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Voyage en Ethiopie, chapitre 4

Addis Abeba, Bahir Dar, la route est semée d’embûches jusqu’à Lalibela, celle que l’on surnomme la Jérusalem éthiopienne, construite au XVIIIème siècle pour permettre aux pélerins éthiopiens d’avoir leur ville sainte en terre chrétienne.

Mardi 10 août

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Yemrehanna Kristos

On arrive enfin à Lalibela et on se précipite pour voir un premier groupe d’églises, des édifices monolithiques creusées dans le sol. J’avais déjà fait la visite il y a trois ans, mais le site de cette nouvelle Jerusalem, voulue et conçue par le roi Lalibela au XIIème siècle, reste impressionnant. On a enfin l’impression de pouvoir reprendre notre souffle. Entouré de fidèles drapés dans leurs voiles blancs, il n’est plus question que de spiritualité, que de s’amuser à reconnaître les saints peints sur les murs ou les croix que brandisssent les prêtres et dont le dessin rèvèle la provenance.

L’Eglise St-Georges, l’emblème national

St-George

St-George

Le lendemain matin, on reprend la route pour aller voir l’église grotte Yemrehanna Kristos avant de retourner vers le groupe de monuments principaux qui comprend la célèbre Eglise Saint-George dont l’image orne désormais toutes les vitrines des agences de voyages, les murs des aéroports et autres lieux de portée internationale. Une création architecturale gigantesque, digne d’être sacrée huitième merveille du monde, en l’honneur du saint patron de l’Ethiopie, dont la légende veut qu’il vainquit le dragon.

Notre guide, au demeurant fort sympathique se garde de nous rappeler que l’ensemble de ces 11 églises impressionnantes a été construit en une vingtaine d’années grâce aux efforts de plus de milliers de travailleurs (esclaves?) qui se tuaient littéralement à la tâche.

musiciens-azmarisLe soir, on mange dans notre hôtel et on est rejoint par un musicien et des danseurs Azmaris qui, à la différence des griots ouest-africains, pratiquent une éloge plutôt moqueuse ou, du moins, teintée d’humour. Le lendemain, la tournée des églises continue. A notre retour en ville, les militaires apparaissent de nouveau à chaque coin de rue. Il semblerait que des manifestations soient annoncées pour le lendemain à Lalibela. Bahir Dar, Addis Abeba et plusieurs villes du Sud continuent de manifester et tous les coins du pays, à l’exception du Tigré, se mettent au diapason.

Diviser pour mieux régner

Stefanos, notre chauffeur nous explique que le gouvernement actuel a voulu faire de l’Ethiopie une fédération d’états, mais au lieu que ces états fonctionnent sous la forme d’une association de provinces unies et prêtes à collaborer ensemble, il a préféré stimuler la division et l’esprit du « chacun pour soi ». Chaque province a son propre drapeau, une déclinaison du drapeau éthiopien. « A l’époque d’Hailé Sélassié, se remémore-t-il, on hissait le drapeau tous les matins et, à chaque fois, tous les habitants de la ville stoppaient leur activité et s’immobilisaient jusqu’à ce que le drapeau soit en haut du mât. Aujourd’hui personne ne se préoccupe plus du lever de drapeau. »

Le ressentiment contre les Tigréens est tel que Stefanos craint que le pays ne bascule dans un bain de sang et que les populations civiles du Tigré ne soient les victimes de cette politique du « diviser pour mieux régner ». Force est de constater d’ailleurs que les militaires placés dans les zones sensibles sont toujours des gens issus d’autres régions, par conséquent moins sensibles aux difficultés de la population.

A la recherche d’un leader

Et les tensions ne font que s’accentuer depuis des mois. Face à cette situation, plusieurs des interlocuteurs anonymes avec lesquels nous discutons dans la rue n’hésitent pas à dire que le seul qui pourrait mettre de l’ordre dans tout ça n’est autre que Isaias Afewerki.

Isaias Afewerki est l’actuel président-dictateur de l’Erythrée, auquel l’ensemble de la communauté internationale jette l’opprobre. Dans les années 80, il avait combattu aux côtés de celui qui deviendra

Meles Zenawi

Meles Zenawi

le premier Premier Ministre éthiopien Meles Zenawi. Tous deux étaient les leaders respectifs du EPLF (Eritrean People’s Libération Front) et du EPRDF (Ethiopian People’s Revolutionary Democratic Front). Depuis les deux hommes sont devenus des ennemis jurés et la frontière entre l’Erythrée et l’Ethiopie est fermée depuis des années. Depuis la mort de Meles Zenawi en 2012, la situation ne semble pas s’être améliorée entre les deux gouvernements.On murmure d’ailleurs que Isaias Aferwerki aurait entrainé et armé des guérilleros éthiopiens en Erythrée et dans le Sud du pays afin de les aider à faire leur révolution.

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Hailé Sélassié

L’autre personnage qui est souvent mentionné avec nostalgie est Hailé Sélassié. Les Ethiopiens qui ont connu la fin de son règne n’ont certes pas oublié son autoritarisme, ni sa sous-estimation catastrophique des sécheresses et des famines consécutives qui ont frappé l’Ethiopie en 1972 et en 1974. Reste que le dernier empereur «forçait l’admiration et le respect de tous les groupes ethniques. » pour reprendre les termes de Nega Mezlekia dans son livre « Dans le ventre d’une hyiène » (P.135)

 

Mercredi 11 août

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L’ancien palais de la reine de Saba

Cette fois-ci c’est par les airs que nous quittons Lalibela pour rejoindre Aksoum, tout au Nord du Pays. Nous voilà donc entrés dans la province du Tigré. Suite aux découvertes archéologiques de ces quarante dernières années, Aksoum est devenu une passage incontournable du « circuit historique » comme l’appelle nos guides. On y voit des obélisques imposantes, parfois écroulées au sol, l’une des plus célèbres ayant d’ailleurs été exportée en Italie par Mussolini avant d’être ramenée sur sa terre d’origine. On se balade au bord  des bains de la reine de Saba, haut-lieu de baptême, les vestiges de son ancien palais, l’église censée renfermer l’original de l’Arche d’Alliance, des tombeaux d’empereurs impressionnants. Le climat est plus sec, un plus chaude toute forme de tension a disparu. On est des vrais touristes. Plus on avance, plus on a l’impression d’être coupé du monde. Le fait qu’Internet ne marche toujours pas, n’est pas étranger à cette sensation….

 

Voyage en Ethiopie, chapitre 3

Après Addis Abeba, nous sommes arrivés à Bahir Dar. Les manifestations se poursuivent. Pour ce soir, nous sommes confinés à l’hôtel car la ville est en deuil suite aux affrontements entre population et forces du gouvernement.

Lundi 9 août (suite)

fichier_000-4Je commence le livre de Nega Mezlekia « Dans le Ventre d’une Hyène » . Je me rends compte, si besoin était, que les problèmes de l’Ethiopie ne datent pas d’hier. « En 1958 – année du paradoxe -, je suis née en Ethiopie, dans une ville chaude et poussiéreuse du nom de Jijiga, qui anéantissait ses enfants ». Nega Mezlekia fait référence ici aux devins et aux exorcistes qui cherchaient à guérir Menen, la femme mourante de l’empereur Hailé Sélassié et avaient prescrit le sacrifice d’enfants « sans ecchymoses ni cicatrices »….

Une autobiographie marquée par les révoltes et les changements sociaux

Nega Mezlekia est un Amhara qui grandit en pays oromo. Il passa son enfance et son adolescence sous la fin du règne de l’empereur Haïlé Selassié, roi des rois et vainqueur du Lion de Judée. Celui qui tenait et tient encore un statut de héros en prend pour son grade sour la plume acérée de cet écrivain. A peine adulte, ce dernier eut le tort d’organiser une marche qui revendiquait que la propriété de la terre reviennent à ceux qui la cultivent. Une manifestation sévèrement remise à l’ordre par le régime d’Haïlé Sélassié qui fait étrangement écho aux événements qui se déroulent à l’heure actuelle dans le pays. Depuis plusieurs, années, l’Etat octroie aux investisseurs étrangers et indigènes des baux sur les terres cultivables jusqu’ici par les paysans, qui ne sont eux-mêmes considérés que comme de simples locataires.

40 ans d’espoirs et de malheurs

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Haïlé Sélassié

Cette étatisation des terres remonte à 1975 lorsque le Derg, la junte militaire qui renversa Haïlé Sélassié introduisit sa réforme agraire. La lecture de « Dans le Ventre d’une Hyène » montre comment le « socialisme à l’éthiopienne » vire rapidement à la terreur. Les atrocités auxquelles on été soumises le peuple éthiopien font froid dans le dos. Les problèmes ethniques  (entre oromo et amhara) sont déjà bien sensibles, les questions religieuses et l’ingérence des puissances étrangères (en particulier de la Russie et des USA) aussi. Si la politique d’Haïlé Sélassié a largement favorisé l’ethnie des rois abyssiniens (les Amharas), elle a du moins cherché à mélanger les ethnies, encourageant les Amharas à s’installer en terres oromo et les Oromos à venir travailler au Nord.

Un pays rural à 83%

En 1992, la chute de la dictature militaire a entraîné la scission avec l’Erythrée et le pouvoir est désormais aux mains des politiciens tigrés tout au Nord du pays. Globalement les choses s’améliorent: les grands axes routiers sont bitumés par les Chinois ou les Japonais, l’électricité s’étend un peu partout et les investisseurs affluent. Le gouvernement est largement soutenu par les Américains qui ont installé une base militaire à Arba Minch, base qu’ils ont fermé il y a quelques mois ……. Mais les investissements et les grands projets de développement agricoles font peu de cas des paysans (83 % de la population)  qui perdent leurs terres ou se voient taxer lourdement.

Aux alentours de Bahir Dar, les paysans-laboureurs se dépêchent d’entamer leur deuxième semaille, celle qui doit servir à nourrir leurs familles après qu’ils aient donné au gouvernement une bonne partie de leur première récolte.

Mardi 10 août 

img_2714Notre chauffeur avait insisté pour partir tôt. Le soir d’avant, les camions militaires étaient de nouveau légion à Bahir Dar. On quitte donc la ville, ses grandes avenues et ses palmiers avant 08:00 et on raie de notre liste de choses à voir les chutes du Nil. Un jeune du coin a été tué dans les manifestations. L’ambiance est au deuil. A 9:00, le chauffeur reçoit un coup de fil: la ville de Bahir Dar est entièrement fermée. Plus personne ne rentre ni ne sort.

Dehors, la pluie continue de tomber: les rizières ont remplacé les champs de céréales, la plupart des femmes n’ont désormais même plus de sandalettes, mais avancent et travaillent pieds nus dans la boue. L’ambiance est de plus en plus oppressante. le minibus, s’attaque aux derniers 60 km de route non bétonnée qui doit nous amener au site de Lalibela. Les ornières sont gigantesques et boueuses. De temps à autre, un camion-grue et un groupe d’ouvriers tentent de dégager la route dans un amoncellement de pierres. « Dans trois ans, la route est terminée » nous explique avec un grand sourire notre chauffeur. On peine à le croire au vu de l’immensité de la tâche qui reste à faire.

 

 

Voyage en Ethiopie, chapitre 2

Après quatre jours passés à Addis Abeba au cours desquels on a assisté à la fin d’une manifestation sévèrement réprimée par les autorités, notre voyage familial doit se poursuivre.

Dimanche 08 août

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Peinture représentant Tekla Haimanot

Vu la situation, on évite Gonder et on opte pour l’itinéraire suivant: Debre Markos, Bahir Dar et ses légendaires chutes du Nil, les églises de Lalibela, Axoum, et enfin les églises taillées  dans la roche de la région du Tigré et sa capitale, Mekele. On est content de quitter Addis, qui ne se montre décidément pas sous son meilleur jour.

Un peu avant Debre Markos, on vise le monastère de Debre Libanos, dont le père fondateur, Tekla Haimanot, passa 22 ans dans une grotte debout en buvant l’eau qui suintait du plafond et en se nourrissant de trois feuilles d’arbre le dimanche, jour de sabbat. Selon la légende, au bout de 22 ans sa jambe droite s’est brisée (ou aurait été victime de la gangrène?); ce qui ne l’empêcha pas de rester encore trois ans en ascèse sur une jambe! La grotte dans laquelle il vécut est aujourd’hui devenu un lieu saint où les Ethiopiens viennent chercher de l’eau considérée comme bénie.

Le soir, alors qu’on a atteint Debre Markos et que l’on boit un verre sur la terrasse de notre hôtel, des camions de militaires apparaissent de tous les côtés et larguent quelques hommes à chaque carrefour.

Entre religion et révolte, entre pauvreté et détermination, l’Ethiopie fait tourner la tête

Le gardien de l’hôtel nous informe que Bahir Dar, notre prochaine destination a été le théâtre de violents affrontements entre militaires et manifestants. Le gouvernement  craint que cela ne se propage à Debre Markos, l’ancienne capitale de la province du Godjam. La nuit, je suis réveillée par les chants et les tambours. On pense au muezzin, c’est en fait le prêtre orthodoxe qui annonce le réveil des fidèles. Nous sommes au début d’un jeûne de 16 jours en commémoration de l’Assomption de Marie. L’Ethiopie est le berceau du christianisme en Afrique. C’est aussi le premier état chrétien d’Afrique, suite à la conversion au christianisme d’Ezana, Roi d’Aksoum, en 330 après Jésus-Christ.

Messe à Gonder le vendredi de Pâques

Messe à Gonder le vendredi de Pâques

Aujourd’hui, une majorité de la population est chrétienne (43% d’orthodoxes, 19% de protestants), et la ferveur des messes n’a rien à voir avec ce que l’on peut voir dans notre partie du monde. Recouverts d’un voile blanc, les fidèles se massent dans et à l’extérieur de l’église où ils prient et chantent des heures durant. En période de jeûne, les gens ne mangent que des produits non-animaux, une fois la nuit tombée. Entre religion et révolte, entre pauvreté et détermination, l’Ethiopie fait tourner la tête.

Lundi 9 août

 

dscn0375Le lendemain on met quand même le cap sur Bahir Dar. Le chauffeur se veut rassurant: la situation se serait calmée, le lac Tana et ses monastères sont accessibles. On voyage sous la pluie. Les paysages sont verts et et l’humidité est partout. Les paysans bossent dur. Ils labourent avec des charrues qui semblent sortie d’un autre temps. le sillon ainsi creusé est très peu large, ce qui les obligent à des passages répétés à quelques centimètres d’intervalle. Les femmes portent des poids immenses sur leur tête ou sur leur dos et sont chaussées de petites sandalettes en plastiques, les hommes ont plus souvent des bottes.

A chaque village, sa spécialité, vendue sur les bords de la route

fichier_000-3Ici la canne à sucre, là les tue-mouche, plus loin les bouteilles d’alcool qui vous arrachent la gorge. Les chèvres ont une fâcheuse tendance à préférer poser leur fessier sur la route plutôt que dans la boue et l’accessoire le plus utile de notre chauffeur semble être le klaxon qu’il utilise incessamment pour annoncer son arrivée et éviter les embardées intempestives des piétons ou vespas qui marchent au bord du goudron. Pour conduire en Ethiopie, mieux vaut être doté d’une concentration et d’une vivacité à toute épreuve.

La télévision nous souhaite des « Happy holidays »….

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Le lac Tana, vu depuis une île

A l’approche de Bahir Dar, les contrôles des militaires s’intensifient. On contourne le centre ville pour accéder à notre hôtel par la porte arrière. La porte avant étant officiellement fermée. Toute la ville est en deuil, suite aux 32 morts que les affrontements de la veille ont créé. On visite sans grande conviction deux monastères perchés sur des îles au milieu de ce lac tellement immense qu’il fait plutôt penser à une mer. On sent nos accompagnateurs éthiopiens inquiets. ils passent beaucoup de temps au téléphone.

Le soir, on nous déconseille de sortir de l’hôtel. De toutes façons, pas la peine de s’exciter puisque tout est fermé. J’essaie d’allumer la TV pour voir quelles images sont diffusées. Seule la chaîne du Tigré fonctionne. Les chaînes amhara et oromo affichent un bandeau coloré « Happy Holidays »…. Internet ne fonctionne toujours pas.

Voyage en Ethiopie, chapitre 1

Récit de mon récent séjour en Ethiopie. Au vu de ce qui se passe, il m’était difficile de ne pas prendre la plume. A l’heure où je publie ces lignes, la situation semble s’être encore aggravée.

Samedi 7 août

Fichier_001Arrivée depuis trois jours à Addis Abeba pour trois semaines de vacances bien méritées, je m’apprête à sortir de mon hôtel pour prendre un café, samedi 7 août vers 10:00, lorsque je vois plusieurs Ethiopiens et Ethiopiennes rentrer en courant dans l’hôtel en m’enjoignant d’en faire autant. Des gardes armés de bâtons apparaissent à chaque coin de rue. On rentre puis on ressort. Une femme crie: « Ils ont tué un civil »; la rue se vide.

Je rentre et monte au dernier étage de l’hôtel qui m’offre une vue plongeante sur la rue. Dans la cour d’une maison, je vois une dizaine de gardes de la milice encerclant des gens – des cireurs de chaussures ou de ces jeunes qu’on voit traîner à chaque coin de rue – assis à même le sol la tête baissée. Ceux qui essaient de résister sont vite remis à l’ordre à coups de bâtons. Des prisonniers m’explique-t-on. La situation se calme mais plus tard les patrouilles de militaires et des milices sont à chaque carrefour. Fichier_000 (1)

J’échange à gauche et à droite avec des chauffeurs de taxis, des tenanciers de restaurants, des simples badauds: le raz-le-bol semble quasi général. Les dirigeants éthiopiens sont tous issus de l’ethnie et de la région du Tigré tout au nord du pays, le berceau de l’Abyssine. Cette classe dirigeante est issue d’une minorité ethnique (qui représente 5 à 6 %de la population); Elle est au pouvoir depuis près de 25 ans, depuis que la junte militaire a été renversée et que l’Erythrée a gagné son indépendance. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne semble pas avoir rempli ces promesses.

Pour beaucoup, l’Ethiopie fut et reste un modèle car elle n’a pas été colonisée ou si peu….

TilahungessesseJe décide prendre la plume et de raconter ce que je vois et ce que j’entends, non pas en tant que journaliste, mais en simple témoin. Difficile en effet de rester insensible à ce qui se passe autour de moi et à continuer de faire la touriste au vu de l’ampleur du phénomène et de la détresse des gens. Pour beaucoup d’Africains, comme pour les rastafari de Jamaïque, l’Ethiopie fut et reste un modèle car elle n’a pas été colonisée ou si peu (Mussolini tenta l’invasion et l’occupation de l’Ethiopie pendant quelques années mais dû se retirer vaincu).

Depuis une Mahmoud Ahmeddizaine d’années, on vente le miracle éthiopien, sa démocratie et son taux de croissance qui avoisinerait les 10%. Travaillant dans le domaine de la musique, j’ai personnellement commencé à m’intéresser à l’Ethiopie via la mode de l’ethio-jazz. Comme beaucoup de francophones, j’ai découvert Mahmoud Ahmed, Tilahun Gessesse et consorts via la collection Ethiopiques dirigée par Francis Falceto. Un concert d’Aster Aweke dans les années 90 à Genève m’avait aussi séduite.

La ville ressemble à un vaste chantier qui se cherche entre gratte-ciels et cases en tôle

Je m’y suis rendu une première fois en 2013 dans le cadre d’un projet musical. Déjà lors de ce premier séjour, le miracle éthiopien tel qu’on me l’avait décrit ne m’avait pas vraiment sauté à la figure. Addis Abeba est une enchevêtrement complexe de bidonvilles et de quartiers chics. De partout apparaissent des bâtiments en construction abandonnés. A l’exception de Bole, nouveau quartier américanophile proche de l’aéroport, la ville ressemble à un vaste chantier qui se cherche entre gratte-ciels et cases en tôle. Trois ans plus tard, un ami résidant en Ethiopie m’assure que le métro aérien est terminé et que ça y est Addis Abeba brille de tous ses feux.

Plus de pauvreté, moins de faux-semblants

ESAT_LogoSur place, mon impression reste pourtant inchangée. Pire, dès mon arrivée, je sens une sorte de tension: plus de pauvreté, moins de faux-semblants. Avant mon départ, un reportage vue sur le chaîne de TV online ESAT, montrait des mouvements de protestation à Gonder, sèchement réprimés par l’armée. Au Sud, dans la région de Arba Minch, les Oromos, la plus grande ethnie (37 % de la population globale) et la plus défavorise bouge aussi. Après Gonder, les mouvements dont je suis témoins à Addis sont le fait des Amharas, l’ex-classe dirigeante (les habitants des hauts-plateaux au Centre et au Nord du pays).

Très vite, les informations circulent via le bouche à oreille et les téléphones portables, le gouvernement ayant rapidement fermé l’accès Internet. « Aucune des promesses n’a été tenue; Tout le travail de développement se fait dans la province du Tigré, au nord du pays; rien dans les autres régions. Le pays est vendu aux investisseurs étrangers sans que rien ne revienne aux Ethiopiens. Les paysans sont délogés de leurs terre. On ne peut pas protester faute de finir en prison ». La fin de manifestation que j’ai entre-aperçue aux alentours de mon hôtel ne serait qu’un épiphénomène; D’autres manifestations de beaucoup plus grande ampleur ont eu lieu dans d’autres quartiers de la ville; La rumeur dit que 10’000 personnes auraient été jetées en prison et qu’une centaine de personnes auraient été tuées par les militaires.