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Blog Mali chapitre 2, gros plan sur Saramba Kouyaté

Mercredi 27 avril, notre petit déjeuner avalé, Lucy Duran, Lassana Diabaté et Cheick Camara et moi-même sommes repartis à la recherche de musiciens traditionnels encore actifs à Bamako. Lassana a réussi à retrouver la trace de Saramba Kouyaté, une chanteuse traditionnelle mandingue de Kita que Lucy Duran avait entendue sur une cassette intitulée « Kita Moussow ». « Kita Moussow » lui avait révélé une voix étonnamment pure et profonde avec des mélodies magnifiques, malheureusement peu mise en valeur par une production et un son médiocres. Si Saramba Kouyaté est bien connue des Maliens, elle ne l’est absolument pas au niveau international. Elle a accepté de nous recevoir, à la condition que Lassana prenne son balafon avec lui.

Profession: fabricant de balafons

Vieux DiabatéUn seul hic: pour des raisons qui nous échappent, Lassana se présente devant notre hôtel sans balafon… Qu’à cela ne tienne, nous commençons donc notre virée par une visite chez Vieux Diabaté, fabricant de balafons dans le quartier de Lafiabougou. Vieux est le fils de Keletigui Diabaté, que d’aucuns considèrent comme le plus grand balafoniste malien de tous les temps. (Il a joué avec Salif Keita, Habib Koité ainsi qu’avec Lionel Hampton et Ella Fitzgerald). Vieux nous reçoit devant son fourneau où il fait fumer des lamelles de balafon et où il enseigne les rudiments de l’instrument à son fils. 40 degrés à l’extérieur et encore plus sous l’avant-toit où le fourneau a été placé. Autant dire que nous ne faisons pas de vieux os.

Temps suspendu

Saramba Kouyaté_portraitSaramba Kouyaté, nous reçoit drapée dans une robe rouge à quelques kilomètres de là dans le quartier de l’ancien Lido sur la route de Kati, dans une maison que son patron, El Hadj Famakan Keita lui a offert juste à côté de la sienne. Dans ce corps imposant, dans ce visage radieux, ce sont les yeux pétillants qui frappent. Lassana installe le balafon, le percussionniste de Saramba prend place et la jam démarre.

D’emblée, on a le souffle coupé. Saramba Kouyaté est sans l’ombre d’une hésitation une très très grande voix malienne. Une voix au registre large, mais jamais stridente. Une voix juste, à la fois festive, intime, personnelle, … absolue. Les méandres de mon cerveau me font soudain voir, à la place de Saramba, la grande Dianne Reeves dont le dernier concert au Cully Jazz Festival m’a tant frappée. Les références culturelles de chacune de ces voix ne sont bien sûr pas les mêmes, mais toutes deux ont cette charge d’émotion universelle qui fait que le temps semble soudain être suspendu.

Eblouis!

Saramba Kouyaté_jamD’un coup, ce qui ne devait qu’être qu’un moment de pause musicale se transforme en un concert privé. Nous sommes tous captivés. On frappe parfois des mains, on esquisse quelques pas de danse. Même Lassana Diabaté est tellement ému que, tout en continuant de jouer d’une main, il sort un billet de sa poche et le tend à la chanteuse. La matinée file à la vitesse de l’éclair et l’on ressort de la maison de Saramba, ébloui, éberlué, pas encore tout à fait conscient d’avoir eu la chance de vivre un moment unique. Heureusement Lucy Duran a gardé l’esprit clair et a filmé des moments de ce concert improvisé dont voici un extrait.

Fakoli

La chanson qu’interprète Saramba Kouyaté s’intitule « Fakoli ». Elle raconte l’histoire de Fakoli Doumbia, un forgeron neveu et chef des armées de Soumaoro Kanté (XIIIè siècle). Selon la tradition Soumaoro Kanté était un roi sorcier terrifiant et conquérant. De son royaume sosso, il s’est attaqué à toutes les terres avoisinantes, y compris celles du royaume mandingue. Quand il enlève la femme de Fakoli, ce-dernier décide de se rallier à Soundiata Keita (de la famille royale mandingue). Plus tard Soundiata Keita, finira par vaincre Soumaoro et par reconquérir tous les royaumes de la région qu’il unifie pour former  l’empire mandingue.

 

 

 

Mon disque du mois de janvier: Bako Dagnon

Trève de plaisanterie. Il est temps de s’y remettre. A alimenter ce blog, je veux dire… Ce n’est pas parce que je croule sous le travail, qu’il fait moins 5°C dehors et que je me laisserais bien aller à une soirée » séries TV » qu’il faut se laisser aller. En plus c’est le 30 janvier et je n’ai toujours pas élu mon disque du mois. In extremis donc, mais depuis longtemps dans ma platine. la belle, l’unique Bako Dagnon.

Bako Dagnon est sans doute une des plus grandes chanteuses maliennes, une « griotte» unanimement respectée dans sa communauté. En 2003, elle accepte de participer à l’enregistrement du CD «Mandekalou», vaste fresque en hommage à la culture mandingue. À près de 60 ans, c’est son premier pas vers une carrière internationale. Suivra «Titati», premier opus solo, salué par la critique. «Sidiba», son dernier-né, va plus loin.

Épaulée par Jean Lamoot qui officia sur «M’bemba» (l’avant-dernier opus acoustique de Salif Keita),  Bako Dagnon démontre son intelligence musicale. Sa maîtrise vocale, son enracinement dans la culture mandingue, font que son style est reconnaissable dès les premières notes. Tout en subtilité. Les guitares acoustiques ou électriques, les percussions feutrées, les solos d’instruments à cordes traditionnels: tout concourt à donner un écrin toujours plus fin à cette voix décidément unique. Expérimentée, Bako Dagnon évite toutes les stridences dont certaines « griottes » font preuve. Celle qui fut connue et unanimement respectée pour sa voix claire et juvénile au pays, axe désormais sa carrière internationale autour d’une voix plus grave posée, la voix de la maturité. Thèmes classiques, ode aux guides de la révolution, ou chansons pour les femmes: les onze morceaux de «Sidiba» dégagent une force puissante, chaleureuse que l’on sent construite sur son lot de douleur. «Fadeen», longue incantation à peine rehaussée de quelques arpèges et percussions, bouleverse. D’une vie difficile, Bako Dagnon a su extraire le meilleur pour son art. «Sidiba» en fait une démonstration étincelante.

Bako Dagnon, «Sidiba», (Discograph)

surprise sur myspace

Je suis entrain de préparer un article sur les griots d’Afrique de l’Ouest et, plus particulièrement, sur les nouveaux djelis de l’empire mandingue pour l’Hebdo. En me baladant sur myspace, je me suis rendue compte que la page de Toumani Diabaté avait reçu la visite de quelque 187’000 visiteurs et celle de Bassekou Kouyaté, plus de 100’000. Intriguée, je me suis logiquement dit que, dans ces conditions, les artistes maliens plus connus, comme Rokia Traoré devaient littéralement « exploser » leur myspace. Eh bien non! Rokia Traoré plafonne à 55’000 visiteurs, Habib Koité à moins de 50’000. Certes, je sais que la gestion des comptes myspace et la quantité d’amis que l’on entretient fait pour beaucoup dans le nombre de visites. Mais ça fait quand même du bien de savoir qui ces deux artistes  qui viennent de sortir des disques acoustiques révolutionnaires ont été entendus par autant de monde. En tous cas, moi ça me fait chaud au cœur.

PS. Renseignements pris auprès des maisons de disques respectives de Toumani Diabaté et Basskou Kouyaté, ces deux CDs se sont vendus à près de 20’000 exemplaires dans nos contrées. Joli score (j’ai encore plus chaud au cœur).

Bassekou Kouyaté, Segu Blue, Out Here Records

Toumani Diabaté, The Mandé Variations, World Circuit