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Nouveau: ateliers de formation « développer sa carrière musicale…. »

mains cadréesÇa  y est: c’est parti! Avec mon amie Stephanie Booth, on se lance dans un nouveau projet (comme on les aime): animer une série de cinq ateliers sur le thème de « Développer sa carrière d’artiste en 2016… et survivre ». Des ateliers de formation destinés aux musiciens romands sur un bon nombre d’aspects liés l’encadrement de leurs projets artistiques.

A l’origine de ma réflexion

En 2011, j’ai lancé le blog swissvibes.org, consacré à la promotion des musiques suisses. Dans ce cadre, j’ai rencontré des gens super, fait des interviews passionnantes, vu des concerts excitants; bref je me suis bien amusée. Mais j’ai aussi eu le temps de prendre la mesure des difficultés que rencontraient les musiciens suisses pour s’en sortir dans notre si petit pays où une tournée se résume bien souvent à trois ou quatre dates et où les possibilités d’exporter sa musique sont difficiles. Mon travail d’accompagnement d’artistes – basés en Suisse ou non – m’a également permis de mettre les mains dans le cambouis.

Depuis qu’Internet a changé la donne

Les meilleures choses ont une fin: le blog swissvibes.org s’est mis en pause le 10 mai dernier. Je pensais tourner la page et poursuivre tranquillement mes autres activités dans le domaine de la musique (consultante, chef de projet, accompagnement d’artistes…). Ce que j’ai fait. Seulement voilà, un beau jour de juin, je suis allée manger avec Stephanie Booth. Stephanie est une spécialiste en communication internet qui adore transmettre et faire passer plus loin sa très compétente expérience. C’est d’ailleurs Stephanie Booth et qui m’avait assistée dans la mise en forme et le concept de swissvibes.org.

Du café à l’atelier

Lors de notre rencontre Stephanie me dit qu’elle constate que les indépendants n’ont souvent pas le temps de se plonger et d’étudier tous les atouts d’une présence en line pertinente. Elle se pose la question de la présence en ligne des musiciens. Bien sûr tout musicien qui se respecte est présent sur internet, mais utilise-t-il vraiment ce média à bon escient? Qu’en est-il de sa stratégie dans la « vraie vie » (car les deux aspects sont liés)? Me revient alors à l’esprit les cafés que je vais parfois boire avec un artiste ou un autre qui a besoin d’un conseil. A chaque fois j’ai l’impression de leur dire des choses très simples, « basiques » et à chaque fois, mes interlocuteurs me disent que cela les aide à y voir plus clair. Stephanie commence à me bombarder de questions sur: « Comment ça marche le milieu de la musique? ». Je parle, je parle et je vois qu’en fait il y a plein de choses à dire, à expliquer.

Derrière les idées reçues

Entre le mythe de l’artiste à succès, les recettes que nous dispensent les grands du music business et le quotidien d’un musicien suisse, il y a quelques années lumières. Développer sa carrière en Suisse relève plus du système D, de la persévérance, mais surtout de l’élaboration d’un projet et d’un objectif clair, personnel. Il existe des outils mais aucune recette pour réussir comme on cherche trop souvent à nous le faire croire. Sinon ça se saurait, non?

Une approche simple et pragmatique

Bref de fil en aiguille notre projet se précise:

  • proposer des ateliers collectifs à un tarif attrayant (les musiciens n’ont souvent pas les moyens de s’offrir du coaching individuel)
  • faire un état de la situation en 2016 où l’ancien système (CD-label-tournées) côtoie les nouvelles pistes (crowdfunding, médiation musicale, home concert)
  • mieux poser ses objectifs
  • utiliser et développer sa présence en ligne intelligemment.

Il y a de quoi  discuter et faire. Alors si ce programme vous intéresse, lisez le document de présentation ci-dessous ou téléchargez le PDF. Mais surtout venez à notre séance d’infos le 13 septembre, à 19:00 à La Datcha de Lausanne. On vous y expliquera de vive voix le déroulé des opérations et on vous offrira un verre!

Si vous voulez vous inscrire à l’événement Facebook, c’est par !

Et si vous êtes déjà intéressé par la série d’ateliers ou par un atelier en particulier, c’est ici!flyer musiciens_p1

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Un après-midi au Musée

MEG_photo 1©MEG, J Watts

Exposition «Les archives de la diversité humaine» Scénographie Atelier Brückner GmbH, Stuttgart / Photo: MEG, J. WattsEn février dernier, à l’occasion d’un atelier musical au Musée d’ethnographie de Genève, la médiation musicale s’est profilée comme un outil de réflexion et d’approfondissement des liens entre public et patrimoine.

Fraîchement entrée au comité dans la toute nouvelle association  Médiation musicale suisse+, je m’interroge encore sur ce qu’englobe exactement cette notion de médiation musicale. A travers mes activités de journaliste et de chef de projets musicaux, je connais bien sûr les formats « ateliers musicaux », « interventions dans les écoles », « visites guidées autour d’une thématique ou d’une histoire musicale ». Mais j’associe toujours intuitivement le terme de médiation ou de médiateur à une forme d’arbitrage et de modération entre deux partis qui ne seraient pas d’accord. Ce qui brouille les pistes.

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Flûte à encoche taillée dans un fémur humain Suriname (Milieu du 18e siècle?)

C’est dans ce contexte que j’accepte la proposition de Barbara Balba Weber de l’accompagner lors d’un atelier participatif organisé avec l’équipe du Musée d’ethnographie de Genève. Le MEG possède un fonds de 16’000 heures de musiques du monde et une collection de 2500 instruments de musique dont certains spécimen sont exposés dans l’exposition permanente du Musée. En ce lundi après-midi de février, Mauricio Estrada Muñoz, responsable de l’Unité « Publics », huit médiateurs et guides de musée sont rassemblés dans une salle de réunion. Ils se questionnent sur comment mieux exploiter et faire fructifier les objets et enregistrements des collections. Ils sont tombés sur le guide de médiation musicale que Barbara Balba Weber et six autres médiateurs suisses ont réalisé l’an dernier dans le cadre d’un travail de recherche. Le guide est disponible le site mediation-culturelle.ch

 

Quoi ? Pourquoi ? Pour qui ? Comment ? Qui ?

Dans le train qui nous amène à Genève, Barbara m’explique que la médiation musicale est toute action liée au passage de la musique vers un public. Les musiciens sont les premiers médiateurs, mais les journalistes le sont également tout comme les organisateurs de concerts, les maisons de disques ou toute autre personne ayant tant soit peu affaire avec la musique. Voilà qui me met tout de suite plus à l’aise: je suis une médiatrice musicale sans le savoir !

Barbara Balba Weber ouvre l’atelier en présentant le guide de médiation musicale, une boussole pour la pratique et la professionnalisation de la médiation musicale suisse. Le guide proprement dit consiste en un simple dépliant recto verso avec des schémas explicatifs : un outil simple permettant d’analyser et de développer une action de médiation à l’aide de cinq critères basiques: quoi – pourquoi – pour qui – comment – qui.

A l’intérieur de ces cinq grands cadres, d’autres questions sont posées aux participants afin d’évaluer leur projet, de le développer ou de mieux le communiquer avec l’extérieur. Chaque musique développe ses spécificités mais les cinq catégories peuvent chaque fois leur être appliquées. Quelques exemples : la musique classique cherche à renouveler son public (c’est d’ailleurs le genre musical le plus actif dans le domaine de la médiation musicale). La musique folklorique est confrontée à la difficulté d’être présente dans les campagnes, mais pas dans les villes. Et la musique hip hop au fait que son public touche uniquement ou presque uniquement les jeunes. Que peut-on faire pour décloisonner ces musiques ? Pour créer des passerelles vers de nouveaux publics ? Tels sont les enjeux de la médiation musicale.

Musiques traditionnelles évolutives

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Chambre sonore: compositions de Julien Perez incorporées dans une installation vidéo réalisée par Ange Leccia (exposition permanente du MEG)

Au MEG, la situation est particulière puisque le musée ne crée pas de la musique mais la stocke. Les actions de médiation musicale y sont déjà existantes : une chambre sonore mélange images et sons pour tenter une approche « en texture » du support immatériel qu’est la musique, des visites thématiques autour de la musique mettent en valeur les instruments exposés ou les enregistrements (disponibles via des tablettes tactiles), des interventions musicales par des musiciens ou des DJs sont programmées. Plus d’une centaine de disques ont déjà été publiés, dont trois disques de remix d’archives sonores. Enfin, des visites scolaires sont régulièrement organisées.

Mais l’équipe du MEG planche actuellement sur un projet pour les adultes qui permettrait de réactiver, faire redécouvrir les archives sonores et faire participer les musiciens et le public. Les questions qui se posent sont :

– comment remettre ces musiques traditionnelles dans leur contexte ?
– comment créer un dialogue entre les objets qui ait un sens ?
– comment créer un « voyage sonore », raconter des histoires ?
– comment protéger/promouvoir les musiques traditionnelles actuelles ?

Boussole et pistes de réflexion

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Chambre sonore: compositions de Julien Perez incorporées dans une installation vidéo réalisée par Ange Leccia (exposition permanente du MEG)

En utilisant le guide de médiation musicale, les participants de l’atelier se rendent compte que les moyens et le contenu sont liés. Les questions qu’ils se posent sur l’outil, sur « comment ça marche » font écho aux questions relatives à leur approche.

Rapidement la question de ce que sont les musiques traditionnelles se pose : tout le monde semble s’accorder à dire que les musiques traditionnelles au sens de « figées dans la tradition » n’existent pas. Les musiques traditionnelles sont par essence évolutives. « Enfermées » dans un musée, comment mettre en valeur leur potentiel évolutif ?

Les ressortissants des communautés étrangères sont évoqués. Ce public méconnait la richesse du patrimoine muséeographique, mais est souvent touché par la musique. Comment pourrait-on les intégrer au processus ?

Dans une société où l’image est prépondérante, il serait intéressant de montrer ses musiques dans leur contexte via des extraits filmés. Pour trouver ces images, le besoin de s’associer avec de nouveaux partenaires est exprimé. Sont alors évoqués les écoles de musique, les musiciens, d’autres structures ou institutions impliquées dans les musiques du monde.

Au sortir des cet après-midi de brainstorming, aucune réponse définitive n’est amenée. Mais tel n’était pas le but : un processus de réflexion est lancé, processus qui privilégie l’ouverture et le partage des compétences. Il faut maintenant se laisser le temps de digérer cette première prise de contact. Chacun repart à ses affaires et un deuxième rendez-vous est au programme dans le courant de l’année 2016. Quant à moi, je ressors enrichie de cette expérience : en une demi-journée, j’ai beaucoup mieux appréhendé ce qu’est la médiation musicale et surtout l’esprit collaboratif qu’elle engendre. Des perspectives de développement réjouissantes. Affaire à suivre.