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Vibrations est mort, vive Vibrations

Le numéro 1 de Vibrations paru en juillet 1991

Le numéro 1 de Vibrations paru en juillet 1991

Cette fois ça y est, l’annonce est officielle : le magazine Vibrations a mis la clef sous le paillasson. Bizarrement, l’annonce de cette mort me soulage. De méchantes rumeurs couraient depuis quelque temps déjà et je n’avais pas envie d’assister de l’extérieur (je n’y travaille plus depuis trois ans) à la lente agonie de ce magazine qui occupa tant de place dans ma vie. A lire les hommages et remarques sur Facebook, Vibrations a su rester jusqu’à la fin un magazine indépendant, de qualité et prescripteur.

Les souvenirs affluent : les débuts, les premières soirées hip hop et house à l’aube des années 90 dans « le temple du rock lausannois », autrement dit la Dolce Vita. Pierre-Jean Crittin et moi gravitions dans une saine ébullition entourés des DJs Mandrax et Jack O’Mollo, du photographe Benoît, des dessinateurs Noyau et Mix & Remix. A force de ressasser qu’aucun magazine musical francophone ne parlait de ces musiques qui nous excitaient tant, nous avons eu la prétention de vouloir faire ça nous-mêmes. Précisons que nous étions jeunes, utopistes et inexpérimentés. Nous voulions que Vibrations mette en avant ces filiations qui nous semblaient évidentes : du jazz au rap, du blues et du gospel au r’n’b, des musiques africaines à la house.

Le premier numéro, tiré à 10’000 exemplaires, fut vendu à la criée uniquement au Montreux Jazz Festival et au Paléo Nyon. Inutile de préciser que ce fut un fiasco financier mémorable… La couverture, signée Noyau, affichait un dessin jaune pétant sur fond bleu de Rob Gallagher, chanteur de Galliano. Galliano c’était ce groupe pionnier de l’acid-jazz londonien qui s‘offrait le luxe d’un vibe controller, soit un mec qui ne faisait pas grand chose, à part traverser la scène avec un bâton et une allure funky. Totalement superflu et en même temps indispensable ! Tout le paradoxe de l’époque.

Avec sa maquette noir-blanc, des dessins de Noyau et de Mix & Remix un peu partout, beaucoup de fautes d’orthographes, des nuits blanches et une ligne éditoriale qui se résumait à un base line foireux, « des rythmes etc », Vibrations était, de l’avis unanime des gens du métier destinés à disparaître avant même d’avoir pu fêter son premier anniversaire.

Vingt-deux ans plus tard, à l’heure où Vibrations ferme ses portes, il s’est imposé comme une référence dans la presse musicale francophone. Dire tout ce qu’il m’a apporté serait long, fastidieux et un peu nombriliste. Mais il y eut des rencontres incroyables, des régions entières du monde (comme le nord du Mali aujourd’hui à feu et à sang) qui se sont ouvertes à moi avec leur chaleur, leur énergie. Et puis surtout le travail accompli au quotidien avec des gens prêts à s’engager jour après jour.

J’ai lu l’autre jour sur Facebook un commentaire à propos de la disparition de Vibrations qui disait : « No more good vibrations ». Pas sûr. Vibrations était un magazine de passionnés qui attirait les passionnés, qu’ils soient lecteurs, pigistes, rédacteur en chef, éditeur ou graphistes comme Alex qui reprit le flambeau de Noyau et se démultiplia à la maquette pendant de nombreuses années. J’espère et je crois que l’école de Vibrations va permettre à ceux-là de transmettre toujours plus loin leur passion. Je souhaite en tous cas bonne chance et bon vent à tous les émules de Vibrations !

Mon disque du mois d’avril: Lhasa

lhasa-coverLe mois d’avril touche à sa fin. L’excellent disque de Lhasa vient l’illuminer.

Dès les premières notes, on sait que cet album est de ceux qui marquent, de ceux qu’il ne vaut mieux pas écouter un soir de déprime. Le premier morceau est une longue prière, entre ballade et chant religieux, le second un blues traversé par la guitare de Charlie Watson. La voix est fraîche, juvénile: c’est celle de Lhasa, cette chanteuse américano-mexicaine qui avait été une révélation en 1997 avec son premier disque «la Llorona», entre rock, cabaret et folklore mexicain. Lhasa montrait alors une voie unique, différente. Une voie de nomade. Enfant, elle a sillonné les Etats-Unis à bord du bus de ses parents. Adulte elle a fait partie du Cirque contemporain «Pocheros» avec ses trois sœurs, a vécu à Marseille, au Québec. Et pour confirmer son atypisme, elle a attendu près de sept ans avant de sortir « The Living Road». Chanté en anglais, en français et en espagnol, ce deuxième volet s’ouvrait à de nouveaux genres musicaux (gospel. blues). 2009 est l’année du troisième opus.

Comme son titre le laisse supposer «Lhasa» revient à l’essence de Lhasa.Une instrumentation sobre et inédite où se croisent harpe, guitares, pedal steel, basse, batterie, piano. Et le choix de l’épure pour évoquer l’amour, la vie, la mort. On pense autant à Johnny Cash qu’à Marcel Kanche ou à la pureté d’un chant d’enfant… Il se dégage de ce nouveau disque une impression d’universalité, mais aussi de gravité. Plongée tout entière dans sa méditation musicale, Lhasa, oscille entre évanescence et ancrage. Magnifique.

Lhasa, «Lhasa», Tôt ou Tard/Warner