Archives de Catégorie: le disque du mois

50 ans d’Indépendance et 50 ans de musique…

Plutôt que de parler et reparler de ce cinquantenaire des Indépendances africaines, rien de tel qu’un bon mix de musiques. En cliquant sur  50 years po mix 1 , vous aurez une heure de bonne musique dont voici le trackilisting:

1/ Proclamation d’indépendance du Congo relatée par un journaliste français dépêché sur place
2/ Indépendance Cha Cha – Grand Kalle (Congo)
3/ ’Freedom’ par le leader Ghanéen
4/ E.T. Mensah – Ghana Freedom (Ghana)
5/ Antonio Borgès (message du fond du maquis – leader de la résistance – 1974)
6/ Super Mama Djombo – Dissan Na M’Bera (Guinée Bissau)
7/ Mulatu Astatqé – Yegella Tezeta (Ethiopie)
8/ K Frimpong – Hwehwa Mu na Yi Wo Mpena (Ghana)
9/ Oscar Sulley – Bukom Mashie (Ghana)
10/ Manu Dibango – Soul Makossa (Cameroun)
11/ Fela Kuti – ITW (Nigéria)
12/ Fela Kuti – Shakara (Nigéria)
13/ Discours de Mandela (sortie de prison – 1990 – Soweto)
14/ Myriam Makeba – Pata Pata (Live Champs-Elysées 1977)

Merci à PO pour cet excellent mix tiré de l’incroyable coffret de 18 CDs qui sort ces jours chez les disquaires et dont vous pouvez lire ma critique dans Vibrations ici: Africa,50 Years of music.

Bonne écoute et bon été!

mon disque des mois de mai, juin etc : Fool’s Gold


Je sais j’ai quelques wagons de retard sur ce coup-là. Le premier disque de Fool’s Gold est paru en septembre dernier aux USA et depuis quelques mois en France. Mais bon d’abord, j’ai un peu raté sa sortie française, puis je me suis dit qu’il était trop tard. Mais comme ce petit disque rond ne veut toujours pas quitter mon lecteur CD, je suis bien obligée de vous en parler!

Annoncés comme les cousins de Vampire Week-end, puis comme les fils spirituels de David Byrne, Fool’s Gold ne déçoit pas. Emballé dans une pochette minimaliste – le nom du groupe en lettres 3D sur fond bleu – leur premier CD éponyme fait immédiatement penser à l’œuvre d’un groupe d’étudiants. Ce que sont d’ailleurs ces douze nouveaux venus de Los Angeles, mais des étudiants un peu particuliers puisque leurs matières de prédilection sont les musiques africaines.

Leur enregistrement manifeste avec génie de cette fulgurance entre amours africaines (musique éthiopienne, touarègue ou nigériane) et pop américaine. Le mimétisme avec Tinariwen est frappant. Le son des guitares saturés et certains chants semblent branchés en direct sur le désert. Et hop, en quelques riffs et grâce à un changement de chanteurs, nous voilà au cœur des musiques d’Addis Abeba. Avant de repartir d’un coup de rein vers l’afrobeat de l’Ouest africain. Intuitivement, Fool’s Gold retrace des routes musicales qui ont peut-être réellement existé. Grâce à leur esprit ouvert à 360°, grâce à leur énergie punk, il se dégage une unité et une puissance contagieuse de leurs chansons. Avec recul et modestie, les auteurs de cette nouvelle musique mutante imputent leur démarche à internet et à la fascination des Occidentaux pour l’authenticité et la sincérité des musiques d’ailleurs. Une vraie réussite.

Fool’s Gold. (Dist française: Wagram Music/Dist CH:Disques Office)

la retraite inspirée d’Idrissa Souamoro

Idrissa Soumaoro est un secret bien gardé de la musique malienne. Lors de l’un de mes premiers séjours à Bamako, il y a une quinzaine d’années, je le découvris animant un fort modeste orchestre dans le hall de l’hôtel Amitié. L’ambiance était un peu bizarre dans le bar de cet hôtel-tour (à l’époque une des seules tours de la ville) construit par les Russes dans les années 60, à la manière russe. S’y croisaient hommes d’affaires occidentaux ou libanais, prostituées, et quelques journalistes culturels égarés (dont moi) emmenés par Christian Mousset pour rencontrer les artistes de son label d’alors Indigo. Idrissa Soumaoro restait imperturbable face à ce parterre pas vraiment intéressé par ce qui se passait sur scène. D’ailleurs, disons le franchement, la musique n’était pas renversante non plus: il s’agissait surtout d’animation de bar. Idrissa ne s’y trompa qui fit une pause impromptue de plusieurs minutes pour venir nous saluer. Ce soir-là, l’oeil vif derrière ses lunettes, Idrissa cachait pourtant bien son jeu car ce petit Monsieur est un grand chansonnier doublé d’un excellent un professeur. Comme il aime à le dire «L’enseignement c’est ma vocation, la musique c’est ma mission!».


Au début des années 70 déjà, il enregistra un morceau mythique qui conciliait son amour des langues et ses talents de chansonnier. «Petit n’imprundent» est un morceau comique qui reprend le discours fleuri et imagé d’un ancien combattant en colère. Ce morceau fera le tour de l’Afrique de L’Ouest, sera repris par plusieurs formations dont les Guinéens de Balla et ses Baladins. En 1984, le Congolais Zao s’en inspira largement pour son titre «Ancien Combattant» qui fut, lui, un tube international. Zao pensa à déposer ce titre pour en toucher les droits d’auteur, ce que ne fit pas Idrissa en son temps.

Pour plus d’infos au sujet de cette histoire, allez voir l’article bien documenté sur histgeobox. J’en profite d’ailleurs pour saluer ce blog que je trouve génial: racontez l’histoire et la géo à travers des chansons du monde entier, voilà de quoi fasciner lycéens et amateurs de savoir toutes catégories confondues!
Plus tard, Idrissa Soumaoro se retrouvera prof à L’institut des Aveugles. Beaucoup de ses concitoyens, pas franchement réceptifs aux problèmes des gens ayant un handicap, ne comprennent pas qu’il accepte ce poste. Et attribuent ça au fait qu’Idrissa porte des lunettes! Qu’à cela ne tienne, Maître Soumaoro apprend la musicographie braille à Birmingham et formera entre autres un certain Amadou qui commence à travailler avec sa future femme… Mariam. Aujourd’hui, Idrissa Soumaoro approche de la retraite et sort seulement son troisième album, «Djitoumou» où se croisent son vieux complice Ali Farka Touré (l’album a été enregistré en 2005) et la grande cantatrice Kandia Kouyaté, une de ses parentes. Polyvalent, Idrissa compose, chante et joue ici du kamele n’goni. Bluesy, parfois même presque que country grâce aux effets de guitare et d’harmonica que lui a adjoint François Bréant, «Djitoumou» possède un charme discret, entêtant.

Idrissa Soumaoro, «Djitoumou» (Lusafrica)

mon disque du mois de mai: Lokua Kanza

Ça devient franchement grave: voilà deux mois que je n’ai même plus eu le temps de remplir la rubrique « disque du mois » de ce blog. Et pourtant ce n’est pas les bons disques qui ont manqués. Même les morts – Johnny Cash, Ali Farka Touré – étaient en forme en ce début d’année!

Mais s’il est un disque que l’on ne peut pas rater en ce joli moi de mai et pour le reste de l’année et même à conserver religieusement dans sa discothèque: c’est le nouvel album de Lokua Kanza. Musicien congolais qui ne fait ni de la rumba ni du soukouss, Lokua Kanza est un incroyable talent musical. D’abord une voix qui peut aussi bien chanter des mélodies basiques que des chants pygmées. Ensuite une oreille qui sait tisser sa toile pour mettre en valeur ses polyphonies irrésistibles. Ce chanteur, guitariste, compositeur et arrangeur égrène ses enregistrements avec autant de parcimonie que de sensibilité et son dernier en date est peut-être bien son chef-d’œuvre.

Résident désormais à Rio, Lokua Kanza élargit encore l’angle de son champ musical. Enregistrant pour la plus grande part seul, Lokua Kanza fait le lien entre nature et modernité, entre spiritualité et émotion, entre danse et transe. S’entourant ensuite de quelques musiciens amis, il enrichit son répertoire de percussions légères, de chœurs, d’un ou deux duos vocaux, d’un piano ou d’ondes Martinot. Compositions subtiles, tubes potentiels, («On veut du Soleil») ou irrésistibles invitations à la danse: toutes ses chansons s’inscrivent dans ce même esprit défricheur et inspiré. Elles s’écoutent et se réécoutent en dévoilant toujours de nouvelles richesses.

Lokua Kanza, «Nkolo», Harmonia Mundi.

Mon disque du mois de février: Bau

Je suis entrain de me poser la question de rebaptiser ce blog « guitar addict« . Si ça continue comme ça, je ne vais bientôt écouter plus que des cordes. Mon disque du mois de février aurait pu être le disque posthume de Johnny Cash (le volume VI de la série American Recordings) qui paraît en ce 26 février 2010,  jour de son 78 anniversaire. Une œuvre crépusculaire où tout est dans la voix et dans les paroles et où la guitare n’est là que pour surligner le propos. Mais j’ai finalement opté pour «café Musique» de Bau, un disque à l’extrême opposé puisque entièrement instrumental. Attention Bau n’est pas un de ces virtuoses chiants qui aime les effets de manche! Ce musicien cap-verdien, grand amateur de Al Di Meola ou Stéphane Grappelli (il joue aussi du violon) possède sans conteste une technique vertigineuse, faite d’accélérations, de décélérations et d’un sens du son brillant. Mais cette technique est mise au service d’un univers musical foisonnant, tour à tour nostalgique, nerveux ou entraînant. Dans lequel se fondent ici et là des thèmes connus. Auteur de six disques instrumentaux, ex-directeur musical de Cesaria Evora, Bau est un cas à part. Et ce best of synthétise parfaitement sa clairvoyance et son intensité musicale. En un mot finissant un fort beau disque!

Bau, Café Musique (Best of) Harmonia/Lusafrica/Sony

Mon disque du mois de janvier: Bako Dagnon

Trève de plaisanterie. Il est temps de s’y remettre. A alimenter ce blog, je veux dire… Ce n’est pas parce que je croule sous le travail, qu’il fait moins 5°C dehors et que je me laisserais bien aller à une soirée » séries TV » qu’il faut se laisser aller. En plus c’est le 30 janvier et je n’ai toujours pas élu mon disque du mois. In extremis donc, mais depuis longtemps dans ma platine. la belle, l’unique Bako Dagnon.

Bako Dagnon est sans doute une des plus grandes chanteuses maliennes, une « griotte» unanimement respectée dans sa communauté. En 2003, elle accepte de participer à l’enregistrement du CD «Mandekalou», vaste fresque en hommage à la culture mandingue. À près de 60 ans, c’est son premier pas vers une carrière internationale. Suivra «Titati», premier opus solo, salué par la critique. «Sidiba», son dernier-né, va plus loin.

Épaulée par Jean Lamoot qui officia sur «M’bemba» (l’avant-dernier opus acoustique de Salif Keita),  Bako Dagnon démontre son intelligence musicale. Sa maîtrise vocale, son enracinement dans la culture mandingue, font que son style est reconnaissable dès les premières notes. Tout en subtilité. Les guitares acoustiques ou électriques, les percussions feutrées, les solos d’instruments à cordes traditionnels: tout concourt à donner un écrin toujours plus fin à cette voix décidément unique. Expérimentée, Bako Dagnon évite toutes les stridences dont certaines « griottes » font preuve. Celle qui fut connue et unanimement respectée pour sa voix claire et juvénile au pays, axe désormais sa carrière internationale autour d’une voix plus grave posée, la voix de la maturité. Thèmes classiques, ode aux guides de la révolution, ou chansons pour les femmes: les onze morceaux de «Sidiba» dégagent une force puissante, chaleureuse que l’on sent construite sur son lot de douleur. «Fadeen», longue incantation à peine rehaussée de quelques arpèges et percussions, bouleverse. D’une vie difficile, Bako Dagnon a su extraire le meilleur pour son art. «Sidiba» en fait une démonstration étincelante.

Bako Dagnon, «Sidiba», (Discograph)

Mon disque des mois de novembre et décembre: Abaji

Je m’étais bien jurée de ne pas me faire prendre par le stress d’avant Noël. Résultat: plusieurs semaines que j’ignore mon blog et que je n’ai même pas réussi à assurer le service minimum, à savoir partager mon disque du mois dans ces pages! Je me rattrape avec un disque qui peut s’écouter un mois, deux mois ou toute une vie…  Son auteur, Abaji est un musicien greco-turco-arménien qui grandit au Liban avant de s’installer à Paris lorsque la guerre du Liban éclate.  «Origine Orients» est son cinquième opus sous son nom. Un musicien que les critiques américains, toujours friands d’étiquettes qualifient de «derwiche du Mississipi» de «Dylan chantant en arabe». Voilà plus de trente ans qu’Abaji s’abreuve aux sources de ses deux passions musicales: le blues et les musiques orientales. Pour cet enregistrement solo, Abaji a toutefois opéré de façon radicale. Il est aller s’enfermer en studio, seul, pendant 48 heures. Percussions attachées aux pieds, guitares et flûtes des quatre coins du monde à portée de main, il s’est laissé porter par son inspiration du moment pour enregistrer plus de 40 morceaux. Un exercice qui nécessite pas mal de concentration, de contrôle et d’écoute de soi, de feeeling. Toute chose qu’Abaji possède. Les quatorze pièces de ce voyage intérieur finalement retenues sur «Origine Orients» en font une démonstration éclatante. Abaji a mis son talent au service de son émotion, d’une mise à nu. Sa voix, souvent dans les graves (mais capable de monter très haut aussi), chante en cinq langues et évoque  un univers intérieur foisonnant. Un blues mutant et universel qui frappe en plein cœur. Abaji est en concert à Paris ce soir et demain soir. A ne pas rater pour ceux qui sont sur place. Quant aux autres, ils peuvent visionner ci-après la vidéo de « Desert To Desert » prise pendant l’enregistrement de son disque.

En concert avec Nawal Raad (danses d’Orient)  à Paris, Théâtre de la Reine Blanche (2 bis, passage Ruelle, 75018 Paris), lundi 21 et mardi 22 décembre à 21 h.

Abaji, «Origine Orients» (Dist F: Harmonia Mundi. Dist CH: Disques Office)


Mon disque du mois d’octobre: Les Triaboliques

LES TRIABOLIQUES Rivermudtwilight pochette

Cette fois vous allez dire que je radote…  Après Justin Adams et Juldeh Camara, après Tinariwen, c’est au tour des Triaboliques, un autre projet de Justin Adams, d’être mon disque de chevet en ce mois d’octobre où les nuits tombent trop vite. Mais je ne suis pas gâteuse car ce disque est tout simplement un OVNI musical conçu par trois ex-rockers reconvertis aux musiques du monde. Le premier Triabolique s’appelle Ben Mandelson. Il fut la tête pensante du groupe de proto-world 3 Mustaphas 3 et joua avec Billy Bragg. Le deuxième, Lu Edmonds, est un ex-punk devenu un sérieux amateur de musique turque. Et le troisième est donc notre ami Justin Adams, guitariste de Robert Plant, ami de Sinead O’Connor, de Lo’Jo ou de Tinariwen. Tous trois ont roulé leur bosse aux quatre coins de la planète en quête de la note bleue, des vibrations essentielles. Cet enregistrement se présente comme un voyage extraordinaire entre monde urbain et primal, un pont entre passé et futur. Les genres musicaux les plus authentiques (blues, musiques du désert et de l’Ouest africain, guajira cubaine …) sont malaxés dans ce chaudron de cordes où guitares électrique, hawaïenne, mandoline et banjo turc sont en perpétuelle ébullition. Une calebasse, un harmonica viennent parfois rehausser le tableau. Difficile de croire que trois personnes ait pu créer un tel aimant musical, aussi puissant qu’intense. J’allais oublier… La reprise mémorable du classique «Don’t Let Me be Misunderstood» fondue dans un traditionnel d’Europe de l’Est. Il faut l’entendre pour y croire…

Mon disque du mois de septembre: Tinariwen

Tinariwe_ImidiwanC’est clair, Je suis subjective. Depuis que j’ai entendu «The Radio Tisdas Sessions», le tout premier enregistrement de Tinariwen, j’ai craqué pour ce blues touareg, un peu bancal, décliné au rythme du pas du chameau. L’album avait été réalisé sur un coup de tête avec les moyens du bord dans la station de radio de Kidal, tout au nord du Mali. Pour ce quatrième album , après d’incessantes tournées internationales et une renommée qui ne cesse de croître, Tinariwen est revenu à la base. Un enregistrement dans un studio mobile au fin fond du désert avec Jean-Paul Romann, celui-là même qui avait réalisé leurs premières sessions. Les irréductibles défenseurs de l’identité tamasheq annoncent la couleur d’entrée avec un classique du répertoire, «Imidiwan», chanté et murmuré par la voix voilée du charismatique Ibrahim. Et puisque le groupe a le sens de la communauté, les auteurs varient au fil des morceaux imprimant des intonations légèrement différentes à leur blues du désert. Rodées au coin du feu, les treize chansons rassemblées ici affichent tour à tour nostalgie, puissance incantatoire, parfums de country, chants de gorges ou claquements de mains. Un album à la fois riche et épuré. Indispensable.

Tinariwen, «Imidiwan : Companions» Independiente/Universal.

Tinariqen sera en tournée en France et en Suisse au mois d’octobre dont Paris, l’Alhambra, le 5 octobre et à Genève, L’Usine, le 14 octobre. Tournée date par date sur leur myspace