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Mon Mondial à moi

Je n’aime pas le foot. Je n’ai rien contre ce sport en tant que tel. Depuis que j’ai vu le film «Looking For Eric» , j’ai même une certaine sympathie pour ses supporters. Seulement voilà, il m’est aussi impossible de me concentrer devant un match que devant la Nouvelle Star. Immanquablement, quand il se passe quelque chose d’important, je regarde ailleurs ou je pense à autre chose. Cela dit, j’aime bien les Mondiaux parce que, tout à coup, toutes les terrasses de la ville sont libres à l’heure de l’apéro. D’une certaine façon, j’aime aussi découvrir les résultats des matches en observant les déferlantes des différentes communautés, en fin de soirée, dans les rues de Lausanne.

Et puis là, en Afrique du Sud, musicalement on commence fort. Shakira n’a rien trouvé de mieux que de pomper son hymne officiel – «Waka Waka» – sur un vieux tube africain des années 80, propriété d’un groupe de l’armée camerounaise du nom de Zangalewa! Voilà qui vaut son pesant d’ironie et une rentrée d’argent inespérée pour Zangalewa. Et, comme si elle voulait se rattraper, Shakira s’associe alors aux Sud-Africains politiquement corrects de Freshlyground pour chanter son fameux hymne… Comme le dit l’adage «there is no business like show business, like no business at all»… Je n’ai toujours pas réussi à savoir si, du coup, les musiciens de Zangalewa avaient eu un ticket pour Pretoria. J’ai plutôt l’impression qu’on cherche à étouffer l’affaire, mais bon si vous avez des infos, dites-le-moi! En attendant, flashback sur leur vidéo (personnes sérieuses s’abstenir…).

Du côté africain, il y aura quand même beaucoup d’artistes intéressants dans le pays de Mandela: les touaregs de Tinariwen, la Camerounaise Kareyce Fotso et Amadou & Mariam, le couple d’aveugles du Mali. Qui en profite pour sortir des remixes de leur morceau «Africa» réalisé avec K’Naan. C’est Bob Sinclair, mais surtout le soundsystem londonien Radioclit qui s’y sont collés et les deuxièmes ne s’en sortent pas mal du tout! Bref, je voulais partager le remix de Radioclit avec vous, mais visiblement les fonctionnalités de ce blog wordpress ne le permettent pas… A vous de chercher!

Mais la bande-son idéale de ce Mondial, est proposée par l’excellent label Out Here à travers une compilation de house. Vous avez bien lu, c’est de la house. Inutile donc d’écouter ça dans votre salon. Ces 13 morceaux de musique de danse assez variée proviennent tous des ghettos d’Afrique du Sud. On y trouve du kwaito qui ne fait pas dans la dentelle avec DJ Cleo ou Pastor Mbhobho mais aussi l’incontournable DJ Mujava dans un morceau à la fois tribal, festif et minimal. Et quelques révélations comme la poétesse Ntsiki Mazwai, dub poet des temps modernes qui pose sa voix percutante sur des beats métronomiques. Ou encore le morceau de transe hypnotique «Mexican Girl», le rêve d’un certain Aero Manyelo retranscrit en musique. Uplifting!


«Ayobaness, The Sound of South African House», Outhere Records.

A propos de LA musique africaine

Il y a quelque temps, j’ai eu une grande discussion téléphonique avec le manager d’un artiste suisse dont je tairais le nom. Le dit manager était aussi un grand fan et producteur de musiques africaines et antillaises. il me reprochait, ainsi qu’à la plupart de mes confrères journalistes mon élitisme musical, arguant que la musique africaine dont on parle en Europe – Ali Farka Touré, Rokia Traoré… – n’était pas le fait d’artistes représentatifs de leur pays ou de leur continent puisque « se vendant » mal au pays. Et pourquoi donc ne parlait-on jamais de la musique populaire africaine: le kuduro en Angola, le rap ou Koffi Olomide qui remplit chaque année le stade de Bercy, Meiway et tous les autres que j’oublie…

Ce à quoi je rétorquais que le stade de Bercy était rempli de Congolais quand Koffi Olomidé s’y produit. Les goûts ne sont pas les mêmes et ce qui plaît aux uns, ne plaît pas aux autres. Mais surtout, le critère de popularité ne peut être retenu comme le seul critère d’intérêt pour un journaliste. Pour preuve tous les compositeurs de musique classique et tous les peintres qui n’eurent aucun succès de leur vivant et furent encensés après leur mort. Cela dit, se pencher sur les grands courants musicaux, parfois passionnants et foisonnants comme le kuduro, peut être très intéressant, d’un point de vue social comme artistique. Mais que dire sur le zouk mutant du Cap Vert qui fait se remplir les pistes de danse des discothèques, mais qui nous laisse de marbre.

Pourquoi parler de l’un et pas de l’autre. Après avoir retourné la question dans tous les sens, j’ai résolu le problème par un parti pris entièrement subjectif: je ne parle et n’écris que sur des musiques qui me touchent, des musiques dont j’ai envie de me faire la « passeuse » parce que j’ai été séduite par les valeurs ou l’énergie qu’elles véhiculent. Inutile de « ghettoïser » la world music là-dedans, car c’est un a priori que j’ai toujours appliqué à toutes les musiques qu’elles soient américaines, congolaises ou françaises. Sans aucune prétention.

En fait, le terme même de world music ou de musique du monde (comme celui de black music d’ailleurs) m’énerve. Et là je rejoins mon interlocuteur qui affirmait que  la world music telle qu’elle existe depuis près de 30 ans est une nouvelle forme de néo-colonialisme. Mettre toutes les musiques (autres que nos musiques occidentales) dans un sac est évidemment incroyablement réducteur. On ne peut même pas parler d’une musique africaine ou asiatique, c’est comme si on parlait d’une musique américaine ou européenne sans tenir des comptes des spécificités de chaque région, tradition et de leur évolution. Mais notre esprit rationnel est ainsi fait qu’il a besoin de construire des petits ensembles qu’il va ensuite mettre dans un plus grand ensemble, puis dans un grand tout. On a dû faire trop de géométrie à l’école! Et on arrive ainsi à des généralisations aberrantes sur LA musique africaine! Encore un cliché au même titre que ceux véhiculés sur l’Afrique qui se meurt, l’Afrique rongée par le SIDA, l’Afrique diabolisée… A voir et à écouter à ce propos l’excellente conférence de l’écrivaine nigériane Chimananda Ngozi Adichie.

Pour en revenir à la musique, il est clair que dans beaucoup de pays d’Afrique, il y a deux marchés, celui tenu par les producteurs locaux qui font de la musique pour le marché local et celui tenu par les Blancs qui font des CDs pour l’international. Ce qui semble assez logique puisque les auditeurs locaux vont accorder beaucoup plus d’importance aux paroles qu’à la musique. Les Occidentaux par contre (qui ne comprennent pas les paroles) s’intéressent plus à la musique qu’aux paroles. Même Youssou N’Dour et toute la structure qu’il a mis en place au Sénégal peine à diffuser ses enregistrements sur le marché international. Il est probable qu’il faille encore une génération pour que les producteurs africains arrive à diffuser sur les deux fronts. C’est d’ailleurs au sein des musiques les plus urbaines, comme le label Sheer Music, producteur de  DJ Mujava, que certains commencent à faire leur chemin.

Reste que le graal pour les artistes d’Afrique de l’Ouest en tous cas (c’est ceux que je connais le mieux)  est de décrocher un contrat avec un producteur occidental. C’est la garantie de gagner de l’argent en vendant ses disques chers (comparativement au pouvoir d’achat africain) et sans supporter le fléau de la piraterie. C’est une ouverture aussi vers des tournées bien rémunérées. Et à terme un établissement en Europe. Certains s’intéressent aux arrangements, au travail de production. D’autres s’en fichent complètement.

L’essentiel reste pourtant que la musique, comme la littérature, circule et qu’on s’extirpe  enfin des clichés sur la musique africaine. Qu’on arrête de se poser des graves questions. Du genre: cette musique africaine est-elle suffisamment roots? Grâce à des DJ, des rappers, mais aussi grâce aux musiques savantes, traditionnelles ou populaires, les musiques africaines montrent qu’elles sont multi-formes, comme partout dans le reste du monde.

Ouf, me voilà rassurée. Je peux donc savourer tranquillement le génial coffret de rééditions « African pearls 5  » consacré à la Côte d’Ivoire,  me délecter du pré-CD de Bako Dagnon, la grande griotte malienne et aller voir les dernières nouvelles du  sound system Radioclit sur leur myspace. En toute bonne conscience.

Ma compilation de musiques africaines

modern-africa-cover

De l’afrobeat de Femi Kuti aux élans rock de Terakaft, de DJ Mujava au joueur de kora Toumani Diabaté, les musiques africaines modernes me réjouissent chaque jour d’avantage. En voici un aperçu sous la forme d’une compilation que j’ai réalisée dans la toute nouvelle collection de disques world du magazine Vibrations. Ce disque s’appelle Modern Africa et vient de sortir en magasins de disques. On peut aussi le commander et écouter des extraits audio sur le site vibrationsmusic.com. Pour plus d’infos sur ce projet et ces artistes, consultez la page Modern Africa de ce blog…