Archives de Catégorie: Musique

Marc Perrenoud live au Ccs de Paris

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@Simon Letellier

Jeudi 29 septembre, le salle du Centre culturel suisse de Paris est presque complète lorsque Marc Perrenoud et ses deux complices, Cyril Regamey (batterie et marimba) et Marco Müller (basse), prennent place. L’espace de l’auditorium s’emplit de leur de leur cascades de notes, de leur présence intense. Le concert s’ouvre avec « Aegan », le morceau phare de leur nouvel album « Nature Boy » à paraître au mois de novembre.

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©Simon Letellier

Donnant la pulsation, les mains de Marc martèlent les touches, avec force et urgence. Les deux autres musiciens sont en symbiose. Ils soutiennent, répondent, accentuent les crescendos. Une forme de transe savante s’installe. L’espace de la scène, l’espace du public fusionne. A partir de là, les trois compères peuvent tout faire : des ballades lumineuses, des reprises inspirées dont « Les Feuilles Mortes » et le standard « Nature Boy » que Mister Perrenoud reprend en hommage à son compositeur Eden Ahbez plutôt qu’en allusion à la célèbre interprétation de Nat King Cole.

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@Simon Letellier

Eden Ahbez était une sorte de hippie, d’artiste vagabond explique Marc Perrenoud à l’assemblée. Un personnage finalement assez emblématique de ce nouvel album, imprégné de nature, préoccupé par les mélanges forcés de population. Marc Perrenoud a composé « Nature Boy » l’année dernière, alors que l’Europe est déjà submergée par les vagues de réfugiés et que la Méditerranée se transforme en cimetière pour migrants. Fiancé à une Syrienne, le pianiste s’interroge en musique sur la violence de notre quotidien, sur notre relation à la nature, les montagnes, la mer, leur immensité et leur force capables de nous broyer en instant. « Overseas » joué dans la deuxième partie de ce concert est d’ailleurs un autre moment intense du concert. En plusieurs mouvements, il décline des ambiances différentes, opposées, évoquant à la fois le calme et la tempête, la sérénité et le doute, la joie et la colère. Passé maître dans l’art de malaxer les genres, du classique au rock, le jazz de Marc Perrenoud est à la fois grandiose et profond.

Marc Perrenoud Trio, « Nature Boy » (Challenge Records int/Double Moon). Parution le 4 novembre.

Blog Mali: Bamako, avril 2016, un jeudi en musique

En ce vendredi 23 avril, l’avion Air France qui m’amène de Paris à Bamako est à moitié vide. Quelques rares Blancs et une large majorité de Maliens. On atterrit à l’heure en début de soirée et, le temps de récupérer les bagages et de sortir, il est déjà presque 22.00 quand la ville qui semble à chaque fois plus vaste s’étale sous nos yeux. Les rues sont presque désertes, les murs ont poussé partout, devant les hôtels, devant les lieux officiels, devant l’Alliance française.

Le poumon d’une ville asphyxiée par la chaleur et la poussière

Le restaurant Balasoko

Le restaurant Balasoko

Je suis à Bamako dans le cadre d’une mission de l’Initiative pour la Musique de la Fondation de l’Aga Khan. Depuis 2014, l’Initiative pour la Musique soutient les Jeudis Musicaux, des concerts hebdomadaires organisés en fin d’après-midi par et devant le Musée National dans le Parc du même nom, somptueusement restauré par la Fondation de l’Aga Khan. Pour qui se souvient de ce qu’était ce parc avant 2000, la métamorphose est impressionnante : bien que nous soyons à la fin de la saison sèche, les pelouses s’étalent vertes et soyeuses sous les arbres bien entretenus. Espaces de jeux, buvettes, une gigantesque tante pour les mariages du dimanche, une salle de gym et le restaurant Balasoko d’architecture moderne sur un rocher de pierres rouges : le parc agit comme un véritable poumon de la ville asphyxiée par la chaleur et la poussière.

Place aux enfants

Parmi les Jeudis Musicaux, l’Initiative pour la Musique a développé une activité pédagogique, les Jeudis Musicaux des Enfants, qui ont lieu quatre fois par année depuis 2015. Le premier Jeudi musical des Enfants de 2016 s’est tenu le 28 avril et c’est la raison pour laquelle, Lucy Duran, ethnomusicologue et grande spécialiste des musiques maliennes et moi-même sommes là. Lucy est un phénomène. Elle parle mandinka, bambara. Au Mali, on la surnomme Djely Moussa Diabaté car, comme les griots, elle connaît les répertoires des chants de louanges des différentes familles. Connue comme le loup blanc de tous les musiciens impliqués de près ou de loin dans les musiques traditionnelles mandingues, elle est l’une des activistes des Jeudis Musicaux des Enfants avec le balafoniste Lassana Diabaté, un Guinéen de Bamako, également leader du Trio Da Kali. Pour chaque Jeudi Musical des Enfants, la mission consiste à trouver des familles de griots ou des ensembles d’enfants, à les faire répéter et les assister dans les arrangements jusqu’à ce qu’ils soient prêts à présenter un set sur la scène du Musée national.

Dans le quartier de Bankoni

Oualy Konté & Mama Damba

Oualy Konté & Mama Damba

Le lendemain, Lassana, Lucy, Cheick Camara (notre chauffeur, guide et solutionneur de tout problèmes) nous retrouvons dans la maison de Oualy Konté, dans le quartier de Bankoni. Ce musicien de gambaré (luth traditionnel) travaille aujourd’hui dans l’administration. Autour de lui, ses deux filles adolescentes, Mariam et Djané, ses enfants et neveux percussionnistes, joueurs de gambaré ou guitaristes et sa petite nièce Mama Damba. Elle a seulement 6 ans, mais elle a déjà composé une petite mélodie en l’honneur de son grand frère, guitariste soliste de ce nouvel ensemble. L’après-midi file sur le toit de la maison de Oualy Konté, Lassana Diabaté coordonne orchestre.

 

 

Répétition sur le toit de la maison

Lucy aide les jeunes chanteuses à concentrer leurs forces, à placer les danses au bon moment. Le répertoire s’organise autour de pièces traditionnelles de la culture soninké telles que Boyi Boyi (littéralement Loin Loin) ou Djendje (Joie et enthousiasme). Petit à petit, le spectacle se met en place et, au moment de partir, l’ énergie vibre de tous côtés. Les enfants sont surexcités et Oualy Konté endosse le rôle du chef d’orchestre.

Première soninké au Musée national de Bamako

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Trois jours plus tard, les gradins du Musée national sont remplis d’enfants de tous âges qui s’éventent avec le flyer du Jeudi Musical des Enfants. Sur le côté, les adultes sont assis sur des chaises. Il fait plus de 40 degrés. Heureusement nous sommes à l’ombre. L’ensemble de Oualy Konté attaque avec une conviction et une énergie à toute épreuve.

 

 

C’est leur grand première live et on dirait qu’ils ont fait ça toute leur vie. L’avantage des griots sur les autres musiciens est sans conteste de baigner dans un flot de musique en continu et d’avoir appris dès leur plus jeune âge à surmonter toute forme de trac. Parmi les enfants massés sur les gradins se détache soudain une délégation de trois d’entre eux qui viennent faire quelques démonstrations de danses urbaines sur fond de musique traditionnelle soninké. Il n’y a qu’au Mali qu’on peut voir ça !

P1000226Le concert touche à sa fin. Les enfants de Oualy Konté respirent la fierté, les enfants du public aussi. Oualy Konté a hâte de voir la vidéo du concert et Lassana Diabaté est soulagé : tout s’est bien passé. Lucy s’agite pour une dernière photo d’ensemble. L’air est empreint d’émotion, de joie, de dignité.

©photos et vidéos Lucy Duran

Un après-midi au Musée

MEG_photo 1©MEG, J Watts

Exposition «Les archives de la diversité humaine» Scénographie Atelier Brückner GmbH, Stuttgart / Photo: MEG, J. WattsEn février dernier, à l’occasion d’un atelier musical au Musée d’ethnographie de Genève, la médiation musicale s’est profilée comme un outil de réflexion et d’approfondissement des liens entre public et patrimoine.

Fraîchement entrée au comité dans la toute nouvelle association  Médiation musicale suisse+, je m’interroge encore sur ce qu’englobe exactement cette notion de médiation musicale. A travers mes activités de journaliste et de chef de projets musicaux, je connais bien sûr les formats « ateliers musicaux », « interventions dans les écoles », « visites guidées autour d’une thématique ou d’une histoire musicale ». Mais j’associe toujours intuitivement le terme de médiation ou de médiateur à une forme d’arbitrage et de modération entre deux partis qui ne seraient pas d’accord. Ce qui brouille les pistes.

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Flûte à encoche taillée dans un fémur humain Suriname (Milieu du 18e siècle?)

C’est dans ce contexte que j’accepte la proposition de Barbara Balba Weber de l’accompagner lors d’un atelier participatif organisé avec l’équipe du Musée d’ethnographie de Genève. Le MEG possède un fonds de 16’000 heures de musiques du monde et une collection de 2500 instruments de musique dont certains spécimen sont exposés dans l’exposition permanente du Musée. En ce lundi après-midi de février, Mauricio Estrada Muñoz, responsable de l’Unité « Publics », huit médiateurs et guides de musée sont rassemblés dans une salle de réunion. Ils se questionnent sur comment mieux exploiter et faire fructifier les objets et enregistrements des collections. Ils sont tombés sur le guide de médiation musicale que Barbara Balba Weber et six autres médiateurs suisses ont réalisé l’an dernier dans le cadre d’un travail de recherche. Le guide est disponible le site mediation-culturelle.ch

 

Quoi ? Pourquoi ? Pour qui ? Comment ? Qui ?

Dans le train qui nous amène à Genève, Barbara m’explique que la médiation musicale est toute action liée au passage de la musique vers un public. Les musiciens sont les premiers médiateurs, mais les journalistes le sont également tout comme les organisateurs de concerts, les maisons de disques ou toute autre personne ayant tant soit peu affaire avec la musique. Voilà qui me met tout de suite plus à l’aise: je suis une médiatrice musicale sans le savoir !

Barbara Balba Weber ouvre l’atelier en présentant le guide de médiation musicale, une boussole pour la pratique et la professionnalisation de la médiation musicale suisse. Le guide proprement dit consiste en un simple dépliant recto verso avec des schémas explicatifs : un outil simple permettant d’analyser et de développer une action de médiation à l’aide de cinq critères basiques: quoi – pourquoi – pour qui – comment – qui.

A l’intérieur de ces cinq grands cadres, d’autres questions sont posées aux participants afin d’évaluer leur projet, de le développer ou de mieux le communiquer avec l’extérieur. Chaque musique développe ses spécificités mais les cinq catégories peuvent chaque fois leur être appliquées. Quelques exemples : la musique classique cherche à renouveler son public (c’est d’ailleurs le genre musical le plus actif dans le domaine de la médiation musicale). La musique folklorique est confrontée à la difficulté d’être présente dans les campagnes, mais pas dans les villes. Et la musique hip hop au fait que son public touche uniquement ou presque uniquement les jeunes. Que peut-on faire pour décloisonner ces musiques ? Pour créer des passerelles vers de nouveaux publics ? Tels sont les enjeux de la médiation musicale.

Musiques traditionnelles évolutives

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Chambre sonore: compositions de Julien Perez incorporées dans une installation vidéo réalisée par Ange Leccia (exposition permanente du MEG)

Au MEG, la situation est particulière puisque le musée ne crée pas de la musique mais la stocke. Les actions de médiation musicale y sont déjà existantes : une chambre sonore mélange images et sons pour tenter une approche « en texture » du support immatériel qu’est la musique, des visites thématiques autour de la musique mettent en valeur les instruments exposés ou les enregistrements (disponibles via des tablettes tactiles), des interventions musicales par des musiciens ou des DJs sont programmées. Plus d’une centaine de disques ont déjà été publiés, dont trois disques de remix d’archives sonores. Enfin, des visites scolaires sont régulièrement organisées.

Mais l’équipe du MEG planche actuellement sur un projet pour les adultes qui permettrait de réactiver, faire redécouvrir les archives sonores et faire participer les musiciens et le public. Les questions qui se posent sont :

– comment remettre ces musiques traditionnelles dans leur contexte ?
– comment créer un dialogue entre les objets qui ait un sens ?
– comment créer un « voyage sonore », raconter des histoires ?
– comment protéger/promouvoir les musiques traditionnelles actuelles ?

Boussole et pistes de réflexion

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Chambre sonore: compositions de Julien Perez incorporées dans une installation vidéo réalisée par Ange Leccia (exposition permanente du MEG)

En utilisant le guide de médiation musicale, les participants de l’atelier se rendent compte que les moyens et le contenu sont liés. Les questions qu’ils se posent sur l’outil, sur « comment ça marche » font écho aux questions relatives à leur approche.

Rapidement la question de ce que sont les musiques traditionnelles se pose : tout le monde semble s’accorder à dire que les musiques traditionnelles au sens de « figées dans la tradition » n’existent pas. Les musiques traditionnelles sont par essence évolutives. « Enfermées » dans un musée, comment mettre en valeur leur potentiel évolutif ?

Les ressortissants des communautés étrangères sont évoqués. Ce public méconnait la richesse du patrimoine muséeographique, mais est souvent touché par la musique. Comment pourrait-on les intégrer au processus ?

Dans une société où l’image est prépondérante, il serait intéressant de montrer ses musiques dans leur contexte via des extraits filmés. Pour trouver ces images, le besoin de s’associer avec de nouveaux partenaires est exprimé. Sont alors évoqués les écoles de musique, les musiciens, d’autres structures ou institutions impliquées dans les musiques du monde.

Au sortir des cet après-midi de brainstorming, aucune réponse définitive n’est amenée. Mais tel n’était pas le but : un processus de réflexion est lancé, processus qui privilégie l’ouverture et le partage des compétences. Il faut maintenant se laisser le temps de digérer cette première prise de contact. Chacun repart à ses affaires et un deuxième rendez-vous est au programme dans le courant de l’année 2016. Quant à moi, je ressors enrichie de cette expérience : en une demi-journée, j’ai beaucoup mieux appréhendé ce qu’est la médiation musicale et surtout l’esprit collaboratif qu’elle engendre. Des perspectives de développement réjouissantes. Affaire à suivre.

Je suis tombée amoureuse de ….. Dianne Reeves

Dianne Reeves©J-C Arav

©J-C Arav

Il est des jours comme ça où ça déborde de partout: trop de stress, trop de trucs dans la tête, trop de « trop ». En ce dimanche 10 avril, sous un soleil printanier radieux,  le trop plein de ma tête semblait vouloir prévaloir de tout. Sans grande conviction, je dirigeais mes pas vers le Cully Jazz Festival pour aller voir le pianiste et producteur martiniquais surdoué Chassol dont j’avais déjà raté par deux fois le show innovant où se mêlent sons, images et musiques d’une région du globe. Tout mon réseau était dithyrambique sur le cas Chassol. Je me devais donc d’y aller.

Une demi-heure avant le début du concert de Chassol, le grand Chapiteau se préparait à accueillir Dianne Reeves, « la dernière grande chanteuse de jazz » selon la rumeur. Je l’avoue, je n’ai jamais vraiment suivi la carrière de Dianne Reeves.  J’avais tendance à la classer  – avec les nombreux préjugés qui me caractérisent – dans la catégorie chanteuse-star. Les quelques disques, à la production léchée que j’avais écoutés, m’avaient conforté dans cette idée. Tout comme le Grammy Award qu’elle a remporté l’an dernier. Une très grand chanteuse, mais du genre inaccessible ou capricieuse comme Cassandra Wilson et consorts.

Virtuosité nonchalante 

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@J-C Arav

En diva qui se respecte, Dianne Reeves laisse à son quartet (Peter Martin – piano, Romero Lubambo – guitare, Reginald Veal – basse, Terreon Gully – batterie) l’honneur d’ouvrir le concert. Batteur, bassiste et pianiste sont tous trois des musiciens hors pair: jeu subtil et sensuel, feeling à revendre. D’authentiques instrumentistes américains à la virtuosité nonchalante, qui donnent l’impression que tout cela n’est qu’un jeu d’enfants.

Lorsque Mme Reeves entre en scène, sa voix met d’entrée de jeu tout le monde d’accord. Dans tous ses états, des plus graves aux plus aigus (et même jusqu’au cris), elle est un vrai instrument et partage avec ses acolytes de scène cette même aisance indéfinissable que n’est le lot que des très très grands artistes. Elle tient son micro à 20 bon centimètres de la bouche, ce qui n’empêche pas chaque mot qu’elle prononce d’être entendu distinctement jusqu’au fond de la salle.

I like it!

@J-C Arav

@J-C Arav

Un rapide coup d’oeil à mon téléphone m’indique qu’il est l’heure de diriger mes pas vers la sortie pour rejoindre la salle où Chassol va se produire. « Juste une dernière chanson » me dis-je. C’est alors que Reginald Veal se lance dans un solo de basse impressionnant, à la fois vertigineux et funky. Sans qu’on s’en rende compte les autres musiciens sont sortis de la scène et Dianne Reeves s’est assise sur l’estrade qui soutient la batterie. Telle une petite fille, elle dodeline de la tête l’air, rêveuse. Parfois elle lance un « I like it » comme si elle était toute seule dans sa cuisine entrain d’écouter la radio.

 

Ce frère né d’une autre mère ….

Et puis il y a Romero Lubambo, celui que Dianne Reeves présente comme « son frère, né d’une autre mère ». Un Brésilien qu’elle a rencontré il y a une vingtaine d’années et avec lequel elle a passé alors une nuit à boire des caipirinha, « ces boissons qui font du bien à l’âme ». C’est le début d’une très longue complicité musicale. Dimanche soir à Cully, il n’y a pas que le caipirinha qui fait du bien à l’âme. Les arpèges de cette guitare latine magique, les bribes de chant murmurées sont les prémisses à l’envol de la voix puissante de Dianne Reeves. Je me surprends à sourire et à frissonner en même temps. Merci Dianne Reeves pour cet incroyable concert. C’est pour des moments comme ceux-là que j’aime le Cully Jazz.

Désolée Chassol, la prochaine fois c’est promis ce sera la bonne!

Dianne Reeves sera de retour en Suisse au festival de Verbier le 2 août. Plus d’infos ici!

Tous pour Musiques Métisses !

image_383festival-musiques-metisses-2010S’il est un souvenir musical qui m’a marqué, c’est bien celui de Salif Keita qui, à peine entré sur la grande scène du Festival Musiques Métisses d’Angoulême sous un soleil de plomb, vêtu d’un costume deux pièces blanc, s’agenouillait, sans dire un mot, pour embrasser le sol, manifestant ainsi de son immense respect pour le festival, pour son directeur Christian Mousset, pour le public et pour la ville d’Angoulême. C’était en mai 2010. Vingt-six ans plus tôt, en 1984, Salif Keita donnait son premier concert en France. Un concert symbolique, un concert mythique qui marquait le lancement de la carrière du futur auteur de « Soro » (1987), du futur grand chanteur malien adulé dans le monde entier.

Comme un vieil ami

Le Festival Musiques métisses je l’ai côtoyé, fréquenté assidument à certaines périodes, parfois délaissé  – comme un vieil ami qu’on ose parfois négliger car le lien ne sera jamais vraiment rompu. Seulement voilà, aujourd’hui pour des raisons extérieures, le lien semble bien mal en point. Musiques Métisses, qui venait de fêter ses quarante ans d’existence, n’est plus. Du moins plus pour l’instant. Les politiques ont décidé de fermer les vannes face aux problèmes financiers récurrents de la manifestation, qui rappelons-le, hormis les concerts de la grande scène, proposait de multiples activités gratuites : concerts dans les écoles, dans les EMS, débats et conférences autour de la littérature africaine (Littérature Métisses).

Il est évident qu’une manifestation comme Musiques Métisses ne peut pas être économiquement viable. Il est évident qu’une manifestation comme Musiques Métisses est beaucoup plus qu’un simple festival de musiques.

Musiques Métisses c’est une utopie, un grand rassemblement d’artistes et d’activistes musicaux convaincus que la musique, les actions sur le terrain pouvaient permettre le dialogue, l’échange, la mixité. Décider de ne plus soutenir Musiques Métisses, c’est choisir de baisser les bras et de se renfermer encore un peu plus dans la morosité ambiante de cette année 2015, décidément bien déprimante.

L’île des possibles

Quant à la musique, elle a toujours été la garante des bonnes vibrations de ce monde éphémère que l’équipe du festival construisait chaque année avec attention, amour et détermination sur l’île de Bourgine pendant les trois jours du week-end de la Pentecôte.

Dans les années 90, j’y ai découvert les cuivres déjantés de Gangbé Brass Band, fanfare improbable qui vient justement de renaître de ses cendres avec la parution d’un nouvel album et d’un documentaire d’Arnaud Robert. J’ai aussi succombé à la fureur des koras électrisées de Ba Cissoko, à l’ambivalence de la voix mutante de Jimmy Scott, au charme envoûtant de la sublimissime et bouleversante chanteuse tchadienne Mounira Mitchala.

Et puis il y avait tous ses « vieux » groupes que Christian Mousset ne pouvait pas s’empêcher de ressusciter : Le Super Rail Band de Bamako, les Bantous de la Capitale, la Camerounaise Anne-Marie Nzié, le Réunionnais Granmoun Lélé (et plus récemment l’atypique Menwar), le Guinéen Mamadou Barry ou le vertigineux guitariste malien Djelimady Tounkara. Evidemment, l’an dernier, lorsque les Ambassadeurs du Motel de Bamako décidèrent de se reformer le temps d’une tournée, ils ne purent que faire escale sur l’île de Bourgines. Je n’y étais pas et je le regrette.

Ce qui sauve les Africains…..

L’annonce de la fin de Musiques Métisses fait remonter d’autres souvenirs comme cette édition 2012 où la Tunisienne Emel Mathlouthi, connue pour son engagement dans les révolutions arabes, lâchait :. « Même si le soleil trompeur de la révolution va peut-être nous brûler…» avant de s’interrompre, émue, et de reprendre avec « Halleluja » de Léonard Cohen à la guitare sèche. Sur une autre scène Denis Péan, chanteur et poète de Lo’Jo s’exclamait: «  Il est des mots qui font rêver, comme identité et des mots qui agacent comme “identité nationale“ ».

2010 encore et l’énergie fulgurante et communicative du big band de jeunes guinéens Les Espoirs de Coronthie ou une longue interview avec Emile Biayenda, batteur et leader des Tambours de Brazza qui me racontait son incroyable trajectoire, assis sous un arbre de l’île.

Agir

Il y a bien plus longtemps, lors de l’un de mes premiers entretiens avec lui, Christian Mousset me disait: «L’Afrique ça m’éclate. La première fois que je me suis rendu en Afrique francophone, j’ai noté toutes les expressions qui me faisaient rire. Ce qui sauve les Africains du désespoir, c’est le rire». Alors si vous avez encore envie de rire, de découvrir des musiques, de partager des émotions et de déguster dans la même soirée un bon poulet Yassa et une fouée régionale, c’est très simple, précipitez-vous sur la page Facebook « Soutien à Musiques Métisses » et suivez son actualité!

Enfin, un très grand merci et bravo à la journaliste de Marianne, Frédérique Briard qui est la première à avoir osé dire « non » et à s’être mobilisée contre la disparition du festival.

Very good trip réveille les morts!

Voilà c’est la rentrée avec son lot de réjouissances et de contraintes. Bon, en ce qui me concerne, j’adore mon métier et rentrée est souvent synonyme d’excitation pour moi (j’avoue quand même que je dois trier mes documents comptables depuis lundi et que mon bureau ressemble à un champ de bataille d’avions en papier…).

Mais l’été fut très cool aussi. Côté musique, j’ai laissé tomber l’ordinateur, la chaîne stéréo et je n’ai eu recours qu’à la radio. L’été fut donc rétro. D’abord grâce aux ados qui, à peine leurs fesses posées sur les sièges de la voiture, branchent leurs chaînes FM. J’ai donc été largement abreuvée des reprises de « Aint Nobody (Love Me Better)… » de Felix Jean et de « Englishman in New York » de Cris Cab. Du coup, je n’avais pas vraiment l’impression d’être en 2015. Et ça m’a donné envie de réécouter du Chaka Khan:

Quelle voix! Je sais que je fais un peu « vieille peau », mais j’adore. Bon les synthés pourris, j’avoue qu’ils ont un peu vieilli. Mais les années 80 sont les années 80, y a rien à faire là-contre…

Sinon, toujours dans la voiture, je suis tombée, complètement par hasard sur la semaine groove de la série d’été que Michka Assayas présentait sur France Inter (eh oui parfois j’arrive à reprendre le contrôle du poste radio à mes enfants…). Les émissions ont pour titre « Very Good Trip » et elles portent bien leur nom.  Je rappelle que Michka Assayas est:

  1. encore plus vieux que moi
  2. le journaliste de rock français que je respecte le plus,  responsable entre autres du Dictionnaire du rock (Editions Laffont, 2000)
Roy Orbinson (1965) © - 2015 / Jac. de Nijs / Anefo

Roy Orbinson (1965) © – 2015 / Jac. de Nijs / Anefo

Bref, l’homme connaît son sujet sur le bout des doigts. Il est de ceux qui ont compris et qui osent affirmer que « la country était le blues des Blancs de la même façon que le blues est la country des Noirs » et il le prouve magistralement en enchaînant deux classiques, « In the Ghetto » de Presley et « In Dreams » de Roy Orbison. Wouahou… Ça doit bien faire quinze ans que je n’ai plus écouté ces deux-là, mais quelle claque! Deux voix d’outre-tombe qui vous remuent de l’intérieur et chamboulent tout sur leur passage. Franchement, en voiture, ça peut s’avérer dangereux.

Du coup je me suis précipitée sur mes vieux disques de Roy Orbison tout en pianotant sur mon Iphone pour podcaster toute la série de « Very Good Trip ». Et depuis les pépites n’arrêtent pas de pleuvoir. Ecoutez par exemple l’émission  « New York » (04.08.2015) et vous plongerez dans un trip funky-punky orchestré par les Talking Heads, B-52’s, Lizzy Mercier-Descloux. Inutile de préciser que les commentaires sont toujours intéressants, mêlant éléments biographiques, informations inédites et anecdotes personnelles. Michka Assayas a rencontré beaucoup beaucoup d’artistes dont il parle. Je me demande d’ailleurs comment il a fait pour en rencontrer autant.

The Temptations (1971) - © - 2015 / Multi-Media Management/Gordy Records

The Temptations (1971) – © – 2015 / Multi-Media Management/Gordy Records

Avec lui, vous passez en cinquante minutes chrono de Los Lobos à Lucas Santtana, de Véronique Sanson aux Specials  dans « Brise cool des tropiques »(05.08.2015). Les Temptations, Gil-Scott-Heron et Curtis Mayfield s’enchaînent eux dans « Soul, chaos et délivrance ». Quant à cette dernière semaine, elle a été entièrement consacrée au blues et à la soul. Précision utile: j’ai bien repris le boulot, mais tous les matins, entre 10:00 et 11:00, je fais ma pause radio. Merci pour votre compréhension!

D’Angelo, le retour de The Voice

DAngelo-600x349Ça a démarré par un cadeau de Noël. Cadeau de Noël à moi-même, un peu avant les festivités de décembre. Allez hop je m’offre une place pour le concert de D’Angelo au Kaufleuten le 11 février 2015. La date approchant, croulant sous le boulot, je commençais à tergiverser. « Est-ce bien raisonnable de faire plus de 200 km pour aller voir Mr D’Angelo ? Tu n’as plus vingt ans voyons… », « Ce nouveau disque franchement je ne croche pas à 100%… » « Il a vachement vieilli, grossi… »

Bref, le 11 février à 16 :00, je me retrouve quand même dans la voiture d’Edgar, direction Zurich. A 19 :00, à l’entrée de Zurich, les longues files de bouchons  font disparaître toute perspective de boire un verre avec Carine, Arnaud et les autres avant le début du concert. « Je savais bien que j’aurais pas dû venir » me susurre mon petit démon intérieur pendant que je donne le change en blaguant avec Alex et Edgar.

Deux heures plus tard, D’Angelo est là, sur scène, à 20 mètres de moi, devant un public que l’on ne peut que qualifier de « conquis d’avance ». Un choc. Le Sex-symbol des années 90 a grossi. Il porte des longues tuniques noires pour essayer de le cacher. Il faut s’habituer à cette nouvelle silhouette qui semble un peu fatiguée, empruntée. Il démarre seul au micro. Ouf la voix est toujours là. Son nouveau groupe, The Vanguard , fait son entrée à la queue leu-leu. Il présente chacun d’eux. Lorsque c’est le tour du bassiste, Pino Palladino, l’ovation du public monte en décibels. Un morceau, deux morceaux. Je ne suis pas vraiment dedans. Tout le monde joue bien, les choristes, deux hommes (dont je ne me rappelle plus le nom) d’un côté de la scène, et Kendra Forster (qui a participé à la composition de « The Black Messiah ») de l’autre, s’amusent à des joutes vocales de bon augure.

Peu à peu ça prend. Les claviers semblent tout droits sortis d’une église du sud des Etats-Unis. Les guitaristes balancent du lourd. Et D’Angelo joue de sa voix schizophrène, comme il sait si bien le faire. Un coup en haut, façon Prince, un coup en bas façon soulman. Les morceaux du « Black Messiah » sont transfigurés par ce traitement. D’Angelo donne, donne et donne encore. Il surprend par sa hargne, par le ton P-funk qu’il donne au concert. L’esprit de Georges Clinton flotte dans l’atmosphère surchauffée du Kaufleuten. Le concert commence à filer à une allure impressionnante jusqu’au morceau final, longue montée en puissante où soudain D’Angelo décolle, plantant là ses choristes, pourtant plutôt doués. Il grimpe les octaves et monte en puissance : tout le public est contaminé par les vibrations qu’il envoie. « I Need Somebody » répète-t-il inlassablement. Une chose est sûre : le public a trouvé lui ce dont il avait besoin. Love is in the air.

Trois quarts d’heure et deux rappels plus tard, D’Angelo est toujours là. Son band a labouré avec ardeur et sans rémission pendant près de deux heures ce champ soul-funk-rock, a enchaîné les tubes quand soudain il semble se rappeler qu’il est aussi un chanteur de ballades. Il conclut avec un vieux morceau « How Does it Feel ?» pur sucre.

Les musiciens quittent les uns après les autres la scène sous les ovations du public. Et D’Angelo finit seul, au fond de la scène, dans un call and response avec le public subjugué. Mon petit démon intérieur s’est aplati, s’excuse face à la démonstration du maestro. Sourires, yeux qui brillent : les bons concerts se lisent aussi sur le visage des spectateurs quittant la salle. Merci à D’Angelo d’être revenu, même quand on y croyait plus !

Xuman rappe les news et milite

journal_rappeA la demande générale (plus précisément à celle de trois personnes sur Facebook…), je tente la énième reprise régulière d’articles sur ce blog. Après analyse de mes pannes récurrentes, je crois que j’ai mis le doigt sur ce qui me bloque: ne pas pouvoir envisager d’écrire quelque chose sans étude approfondie du dossier ou sans avoir réalisé une longue interview. Du coup, je n’ai jamais suffisamment de temps pour pouvoir publier quoique ce soit. Bref, défaut professionnel ou perfectionnisme, je n’ose pas la légèreté, les petits billets courts et sans prétention.

A la découverte du JT rappé

Alors je m’y lance pour vous parler de la reconversion de Xuman en journaliste. Gunman Xuman c’est un pionnier de la scène rap sénégalaise, un des membres de Pee Froiss. Sa dernière lubie, plutôt inspirée, un journal en version rap diffusé à la télévision sénégalaise, mais aussi sur la chaîne Youtube JT rappé.

Le principe est simple, comme l’explique Xuman lors de la projection d’un extrait de son Journal rappé à l’excellent Norient Musikfilm Festival qui se tient ce week-end à Berne:

– utiliser la musique et la parole pour amener plus de conscience dans une société qui est essentiellement basée sur la culture orale
– sélectionner les news qui ne sont pas forcément mises en avant dans les « vrais » journaux télévisés
– les décoder
– toucher les jeunes en utilisant leur idiome préféré, le rap

Le journal est ainsi aussi capable aussi de montages délirants comme cette publicité sur les APE (accords de partenariats économiques) entre l’Europe et l’Afrique qui permettrait entre autres à l’Europe de diffuser ses produits agricoles en Afrique et qui, du coup, mettrait encore plus en péril les fragiles cultures africaines.

« On ne peut pas  tuer les idées »

KeytiLe JT rappé dure quelques minutes. Il est présenté par Xuman en français et en wolof par Keyti, une autre figure culte de la scène hip hop sénégalaise. Le JT rappé c’est une bouffée d’air en provenance d’Afrique, une façon de montrer que, malgré les tentatives de muselage, des voix continueront de s’élever. Comme disait récemment ce dessinateur français ami des défunts Cabu et consorts (dont j’ai malheureusement oublié le nom): « On ne peut pas  tuer les idées ». Avec Xuman, Keyti, le JT rappé offre la vision d’un rap authentique, social et engagé, en parfait désaccord avec la tendance dominante bling bling américaine. Avec Xuman et Keyti, réfléchir c’est aussi prendre du recul et rigoler. Leur arme de prédilection? La parodie décapante. Jugez plutôt…

 

 

 

Bamako, la musique live renaît de ses cendres

Nahawa (1)Bonne nouvelle de Bamako : après la guerre, la renaissance. Les Jeudis Musicaux, des concerts organisés par le Musée National du Mali depuis bientôt une décade, avaient dû suspendre leurs activités après le coup d’état et les événements qui s’ensuivirent. Ils reprennent aujourd’hui leurs quartiers au Parc National. Depuis fin 2013, Samuel Sidibé, Directeur du Musée National, a décidé de remettre au programme ce rendez-vous musical bamakois incontournable. Soutenu dans un premier temps par L’UNESCO, les Jeudis Musicaux se sont désormais associés à long terme avec L’Initiative de l’Aga Khan pour la Musique (AKMI).

« un catalyseur d’innovation et d’éducation musicale »

Ces deux organismes partagent quelques valeurs communes. Pour Samuel Sidibé, il s’agit de « permettre aux jeunes artistes de s’exprimer ». Pour Fairouz Nishanova, directrice de l’AKMI, de « fonctionner comme un catalyseur d’innovation et d’éducation musicale, dans la tradition du riche héritage malien ». Lors de ces concerts de fin d’après-midi, seront présentés en grande majorité des artistes de Bamako, mais originaires des quatre coins du pays. Des ateliers musicaux où les « vétérans » encadrent les jeunes musiciens sont également au programme.

AssétouKanouté

Avec le Centre Culturel Français, les Jeudis Musicaux s’inscrivent donc comme l’une des rares propositions de musique live à Bamako. Ont ou vont se produire le jeudi dans le parc, à ciel ouvert, quelques grands noms – Nahawa Doumbia, Affel Bocoum, Khaira Arby – comme des nouveaux venus (Ya Ka Madou Sangaré ou Sidiki Diabaté, le fils de Toumani Diabaté).

Pour rappel, l’Initiative de l’Aga Khan pour la Musique est active dans plusieurs pays d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique avec pour mission de développer les cultures de ces régions au niveau local, national et international. C’est pourquoi, dans la foulée des Jeudis Musicaux, un festival trimestriel de deux ou trois jours est prévu dans ce même Parc National. La première édition est annoncée pour octobre. Et on espère avoir bientôt plus de news, plus de photos, plus de vidéos de ces après-midi musicaux dans le Parc National.

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http://www.akdn.org/Content/1269

Elina Duni, portrait et concert

Sa voix transcende la folklore albanais. Avec son groupe, constitué de la crème des musiciens de jazz suisses, elle propose des arrangements inédits, insolites et incroyablement séduisants. Elle c’est la chanteuse Elina Duni. Elle sera en concert à la salle des Fêtes de Renens (lausanne) ce soir. L’occasion de republier un portrait paru dans le Courrier il y a un peu plus d’année. Et surtout, allez écouter, ça en vaut la peine!

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