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Calvin Russell est mort

Quelques minutes pour regarder le grand classique «Crossroads» de Calvin Russel et vous ne pourrez que succomber au charme cabossé de ce grand Monsieur du rock et du blues. Calvin Russel était un rebelle, un torturé à la Johnny Cash. Son dernier album studio, «Dawg Eat Dawg» me faisait d’ailleurs curieusement penser aux derniers enregistrements du grand Monsieur de la country, ceux de la série American Recordings et, en particulier, le volume III «Solitary Man». Il s’en dégageait la nostalgie et la sérenité de ceux qui savent ou qui ont la prescience de leur fin. Aujourd’hui M. Calvin Russel s’est éteint chez lui au Texas, mais sa voix rocailleuse et son blues mélodieux résonnent toujours.

 

Calvin Russel, «Dawg Eat Dawg», XIII bis Records.

mon disque du mois de mai: Lokua Kanza

Ça devient franchement grave: voilà deux mois que je n’ai même plus eu le temps de remplir la rubrique « disque du mois » de ce blog. Et pourtant ce n’est pas les bons disques qui ont manqués. Même les morts – Johnny Cash, Ali Farka Touré – étaient en forme en ce début d’année!

Mais s’il est un disque que l’on ne peut pas rater en ce joli moi de mai et pour le reste de l’année et même à conserver religieusement dans sa discothèque: c’est le nouvel album de Lokua Kanza. Musicien congolais qui ne fait ni de la rumba ni du soukouss, Lokua Kanza est un incroyable talent musical. D’abord une voix qui peut aussi bien chanter des mélodies basiques que des chants pygmées. Ensuite une oreille qui sait tisser sa toile pour mettre en valeur ses polyphonies irrésistibles. Ce chanteur, guitariste, compositeur et arrangeur égrène ses enregistrements avec autant de parcimonie que de sensibilité et son dernier en date est peut-être bien son chef-d’œuvre.

Résident désormais à Rio, Lokua Kanza élargit encore l’angle de son champ musical. Enregistrant pour la plus grande part seul, Lokua Kanza fait le lien entre nature et modernité, entre spiritualité et émotion, entre danse et transe. S’entourant ensuite de quelques musiciens amis, il enrichit son répertoire de percussions légères, de chœurs, d’un ou deux duos vocaux, d’un piano ou d’ondes Martinot. Compositions subtiles, tubes potentiels, («On veut du Soleil») ou irrésistibles invitations à la danse: toutes ses chansons s’inscrivent dans ce même esprit défricheur et inspiré. Elles s’écoutent et se réécoutent en dévoilant toujours de nouvelles richesses.

Lokua Kanza, «Nkolo», Harmonia Mundi.

Mon disque du mois de février: Bau

Je suis entrain de me poser la question de rebaptiser ce blog « guitar addict« . Si ça continue comme ça, je ne vais bientôt écouter plus que des cordes. Mon disque du mois de février aurait pu être le disque posthume de Johnny Cash (le volume VI de la série American Recordings) qui paraît en ce 26 février 2010,  jour de son 78 anniversaire. Une œuvre crépusculaire où tout est dans la voix et dans les paroles et où la guitare n’est là que pour surligner le propos. Mais j’ai finalement opté pour «café Musique» de Bau, un disque à l’extrême opposé puisque entièrement instrumental. Attention Bau n’est pas un de ces virtuoses chiants qui aime les effets de manche! Ce musicien cap-verdien, grand amateur de Al Di Meola ou Stéphane Grappelli (il joue aussi du violon) possède sans conteste une technique vertigineuse, faite d’accélérations, de décélérations et d’un sens du son brillant. Mais cette technique est mise au service d’un univers musical foisonnant, tour à tour nostalgique, nerveux ou entraînant. Dans lequel se fondent ici et là des thèmes connus. Auteur de six disques instrumentaux, ex-directeur musical de Cesaria Evora, Bau est un cas à part. Et ce best of synthétise parfaitement sa clairvoyance et son intensité musicale. En un mot finissant un fort beau disque!

Bau, Café Musique (Best of) Harmonia/Lusafrica/Sony

Mon disque du mois d’avril: Lhasa

lhasa-coverLe mois d’avril touche à sa fin. L’excellent disque de Lhasa vient l’illuminer.

Dès les premières notes, on sait que cet album est de ceux qui marquent, de ceux qu’il ne vaut mieux pas écouter un soir de déprime. Le premier morceau est une longue prière, entre ballade et chant religieux, le second un blues traversé par la guitare de Charlie Watson. La voix est fraîche, juvénile: c’est celle de Lhasa, cette chanteuse américano-mexicaine qui avait été une révélation en 1997 avec son premier disque «la Llorona», entre rock, cabaret et folklore mexicain. Lhasa montrait alors une voie unique, différente. Une voie de nomade. Enfant, elle a sillonné les Etats-Unis à bord du bus de ses parents. Adulte elle a fait partie du Cirque contemporain «Pocheros» avec ses trois sœurs, a vécu à Marseille, au Québec. Et pour confirmer son atypisme, elle a attendu près de sept ans avant de sortir « The Living Road». Chanté en anglais, en français et en espagnol, ce deuxième volet s’ouvrait à de nouveaux genres musicaux (gospel. blues). 2009 est l’année du troisième opus.

Comme son titre le laisse supposer «Lhasa» revient à l’essence de Lhasa.Une instrumentation sobre et inédite où se croisent harpe, guitares, pedal steel, basse, batterie, piano. Et le choix de l’épure pour évoquer l’amour, la vie, la mort. On pense autant à Johnny Cash qu’à Marcel Kanche ou à la pureté d’un chant d’enfant… Il se dégage de ce nouveau disque une impression d’universalité, mais aussi de gravité. Plongée tout entière dans sa méditation musicale, Lhasa, oscille entre évanescence et ancrage. Magnifique.

Lhasa, «Lhasa», Tôt ou Tard/Warner