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Afrobeat encore et toujours

AFROBEAT Plus que jamais, Fela Kuti, son message, sa musique sont à l’ordre du jour. Un musée à sa mémoire et une comédie musicale le consacrent, alors que la scène afrobeat explose partout dans le monde.

Antibalas ©Marina Abadjieff

Antibalas ©Marina Abadjieff

Avec l’immense batteur Tony Allen, Fela Kuti fut le créateur d’une nouvelle forme de musique de transe urbaine, l’afrobeat, créée à partir d’un mix inédit de rythmes traditionnels, de juju, de highlife, de jazz et de soul. Il fut aussi un agitateur, utilisant la musique comme une arme, comme un cri de ralliement dans un Nigeria chaque jour un peu plus corrompu sous l’effet d’un gigantesque boom pétrolier. Fela, cousin du célèbre écrivain Wole Soyinka, était un personnage fascinant, charismatique, qui a su créer la légende de son vivant. Par exemple en organisant en 1978 une cérémonie de mariage où il épousera 27 femmes, pour la plupart des danseuses et choristes de son ensemble!
Il a surtout été l’un des premiers (avec Miriam Makeba) à avoir redonné fierté aux Africains, à avoir osé une critique politique virulente, à avoir formulé une prophétie sociale qui s’est avérée exacte en bien des points. Beaucoup des constats qu’il dresse alors – corruption galopante, permanence de la mainmise des ex-puissances coloniales sur l’Afrique – étaient irrecevables. Ils sont aujourd’hui parfaitement accrédités en Europe comme en Afrique.
Lorsqu’il meurt, le 2 août 1997, personne ne pense que son héritage prendra un tel envol. Certes, deux de ses fils – Femi l’aîné et SeMise en page 1un le cadet – se mobilisent pour reprendre l’un le club de son père, l’autre son orchestre Egypt 80. Ils ont fait depuis une belle carrière, chacun sous son nom.
Pourtant, depuis une quinzaine d’années, c’est de l’Occident, de «Babylone», que le mouvement renaît. Des groupes d’afrobeat émergent un peu partout en Europe, aux Etats-Unis et se font les nouveaux apôtres du genre. Jusqu’en Suisse, où les Faranas outre-Sarine et Professor Wouassa sur les bords du Léman sont eux aussi des adeptes de cette musique……

Initialement paru dans Le Courrier du 10 novembre 2012, cet article fait intervenir Martin Meissonnier, François Bensignor, Martin Perna d’ Antibalas et DJ Ness. Il est disponible dans son intégralité  sur le site de mon quotidien préféré!

Révolution africaine au Cully Jazz Festival

L’édition 2011 du Cully Jazz Festival se sera déroulée comme un long crescendo d’excellentes musiques. Côté jazz, il y eut des moments d’exception, dont  Tigran Hamasyan en solo au temple, l’incroyable contrebassiste israélien Avishai Cohen ou  Archie Shepp grand maestro parvenu au sommet de son art  à 74 ans! Mêlant classiques de son répertoire, blues (qu’il chante lui même et fort bien) et innovation avec l’incroyable Napoléon Maddox à la voix. Rarement rap –  ou plutôt spoken world  comme disent les Anglais –  n’a atteint un tel niveau de subtilité, de sensibilité, d’excellence. Chapeau! Eric Legnini avec la chanteuse à la voix marquée Krystle Warren a été le premier à développer les liens infinis qui lient la plupart des musiques à l’Afrique.

Le maestro Gilberto Gil avec son fils et le grand Jacques Morlenbaum à la contrebasse a débarqué en toute tranquillité. Pour un show grandiose. Extrapolant à partir de cette formule minimale, Gilberto Gil, chante, siffle, glisse dans des chants de gorge, frappe sa caisse de résonance comme une percussion ou ponctue ces sentences d’une seule note répétitive. Si vous avez raté la chose, le concert existe en disque sous le nom de Banda Dois. Il ne me semble pas que le disque soit distribué en France, ni même disponible sur Itunes mais il est téléchargeable légalement ici. Y figure entre autres un titre en français intitulé «La Renaissance Africaine».

Ça tombe bien parce que hier soir, vendredi 1er avril, le Cully Jazz baignait en pleine renaissance africaine. D’abord avec l’incroyable duo Ballaké Sissoko et Vincent Segal. Une première suisse et une première pour moi dans l’église du village. Ensemble, avec émotion, humilité et pas mal d’humour, le Malien, virtuose de la kora et le Français, champion du violoncelle, ont revisité les standards de la culture mandingue en les mêlant à leurs propres compositions. Thèmes classiques, évocations courtes ou nouveaux morceaux de Ballaké Sissko se sont enchaînés. Une subtile alliance entre les arpèges vertigineux de la kora et les mouvements d’archets ou les cordes pincées du violoncelle. Les yeux fermés, complices, les deux amis se laissent porter par leur inspiration, Ballaké ponctuant de quelques « hums » appréciateurs ces moments de félicités partagés.

Au Chapiteau, il faut quelques minutes pour s’adapter à l’ambiance débridée que  Seun Kuti et son big band composé de quelques anciens d’Egypt 80 et d’une flopée de jeunes musiciens est entrain de mettre en place. Evidemment on ne peut s’empêcher de comparer cette prestation à celle de son aîné Femi Kuti, présent l’an passé sur cette même scène. Là où Femi impressionnait avec un spectacle parfaitement rôdé,  calé à la seconde près, avec des danseuses et choristes renversantes, Seun Kuti semble évoluer au sein d’un big band beaucoup plus chaotique. Mais le chaos est savamment orchestré. Passé la transition d’une musique de recueillement à cette transe nigériane, on entre dans la musique sans ne plus pouvoir  lâcher l’affaire. C’est que Seun Kuti a hérité d’une bonne dose de charisme de son père. Danseur époustouflant, saxophoniste de bon niveau, il a la diatribe vindicative. Il fustige les bombardements en Lybie par un Occident qui cherche à oublier qu’il a enrichi Khadafi pendant de nombreuses années en lui achetant son pétrole et en fermant les yeux. Il défend les joints et éructe contre les autorités qui encouragent la vente de cigarettes, drogue légale. Mais surtout, Seun Kuti a décidé d’annoncer à l’Europe l’imminence d’une  révolution africaine en tournant autour d’un des morceaux fétiches de son tout nouvel album «Rise». Comme Martin Meissonier, fidèle ami et producteur de ses débuts, nous le disait il n’y a pas si longtemps «le groupe de Seun Kuti me fait parfois penser à l’Arkestra de Sun Ra». Jugez plutôt sur cette vidéo réalisée en 2005 aux Nuits de Fourvière:

Archie Shepp, Phat Jam in Milano, (Dawn of Freedom)

Gilberto Gil, «BandaDois» (WMI)

Ballaké Sissoko & Vincent Segal, «Chamber Music» (No Format)

Seun Kuti, «From Africa With Fury: Rise», Knitting Factory Records

Ma compilation de musiques africaines

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De l’afrobeat de Femi Kuti aux élans rock de Terakaft, de DJ Mujava au joueur de kora Toumani Diabaté, les musiques africaines modernes me réjouissent chaque jour d’avantage. En voici un aperçu sous la forme d’une compilation que j’ai réalisée dans la toute nouvelle collection de disques world du magazine Vibrations. Ce disque s’appelle Modern Africa et vient de sortir en magasins de disques. On peut aussi le commander et écouter des extraits audio sur le site vibrationsmusic.com. Pour plus d’infos sur ce projet et ces artistes, consultez la page Modern Africa de ce blog…