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De Akim El Sikameya à Carla Bruni en passant par Pura Fé

Akim El Sikameya et Taofik FarahHier soir sur la scène du château du festival de la Cité, le chanteur oranais Akim El Sikameya a fait l’unanimité. Akim el Sikameya, c’est la virtuosité mise au servie de la chaleur humaine et de l’humanité. Sa voix grimpe les octaves comme vous chantez sous votre douche et il joue du violon debout. Immédiatement à l’aise sur la nouvelle scène circulaire du festival, Akim El Sikameya a distillé son concert comme un derviche tourneur au ralenti. A ses côtés, le joueur de mandole, Salim Allal et le vertigineux guitariste Taofik Farah tissent une toile musicale méditerranéenne qui réconcilie la musique arabo- andalouse avec ses racines africaines et le sud de l’Europe. Le public ne s’y est pas trompé: en moins d’une heure, les 2000 spectateurs ont chanté, dansé et terminé le concert dans une standing ovation. J’ai filmé une bonne partie de la prestation, mais  la caméra est repartie dans les bagages de Salim Allal… Ce sera donc pour une autre fois.
Bon, vous me direz que, étant la programmatrice de ce concert, je fais ma pub. Mais je vous assure que j’ai vu Akim un bon nombre de fois maintenant et que la magie opère à chaque concert et dans n’importe quelle condition: en club, en plein air, dans un théâtre…. Pour la petite histoire, la dernière fois que je l’ai vu, en février dernier à Genève, j’ai offert à Taofik Farah le dernier CD de la géniale chanteuse amérindienne Pura Fé que nous avions écouté ensemble dans la voiture. Et, devinez quoi? Ce-dernier joue aussi avec une certaine Carla Bruni et le lui a transmis, Passons outre l’indélicatesse de Tao qui a donné un CD qui lui était destiné (je blague… ), l’idée que la première dame de France ait craqué sur Pura Fé, ma plaît assez. Pas vous?

Akim El Sikameya: « Je n’ai jamais aimé les eaux qui stagnent »

L’Oranais Akim El Sikameya réinsuffle  la vie à la musique arabo-andalouse de ses origines. Il fera escale à Genève le 18 février en compagnie de son amie espagnole Mara Aranda. Interview.

Toujours en mouvement, Akim El Sikameya explose de créativité sur son troisième album réalisé en compagnie de Philippe Eidel. Le chanteur et violoniste y fait monter et descendre sa voix de contre-ténor dans un tourbillon de musiques dansantes et profondes. Introducing est bien plus qu’une introduction, c’est une séance d’initiation à une musique acoustique puissante et fédératrice. Attablé à une petite table du Café du Train Bleu, à la Gare de Lyon, Akim El Sikameya s’en explique, de sa voix si particulière, qui accroche immédiatement.

Né à Oran d’un père procureur, entouré de grands frères carriéristes, qu’est-ce qui vous a poussé à étudier la musique arabo-andalouse dès l’âge de huit ans?

Akim El Sikameya Mon père était mélomane, issu d’une famille de musiciens. Mes parents étaient originaires de Tlemcen, une ville arabo-andalouse qui a, comme Constantine ou Fez, accueilli les Musulmans expulsés d’Espagne en 1492. J’ai toujours aimé la musique arabo-andalouse, mais après l’avoir étudiée assis en costard-cravate pendant de nombreuses années dans une école réputée d’Oran, j’en ai eu marre. J’avais envie d’autre chose, j’avais envie de la démocratiser. J’ai lancé mon premier groupe El Meya en 1990. J’y ai tout de suite introduit un piano parce que j’avais envie d’innover. Ce qui était une hérésie pour les puristes. Mon école m’a d’ailleurs fait passer en conseil de discipline. Je cherche toujours à me projeter plus loin. Je n’ai jamais aimé les eaux qui stagnent.

Quand on pense à Oran dans les années 80, on pense au raï. N’avez-vous jamais été tenté d’en faire ?

Akim El Sikameya J’adorais le raï. Mon idole était Cheb Hasni. Mais je ne pouvais pas chanter le raï de Cheb Khaled ou de Cheb Mami parce qu’ils avaient des textes trop directs, trop crus. C’était trop vulgaire pour quelqu’un comme moi, abreuvé aux valeurs de l’amour courtois. Cela dit, la musique arabo-andalouse est d’essence métisse. Elle a reçu l’influence des Perses, des Grecs, des Berbères ; elle est juive, chrétienne et musulmane. Avec El Meya, on jouait du raï, mais du raï traditionnel, le raï des anciens ! On jouait également le répertoire marocain.

Vous arrivez en France en 1994. Comment vous relancez-vous dans la musique ?

Akim El Sikameya Deux de mes grands frères, mes aînés de 25 ans, furent condamnés à mort par le FIS et s’enfuirent. C’était l’époque ou le FIS ciblait tous les intellectuels. Dès que j’ai eu fini mes études, je les ai suivis. Je suis arrivé à Marseille. Au début j’avais juste un visa d’un mois pour un atelier culturel. J’ai dû ensuite entamer un parcours de combattant pour régulariser ma situation. J’ai été beaucoup aidé par le réseau de solidarité en faveur des Algériens. J’ai fait un master en management, puis j’ai cherché du boulot. À Marseille, j’ai retrouvé deux des musiciens de El Meya et l’on s’est mis à tourner dans le milieu associatif. C’est ce qui m’a permis de subsister. J’ai toujours été actif dans le milieu associatif. Aujourd’hui, je fais des ateliers de chant arabo-andalou pour des jeunes ados du 11e et du 20e. Cela me permet aussi de faire passer le message de tolérance et de paix contenu dans cette musique. Je serai toujours contre le fanatisme sous toutes ses formes.

Sur ce nouvel album, Introducing, on vous sent libéré…

Akim El Sikameya Pour la première fois, j’ai écrit tous les textes moi-même. Ce sont toujours des textes très imagés. Ils ont parfois plusieurs niveaux de lecture, comme « Le Sultan Tyran », une fable à la fois politique et érotique. Il y a toute une tradition de la littérature arabe érotique à laquelle je souscris. Sur ce disque, je me suis affirmé. Je me suis même fait rattraper par le raï puisque j’utilise tout le panel de ma voix, des graves aux aigus alors qu’avant je n’étais que dans les hauts.

Cette interview a initialement été publiée dans le magazine Vibrations.

À écouter:

Akim El Sikameya, Introducing (World Music Network/Harmonia Mundi)

En concert avec Mara Aranda à:

Plan-Les-Ouates (Genève), la Julienne, jeudi 18 février, 20 h.

Billets: achat en ligne ici

Site internet:

http://www.akimelsikameya.com

Mon disque du mois de février: Akim El Sikameya

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S’il ne fallait en acheter qu’un ce mois, ce serait le disque du chanteur oranais, Akim El Sikameya qui paraît aujourd’hui dans les bacs. Parce qu’il dégage une énergie incroyable, parce qu’il est à la fois chaleureux, entraînant et profond. Nourri à la culture arabo-andalouse depuis son plus jeune âge, Akim El Sikameya se montre ici dans une formule arrivée à maturité où il intègre, à la musique de ses origines, flamenco, valse et toutes sortes d’autres rythmes en perpétuelle mutation . Enregistré dans les conditions du live, ce disque séduit d’emblée grâce à la voix de «crooner» d’Akim El Sikameya qui sait se faire androgyne lorsqu’elle monte très haut, tout en assurant les parties basses, plus classique, en arabe. Chansons tristes et noubas endiablées s’enchaînent en crescendo sur des instrumentations originales, précises. Apothéose sur «Ya Waadi» aux arrangements teintés de jazz qui évoque l’exil sur un mode à la fois nostalgique et serein. La classe!

Akim El Sikameya, Introducing (World Music Network/Dist Harmonia Mundi)