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Voyage en Ethiopie, chapitre 1

Récit de mon récent séjour en Ethiopie. Au vu de ce qui se passe, il m’était difficile de ne pas prendre la plume. A l’heure où je publie ces lignes, la situation semble s’être encore aggravée.

Samedi 7 août

Fichier_001Arrivée depuis trois jours à Addis Abeba pour trois semaines de vacances bien méritées, je m’apprête à sortir de mon hôtel pour prendre un café, samedi 7 août vers 10:00, lorsque je vois plusieurs Ethiopiens et Ethiopiennes rentrer en courant dans l’hôtel en m’enjoignant d’en faire autant. Des gardes armés de bâtons apparaissent à chaque coin de rue. On rentre puis on ressort. Une femme crie: « Ils ont tué un civil »; la rue se vide.

Je rentre et monte au dernier étage de l’hôtel qui m’offre une vue plongeante sur la rue. Dans la cour d’une maison, je vois une dizaine de gardes de la milice encerclant des gens – des cireurs de chaussures ou de ces jeunes qu’on voit traîner à chaque coin de rue – assis à même le sol la tête baissée. Ceux qui essaient de résister sont vite remis à l’ordre à coups de bâtons. Des prisonniers m’explique-t-on. La situation se calme mais plus tard les patrouilles de militaires et des milices sont à chaque carrefour. Fichier_000 (1)

J’échange à gauche et à droite avec des chauffeurs de taxis, des tenanciers de restaurants, des simples badauds: le raz-le-bol semble quasi général. Les dirigeants éthiopiens sont tous issus de l’ethnie et de la région du Tigré tout au nord du pays, le berceau de l’Abyssine. Cette classe dirigeante est issue d’une minorité ethnique (qui représente 5 à 6 %de la population); Elle est au pouvoir depuis près de 25 ans, depuis que la junte militaire a été renversée et que l’Erythrée a gagné son indépendance. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne semble pas avoir rempli ces promesses.

Pour beaucoup, l’Ethiopie fut et reste un modèle car elle n’a pas été colonisée ou si peu….

TilahungessesseJe décide prendre la plume et de raconter ce que je vois et ce que j’entends, non pas en tant que journaliste, mais en simple témoin. Difficile en effet de rester insensible à ce qui se passe autour de moi et à continuer de faire la touriste au vu de l’ampleur du phénomène et de la détresse des gens. Pour beaucoup d’Africains, comme pour les rastafari de Jamaïque, l’Ethiopie fut et reste un modèle car elle n’a pas été colonisée ou si peu (Mussolini tenta l’invasion et l’occupation de l’Ethiopie pendant quelques années mais dû se retirer vaincu).

Depuis une Mahmoud Ahmeddizaine d’années, on vente le miracle éthiopien, sa démocratie et son taux de croissance qui avoisinerait les 10%. Travaillant dans le domaine de la musique, j’ai personnellement commencé à m’intéresser à l’Ethiopie via la mode de l’ethio-jazz. Comme beaucoup de francophones, j’ai découvert Mahmoud Ahmed, Tilahun Gessesse et consorts via la collection Ethiopiques dirigée par Francis Falceto. Un concert d’Aster Aweke dans les années 90 à Genève m’avait aussi séduite.

La ville ressemble à un vaste chantier qui se cherche entre gratte-ciels et cases en tôle

Je m’y suis rendu une première fois en 2013 dans le cadre d’un projet musical. Déjà lors de ce premier séjour, le miracle éthiopien tel qu’on me l’avait décrit ne m’avait pas vraiment sauté à la figure. Addis Abeba est une enchevêtrement complexe de bidonvilles et de quartiers chics. De partout apparaissent des bâtiments en construction abandonnés. A l’exception de Bole, nouveau quartier américanophile proche de l’aéroport, la ville ressemble à un vaste chantier qui se cherche entre gratte-ciels et cases en tôle. Trois ans plus tard, un ami résidant en Ethiopie m’assure que le métro aérien est terminé et que ça y est Addis Abeba brille de tous ses feux.

Plus de pauvreté, moins de faux-semblants

ESAT_LogoSur place, mon impression reste pourtant inchangée. Pire, dès mon arrivée, je sens une sorte de tension: plus de pauvreté, moins de faux-semblants. Avant mon départ, un reportage vue sur le chaîne de TV online ESAT, montrait des mouvements de protestation à Gonder, sèchement réprimés par l’armée. Au Sud, dans la région de Arba Minch, les Oromos, la plus grande ethnie (37 % de la population globale) et la plus défavorise bouge aussi. Après Gonder, les mouvements dont je suis témoins à Addis sont le fait des Amharas, l’ex-classe dirigeante (les habitants des hauts-plateaux au Centre et au Nord du pays).

Très vite, les informations circulent via le bouche à oreille et les téléphones portables, le gouvernement ayant rapidement fermé l’accès Internet. « Aucune des promesses n’a été tenue; Tout le travail de développement se fait dans la province du Tigré, au nord du pays; rien dans les autres régions. Le pays est vendu aux investisseurs étrangers sans que rien ne revienne aux Ethiopiens. Les paysans sont délogés de leurs terre. On ne peut pas protester faute de finir en prison ». La fin de manifestation que j’ai entre-aperçue aux alentours de mon hôtel ne serait qu’un épiphénomène; D’autres manifestations de beaucoup plus grande ampleur ont eu lieu dans d’autres quartiers de la ville; La rumeur dit que 10’000 personnes auraient été jetées en prison et qu’une centaine de personnes auraient été tuées par les militaires.

Nouveau: ateliers de formation « développer sa carrière musicale…. »

mains cadréesÇa  y est: c’est parti! Avec mon amie Stephanie Booth, on se lance dans un nouveau projet (comme on les aime): animer une série de cinq ateliers sur le thème de « Développer sa carrière d’artiste en 2016… et survivre ». Des ateliers de formation destinés aux musiciens romands sur un bon nombre d’aspects liés l’encadrement de leurs projets artistiques.

A l’origine de ma réflexion

En 2011, j’ai lancé le blog swissvibes.org, consacré à la promotion des musiques suisses. Dans ce cadre, j’ai rencontré des gens super, fait des interviews passionnantes, vu des concerts excitants; bref je me suis bien amusée. Mais j’ai aussi eu le temps de prendre la mesure des difficultés que rencontraient les musiciens suisses pour s’en sortir dans notre si petit pays où une tournée se résume bien souvent à trois ou quatre dates et où les possibilités d’exporter sa musique sont difficiles. Mon travail d’accompagnement d’artistes – basés en Suisse ou non – m’a également permis de mettre les mains dans le cambouis.

Depuis qu’Internet a changé la donne

Les meilleures choses ont une fin: le blog swissvibes.org s’est mis en pause le 10 mai dernier. Je pensais tourner la page et poursuivre tranquillement mes autres activités dans le domaine de la musique (consultante, chef de projet, accompagnement d’artistes…). Ce que j’ai fait. Seulement voilà, un beau jour de juin, je suis allée manger avec Stephanie Booth. Stephanie est une spécialiste en communication internet qui adore transmettre et faire passer plus loin sa très compétente expérience. C’est d’ailleurs Stephanie Booth et qui m’avait assistée dans la mise en forme et le concept de swissvibes.org.

Du café à l’atelier

Lors de notre rencontre Stephanie me dit qu’elle constate que les indépendants n’ont souvent pas le temps de se plonger et d’étudier tous les atouts d’une présence en line pertinente. Elle se pose la question de la présence en ligne des musiciens. Bien sûr tout musicien qui se respecte est présent sur internet, mais utilise-t-il vraiment ce média à bon escient? Qu’en est-il de sa stratégie dans la « vraie vie » (car les deux aspects sont liés)? Me revient alors à l’esprit les cafés que je vais parfois boire avec un artiste ou un autre qui a besoin d’un conseil. A chaque fois j’ai l’impression de leur dire des choses très simples, « basiques » et à chaque fois, mes interlocuteurs me disent que cela les aide à y voir plus clair. Stephanie commence à me bombarder de questions sur: « Comment ça marche le milieu de la musique? ». Je parle, je parle et je vois qu’en fait il y a plein de choses à dire, à expliquer.

Derrière les idées reçues

Entre le mythe de l’artiste à succès, les recettes que nous dispensent les grands du music business et le quotidien d’un musicien suisse, il y a quelques années lumières. Développer sa carrière en Suisse relève plus du système D, de la persévérance, mais surtout de l’élaboration d’un projet et d’un objectif clair, personnel. Il existe des outils mais aucune recette pour réussir comme on cherche trop souvent à nous le faire croire. Sinon ça se saurait, non?

Une approche simple et pragmatique

Bref de fil en aiguille notre projet se précise:

  • proposer des ateliers collectifs à un tarif attrayant (les musiciens n’ont souvent pas les moyens de s’offrir du coaching individuel)
  • faire un état de la situation en 2016 où l’ancien système (CD-label-tournées) côtoie les nouvelles pistes (crowdfunding, médiation musicale, home concert)
  • mieux poser ses objectifs
  • utiliser et développer sa présence en ligne intelligemment.

Il y a de quoi  discuter et faire. Alors si ce programme vous intéresse, lisez le document de présentation ci-dessous ou téléchargez le PDF. Mais surtout venez à notre séance d’infos le 13 septembre, à 19:00 à La Datcha de Lausanne. On vous y expliquera de vive voix le déroulé des opérations et on vous offrira un verre!

Si vous voulez vous inscrire à l’événement Facebook, c’est par !

Et si vous êtes déjà intéressé par la série d’ateliers ou par un atelier en particulier, c’est ici!flyer musiciens_p1

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Lettre ouverte d’Alain Bittar

Dans ma boîte mail, il y a quelques heures, j’ai découvert cette missive, que Alain Bittar, directeur de l’Institut des cultures arabes et méditerranéennes, à Genève, a envoyé à tous ses contacts. Lisez jusqu’au bout le témoignage de cet « étranger » qui réside depuis 56 ans en Suisse.

Chers ami(e)s suisses(ses),

Si aujourd’hui je me permets de vous interpeller sur un sujet qui me concerne au premier plan et qui me tient à cœur, c’est entendu que la solution dépend de votre vote.

Pour tous les étrangers qui partagent votre quotidien, qui sont vos collègues de travail, vos voisins, vos amis, des membres de vos familles… pour tous ces étrangers qui aiment ce pays et leur canton…. Votez NON ! à l‘initiative discriminatoire de l’UDC...Ne vous dites pas « mais eux ils sont bien intégrés, il ne va rien leur arriver », car ce sont et ce seront les premiers touchés par cette initiative dangereuse. Ce ne seront pas les petits prédateurs qui créent l’insécurité et qui ne pourront pas être renvoyés faute de pays d’accueil…

Si cette initiative devait passer, tout le tissu social de la Suisse serait mis à mal, de l’ouvrier(e) au cadre, au chef(fe) d’entreprise, au père ou à la mère de famille, aux jeunes qui sont nés en Suisse, tous les étranger(e)s de ce pays soient près de deux millions de personnes seraient stigmatisés comme criminels potentiels….

Un délinquant est un délinquant, qu’il soit suisse ou étranger. C’est la délinquance doit être combattue pas les étrangers…

Jeune homme à Genève, j’ai vécu l’angoisse de mon père lors de la première et de la deuxième initiative Schwarzenbach contre la surpopulation étrangère. Aujourd’hui j’ai hérité de son angoisse face à l’Initiative xénophobe de l’UDC qui n’apporte aucune solution au problème de la criminalité. Mais qui stigmatise 2 millions de citoyens. Cette votation qui semble très serrée au vu des moyens investis par l’UDC et de son caractère démagogique pourrait aussi être une occasion de dire NON à la politique de radicalisation.

En supprimant toute possibilité de recours, en mettant hors-jeu la justice, cette initiative ouvre la voie à l’arbitraire et cela dans la vie de tous les jours aussi bien pour les étrangers que pour les suisses.

Après avoir vécu 56 ans en Suisse, ayant reçu en 2006 du Conseil administratif de la Ville  « La médaille de la Genève reconnaissante », après avoir lu le Pacte du Grütli lors de la fête nationale du 1er aout dans la commune ou j’habitais, Je me sens stigmatisé comme criminel potentiel susceptible d’être expulsé en cas de moindre faux pas dans ma vie et sans aucun recours.

Ma foi, vais-je devoir me faire à l’idée, que pour une raison ou une autre, comme 40% de la population genevoise je pourrais être expulsé sans aucune voie de recours après toutes ces années en Suisse et que mes enfants soient nés dans ce pays ainsi que mes petits enfants et que j’y tienne une librairie depuis 37 ans…?

J’espère que ma voiture ne glissera pas sur une plaque de verglas, et que la vie ne me fera pas commettre le moindre délit punissable….

Certains partisans du OUI m’objecteront qu’il suffit de demander la naturalisation pour ne pas être expulsable…. Je ne crois pas que ce soit une merveilleuse preuve de patriotisme que d’effectuer cette démarche de peur d’être expulsé. 

Si le OUI devait passer le 28 février, soyez sûrs que la prochaine étape UDC sera le retrait de la nationalité aux binationaux et que la suivante sera le retrait de la nationalité à ceux qui l’ont acquise depuis moins de 5 ans…

Si le Oui devait passer, la stigmatisation d’une grande partie de la population ne manquerait pas de laisser des traces indélébiles dans la société et dans le vivre ensemble.

Je m’adresse par ce courriel, à tous ceux qui  n’ont pas encore voté ou qui ne pensaient pas voter, pour leur demander de ne pas sous-estimer l’importance de leur vote sur une initiative qui  remet en cause plusieurs piliers de l’État de droit suisse.

N’oubliez pas d’aller voter avec la tête et le cœur et non pas avec la peur instillée au ventre.

Alain Bittar

 

Vibrations est mort, vive Vibrations

Le numéro 1 de Vibrations paru en juillet 1991

Le numéro 1 de Vibrations paru en juillet 1991

Cette fois ça y est, l’annonce est officielle : le magazine Vibrations a mis la clef sous le paillasson. Bizarrement, l’annonce de cette mort me soulage. De méchantes rumeurs couraient depuis quelque temps déjà et je n’avais pas envie d’assister de l’extérieur (je n’y travaille plus depuis trois ans) à la lente agonie de ce magazine qui occupa tant de place dans ma vie. A lire les hommages et remarques sur Facebook, Vibrations a su rester jusqu’à la fin un magazine indépendant, de qualité et prescripteur.

Les souvenirs affluent : les débuts, les premières soirées hip hop et house à l’aube des années 90 dans « le temple du rock lausannois », autrement dit la Dolce Vita. Pierre-Jean Crittin et moi gravitions dans une saine ébullition entourés des DJs Mandrax et Jack O’Mollo, du photographe Benoît, des dessinateurs Noyau et Mix & Remix. A force de ressasser qu’aucun magazine musical francophone ne parlait de ces musiques qui nous excitaient tant, nous avons eu la prétention de vouloir faire ça nous-mêmes. Précisons que nous étions jeunes, utopistes et inexpérimentés. Nous voulions que Vibrations mette en avant ces filiations qui nous semblaient évidentes : du jazz au rap, du blues et du gospel au r’n’b, des musiques africaines à la house.

Le premier numéro, tiré à 10’000 exemplaires, fut vendu à la criée uniquement au Montreux Jazz Festival et au Paléo Nyon. Inutile de préciser que ce fut un fiasco financier mémorable… La couverture, signée Noyau, affichait un dessin jaune pétant sur fond bleu de Rob Gallagher, chanteur de Galliano. Galliano c’était ce groupe pionnier de l’acid-jazz londonien qui s‘offrait le luxe d’un vibe controller, soit un mec qui ne faisait pas grand chose, à part traverser la scène avec un bâton et une allure funky. Totalement superflu et en même temps indispensable ! Tout le paradoxe de l’époque.

Avec sa maquette noir-blanc, des dessins de Noyau et de Mix & Remix un peu partout, beaucoup de fautes d’orthographes, des nuits blanches et une ligne éditoriale qui se résumait à un base line foireux, « des rythmes etc », Vibrations était, de l’avis unanime des gens du métier destinés à disparaître avant même d’avoir pu fêter son premier anniversaire.

Vingt-deux ans plus tard, à l’heure où Vibrations ferme ses portes, il s’est imposé comme une référence dans la presse musicale francophone. Dire tout ce qu’il m’a apporté serait long, fastidieux et un peu nombriliste. Mais il y eut des rencontres incroyables, des régions entières du monde (comme le nord du Mali aujourd’hui à feu et à sang) qui se sont ouvertes à moi avec leur chaleur, leur énergie. Et puis surtout le travail accompli au quotidien avec des gens prêts à s’engager jour après jour.

J’ai lu l’autre jour sur Facebook un commentaire à propos de la disparition de Vibrations qui disait : « No more good vibrations ». Pas sûr. Vibrations était un magazine de passionnés qui attirait les passionnés, qu’ils soient lecteurs, pigistes, rédacteur en chef, éditeur ou graphistes comme Alex qui reprit le flambeau de Noyau et se démultiplia à la maquette pendant de nombreuses années. J’espère et je crois que l’école de Vibrations va permettre à ceux-là de transmettre toujours plus loin leur passion. Je souhaite en tous cas bonne chance et bon vent à tous les émules de Vibrations !

Une Nuit au Sahara…. à Lausanne

Nabil Othmani sur la scène du Casino de Montbenon

Nabil Othmani sur la scène du Casino de Montbenon

Tout a commencé à cause de Florian. Dans notre microscopique association Addis Sounds, Florian est un transfuge de l’Evénement Africain, cette autre « assoc » lausannoise, à l’origine de plusieurs soirées africaines mythiques dans les années 90 au Casino de Montbenon. C’est grâce à ses contacts qu’il a su que cette salle très prise s’était except ionnellement libérée le 1er décembre 2012, journée mondiale du SIDA.

Mais, à Addis Sounds, nous avions autre chose en tête. Depuis le temps que ça chauffe au Mali et que les Touaregs sont au cœur de la tourmente, il me semblait logique de leur rendre hommage, eux qui m’avaient si bien accueillie dans leur désert et dont je suis les périples musicaux depuis une dizaine d’années. E puis j’en avais assez de voir que beaucoup faisaient l’amalgame entre Touaregs et islamistes ou intégristes. Le bon vieux cliché du « méchant » Touareg, bandit des grands chemins  pointait de nouveau le bout de son nez. Je prends donc contact avec Sedryk du label Reaktion. Ce Lyonnais est tombé amoureux de la musique touarègue il y a maintenant quinze ans. Polyvalent, il a lancé un label Reaktion (largement numérique) et un site sur les cultures tamasheq. Très vite la soirée s’est mise en place. L’excellent documentaire « Woodstock à Tombouctou »  de Désirée Von Trotha s’est imposé d’entrée de jeu, le groupe de Nabil Othmani aussi.

Puis ce fut la traversée du désert (hum, désolée je n’ai pas pu m’empêcher..), l’élaboration des affiches, du matériel promo, l’établissement d’un budget qui nous montrait très clairement que nous étions condamnés au succès… Et le doute a commencé à nous envahir. Et si nous étions, complètement fous : était-ce vraiment raisonnable de mettre sur pied une soirée de six heures avec un documentaire musical de 90 minutes tourné à Tombouctou et un groupe peu ou pas connu en Suisse ? Comment attirer les deux cents personnes dont nous avons besoin avec une telle affiche ? Bon allez on s’en fout :« Qui ne risque rien n’a rien », dit le proverbe. On décrète que cette nuit sera saharienne ou ne sera pas et on s’arrange avec un traiteur marocain de la place pour que le couscous soit également de la fête. Edgar, notre Monsieur promo, part à l’assaut de la presse : plusieurs journalistes aiment le concept et les articles et émissions de radio commencent à pleuvoir de tous les côtés.

Barka au soundcheck

Barka au soundcheck

Le jour J, on tremble quand même. On n’a que 75 billets vendus pour une salle d’une capacité de 450 places. Pourtant, incroyable mais vrai,dès l’ouverture des portes les gens arrivent, dans un flot continu et régulier… Ils s’asseyent aux tables devant leur assiette de couscous. Un forgeron touareg fait son entrée, les poches de son boubou sont remplies de bijoux en argent qu’il déballe sur une table.

Sedryk fait une excellente présentation des circonstances dans lesquelles le film a été tourné. Il rappelle que le terme « Ishumar » est dérivé du mot français « chômeur » et qu’il a été a été attribué aux populations Touaregs mouvantes, à la recherche de travail après avoir après subit les grandes sécheresses des années 70. Il explique aussi que le film a été tourné au Festival au Désert en 2011, un an avant le soulèvement de 2012 et la déclaration d’indépendance de l’AZAWAD. Tout est en germes dans le film de Désirée Von Trotha qui connaît son sujet sur le bout des doigts et qui filme les Touaregs avec beaucoup de simplicité et d’émotion. Le public rit lorsqu’il assiste aux courses de chameaux effrénées ou lorsqu’il entend le discours très libéré de Disco du groupe Tartit qui ne mâche pas ses mots à l’encontre de la gente masculine. Dans un coin de la salle Nabil Othmani et son percussionniste Smail ne peuvent s’empêcher de chanter avec leurs confrères (en particulier le Nigérien Bombino) qui s’activent à l’écran.

Une heure plus tard ils sont sur scène. Les pagnes africains prêtés par notre ami Fanfan offrent un décor chaleureux. Pour pousser les gens à se lever, les musiciens commencent à enchaîner quelques reggae (un ou deux de trop à mon goût). Mais ça marche… Le public se rapproche de la scène et se met à bouger. Nabil Othmani peut alors voguer allègrement entre rythmes touaregs et algériens (gnawa, oranais). Le ton est enjoué, léger. Dans les premiers rangs les femmes algériennes, jeunes et moins jeunes, dansent. Les Suisses suivent le mouvement. Certains spectateurs semblent un peu déconcertés par le tour festif que prend la soirée. C’est que Nabil n’a pas vraiment le même profil que ses confrères maliens. Lui n’a pas connu la guerre, les sécheresses. Il vient de l’oasis de Djanet en Algérie, d’une famille aisée de musiciens.

Le stand du label Reaktion avant l'ouverture des portes...

Le stand du label Reaktion avant l’ouverture des portes..

Eparpillés dans différents pays, au moment de l’indépendance des états africains dans les années 60, les cultures touarègues se sont imprégnées de la culture des sociétés où elles se sont implantées. Les ballades syncopées de Nabil Othmani ne sont pas des chants de résistance, mais de ces rengaines qui trottent  dans la tête bien après que les musiciens soient sortis de scène.

A Amina, DJ marocaine résident à Genève, revient la délicate tâche de faire danser le public après ce marathon d’images et de musiques. Un défi qu’elle relève haut la main, aidées par les musiciens qui, à peine changés, ne tardent pas à investir la piste de danse. Le public sort ravi. On le remercie d’avoir su être curieux !

A signaler encore que le Festival du Désert est devenu itinérant. En février, il donnera des soirées en Mauritanie, au Mali (Ségou et bamako) et au Burkina-Faso.Il lance une souscription pour pouvoir réaliser une compilation live.

Et que Addis Sounds propose au CityClub de Pully ce vendredi 7 décembre une autre soirée « film et concert » autour du musicien malien Pedro Kouyaté

©les photos de cet article ont été prises par Edgar Cabrita

blog en déshérence sauvé par Oxmo

Bon, cette fois, il faut faire face. Deux mois que je n’ai plus alimenté ce blog. OK, il y a eu les vacances. Mais bon, je n’ai pas pris deux mois de vacances (malheureusement). Le problème est que je suis assez active ailleurs. Sur swissvibes.org où je m’intéresse (avec d’autres)  aux pérégrinations des artistes suisses à l’étranger. Derniers articles en date: une critique du nouveau disque de Heidi Happy, une interview de Monoski, une sélection estivale de disques de Fauve.

Sur redbulljazznote.ch où je parle un peu de tout ce qui me passe par la tête, de choses que je vois, que je lis, que j’entends. Derniers articles en date: une présentation de Buraka Som Sistema et une critique du livre « Fela, le génie de l’afrobeat » de François Bensignor.

Donc, le temps – cette denrée devenue si précieuse – se fait rare pour écrire sur ce blog, qui est pourtant mon blog de prédilection. Alors,  je me dis que je devrais au moins mettre en ligne les articles que j’écris aussi dans la presse, Le Courrier et Profil et peut-être aussi me remettre à l’exercice du disque du mois.  Alors, je commence tout de suite avec ce portrait de Oxmo qui figure dans le numéro de septembre de Profil, téléchargeable ici: Interview d’Oxmo.

Et du coup, je me demande si c’est mieux de mettre des PDF ou de republier les articles directement dans le blog en y ajoutant les références à propos de la publication d’origine. Des avis sur la question?

Anthony Joseph, la danse des mots

Anthony Jospeh © Mirabelwhite

Poète et musicien : Anthony Joseph ne conçoit pas l’un sans l’autre. Démonstration sur la scène du château au Festival de la Cité, en compagnie de son « Spasm band »

« Je suis né et j’ai passé toute mon enfance à Trinidad. J’ai donc baigné dans le calypso, le steelpan et toutes les musiques caraïbes. Encore aujourd’hui, ces musiques sont ma colonne vertébrale ». Enfant, Anthony Joseph développe pourtant un autre talent, un peu particulier pour son âge: l’écriture. Ce passe-temps lui procure une concentration intense, la possibilité de se centrer, un plaisir qu’il n’a cessé de savourer depuis. Mais dans les Caraïbes, être poète n’est pas une sinécure. A la fin des années 80, Anthony Joseph a une vingtaine d’années. Il décide de tenter sa chance de musicien à Londres, l’ancienne métropole. Il monte un groupe de black rock. Puis c’est la révélation : Anthony Joseph prend conscience de l’importance que l’écriture a pour lui. Il décide de devenir poète à temps plein.

Il fait paraître plusieurs recueils de poésie remarqués par leur style particulier. Insidieusement, la musique revient. Lors de ses lectures publiques, Il songe d’abord à se faire accompagner d’une basse, puis d’une percussion. En 2004, le Spasm Band est né. En 2006 son premier roman « The African Origins of UFO’s », un ouvrage de science-fiction afro-psychédélique lui vaut la reconnaissance de ses aînés. Il innove : utilisant des techniques d’écriture de son crû, il expérimente en mêlant anglais et dialectes de Trinidad, prose et poésie. C’est à ce livre majeur que seront empruntés la plupart des paroles des chansons du premier opus de Anthony Joseph and The Spasm Band, « Leggo de Lion ». “Tout est connecté pour moi, explique simplement cet artiste mutant, la poésie est comme un grand parapluie qui rassemble tout ce que je fais. Mon seul mot d’ordre est vivre ma vie, être ce que je suis ».  Et quand on le compare à un dub poet, Anthony balaie l’analogie d’un revers de la main. Les dubs poets sont liés au reggae, ils sont aussi plus engagés. Bien sûr des gens comme Linton Kwesi Johnson m’ont influencé, mais je fais quelque chose de plus expérimental. ».

Deux albums plus tard, l’approche d’Anthony Joseph est toujours plus musicale, toujours plus personnelle. S’appuyant sur des techniques d’écriture surréalistes ou du fameux cut-up de William S. Burroughs, il cherche à « faire quelque chose de plus physique. J’aimerais que chaque rime, chaque deux mots le lecteur, l’auditeur soit surpris, se demande où on l’emmène. De façon générale, je trouve que la poésie est devenue très prévisible. » Cela s’entend sur « Rubbers Orchestra » (littéralement « l’orchestre de caoutchouc »), son dernier CD, paru en novembre dernier.

 Evidemment quand il joue à l’étranger, Anthony Joseph sait que son public capte moins les subtilités de son langage, mais il adore aussi le feeling de la danse et l’improvisation. Et The Spasm Band aussi, comme son nom l’indique. Après huit années passées à jouer ensemble, les musiciens et le poète se connaissent parfaitement. Disons plutôt qu’ils savent toujours mieux créer spontanément ensemble. « On ne sait jamais combien de temps un chanson va durer. On fait une liste des morceaux avant de monter sur scène, mais tout reste flexible, tout le temps » conclut Anthony Joseph, déjà réjoui à l’idée de revenir jouer en Suisse après son passage remarqué au Cully Jazz Festival l’an dernier.

Festival de la Cité, Place du Château, samedi 14 juillet, minuit.

Spoek Mathambo, le rap du futur

Quand Spoek Mathambo s’exprime, il n’hésite pas à revenir sur un mot pour en trouver un autre, presque synonyme qui exprime mieux sa pensée. A l’image de son approche musicale précise, percutante et foisonnante. Artiste de hip hop sud-africain, il s’est construit un univers grandiose dans lequel il est le metteur en scène et le principal protagoniste. Spoek Mathambo est adolescent lorsque la fin de l’apartheid est déclarée. Il fait déjà du hip hop. A 27 ans, ce créateur a aujourd’hui deux albums à son actif et est capable de revisiter un classique sud-africain comme un morceau de Joy Division. Explications avant son concert ce soir au Festival de la Cité, sur la scène de la Fabrique à 22 h 15

Votre univers musical est incroyablement riche, du punk au kwaito en passant par la house. Comment faites-vous pour aimer autant de musiques si différentes ?

Spoek Mathambo Je ne considère pas cela comme une anomalie ! Pour moi, c’est la même chose que aimer lire différents types de livres, différents types de films.

On dirait pourtant qu’en Afrique du Sud, les musiciens ont les oreilles plus ouvertes sur différents courants musicaux qu’en Europe ?

Spoek Mathambo J’ai des amis en Amérique, en Europe. Nous sommes tous ouverts d’esprit. C’est ce qui nous unit. J’ai l’impression que c’est plus une question de génération que de situation géographique. Nous avons grandi avec Internet et nous pouvons ouvrir des milliers de fenêtres d’un seul coup. Et toutes ces fenêtres peuvent mener à des mondes différents.

Vous semblez mener votre carrière à votre manière sans trop vous soucier du music business. Vous confirmez ?

Spoek Mathambo Hum, je me soucie du music business et de ma carrière. Mais quoi que je fasse, ce n’est pas lié à la nécessité. Si quelqu’un veut me donner 20’000 € pour faire un album, je vais les prendre et faire l’album que je veux. Mais si personne ne vient me proposer quelque chose, je vais continuer à faire ma musique quoi qu’il arrive et à la mettre sur Internet comme je l’ai fait par le passé.

Vous avez joué dans beaucoup de pays d’Europe, de la Norvège à la Hongrie en passant par le Portugal et l’Italie. Est-ce que la réception du public était différente à celle que vous pouvez avoir en Afrique du Sud ?

Spoek Mathambo C’est difficile de généraliser de cette façon. Il y a tellement de pays différents en Europe. J’ai même joué à Kiev en Ukraine. C’était excitant. Ils connaissaient certaines des paroles et chantaient avec moi. Je crois qu’il y avait une crise politique au moment où j’ai joué là-bas, mais ce soir-là, c’était la fête, une ambiance de dernière fête au monde. J’ai adoré.

L’image a beaucoup d’importance dans votre démarche artistique ?

Spoek Mathambo Plus que l’image, je dirais l’esthétisme. Ce n’est pas quelque chose qui m’obsède, mais c’est quelque chose qui m’intéresse. Ça fait partie de mon background. A un moment donné, j’ai étudié le graphisme. Beaucoup d’artistes qui m’ont inspiré sont des gens qui avaient une forte identité visuelle.

Vous pensez à qui en particulier ?

Spoek Mathambo Prince, Iggy Pop ou Fela Kuti.

Vous considérez-vous aujourd’hui comme un rapper ou comme un artiste au sens large du terme ?

Spoek Mathambo Il est évident que je suis un artiste au sens large du terme. Parfois je rappe, parfois je joue le rôle du rapper. J’utilise différents outils. Un peu comme quand on fait de la peinture : il y a les esquisses, le pinceau, les impressions.

En quoi votre background sud-africain est-il important dans votre démarche artistique ?

Spoek Mathambo Ma musique c’est juste moi. Mon background sud-africain est important en tant que faisant partie de moi. C’est un aspect de mon identité au même titre que le hip hop, que lire des bouquins de science-fiction ou voir des films d’horreur.

Vous jouez maintenant avec une formation complète. C’est nouveau ?

Spoek Mathambo Parfois je joue avec un groupe, parfois avec un autre, parfois en version électronique. J’essaie de me concentrer sur ce qu’il  y a d’intéressant dans mes morceaux. Je regarde où j’en suis et je retravaille certains titres pour qu’ils restent toujours aussi excitants.


 Festival de la Cité, La Fabrique, mardi 10 juillet, 22 h 15

Séquence auto-pub!

Après trois jours passés à me dire que l’expérience du passage à la télévision était vraiment une drôle d’histoire, je me lance et vous redirige vers mes premiers pas à la TV. Le contexte était le suivant: j’étais invitée à participer à la troisième de l’émission « Plein le Poste » (nouvelle émission musicale de la RTS1) produite et animée par quelques transfuges de la 3 (Duja, Frank François et Claire Mudry). Quelques minutes d’interview sur le bouquin que j’ai écrit sur la 3 pour lesquelles il faut arriver 1 h 30 avant, passer par la case maquillage et coiffage avant d’être redirigée dans le studio. Là en deux minutes on vous explique que vous devez commencer dans une fausse cabine d’ascenseur (comme si vous étiez entrain d’arriver sur le plateau) où Duja (dont on entend que la voix) vous pose une à plusieurs questions plus ou moins méchantes, selon son humeur. La voix est diffusée par haut-parleurs et donne l’impression qu’on est surveillée d’en haut par une sorte de Big Brother sarcastique…  (bon, je suis peut-être un peu parano, je l’avoue…). Mais, précise le réalisateur « il ne faut pas lever la tête et avoir l’air la plus naturelle possible » (sic). Heureusement Duja était de bonne… Une fois passé l’épisode de l’ascenseur, c’est Claire Mudry qui pose les questions sur le plateau. Là ça va nettement mieux car Claire a un vrai talent pour mettre à l’aise malgré les spots qui chauffent et les quatre cameramen qui nous encerclent. Bon, comme dirait l’autre « C’est fait! ». A vous de juger!

Interview Elisabeth Stoudmann 1/2

Interview Elisabeth Stoudmann 2/2

Mon film du mois: Balkan Melodie

Le titre ne me disait pas grand chose: encore un de ces films qui surfe sur vague des musiques balkaniques, avec ce qu’elles peuvent avoir de pire comme de meilleur. Tout de même, ce documentaire musical était signé Stefan Schwietert. Son  dernier film  Heimatklänge (sur des yodlers suisses atypiques) m’avait impressionné.

Je me suis donc rendue à la vision de presse de Balkan Melodie, mi-figue-mi-raisin. Et là, confortablement installée dans mon fauteuil de cinéma, un vieux Monsieur – dont j’associais vaguement le nom au Mystère des Voix Bulgares – est apparu à l’écran. Ou plutôt devrais-je dire crevait l’écran. Avant d’avoir été l’instigateur du projet « Mystère des Voix Bulgares », Marcel Cellier fut le premier Occidental à partir enregistreur à la main dans l’Europe de l’Est communiste pour y enregistrer ces musiques qui le bouleversaient. Il commença dès la fin des années 50 et continua pendant un demi-siècle. Multi-instrumentiste, passionné de musiques, il sera l’homme qui animait l’émission « De la Mer Noire à la Baltique » que beaucoup d’auditeurs romands ont écouté religieusement chaque samedi après-midi pendant près de trente ans.

Marcel Cellier est le fil rouge du film Balkan Melodie. C’est à travers lui qu’on découvre Georghe Zamfir, virtuose de la flûte de pan, les choeurs bulgares, Ion Pop et son Grupul Iza. Le voyage musical se terminant avec une formation plus actuelle: Le Mahalia Raï Band. Le film est magnifique: il faut aller le voir en salle tant qu’il est encore à l’affiche. Quant à moi toujours sous le charme des Cellier (Marcel a une femme Catherine qui l’a accompagné dans ses pérégrinations balkaniques), je suis allée dare-dare les rencontrer pour en faire un portrait paru aujourd’hui dans Le Courrier consultable en ligne ou en PDF (Marcel Cellier).

Bonne lecture et bon film!

Balkan Melodie est projeté aux Galeries Pathé de Lausanne , au cinéma d’Oron et à la Scala à Genève.