Archives du blog

Mamadou Barry, so cool…

Je viens d’arriver au Festival Musiques Métisses d’Angoulême, un de mes festivals préférés, toutes catégories confondues. L’année passée, à ce même festival, j’avais été séduite par le génial saxophoniste guinéen Mamadou Barry. N’ayant pas trouvé preneur, son interview est restée dans mes tiroirs. À l’heure où bon nombre des pays africains vont fêter leur 50 d’Indépendance, je me suis dit que le témoignage de Maître Barry valait la peine d’être publié. Ce tout grand Monsieur de la musique guinéenne avait vingt ans au moment de L’indépendance de la Guinée et a vécu la révolution culturelle de Sékou Toué de l’intérieur.

Mamadou Barry, comment avez-vous vécu le tout début de l’Indépendance ?
Mamadou Barry Je faisais mes études dans une mission catholique à Conakry quand l’indépendance est arrivée : les Français ont quitté le pays dans un délai d’une semaine. Donc toute l’administration disparaissait d’un coup. Les meilleurs éléments ont été recrutés dans les écoles et on leur a fait suivre une formation express pour pouvoir les envoyer transmettre leur savoir en brousse. J’ai été envoyé dans un village à une cinquantaine de kilomètres de là, à Maneah. C’est là que j’ai attrapé le virus de la musique. J’ai vu Kelitigui Traoré jouer du saxophone et il m’a ensorcelé. Sékou Touré avait recruté un excellent saxophoniste antillais, Honoré Kopé, pour l’aider à mettre en place la musique guinéenne, constituer l’orchestre national. Tous les dimanches, il venait dans le village où je travaillais pour m’apprendre à jouer. Dès que j’ai pu, j’ai commencé à organiser des petites soirées pour faire danser les gens du village. Mes élèves étaient là. Ça faisait plaisir.Mon répertoire était assez limité, mais l’essentiel, c’était de jouer du sax. Comme nous étions en brousse, c’était très sec et il y a beaucoup de poussière. Alors, on devait s’arrêter régulièrement pour arroser le sol. Une fois l’arrosage terminé, on reprenait et l’on pouvait danser ½ heure environ avant que la poussière ne revienne. Le lendemain, je retrouvais mes élèves en classe, mais là c’était du sérieux. Mon surnom de Maître Barry me vient de là. C’étaient des bons moments. Ça a été dur de quitter.

Ce sont les seules études de saxophones que vous ayez entreprises?
Mamadou Barry Plus tard, dans les années 72-73, dans le cadre de la coopération avec la Chine et la Corée, Sékou Touré a fait venir des professeurs coréens qui nous ont appris à déchiffrer une partition. La communication était difficile, mais on s’est débrouillé.

C’est à ce moment-là que vous êtes revenu à Conakry ?

Mamadou Barry Il était très très difficile pour un enseignant de revenir sur Conakry parce que la mission était d’éduquer les populations en brousse et non à la capitale. J’avais fait des demandes pour être affecté à Conakry, en vain. Jusqu’au jour où un orchestre a eu besoin d’un saxophoniste. À ce moment, tout c’est arrangé. J’ai immédiatement été muté.

Plus tard on m’a même m’a confié la direction du Khaloum Star, le dernier orchestre à être financé par le gouvernement. On faisait du soussou, de l’afrobeat. J’ai été convaincu par l’afrobeat quand je suis allé au festival panafricain de Lagos en 1977. Puis j’ai été au Festival mondial de la jeunesse à La Havane et le son montuno m’a aussi beaucoup inspiré.

Beaucoup de musiciens africains se sont retrouvés au 11ème festival mondial de la jeunesse et des étudiants de la Havane en 1978. Comment vous remémorez-vous cette expérience ?
Mamadou Barry Nous étions 1800 musiciens et artistes. 1800 pour représenter dix pays d’Afrique de L’Ouest au 11ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants de la Havane en 1978. Arrivés par avion à Oran, on nous fit embarquer sur un bateau russe de sept étages. Je me rappelle encore de son nom, le Nakimo. Le voyage dura dix-sept jours. C’était de la folie. Il y avait plusieurs boîtes de nuit et des orchestres se produisaient non-stop sur le grand pont. Tu dors, tu te réveilles et tu trouves toujours quelqu’un pour jouer. Les Congolais étaient là avec les Bantous de la Capitale. Pour représenter la Guinée, il y avait le Bembeya Jazz et Kelitigui Traoré.

Quel est votre point de vue sur Sékou Touré?
Mamadou Barry Sekou Touré avait mis la culture au-dessus de tout. Les Ballets africains et les orchestres nationaux, tout marchait comme sur des roulettes. Depuis qu’il n’est plus là, la culture a décliné. C’est trop difficile pour nous d’être indépendants dans la situation actuelle en Guinée.

Avez-vous connu Miriam Makeba, alors qu’elle résidait en Guinée ?
Mamadou Barry Je l’ai connue, mais je n’ai pas joué avec elle. Elle venait nous voir jouer dans les boîtes. Elle nous demandait parfois des morceaux guinéens qu’elle pourrait interpréter.

Elle donnait beaucoup de concerts?
Mamadou Barry Oui, mais surtout à l’extérieur. Sinon, à Conakry, elle jouait dans les grandes soirées officielles, lors des banquets, pour saluer l’arrivée de chef d’états. À chaque fois qu’un officiel rendait visite à Sekou Touré, il organisait un spectacle au Palais du Peuple et des banquets. Il adorait danser. Le comité national faisait le programme et, si cela ne lui convenait pas, il rectifiait. À cette époque, il n’y avait pas encore les maquis et le soir, on jouait dans la cour des maisons des jeunes. On allait aussi jouer dans les régions. Sekou Touré aimait beaucoup mon style, parce que nous faisions aussi de la variété et de la salsa. Nous étions les plus jeunes et nous étions aussi l’orchestre de la capitale. On était de la partie à chaque soirée officielle !

Qu’est-ce que le Gombo Jazz ?
Mamadou Barry Le Gombo Jazz rassemble pas mal d’ex-musiciens des grands orchestres nationaux. Il a été créé à l’occasion du départ du chef d’escale de la Sabena, en 1992. On m’a demandé de monter un groupe de jazz pour une fête d’expatriés. J’ai appelé quelques musiciens. On a répété une semaine et les gens ont beaucoup aimé. Alors j’ai proposé que l’on continue. Et nous jouions régulièrement dans une boîte : la Fourchette magique.

Vous avez toutefois préféré enregistrer votre nouvel album avec des jeunes ?
Mamadou Barry J’ai fait le tour des boîtes et j’ai repéré ceux qui jouaient le mieux, ceux qui pouvaient m’apporter quelque chose. Ils ont tous environ 25 ans, mais sont très professionnels.

Tous les jeunes semblent vous apprécier ?
Mamadou Barry Je fais encore plein de choses avec les jeunes. En septembre 2008, je me rappelle, je devais prendre l’avion pour aller faire le mix de mon album, J’avais déjà tous mes bagages dans la voiture quand des jeunes sont arrivés en courant chez moi en me disant : «Tonton, on a loué un studio, il faut que tu viennes faire du sax». J’ai essayé de refuser, mais ils ont insisté, alors j’y suis allé. J’ai enregistré 20 minutes et puis je suis parti prendre mon avion.

Votre surnom, Maître Barry, ça vous plaît ?
Mamadou Barry En fait, j’ai un autre surnom, Arôme Maggi ! On m’appelle toujours pour renforcer le goût particulier de chaque orchestre. Le Bembeya Jazz a eu recours à mes services, les Amazones ont eu recours à moi, Kelitigui Traoré aussi. On peut me mettre à toutes les sauces !

Quel était votre relation avec Momo Wandel ?
Mamadou Barry Momo Wandel a joué avec mon père. Ils ont grandi ensemble. Il était le saxophoniste de l’orchestre de Kelitigui Traoré. C’est là qu’on s’est connu. Il m’appelait pour que je vienne le voir chez lui et qu’on bavarde parce qu’il avait vu en moi quelqu’un qui pouvait le remplacer. Il a commencé à avoir du succès à un âge très avancé. On a sympathisé malgré notre différence d’âge. C’était comme un oncle. Ensuite j’ai participé à un hommage pour lui, mais ce n’était pas facile car on voulait que je joue de l’alto comme lui alors que je préfère le ténor.

Sur votre dernier disque, vous reprenez la chanson Take 5. Pourquoi ?
Mamadou Barry J’aime bien ce saxophoniste et je me demandais si je pouvais me mesurer à lui. Si ça passait, tant mieux et si ça ne passait pas, c’est qu’il me reste encore du boulot à faire. J’ai changé le beat et j’ai mis un rythme traditionnel de chez nous, au lieu de jouer la batterie on a utilisé une calebasse.

Vous êtes un grand amateur de jazz ?
Mamadou Barry Mes trois courants musicaux préférés sont la salsa, l’afrobeat et le jazz. Je suis un bon salsero. Je danse bien la salsa. J’aime exécuter, jouer l’afrobeat parce que la vitesse de ce rythme me fascine. C’est comme un cheval au galop. J’écoute Coltrane, Charlie Parker, Dave Brubeck, Sydney Bechett. À l’époque, il était difficile de se procurer les disques de jazz. Le fils de Sekou Touré avait une bonne collection de jazz..

Le seul disque de Mamadou Barry sous son nom est paru l’année passée à l’initiative de Christian Mousset, directeur du Festival Musiques Métisses. Ref : Mamadou Barry, «Niyo», World Village.

La classe du Bembeya Jazz

Je suis entrain d’écrire un article sur la musique au moment des indépendances en Afrique de l’Ouest (francophone). Et je ne résiste pas au plaisir de partager cette vidéo du Bembeya Jazz avec vous. Pour rappel, le Bembeya Jazz s’est formé dans le village de Beya au lendemain de l’Indépendance de la Guinée. L’ensemble fut sacré orchestre national en 1966 après avoir remporté deux fois de suite le concours du festival National des Arts. Chants, cuivres et surtout la guitare irrésistible de Sekou «Diamond Fingers» Diabaté en font un groupe culte de la musique africaine. Un swing communicatif. Jugez plutôt dans cet extrait d’un documentaire qui leur est consacré.

Mon disque du mois de mars: Oumou Sangaré

Le retour de la diva malienne sur disque  et sur scène.  Avec une escale au Cully Jazz Festival le temps d’une soirée Vibrations, C’est vendredi 3 avril avec le duo Kouyaté-Neerman en première partie. A ne rater sous aucun prétexte!

oumou-sangare-judith-burrows-with-headdress-large-file2

Récemment invitée à participer à une carte blanche donnée au percussionniste indien Trilok Gurtu à la salle Pleyel à Paris, Oumou Sangaré apparaissait, en pantalons moulants, talons hauts et perruque africaine, avec tout le clinquant et la classe d’une authentique diva africaine. Son nouveau disque, «Seya», est à l’image de cette femme de tête : éclectique, inspiré et traversé de bout en bout d’une énergie indéfectible. Connue pour être la reine des rythmes du Wassoulou – une région au sud du Mali – Oumou Sangaré ose s’aventurer hors des sentiers connus. Sous l’égide de l’incontournable Cheikh Tidiane Seck, les cuivres, guitares électriques et violons déboulent en force pour renforcer les instruments traditionnels. Et Oumou se lâche. Le single «Seya» swingue et groove comme un morceau de funk. Entre deux phrases chantées, Oumou ose même un rire, décontractée et heureuse d’être à nouveau en studio.

Plus loin, sur une chanson contre les mariages forcés, elle opte pour des rythmes ultra-rapides, flirtant avec une musique de transe, fulgurante. Pour autant, elle n’en oublie pas ses origines : le répertoire et les rythmes caractéristiques des chasseurs du Sud («Donso»). Ni sa marque de fabrique : des ballades lancinantes aux paroles thérapeutiques. Ainsi «Djigui», un hymne de foi en la vie.
Arrivée au sommet de son art, cette femme hors du commun qui assume désormais pleinement sa double vie d’entrepreneuse – elle gère son propre hôtel à Bamako – et d’artiste.Un sacré parcours pour cette chanteuse qui débuta à l’âge de 13 ans pour gagner le pain de sa famille et qui dut vaincre pas mal de résistances dans un Mali où peu de femmes osent encore une telle émancipation. Chapeau.

Oumou Sangaré, «Seya» World Circuit