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Mon film du mois: Balkan Melodie

Le titre ne me disait pas grand chose: encore un de ces films qui surfe sur vague des musiques balkaniques, avec ce qu’elles peuvent avoir de pire comme de meilleur. Tout de même, ce documentaire musical était signé Stefan Schwietert. Son  dernier film  Heimatklänge (sur des yodlers suisses atypiques) m’avait impressionné.

Je me suis donc rendue à la vision de presse de Balkan Melodie, mi-figue-mi-raisin. Et là, confortablement installée dans mon fauteuil de cinéma, un vieux Monsieur – dont j’associais vaguement le nom au Mystère des Voix Bulgares – est apparu à l’écran. Ou plutôt devrais-je dire crevait l’écran. Avant d’avoir été l’instigateur du projet « Mystère des Voix Bulgares », Marcel Cellier fut le premier Occidental à partir enregistreur à la main dans l’Europe de l’Est communiste pour y enregistrer ces musiques qui le bouleversaient. Il commença dès la fin des années 50 et continua pendant un demi-siècle. Multi-instrumentiste, passionné de musiques, il sera l’homme qui animait l’émission « De la Mer Noire à la Baltique » que beaucoup d’auditeurs romands ont écouté religieusement chaque samedi après-midi pendant près de trente ans.

Marcel Cellier est le fil rouge du film Balkan Melodie. C’est à travers lui qu’on découvre Georghe Zamfir, virtuose de la flûte de pan, les choeurs bulgares, Ion Pop et son Grupul Iza. Le voyage musical se terminant avec une formation plus actuelle: Le Mahalia Raï Band. Le film est magnifique: il faut aller le voir en salle tant qu’il est encore à l’affiche. Quant à moi toujours sous le charme des Cellier (Marcel a une femme Catherine qui l’a accompagné dans ses pérégrinations balkaniques), je suis allée dare-dare les rencontrer pour en faire un portrait paru aujourd’hui dans Le Courrier consultable en ligne ou en PDF (Marcel Cellier).

Bonne lecture et bon film!

Balkan Melodie est projeté aux Galeries Pathé de Lausanne , au cinéma d’Oron et à la Scala à Genève.

Lettre ouverte de Fernand Melgar

Le cinéaste Fernand Melgar a fait la une du Matin Dimanche, à propos de son film Vol Spécial  sur le centre de détention de requérants de Frambois. Non pas pour la qualité ou l’engagement de son travail, mais parce que l’un des protagonistes du film est un trafiquant de drogue. Rappelons que le centre de Frambois a déjà beaucoup fait parler de lui. Le site internet humanrights résume bien la situation et les enjeux de cet établissment situé à proximité de Cointrin.

Pour répondre aux attaques du Matin, Fernand Melgar a envoyé la lettre ci-dessous par mail. Que je reproduis ici dans son intégralité. Je n’ai pas encore vu Vol Spécial. Mais la lecture de cette lettre me conforte dans l’idée qu’il vaut mieux attirer l’attention du plus grand nombre sur des pratiques étatiques à la limite des droits de l’homme que monter en épingle le ou les cas individuels de trafiquants ou autres délinquants qui ne respectent pas le système. Cela dit,  je ne travaille pas pour le Matin…

«Dans un article du Matin Dimanche daté du 2 octobre, le journaliste Jean-Claude Péclet m’accuse, entre autres griefs, d’avoir occulté le passé pénal de nombreux internés du centre de Frambois. Il prend l’exemple du Camerounais Elvis, qui a été condamné en 2010 pour trafic de drogue. Il livre au public son nom de famille, en toutes lettres, ainsi que le détail de sa condamnation au mépris total de la loi fédérale sur la protection des données (LPD 235.1 et suivants). Une loi que les informateurs de Monsieur Péclet n’ont pas davantage respectée en violant leur secret de fonction.

Elvis a purgé sa peine en Suisse et a, comme on dit, « payé sa dette à la société ». Ce n’est donc pas pour un délit pénal qu’il est expulsé de notre pays, mais pour la seule et unique raison qu’il n’a pas de statut légal en Suisse. Comme l’explique le directeur Jean-Michel Claude, Frambois est un centre de détention administrative où les personnes qui y sont enfermées ne le sont pas pour des raisons pénales ni pour exécuter une peine, mais sont là suite à une décision d’expulsion du territoire, prononcée par les services de migration cantonaux ou fédéraux parce qu’ils sont sans-papiers.

C’est ce qu’explique clairement le carton placé au début du film.

Les informations sur les détenus relèvent de la sphère privée et sont donc confidentielles. J’ai demandé avant le tournage une statistique anonyme sur la population carcérale du moment à Frambois. Le pourcentage était de 40% de casiers judiciaires vierges et 60% de cas avec un passé pénal, dont une majorité de condamnations à des peines légères. C’est donc en pleine connaissance de cause que j’ai fait ce film. Je n’ai pas mentionné ces chiffres par qu’ils n’ont aucune incidence sur la raison de la détention au sens de la loi sur les mesures de contrainte (art.73 LEtr. et suivants).

Dans le même article du Matin Dimanche, le conseiller d’Etat Philippe Leuba m’accuse de naïveté voire de malhonnêteté parce que je n’ai pas montré cette « face sombre de la réalité». Pourtant je veux parler du côté sombre de la réalité, parler de Pitchou, dont Monsieur Péclet met en cause l’honneur et la dignité de façon intolérable, en s’appuyant sur les dires d’un informateur qu’il désigne sommairement comme « un familier du cas ». Joint au téléphone, Monsieur Péclet ne savait même pas de qui il s’agissait dans le film. Quel bel exemple de rigueur journalistique !

Pitchou est le jeune père congolais dont mon film décrit la libération in extremis, un jour avant son expulsion.

Des policiers vaudois sont venus le chercher un beau matin à son domicile familial, où il vit avec sa compagne et leur fils nouveau-né, n’en déplaise au « familier du cas ». Simple contrôle du permis de séjour, disent-ils. Après un bref passage devant le juge de paix, il est incarcéré à Frambois.

Plus tard, pour remplir des formalités d’état civil liées à la naissance de son fils, des policiers lui ont fait traverser Vevey les chaînes aux pieds et les menottes aux poignets comme un vulgaire criminel, alors que son casier judiciaire est vierge. Pitchou a croisé dans la rue des connaissances, stupéfaites de le voir enchaîné de cette manière. Je précise qu’il travaille et vit en Suisse depuis 11 ans, qu’il est parfaitement intégré et respecté de tous parce que c’est un type bien.

Il restera incarcéré plusieurs mois à Frambois… puis libéré sur décision du Service de la Population du canton de Vaud (SPOP) sans aucune explication. Il n’y a en effet aucune règle administrative précise qui définisse lequel des 150’000 sans papiers résidant en Suisse sera expulsé et lequel sera libéré, après une détention administrative qui peut durer jusqu’à 18 mois. Une loterie insensée qui coûte au contribuable la bagatelle de 500.- par jour et par détenu.

Contrairement aux allégations prononcées lors du TJ 19h30 de la RTS du 2 octobre, qui s’est contenté de simplement relayer l’article du Matin Dimanche sans avoir corroboré les sources ou sans me donner le moindre droit de réponse au sujet de Pitchou. Je clame haut et fort qu’il s’est battu corps et âme, avec le soutien de son avocat et des associations de défense des requérants d’asile, pour qu’il puisse rester avec sa famille en Suisse. Il est au bénéfice aujourd’hui d’une admission provisoire et vit avec sa compagne et leur fils.

La libération inattendue de Pitchou libérait une place dans le « vol des Congolais » prévu le lendemain. C’est Elvis E. qui eut le triste privilège de le remplacer. Amené par la police le soir même à Frambois, il y a passé la nuit et est parti le lendemain pour le vol spécial avec les autres expulsés du centre. Elvis E. a donc passé en tout état de cause environ 24 heures à Frambois, et n’est par conséquent pas un « héros » de mon film comme le prétend Monsieur Péclet. Son apparition est de quelques dizaines de secondes et il n’y prononce pas la moindre parole.

Geordry par contre, le requérant débouté « vaudois » au casier judiciaire vierge, nous raconte à l’écran sa peur d’un retour forcé au Cameroun. Une peur hélas justifiée : arrivé à Yaoundé, il est emprisonné et torturé pendant cinq mois pour avoir demandé l’asile en Suisse. Autre « face sombre de la réalité » : comment se fait-il que ses tortionnaires aient eu en main des documents confidentiels émanant du SPOP et de l’Office fédéral des migrations, documents qui ont permis de porter l’accusation d’avoir sali l’image de son pays à l’étranger?

Je n’ai pas non plus oublié le jeune Abdirashid, ce mineur non-accompagné que des policiers de la Sûreté vaudoise ont réveillé un petit matin de novembre 2009 dans le centre pour mineur de l’EVAM à Lausanne. En vertu du traité de Dublin, qui permet de se débarrasser d’une partie de nos requérants chez nos voisins européens, il a été expulsé vers une Italie ouvertement hostile aux requérants d’asile.

C’était un orphelin qui avait fui la guerre en Somalie et trouvé un peu de stabilité dans notre canton. Scolarisé dans une classe d’accueil, c’était un excellent élève, sérieux et motivé, qui forçait l’admiration de ses enseignants. Je n’ai pas oublié ses copains de chambrée, mineurs comme lui, qui ont quitté les bancs de l’école vaudoise pour dormir dans la forêt de peur d’être emmenés à leur tour par la police. Mais cela ne fait sans doute pas partie de « cette face plus sombre de la réalité » dont parle Monsieur Leuba.

J’assume complètement le fait d’avoir mis sur un pied d’égalité Pitchou, un « vrai » sans-papier et Elvis E., un « criminel » qui a payé sa dette envers la société suisse. Parce qu’en expulsant ces deux personnes sans statut légal, nous perpétuons l’hypocrisie et l’injustice. Rousseau, dont nous allons célébrer le 300ème anniversaire de sa naissance, disait que la loi du plus fort ne peut être le principe directeur d’une société : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. » C’est ce que dit si bien Serge dans le film, avant d’être expulsé pieds et poings liés vers son destin.

Le 28 avril 2011, la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE) a prononcé un arrêté qui stipule que nul ne peut être condamné à une peine de prison du simple fait d’être sans papiers. Jusqu’à quand nos autorités vont-elles continuer à appliquer la loi du plus fort ?»

Fernand Melgar, le 2 octobre 2011

A voir également, par ici, le mini sujet que la TSR consacre à la polémique.

Benda Bilili, le film

Dans Le Courrier d’aujourd’hui, longue interview fort intéressante (dirigée de main de maître par moi-même!) de Renaud Barret et Florent de la Tullaye. Ces Deux Français sont les réalisateurs du film «Benda Bilili» qui sort aujourd’hui sur les écrans de France et d’Helvétie. Et comme  je soupçonne certains d’entre vous de ne pas lire cet excellent quotidien,vous pouvez également consulter cet entretien en ligne ici ou le télécharger le PDF .  J’en profite pour vous recommander vivement la vison du film. Pour la bande annonce, c’est par là.

Bonne lecture, bonne vision et bonne écoute!

Nobody is made of nothing

Break dance, cérémonies rituelles en Afrique, scènes de music hall du cinéma noir/blanc, sports de combats asiatiques, capoiera, icônes religieuses… Et si tout cela n’était qu’une seule et même chose… Démonstration filmée dans cette « Parallel Scene » de 10 minutes réalisée par Midus, un bboy  pour le moins inspiré…

de retour

Miriam Makeba

Le problème des blogs, c’est que le temps passe vite. Voilà plus d’un mois que je me suis absentée de mon « chez moi » virtuel. Il est temps de me ressaisir. Inutile de préciser qu’il s’est passé plein de choses dont je n’ai pas parlé. En premier lieu la mort de Miriam Makeba, une diva de plus qui s’en va. Je l’ai vue récemment dans le cadre du festival Cinéma d’Afriques à Lausanne. Le film qui date de 1958 s’intitulait « Come back Africa » est un des premiers films anti-apartheid, signé Lionel Rogosin.

Au détour d’une scène qui réunit quelques amis rassemblés pour discuter, elle apparaît toute jeune. Mais lorsqu’elle se met à chanter cappella, l’étoffe de la diva est déjà perceptible. C’est d’ailleurs cette scène qui lança, dit-on, sa carrière internationale… Un moment de grâce comme Mama Africa en connut tant et qui fait oublier ses dernière prestations scéniques comme celles de sa tournée d’adieu en 2006. Car Miriam Makeba, c’était avant tout l’engagement pour les indépendances africaines, pour le développement des nouveaux états africains. Réfugiée en Guinée avec son mari de l’époque, Stokely Carmichael, elle enregistra quelques-unes de ses plus belles plages musicales. Plages aujourd’hui rééditées sous le nom de The Guinean Years … Bref, je ne vais pas me lancer dans un hommage à Miriam Makeba, le site de Vibrations l’a déjà fait et très bien! Allez-donc y jeter un coup d’œil.

Sinon, je rentre du Sénégal où il se passe plein de belles choses musicales, mais où la tension monte dans les banlieues de Dakar. J’y reviendrais.

Le désert selon Tinariwen

Je rentre d’un reportage dans le désert, à Kidal, au Nord du Mali. Ce bastion de la rébellion touarègue est aussi la ville du plus grand groupe de musique tamashek: Tinariwen. Ces samouraïs du désert avaient décidé d’inviter quelques journalistes deux mois avant la sortie de leur nouvel album «Aman Iman». Entre nuits à la belle étoile, concerts autour du feu, ville sous contrôle militaire, les émotions furent fortes. Une image reste dans les esprits: celle d’Ibrahim, le fondateur et leader du groupe, sortant en plein milieu du désert un petit écran DVD pour regarder le film «O’Brother» des frères Coen. Des musiques du désert au hillbilly, ces cow-boys des temps modernes ont su se retrouver. Loin des clichés, Tinariwen prouve sa modernité et son sens de l’humour.

voyage à Kidal

Les coulisses du film « Adieu l’ami »

Aujourd’hui, j’ai revu le film Adieu l’ami. Ce thriller de Jean Herman met en scène un duel entre Charles Bronson et Alain Delon, frères ennemis pris dans un drôle de casse à huis clos. Suspense, tensions, critique d’une société entrain de se tourner complètement vers le fric, le film n’a pas vieilli d’un poil. Mais le plus beau, c’est l’interview de Jean Herman en bonus. J’ai oublié de préciser que j’adore voir l’envers du décor, les artistes quand ils sortent de leur image bien polie d’artistes, les dessous d’un business liés aux arts et aux spectacles. J’adore aussi avoir les détails d’une grande aventure humaine. Pour toutes ces raisons, l’interview de Jean Herman est un vrai régal. Pour reprendre ses termes. «vouloir faire un film avec des vedettes internationales quand on n’a pas les ronds, c’est pas facile». Il raconte ainsi sa rencontre avec un producteur fauché, le long processus pour convaincre Delon comme Bronson de jouer dans ce film fait par des inconnus. On se délecte de ses anecdotes et de son franc parler. Le meilleur réside dans l’incroyable lutte d’égo que se sont joués Delon et Bronson pendant tout le tournage. A chaque gros plan de l’un, devait succéder un gros plan de l’autre, à chaque attention particulière pour l’un, une attention équivalente pour l’autre. Pour Bronson être en France, équivalait à vivre parmi les sauvages – il n’utilisait par exemple pour son thé que de l’eau en bouteille, pensant qu’il ne pouvait pas boire celle du robinet. Un combat de coq qui sert les desseins du film lorsque celui-ci veut montrer l’hostiliré des deux personnages, mais le dessert tout autant lorsqu’il s’agit de montrer leur rapprochement. Chaudement recommandé.