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Il est temps de fêter la nouvelle année!

Le 10 septembre prochain, le Festival de la Bâtie fêtera la nouvelle année éthiopienne 2004. Pour cause de calendrier copte et parce que, depuis quelques années déjà, un groupe de blancs-becs genevois ne peut s’empêcher de décliner les musiques éthiopiennes sous toutes leurs formes. Imperial Tiger Orchestra a d’abord commencé par s’attaquer aux classiques de l’âge d’or de la musique éthiopienne en version instrumentale. Avec pas mal de recul et de culot: du free jazz au funk, ils  ont pétri et malaxé rythmes et harmonies pour mieux se les approprier. Depuis peu ces musiciens hors catégories s’intéressent à des musiques  plus récentes (dont celles composées sous le régime du Derg) ainsi qu’aux genres voisins issus de toute la Corne de l’Afrique.

Le projet de Nouvel An genevois dont il est question ici, est né en juin 2010. J’avais invité  les tigres genevois à faire la première partie d’un concert de Mahmoud Ahmed et du Badume’s Band à la salle du Vélodrome de Plan-Les-Ouates. Un ami restaurateur éthiopien, Dereje, présent dans la salle fut conquis tant par la prestation d’Imperial Tiger Orchestra que par celle du vénérable Mahmoud Ahmed. Il m’apprit à cette occasion que le Nouvel An copte avait lieu la nuit du 10 au 11 septembre. De là à songer à  fêter dignement cet événement à Genève, ville qui rassemble une des plus grandes communautés éthiopienne et érythréenne de Suisse…

Parallèlement, Raphaël Anker, fou de musiques africaines depuis son plus jeune âge, et ses comparses d’Imperial Tiger Orchestra préparaient leur premier CD, «Mercato». Tous avaient flashé sur un titre de la grande chanteuse Hamelmal Abaté qu’ils firent interpréter pour l’occasion par une artiste éthiopienne du bout du lac: Bethelem Dagnachew,aussi surnommée Betty. Le premier pas vers des musiques chantées était osé…

La même année, le groupe s’était produit au Festival des Musiques Ethiopiennes d’Addis Abeba, mis sur pied par Francis Falceto, alias Monsieur « Ethiopiques ». Il y rencontra Endress Hassan, joueur de masenqo, avec lequel il se découvrit des affinités baroques.

Lorsque le festival de la Bâtie, séduit par l’audace de ces Genevois, donna une carte blanche à Imperial Tiger Orchestra à l’occasion du Nouveal An éthiopien, le groupe songea logiquement à rassembler sur une même scène Hamelmal Abaté, Bethelem Dagnachew et Endress Hassan. Une revue d’un genre nouveau qui a également séduit d’autres programmateurs à Zurich, à Berne et Paris pour un spectacle qui s’annonce aussi incroyable qu’unique. A ne rater sous aucun prétexte!

Pour avoir une idée de  l’esprit décalé et passionné qui anime Imperial Tiger Orchestra, découvrez cette vidéo d’une récente tournée en Russie en Hollande et en France réalisée par leur batteur Julien Israelian.

Et bientôt sur ce blog, la carrière de Hamelmal Abaté, des images des répétitions qui commencent demain and more…

Hamelmal Abaté et Imperial Tiger Orchestra on tour:

Zurich, Theaterspektakel, dimanche 4 septembre

Genève, la Bâtie, salle du Faubourg, samedi 10 septembre

Paris, Point Ephémère, jeudi 15 septembre

Berne, Beeflat, dimanche 18 septembre

L’irrésistible groove éthiopien

Les vétérans de la scène d’Addis Abeba, Mahmoud Ahmed et Alemayehu Eshèté sont de retour avec leurs amis bretons du Badume’s Band.

Véritable bol d’air au sein du petit business des musiques du monde, Musiques Métisses n’aime pas les musiques formatées. Tant mieux. Cette année, le festival s’est même spécialisé dans les big bands. Les tambourinaires d’abord avec Les Tambours des Docks, les uniques Tambours du Burundi (sur lesquels je reviendrais) et les foudroyants Tambours de Brazza. Créés à l’initiative du batteur congolais Emile Biayenda, ils reviennent en force avec une musique complètement ouverte. Traditionnel, tribal, festif, moderne, cet ensemble de tambourinaires pas comme les autres accueille un violoniste, un rapper ou le chanteur mauricien Menwar quand ces membres ne s’adonnent pas à des joutes dansées impressionnantes. Un gros chaudron qui pulse au rythme de la passion musicale.

Parmi les autres bigs bands, il faut signaler les Guinéens des Espoirs de Coronthie, qui même entassés sur la minuscule scène du mandingue, parviennent à séduire avec leurs mélanges de rythmes soussous et mandingues, d’arpèges de la kora, de rifs électriques, de voix et de danses et le Bahianais Carlinhos Brown dans une prestation pourtant plutôt décevante. Sauvé in extremis par son amie Margareth Menezes.

Last but not least, Mahmoud Ahmed et Alemayehu Eshèté ont enflammé le public de la nouvelle grande scène en surmontant les obstacles de circonstance. À savoir, un public clairsemé – ils ouvraient la soirée à 19 h 30 –  et une lumière du jour encore éblouissante. Séducteur impénitent, en costard anthracite, le pas alerte et l’œil vif, Alemayehu Eshèté roucoule et oscille entre soul, twist et rock’n’roll, made in Addis Abeba.
Le charme de Mahmoud Ahmed est tout autre. Vêtu en habit traditionnel blanc de la tête au pied, il semble de prime abord plus réservé. On se surprend à tendre l’oreille après avoir été pris dans l’opération de charme facile d’Alemayehu Eshèté. Lentement mais sûrement, les Bretons du Badume’s Band montent le son de leurs cuivres, guitares et claviers. Mahmoud Ahmed, danse saute et accroche le public d’un sourire, d’une voix encore superbe. Et finit en apothéose avec ses grands succès («Ere Mela Mela», «Addis Abeba Beheté»,) dont le public entonne les refrains. Le temps s’accélère et déjà il est loin. Tout simplement impérial !

C’est cette formation que je fais venir jeudi prochain, pour un unique concert en Suisse à Genève (Plan-Les-Ouates) avec, en prime les Genevois de Imperial Tiger Orchestra en première partie. De la Suisse à La Bretagne, la musique éthiopienne fait des émules aux quatre coins du monde et s’offre une deuxième vie grâce à ces nouveaux contacts. Ne les ratez pas !

Imperial Tiger Orchestra, Badume’s Band, Alemayehu Eshèté et Mahmoud Ahmed. Plan-Les-Ouates. Salle du Vélodrome. Vendredi 27 mai, 20 h.