Archives du blog

Mon disque du mois de mai: Imany

Vous en avez sûrement déjà entendu parler: la belle Imany écume depuis des mois les scènes de France et de Suisse, en première partie de Ben et l’Oncle Soul ou sous son nom. Moi j’ai flashé il y a quelques temps déjà, via un EP quatre titres qu’elle vendait à la sortie de ses concerts. Un enregistrement voix et guitare. Mais pas n’importe quelle voix et pas n’importe quelle guitare. La voix est grave, masculine et fait évidemment penser à Tracy Chapman et la guitare est acoustique, teintée de flamenco. Bon, je reconnais avoir un petit faible pour la guitare acoustique: j’adore lorsque chaque corde pincée résonne comme un sanglot retenu. Et lorsque ces arpèges se collent à cette voix si particulière, c’est le frisson garanti. Tellement simple, tellement séducteur aussi, que j’avoue m’être dit: « Sympa, mais je vais m’en lasser après quelques écoutes ».

Six mois plus tard, alors que le vrai disque paraît enfin (toujours largement acoustique, mais un peu plus funky), ça me plaît toujours autant, sans que j’arrive vraiment à dire pourquoi. Certains plans racoleurs m’agacent ( les choeurs d’enfants sur «Take Care») et j’avoue préférer encore la fraîcheur du single, pris sur le vif aux orchestrations du CD. Mais je dois reconnaître que «The Shape of A Broken Heart» est bien fichu. Et je ne suis pas la seule puisque à peine sorti, le disque s’est placé dans les meilleures ventes numériques du moment.

Il n’y a pas grand chose de plus à dire si ce n’est qu’Imany est une artiste comorienne, née en banlieue parisienne de père militaire. Son nom d’artiste signifie « espoir » en swahili . Après avoir été mannequin aux quatre coins du globe, elle s’est mise à la musique pour conjurer cette voix dont elle avait honte petite et pour se (re)découvrir sous des atours moins glamours. Pari gagné. Elle fera sa première scène avec  son band le 14 juin au New Morning. A guichets fermés.

Imany, «The Shape of A Broken Heart» Think Zik

Bye bye Lhasa

Lhasa chantait « I used to say, I am ready. Show me the way, I am ready… » Lhasa est décédée d’un cancer dans la nuit du réveillon 2010. Elle se savait déjà condamnée lorsqu’elle enregistra son dernier disque, paru il y a quelques mois. A la fois  sombres et lumineuses, ces chansons renvoyaient aussi bien aux derniers enregistrements de Johnny Cash (« American III: Solitary Man ») qu’à des comptines d’enfant. Lhasa touchait, en plein cœur. Lhasa est morte et c’est vraiment une bien triste façon de commencer l’année. Grâce à elle, grâce à son premier et magnifique «La Llorona», amateurs de rock, de folk et même de rap ont découvert les musiques du monde. Grâce à elle, l’ouverture d’esprit, la sensibilité et l’intelligence musicale ont su se faire entendre auprès d’un large public. Lhasa était mexicaine, américaine, mais avant tout citoyenne du monde. Sa voix fragile, cristalline et grave séduisait aux quatre coins du monde. Elle est morte et il ne restera d’elle que quelques images filmées et trois disques, qu’on ne peut que recommender d’écouter et de réécouter.

Mon disque du mois d’avril: Lhasa

lhasa-coverLe mois d’avril touche à sa fin. L’excellent disque de Lhasa vient l’illuminer.

Dès les premières notes, on sait que cet album est de ceux qui marquent, de ceux qu’il ne vaut mieux pas écouter un soir de déprime. Le premier morceau est une longue prière, entre ballade et chant religieux, le second un blues traversé par la guitare de Charlie Watson. La voix est fraîche, juvénile: c’est celle de Lhasa, cette chanteuse américano-mexicaine qui avait été une révélation en 1997 avec son premier disque «la Llorona», entre rock, cabaret et folklore mexicain. Lhasa montrait alors une voie unique, différente. Une voie de nomade. Enfant, elle a sillonné les Etats-Unis à bord du bus de ses parents. Adulte elle a fait partie du Cirque contemporain «Pocheros» avec ses trois sœurs, a vécu à Marseille, au Québec. Et pour confirmer son atypisme, elle a attendu près de sept ans avant de sortir « The Living Road». Chanté en anglais, en français et en espagnol, ce deuxième volet s’ouvrait à de nouveaux genres musicaux (gospel. blues). 2009 est l’année du troisième opus.

Comme son titre le laisse supposer «Lhasa» revient à l’essence de Lhasa.Une instrumentation sobre et inédite où se croisent harpe, guitares, pedal steel, basse, batterie, piano. Et le choix de l’épure pour évoquer l’amour, la vie, la mort. On pense autant à Johnny Cash qu’à Marcel Kanche ou à la pureté d’un chant d’enfant… Il se dégage de ce nouveau disque une impression d’universalité, mais aussi de gravité. Plongée tout entière dans sa méditation musicale, Lhasa, oscille entre évanescence et ancrage. Magnifique.

Lhasa, «Lhasa», Tôt ou Tard/Warner