toute la presse française s’est entichée de cet album, mais c’est néanmoins une évidence: « Cinema El Mundo » est le disque qui tourne le plus dans mon lecteur CD. Il a aussi envahi mon téléphone, ma biblothèque Itunes… D’autres excellents disques sont parus ce mois, comme « Matanë Malit » d’Elina Duni dont je parle sur le blog Music Inside ou le nouvel opus des punks helvetico-cajun de Mama Rosin que j’ai chroniqué sur swissvibes.org.

Mais celui des Lo’Jo est un peu spécial, parce que les Lo’Jo sont un peu spéciaux. Lo’Jo est un « vieux « groupe qui arrive comme une respiration dans un monde hyperactif, hyper-consommant, hyper-globalisantune. Lo’Jo est une onomatopée qui rassemble depuis plus de trente ans des musiciens bohèmes vivant la musique à leur rythme et au rythme de leurs pérégrinations musicales. Il y eut d’abord un penchant immodéré pour les musiques de cirque et de rue, puis le goût pour les voyages qui les emmenèrent du Sahara à La Géorgie. Et depuis toujours une curiosité, une volonté farouche de partager, d’échanger, de vivre différemment. Des indignés d’avant l’heure. Trente ans de carrière donc et quinze albums, chacun avec ses lumières, son approche originale. Et aujourd’hui « Cinema El Mundo », qui synthétise le meilleur de leurs attraits. Les invités y sont prestigieux, mais surtout – et c’est le  plus important – parfaitement intégrés au projet. Robert Wyatt y récite un texte en introduction, Ibrahim de Tinariwen croise Le Mauritien Lelou Menwar dans un improbable « African Dub Crossing The Fantôms of An Opera ». Le panduri (instrument traditionnel géorgien à trois cordes), le n’goni (son équivalent africain) et un violon chinois apparaissent ici et là pour parachever un magnifique travail sur les cordes. S’enchaînent alors une drôle de Marseillaise en créole, des valses dans des langues inventées. Une toile magique de compositions dans lesquels les mots, associations d’idées de Denis Péan font écho aux voies tournoyantes des deux chanteuses Yamina et Nadia. Subtilement produit par Jean Lamoot, « Cinéma El Mundo » s’effeuille au fil des écoutes, dévoilant ici une atmosphère, là une phrase choc ou encore un refrain entêtant. En un mot finissant, une drôle de drogue à laquelle on devient très facilement dépendant.  A signaler que les Lo’Jo sont ce soir en concert à La Maroquinerie à Paris avant de s’envoler vers les Etats-Unis où semble-t-il leur disque est également très bien accueilli!

Lo’Jo, Cinema El Mundo (World Village/ Harmonia Mundi)

La chronique de cet album est initialement parue dans Le Courrier du 13 octobre 2012

Dorsaf Hamdani, entre émotion et exigence

A l’écoute de son disque parut au début de l’année sur l’excellent label Accords Croisés, on ne peut que tomber sous le charme de Dorsaf Hamdani. Certaines des mélodies sont connues (celles d’Oum Kalsoum en particulier), mais les arrangement épurés et sa voix impressionnante donnent le frisson. L’impression de découvrir une réincarnation – version 2012 – des grandes dames de la chanson arabe. Après l’avoir interviewée, j’ai craqué et j’ai invité Dorsaf Hamdani à jouer à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates vendredi 12 octobre. Ci-dessous, le petit article que j’avais fait sur elle dans le numéro de mars de Vibrations.

Et ici une vidéo pour un aperçu de ce que va être le concert de vendredi. Ne le ratez pas! Les billets c’est par ici!

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« Oum Kalsoum c’est la force, l’ensorcellement, Asmahan, c’est la nostalgie, la tendresse et Fairouz, c’est la voix de l’ange ». Pour Dorsaf Hamdani, la chanteuse qui les réinterprète aujourd’hui, ces trois princesses du chant arabe ont été des initiatrices aux techniques et aux styles bien distincts. Trois pans d’une culture qui l’habite. Née Tunisienne, Dorsaf Hamdani est repérée pour sa voix juste, percutante, dès la maternelle. Très jeune, elle suit son talent. Elle étudie au conservatoire, puis auprès des grands maîtres de malouf que sont Taher Garsa et Abdelhamid Ben Algia. Elle approfondit ses connaissances à l’Institut Supérieur de Musique de Tunis. Et prête sa voix aux grands orchestres les plus renommés. Après un séjour de 6 ans à Paris, après un spectacle remarqué autour de JalaluddinRumi et de la musique des derviches, elle a fait beaucoup parler d’elle dans la création Ivresses où elle rend hommage à l’écrivain perse Omar Khayyam aux côtés de Ali Reza Ghorbani.

Dans ce premier album sous son nom, cette chanteuse trentenaire a voulu apporter sa touche, son ressenti, « son âme » à ce répertoire arabe, classique parmi les classiques. Pour ce faire, elle a choisi l’épurement, s’entourant de cinq musiciens virtuoses des cordes et des percussions. « Je ne veux ni ne suis capable de faire une copie conforme. Tout ce que j’ai fait jusqu’ici, tout ce que j’ai écouté s’est mélangé en moi et ça donne quelque chose de différent». Parallèlement à ce travail d’interprète, Dorsaf Hamdani, s’essaie aussi à la composition dans un registre complètement différent : celle de la chanson à textes en dialecte tunisien. Car Dorsaf Hamdani est une femme moderne, moderne dans le respect de la tradition.

 CD : Dorsaf Hamdani, « Princesses du Chant Arabe » (Accords Croisés/Harmonia Mundi).

Concert : Plan-Les-Ouates, vendredi 12 octobre, 20h.

blog en déshérence sauvé par Oxmo

Bon, cette fois, il faut faire face. Deux mois que je n’ai plus alimenté ce blog. OK, il y a eu les vacances. Mais bon, je n’ai pas pris deux mois de vacances (malheureusement). Le problème est que je suis assez active ailleurs. Sur swissvibes.org où je m’intéresse (avec d’autres)  aux pérégrinations des artistes suisses à l’étranger. Derniers articles en date: une critique du nouveau disque de Heidi Happy, une interview de Monoski, une sélection estivale de disques de Fauve.

Sur redbulljazznote.ch où je parle un peu de tout ce qui me passe par la tête, de choses que je vois, que je lis, que j’entends. Derniers articles en date: une présentation de Buraka Som Sistema et une critique du livre « Fela, le génie de l’afrobeat » de François Bensignor.

Donc, le temps – cette denrée devenue si précieuse – se fait rare pour écrire sur ce blog, qui est pourtant mon blog de prédilection. Alors,  je me dis que je devrais au moins mettre en ligne les articles que j’écris aussi dans la presse, Le Courrier et Profil et peut-être aussi me remettre à l’exercice du disque du mois.  Alors, je commence tout de suite avec ce portrait de Oxmo qui figure dans le numéro de septembre de Profil, téléchargeable ici: Interview d’Oxmo.

Et du coup, je me demande si c’est mieux de mettre des PDF ou de republier les articles directement dans le blog en y ajoutant les références à propos de la publication d’origine. Des avis sur la question?

Anthony Joseph, la danse des mots

Anthony Jospeh © Mirabelwhite

Poète et musicien : Anthony Joseph ne conçoit pas l’un sans l’autre. Démonstration sur la scène du château au Festival de la Cité, en compagnie de son « Spasm band »

« Je suis né et j’ai passé toute mon enfance à Trinidad. J’ai donc baigné dans le calypso, le steelpan et toutes les musiques caraïbes. Encore aujourd’hui, ces musiques sont ma colonne vertébrale ». Enfant, Anthony Joseph développe pourtant un autre talent, un peu particulier pour son âge: l’écriture. Ce passe-temps lui procure une concentration intense, la possibilité de se centrer, un plaisir qu’il n’a cessé de savourer depuis. Mais dans les Caraïbes, être poète n’est pas une sinécure. A la fin des années 80, Anthony Joseph a une vingtaine d’années. Il décide de tenter sa chance de musicien à Londres, l’ancienne métropole. Il monte un groupe de black rock. Puis c’est la révélation : Anthony Joseph prend conscience de l’importance que l’écriture a pour lui. Il décide de devenir poète à temps plein.

Il fait paraître plusieurs recueils de poésie remarqués par leur style particulier. Insidieusement, la musique revient. Lors de ses lectures publiques, Il songe d’abord à se faire accompagner d’une basse, puis d’une percussion. En 2004, le Spasm Band est né. En 2006 son premier roman « The African Origins of UFO’s », un ouvrage de science-fiction afro-psychédélique lui vaut la reconnaissance de ses aînés. Il innove : utilisant des techniques d’écriture de son crû, il expérimente en mêlant anglais et dialectes de Trinidad, prose et poésie. C’est à ce livre majeur que seront empruntés la plupart des paroles des chansons du premier opus de Anthony Joseph and The Spasm Band, « Leggo de Lion ». “Tout est connecté pour moi, explique simplement cet artiste mutant, la poésie est comme un grand parapluie qui rassemble tout ce que je fais. Mon seul mot d’ordre est vivre ma vie, être ce que je suis ».  Et quand on le compare à un dub poet, Anthony balaie l’analogie d’un revers de la main. Les dubs poets sont liés au reggae, ils sont aussi plus engagés. Bien sûr des gens comme Linton Kwesi Johnson m’ont influencé, mais je fais quelque chose de plus expérimental. ».

Deux albums plus tard, l’approche d’Anthony Joseph est toujours plus musicale, toujours plus personnelle. S’appuyant sur des techniques d’écriture surréalistes ou du fameux cut-up de William S. Burroughs, il cherche à « faire quelque chose de plus physique. J’aimerais que chaque rime, chaque deux mots le lecteur, l’auditeur soit surpris, se demande où on l’emmène. De façon générale, je trouve que la poésie est devenue très prévisible. » Cela s’entend sur « Rubbers Orchestra » (littéralement « l’orchestre de caoutchouc »), son dernier CD, paru en novembre dernier.

 Evidemment quand il joue à l’étranger, Anthony Joseph sait que son public capte moins les subtilités de son langage, mais il adore aussi le feeling de la danse et l’improvisation. Et The Spasm Band aussi, comme son nom l’indique. Après huit années passées à jouer ensemble, les musiciens et le poète se connaissent parfaitement. Disons plutôt qu’ils savent toujours mieux créer spontanément ensemble. « On ne sait jamais combien de temps un chanson va durer. On fait une liste des morceaux avant de monter sur scène, mais tout reste flexible, tout le temps » conclut Anthony Joseph, déjà réjoui à l’idée de revenir jouer en Suisse après son passage remarqué au Cully Jazz Festival l’an dernier.

Festival de la Cité, Place du Château, samedi 14 juillet, minuit.