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Spoek Mathambo, le rap du futur

Quand Spoek Mathambo s’exprime, il n’hésite pas à revenir sur un mot pour en trouver un autre, presque synonyme qui exprime mieux sa pensée. A l’image de son approche musicale précise, percutante et foisonnante. Artiste de hip hop sud-africain, il s’est construit un univers grandiose dans lequel il est le metteur en scène et le principal protagoniste. Spoek Mathambo est adolescent lorsque la fin de l’apartheid est déclarée. Il fait déjà du hip hop. A 27 ans, ce créateur a aujourd’hui deux albums à son actif et est capable de revisiter un classique sud-africain comme un morceau de Joy Division. Explications avant son concert ce soir au Festival de la Cité, sur la scène de la Fabrique à 22 h 15

Votre univers musical est incroyablement riche, du punk au kwaito en passant par la house. Comment faites-vous pour aimer autant de musiques si différentes ?

Spoek Mathambo Je ne considère pas cela comme une anomalie ! Pour moi, c’est la même chose que aimer lire différents types de livres, différents types de films.

On dirait pourtant qu’en Afrique du Sud, les musiciens ont les oreilles plus ouvertes sur différents courants musicaux qu’en Europe ?

Spoek Mathambo J’ai des amis en Amérique, en Europe. Nous sommes tous ouverts d’esprit. C’est ce qui nous unit. J’ai l’impression que c’est plus une question de génération que de situation géographique. Nous avons grandi avec Internet et nous pouvons ouvrir des milliers de fenêtres d’un seul coup. Et toutes ces fenêtres peuvent mener à des mondes différents.

Vous semblez mener votre carrière à votre manière sans trop vous soucier du music business. Vous confirmez ?

Spoek Mathambo Hum, je me soucie du music business et de ma carrière. Mais quoi que je fasse, ce n’est pas lié à la nécessité. Si quelqu’un veut me donner 20’000 € pour faire un album, je vais les prendre et faire l’album que je veux. Mais si personne ne vient me proposer quelque chose, je vais continuer à faire ma musique quoi qu’il arrive et à la mettre sur Internet comme je l’ai fait par le passé.

Vous avez joué dans beaucoup de pays d’Europe, de la Norvège à la Hongrie en passant par le Portugal et l’Italie. Est-ce que la réception du public était différente à celle que vous pouvez avoir en Afrique du Sud ?

Spoek Mathambo C’est difficile de généraliser de cette façon. Il y a tellement de pays différents en Europe. J’ai même joué à Kiev en Ukraine. C’était excitant. Ils connaissaient certaines des paroles et chantaient avec moi. Je crois qu’il y avait une crise politique au moment où j’ai joué là-bas, mais ce soir-là, c’était la fête, une ambiance de dernière fête au monde. J’ai adoré.

L’image a beaucoup d’importance dans votre démarche artistique ?

Spoek Mathambo Plus que l’image, je dirais l’esthétisme. Ce n’est pas quelque chose qui m’obsède, mais c’est quelque chose qui m’intéresse. Ça fait partie de mon background. A un moment donné, j’ai étudié le graphisme. Beaucoup d’artistes qui m’ont inspiré sont des gens qui avaient une forte identité visuelle.

Vous pensez à qui en particulier ?

Spoek Mathambo Prince, Iggy Pop ou Fela Kuti.

Vous considérez-vous aujourd’hui comme un rapper ou comme un artiste au sens large du terme ?

Spoek Mathambo Il est évident que je suis un artiste au sens large du terme. Parfois je rappe, parfois je joue le rôle du rapper. J’utilise différents outils. Un peu comme quand on fait de la peinture : il y a les esquisses, le pinceau, les impressions.

En quoi votre background sud-africain est-il important dans votre démarche artistique ?

Spoek Mathambo Ma musique c’est juste moi. Mon background sud-africain est important en tant que faisant partie de moi. C’est un aspect de mon identité au même titre que le hip hop, que lire des bouquins de science-fiction ou voir des films d’horreur.

Vous jouez maintenant avec une formation complète. C’est nouveau ?

Spoek Mathambo Parfois je joue avec un groupe, parfois avec un autre, parfois en version électronique. J’essaie de me concentrer sur ce qu’il  y a d’intéressant dans mes morceaux. Je regarde où j’en suis et je retravaille certains titres pour qu’ils restent toujours aussi excitants.


 Festival de la Cité, La Fabrique, mardi 10 juillet, 22 h 15

Mon Mondial à moi

Je n’aime pas le foot. Je n’ai rien contre ce sport en tant que tel. Depuis que j’ai vu le film «Looking For Eric» , j’ai même une certaine sympathie pour ses supporters. Seulement voilà, il m’est aussi impossible de me concentrer devant un match que devant la Nouvelle Star. Immanquablement, quand il se passe quelque chose d’important, je regarde ailleurs ou je pense à autre chose. Cela dit, j’aime bien les Mondiaux parce que, tout à coup, toutes les terrasses de la ville sont libres à l’heure de l’apéro. D’une certaine façon, j’aime aussi découvrir les résultats des matches en observant les déferlantes des différentes communautés, en fin de soirée, dans les rues de Lausanne.

Et puis là, en Afrique du Sud, musicalement on commence fort. Shakira n’a rien trouvé de mieux que de pomper son hymne officiel – «Waka Waka» – sur un vieux tube africain des années 80, propriété d’un groupe de l’armée camerounaise du nom de Zangalewa! Voilà qui vaut son pesant d’ironie et une rentrée d’argent inespérée pour Zangalewa. Et, comme si elle voulait se rattraper, Shakira s’associe alors aux Sud-Africains politiquement corrects de Freshlyground pour chanter son fameux hymne… Comme le dit l’adage «there is no business like show business, like no business at all»… Je n’ai toujours pas réussi à savoir si, du coup, les musiciens de Zangalewa avaient eu un ticket pour Pretoria. J’ai plutôt l’impression qu’on cherche à étouffer l’affaire, mais bon si vous avez des infos, dites-le-moi! En attendant, flashback sur leur vidéo (personnes sérieuses s’abstenir…).

Du côté africain, il y aura quand même beaucoup d’artistes intéressants dans le pays de Mandela: les touaregs de Tinariwen, la Camerounaise Kareyce Fotso et Amadou & Mariam, le couple d’aveugles du Mali. Qui en profite pour sortir des remixes de leur morceau «Africa» réalisé avec K’Naan. C’est Bob Sinclair, mais surtout le soundsystem londonien Radioclit qui s’y sont collés et les deuxièmes ne s’en sortent pas mal du tout! Bref, je voulais partager le remix de Radioclit avec vous, mais visiblement les fonctionnalités de ce blog wordpress ne le permettent pas… A vous de chercher!

Mais la bande-son idéale de ce Mondial, est proposée par l’excellent label Out Here à travers une compilation de house. Vous avez bien lu, c’est de la house. Inutile donc d’écouter ça dans votre salon. Ces 13 morceaux de musique de danse assez variée proviennent tous des ghettos d’Afrique du Sud. On y trouve du kwaito qui ne fait pas dans la dentelle avec DJ Cleo ou Pastor Mbhobho mais aussi l’incontournable DJ Mujava dans un morceau à la fois tribal, festif et minimal. Et quelques révélations comme la poétesse Ntsiki Mazwai, dub poet des temps modernes qui pose sa voix percutante sur des beats métronomiques. Ou encore le morceau de transe hypnotique «Mexican Girl», le rêve d’un certain Aero Manyelo retranscrit en musique. Uplifting!


«Ayobaness, The Sound of South African House», Outhere Records.

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Miriam Makeba

Le problème des blogs, c’est que le temps passe vite. Voilà plus d’un mois que je me suis absentée de mon « chez moi » virtuel. Il est temps de me ressaisir. Inutile de préciser qu’il s’est passé plein de choses dont je n’ai pas parlé. En premier lieu la mort de Miriam Makeba, une diva de plus qui s’en va. Je l’ai vue récemment dans le cadre du festival Cinéma d’Afriques à Lausanne. Le film qui date de 1958 s’intitulait « Come back Africa » est un des premiers films anti-apartheid, signé Lionel Rogosin.

Au détour d’une scène qui réunit quelques amis rassemblés pour discuter, elle apparaît toute jeune. Mais lorsqu’elle se met à chanter cappella, l’étoffe de la diva est déjà perceptible. C’est d’ailleurs cette scène qui lança, dit-on, sa carrière internationale… Un moment de grâce comme Mama Africa en connut tant et qui fait oublier ses dernière prestations scéniques comme celles de sa tournée d’adieu en 2006. Car Miriam Makeba, c’était avant tout l’engagement pour les indépendances africaines, pour le développement des nouveaux états africains. Réfugiée en Guinée avec son mari de l’époque, Stokely Carmichael, elle enregistra quelques-unes de ses plus belles plages musicales. Plages aujourd’hui rééditées sous le nom de The Guinean Years … Bref, je ne vais pas me lancer dans un hommage à Miriam Makeba, le site de Vibrations l’a déjà fait et très bien! Allez-donc y jeter un coup d’œil.

Sinon, je rentre du Sénégal où il se passe plein de belles choses musicales, mais où la tension monte dans les banlieues de Dakar. J’y reviendrais.