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Une Nuit au Sahara…. à Lausanne

Nabil Othmani sur la scène du Casino de Montbenon

Nabil Othmani sur la scène du Casino de Montbenon

Tout a commencé à cause de Florian. Dans notre microscopique association Addis Sounds, Florian est un transfuge de l’Evénement Africain, cette autre « assoc » lausannoise, à l’origine de plusieurs soirées africaines mythiques dans les années 90 au Casino de Montbenon. C’est grâce à ses contacts qu’il a su que cette salle très prise s’était except ionnellement libérée le 1er décembre 2012, journée mondiale du SIDA.

Mais, à Addis Sounds, nous avions autre chose en tête. Depuis le temps que ça chauffe au Mali et que les Touaregs sont au cœur de la tourmente, il me semblait logique de leur rendre hommage, eux qui m’avaient si bien accueillie dans leur désert et dont je suis les périples musicaux depuis une dizaine d’années. E puis j’en avais assez de voir que beaucoup faisaient l’amalgame entre Touaregs et islamistes ou intégristes. Le bon vieux cliché du « méchant » Touareg, bandit des grands chemins  pointait de nouveau le bout de son nez. Je prends donc contact avec Sedryk du label Reaktion. Ce Lyonnais est tombé amoureux de la musique touarègue il y a maintenant quinze ans. Polyvalent, il a lancé un label Reaktion (largement numérique) et un site sur les cultures tamasheq. Très vite la soirée s’est mise en place. L’excellent documentaire « Woodstock à Tombouctou »  de Désirée Von Trotha s’est imposé d’entrée de jeu, le groupe de Nabil Othmani aussi.

Puis ce fut la traversée du désert (hum, désolée je n’ai pas pu m’empêcher..), l’élaboration des affiches, du matériel promo, l’établissement d’un budget qui nous montrait très clairement que nous étions condamnés au succès… Et le doute a commencé à nous envahir. Et si nous étions, complètement fous : était-ce vraiment raisonnable de mettre sur pied une soirée de six heures avec un documentaire musical de 90 minutes tourné à Tombouctou et un groupe peu ou pas connu en Suisse ? Comment attirer les deux cents personnes dont nous avons besoin avec une telle affiche ? Bon allez on s’en fout :« Qui ne risque rien n’a rien », dit le proverbe. On décrète que cette nuit sera saharienne ou ne sera pas et on s’arrange avec un traiteur marocain de la place pour que le couscous soit également de la fête. Edgar, notre Monsieur promo, part à l’assaut de la presse : plusieurs journalistes aiment le concept et les articles et émissions de radio commencent à pleuvoir de tous les côtés.

Barka au soundcheck

Barka au soundcheck

Le jour J, on tremble quand même. On n’a que 75 billets vendus pour une salle d’une capacité de 450 places. Pourtant, incroyable mais vrai,dès l’ouverture des portes les gens arrivent, dans un flot continu et régulier… Ils s’asseyent aux tables devant leur assiette de couscous. Un forgeron touareg fait son entrée, les poches de son boubou sont remplies de bijoux en argent qu’il déballe sur une table.

Sedryk fait une excellente présentation des circonstances dans lesquelles le film a été tourné. Il rappelle que le terme « Ishumar » est dérivé du mot français « chômeur » et qu’il a été a été attribué aux populations Touaregs mouvantes, à la recherche de travail après avoir après subit les grandes sécheresses des années 70. Il explique aussi que le film a été tourné au Festival au Désert en 2011, un an avant le soulèvement de 2012 et la déclaration d’indépendance de l’AZAWAD. Tout est en germes dans le film de Désirée Von Trotha qui connaît son sujet sur le bout des doigts et qui filme les Touaregs avec beaucoup de simplicité et d’émotion. Le public rit lorsqu’il assiste aux courses de chameaux effrénées ou lorsqu’il entend le discours très libéré de Disco du groupe Tartit qui ne mâche pas ses mots à l’encontre de la gente masculine. Dans un coin de la salle Nabil Othmani et son percussionniste Smail ne peuvent s’empêcher de chanter avec leurs confrères (en particulier le Nigérien Bombino) qui s’activent à l’écran.

Une heure plus tard ils sont sur scène. Les pagnes africains prêtés par notre ami Fanfan offrent un décor chaleureux. Pour pousser les gens à se lever, les musiciens commencent à enchaîner quelques reggae (un ou deux de trop à mon goût). Mais ça marche… Le public se rapproche de la scène et se met à bouger. Nabil Othmani peut alors voguer allègrement entre rythmes touaregs et algériens (gnawa, oranais). Le ton est enjoué, léger. Dans les premiers rangs les femmes algériennes, jeunes et moins jeunes, dansent. Les Suisses suivent le mouvement. Certains spectateurs semblent un peu déconcertés par le tour festif que prend la soirée. C’est que Nabil n’a pas vraiment le même profil que ses confrères maliens. Lui n’a pas connu la guerre, les sécheresses. Il vient de l’oasis de Djanet en Algérie, d’une famille aisée de musiciens.

Le stand du label Reaktion avant l'ouverture des portes...

Le stand du label Reaktion avant l’ouverture des portes..

Eparpillés dans différents pays, au moment de l’indépendance des états africains dans les années 60, les cultures touarègues se sont imprégnées de la culture des sociétés où elles se sont implantées. Les ballades syncopées de Nabil Othmani ne sont pas des chants de résistance, mais de ces rengaines qui trottent  dans la tête bien après que les musiciens soient sortis de scène.

A Amina, DJ marocaine résident à Genève, revient la délicate tâche de faire danser le public après ce marathon d’images et de musiques. Un défi qu’elle relève haut la main, aidées par les musiciens qui, à peine changés, ne tardent pas à investir la piste de danse. Le public sort ravi. On le remercie d’avoir su être curieux !

A signaler encore que le Festival du Désert est devenu itinérant. En février, il donnera des soirées en Mauritanie, au Mali (Ségou et bamako) et au Burkina-Faso.Il lance une souscription pour pouvoir réaliser une compilation live.

Et que Addis Sounds propose au CityClub de Pully ce vendredi 7 décembre une autre soirée « film et concert » autour du musicien malien Pedro Kouyaté

©les photos de cet article ont été prises par Edgar Cabrita

Anthony Joseph, la danse des mots

Anthony Jospeh © Mirabelwhite

Poète et musicien : Anthony Joseph ne conçoit pas l’un sans l’autre. Démonstration sur la scène du château au Festival de la Cité, en compagnie de son « Spasm band »

« Je suis né et j’ai passé toute mon enfance à Trinidad. J’ai donc baigné dans le calypso, le steelpan et toutes les musiques caraïbes. Encore aujourd’hui, ces musiques sont ma colonne vertébrale ». Enfant, Anthony Joseph développe pourtant un autre talent, un peu particulier pour son âge: l’écriture. Ce passe-temps lui procure une concentration intense, la possibilité de se centrer, un plaisir qu’il n’a cessé de savourer depuis. Mais dans les Caraïbes, être poète n’est pas une sinécure. A la fin des années 80, Anthony Joseph a une vingtaine d’années. Il décide de tenter sa chance de musicien à Londres, l’ancienne métropole. Il monte un groupe de black rock. Puis c’est la révélation : Anthony Joseph prend conscience de l’importance que l’écriture a pour lui. Il décide de devenir poète à temps plein.

Il fait paraître plusieurs recueils de poésie remarqués par leur style particulier. Insidieusement, la musique revient. Lors de ses lectures publiques, Il songe d’abord à se faire accompagner d’une basse, puis d’une percussion. En 2004, le Spasm Band est né. En 2006 son premier roman « The African Origins of UFO’s », un ouvrage de science-fiction afro-psychédélique lui vaut la reconnaissance de ses aînés. Il innove : utilisant des techniques d’écriture de son crû, il expérimente en mêlant anglais et dialectes de Trinidad, prose et poésie. C’est à ce livre majeur que seront empruntés la plupart des paroles des chansons du premier opus de Anthony Joseph and The Spasm Band, « Leggo de Lion ». “Tout est connecté pour moi, explique simplement cet artiste mutant, la poésie est comme un grand parapluie qui rassemble tout ce que je fais. Mon seul mot d’ordre est vivre ma vie, être ce que je suis ».  Et quand on le compare à un dub poet, Anthony balaie l’analogie d’un revers de la main. Les dubs poets sont liés au reggae, ils sont aussi plus engagés. Bien sûr des gens comme Linton Kwesi Johnson m’ont influencé, mais je fais quelque chose de plus expérimental. ».

Deux albums plus tard, l’approche d’Anthony Joseph est toujours plus musicale, toujours plus personnelle. S’appuyant sur des techniques d’écriture surréalistes ou du fameux cut-up de William S. Burroughs, il cherche à « faire quelque chose de plus physique. J’aimerais que chaque rime, chaque deux mots le lecteur, l’auditeur soit surpris, se demande où on l’emmène. De façon générale, je trouve que la poésie est devenue très prévisible. » Cela s’entend sur « Rubbers Orchestra » (littéralement « l’orchestre de caoutchouc »), son dernier CD, paru en novembre dernier.

 Evidemment quand il joue à l’étranger, Anthony Joseph sait que son public capte moins les subtilités de son langage, mais il adore aussi le feeling de la danse et l’improvisation. Et The Spasm Band aussi, comme son nom l’indique. Après huit années passées à jouer ensemble, les musiciens et le poète se connaissent parfaitement. Disons plutôt qu’ils savent toujours mieux créer spontanément ensemble. « On ne sait jamais combien de temps un chanson va durer. On fait une liste des morceaux avant de monter sur scène, mais tout reste flexible, tout le temps » conclut Anthony Joseph, déjà réjoui à l’idée de revenir jouer en Suisse après son passage remarqué au Cully Jazz Festival l’an dernier.

Festival de la Cité, Place du Château, samedi 14 juillet, minuit.

Lelou Menwar, histoires créoles

Avec son trio à cinq sous, Lelou Menwar porte haut et fort l’étendard d’une musique mauricienne différente, passionnante. Il sera en concert ce soir au Festival de la Cité.

Lelou Menwar est de ceux qui vivent au rythme de la nature, s’imprègnent des sons du quotidien observent et créent à partir de ce qui semble tellement évident qu’on ne le remarque même plus. Né en 1955 dans une cité de l’île Maurice, à quelque 500 km à l’Est de Madagascar au milieu de l’Océan Indien, rien ne le prédestine à devenir ce qu’il est aujourd’hui : un rénovateur subtil des musiques traditionnelles de son pays.

Petit, il ouvre grand ses oreilles, entend le sega : le chant et les percussions et la danse que les esclaves de diverses origines ont élaboré ensemble en créole. A la fin des années 60, sous l’influence du folk et du rock, le sega s’essaie à la guitare. Stéphano Honoré, déjà surnommé Lelou, mais pas encore Menwar (« La Main Noire) ne fréquente pas beaucoup l’école. Il fait des petits boulots, bricole des instruments avec ce qui lui tombe sous la main. A 14 ans, il compose sa première chanson comme d’autres aujourd’hui feraient leur premier rap : « pour dire les choses qui ne me semblent pas justes ». Sous les cocotiers sous le soleil et les alisés, l’île Maurice cache son lot de pauvres, de délinquants juvéniles et de problèmes de drogue. «  Le slogan de l’île Maurice est “le pays avant tout“. Pour moi, la priorité c’est le bien-être des gens. Il ne sert à rien de construire des maisons pour le bon Dieu si les gens n’ont pas de quoi se loger !»

Quarante ans plus tard, Lelou Menwar est devenu l’ambassadeur du sagaï, un genre qu’il a créé, dérivé du sega. Ce nom fait référence aux baguettes que les artisans matelassiers utilisent pour trier les fils de laine. Ce sagaï-là a été conçu après maints voyages. Un séjour de plusieurs années à l’île de la Réunion où Menwar côtoie ceux qui sont devenus aujourd’hui des références : Danyel Waro, Gilbert Pounia de Zisakakan ou Alain Peters. Puis de nombreux voyages – de plusieurs mois à deux ans – en France. Mais Lelou Menwar revient toujours sur son île pour partager, pour échanger. Avec quatre CDs à son actifs (malheureusement difficilement trouvables) et ses prestations scéniques trop rares sur notre continent, Lelou Menwar est l’un des passages obligés du festival de la Cité. Avec son trio « à cinq sous » comme il l’appelle affectueusement, il  démontre une fois encore que moins c’est plus. Une voix incantatoire, un chant en créole, des percussions et une guitare suffisent à vous emmener dans un tourbillon d’émotions et de paysages sonores.

Parce qu’il n’aime pas les idées reçues, Lelou Menwar porte des nattes depuis plus de vingt ans : «  Je ne suis pas rasta, je suis ouvert à toutes les religions. Mais je porte les dreadlocks pour lutter contre les préjugés que l’on peut avoir contre ceux qui ont choisi cette coiffure. Comme pour dire “regardez je suis normal et je porte des nattes“ ». Défenseur du Ravanne (grand tambourin africain), Lelou Menwar a tout appris en autodidacte et ne sait ni lire ni écrire. Ce qui ne l’a pas empêché de faire une méthode (livre et cassette) sur le sujet en compagnie de deux amis, respectivement musicien et écrivain. Il a également fondé une école de Ravanne. Aujourd’hui, il se réjouit de voir que la culture dont il est issu n’est plus en voie de disparition. Mieux qu’elle évolue et se structure. Quant à lui, il continue sa trajectoire, tranquillement, sereinement, toujours à l’affût de nouvelles sonorités, de nouveaux instruments de percussion, à créer à partir de coques de pistaches ou de tiges de canne à sucre. Pour porter toujours plus loin les histoires de marins et d’exil et les musiques qui peuplent son petit bout de terre.

Festival de la Cité, La Fabrique, vendredi 13 juillet à 20 h 45.

Spoek Mathambo, le rap du futur

Quand Spoek Mathambo s’exprime, il n’hésite pas à revenir sur un mot pour en trouver un autre, presque synonyme qui exprime mieux sa pensée. A l’image de son approche musicale précise, percutante et foisonnante. Artiste de hip hop sud-africain, il s’est construit un univers grandiose dans lequel il est le metteur en scène et le principal protagoniste. Spoek Mathambo est adolescent lorsque la fin de l’apartheid est déclarée. Il fait déjà du hip hop. A 27 ans, ce créateur a aujourd’hui deux albums à son actif et est capable de revisiter un classique sud-africain comme un morceau de Joy Division. Explications avant son concert ce soir au Festival de la Cité, sur la scène de la Fabrique à 22 h 15

Votre univers musical est incroyablement riche, du punk au kwaito en passant par la house. Comment faites-vous pour aimer autant de musiques si différentes ?

Spoek Mathambo Je ne considère pas cela comme une anomalie ! Pour moi, c’est la même chose que aimer lire différents types de livres, différents types de films.

On dirait pourtant qu’en Afrique du Sud, les musiciens ont les oreilles plus ouvertes sur différents courants musicaux qu’en Europe ?

Spoek Mathambo J’ai des amis en Amérique, en Europe. Nous sommes tous ouverts d’esprit. C’est ce qui nous unit. J’ai l’impression que c’est plus une question de génération que de situation géographique. Nous avons grandi avec Internet et nous pouvons ouvrir des milliers de fenêtres d’un seul coup. Et toutes ces fenêtres peuvent mener à des mondes différents.

Vous semblez mener votre carrière à votre manière sans trop vous soucier du music business. Vous confirmez ?

Spoek Mathambo Hum, je me soucie du music business et de ma carrière. Mais quoi que je fasse, ce n’est pas lié à la nécessité. Si quelqu’un veut me donner 20’000 € pour faire un album, je vais les prendre et faire l’album que je veux. Mais si personne ne vient me proposer quelque chose, je vais continuer à faire ma musique quoi qu’il arrive et à la mettre sur Internet comme je l’ai fait par le passé.

Vous avez joué dans beaucoup de pays d’Europe, de la Norvège à la Hongrie en passant par le Portugal et l’Italie. Est-ce que la réception du public était différente à celle que vous pouvez avoir en Afrique du Sud ?

Spoek Mathambo C’est difficile de généraliser de cette façon. Il y a tellement de pays différents en Europe. J’ai même joué à Kiev en Ukraine. C’était excitant. Ils connaissaient certaines des paroles et chantaient avec moi. Je crois qu’il y avait une crise politique au moment où j’ai joué là-bas, mais ce soir-là, c’était la fête, une ambiance de dernière fête au monde. J’ai adoré.

L’image a beaucoup d’importance dans votre démarche artistique ?

Spoek Mathambo Plus que l’image, je dirais l’esthétisme. Ce n’est pas quelque chose qui m’obsède, mais c’est quelque chose qui m’intéresse. Ça fait partie de mon background. A un moment donné, j’ai étudié le graphisme. Beaucoup d’artistes qui m’ont inspiré sont des gens qui avaient une forte identité visuelle.

Vous pensez à qui en particulier ?

Spoek Mathambo Prince, Iggy Pop ou Fela Kuti.

Vous considérez-vous aujourd’hui comme un rapper ou comme un artiste au sens large du terme ?

Spoek Mathambo Il est évident que je suis un artiste au sens large du terme. Parfois je rappe, parfois je joue le rôle du rapper. J’utilise différents outils. Un peu comme quand on fait de la peinture : il y a les esquisses, le pinceau, les impressions.

En quoi votre background sud-africain est-il important dans votre démarche artistique ?

Spoek Mathambo Ma musique c’est juste moi. Mon background sud-africain est important en tant que faisant partie de moi. C’est un aspect de mon identité au même titre que le hip hop, que lire des bouquins de science-fiction ou voir des films d’horreur.

Vous jouez maintenant avec une formation complète. C’est nouveau ?

Spoek Mathambo Parfois je joue avec un groupe, parfois avec un autre, parfois en version électronique. J’essaie de me concentrer sur ce qu’il  y a d’intéressant dans mes morceaux. Je regarde où j’en suis et je retravaille certains titres pour qu’ils restent toujours aussi excitants.


 Festival de la Cité, La Fabrique, mardi 10 juillet, 22 h 15

Mark Kelly et Mambi pour une dernière mémorable au Café Addis

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais j’ai créé avec trois fous dans mon genre une association: Addis Sounds. Notre but: proposer régulièrement de rendez-vous musicaux inédits avec des musiciens d’ici, originaires d’ailleurs. D’abord parce qu’en Suisse romande, ce genre de musiques est sous représenté (hormis les festivals). Ensuite, parce que vu le climat ambiant de frilosité, de peur de l’autre, il est parfois bon de rappeler que la musique peut toujours rassembler.

A l’origine aussi, il y avait ce café africain qui venait d’ouvrir en bas de chez moi. Passé la première salle et une volée de marches, se trouvait un deuxième espace chaleureux pour lequel j’ai craqué. J’ai commencé par y organiser des concerts en solo avec, parmi les meilleurs musiciens africains du coin: Kara, Nana Cissokho… C’est là que les autres (Edgar, Sylvie et Florian) sont apparus, enthousiastes à l’idée de participer. Addis Sounds est né. Sitôt après les ennuis ont commencé pour le café Addis, la police du commerce ayant repéré le lieu et le jugeant trop bruyant.

Du coup, Addis Sounds est devenue nomade, d’abord pour un double concert mythique de Boubacar Traoré à la Datcha. Mais, comme on aimait vraiment trop le café Addis, nous y sommes revenus deux fois. D’abord pour un concert sans aucune amplification de l’excellent groupe de rebetiko de Genève, Rebeteke puis pour une rencontre entre Mark Kelly et Mambi. Ça c’était vendredi dernier. Un concert qui marquait aussi la fin du café Addis, le patron ayant décidé de jeter l’éponge.

Mark Kelly est un songwriter anglais qui a établi – on ne sait pourquoi – ses quartiers à Vevey. Mark Kelly c’est aussi un indigné, un militant, un performer, un bon vivant qui aime les scènes libres, les performances… Mambi est un percussionniste cubain qui s’est installé à Lausanne depuis belle lurette pour des raisons de cœur… Mambi est un très très grand instrumentiste. Il a joué avec beaucoup de beau linge dont Chucho Valdès. Il peut passer des congas, à la calebasse ou aux grelots. La rencontre de ces deux-là, ne pouvait donc qu’être explosive. le premier parle français avec un énorme accent anglais et pas un mot d’espagnol. Le second ne parle ni français ni anglais. Aux répétitions, c’était déjà quelque chose. Dimanche après-midi à la radio, dans l’émission Kalakuta sur Couleur 3, ils se sont faits enregistrer alors qu’ils croyaient encore être entrain de répéter…

Au café Addis (plein à craquer), le show fut forcément artisanal. Mambi était au four (aux percussions) et au moulin (au son). Mark Kelly a tout de suite mis tout le monde d’accord en faisant chanter le public dès le premier morceau.  En deux sets, ces deux-là ont démontré que le drôle de mélange soul-folk-blues allumé de Kelly pouvait très bien s’accomoder de transes latino. Clairement, c’était Mark Kelly qui traçait la ligne conductrice. Mais Mambi s’est inséré dans son répertoire avec beaucoup de feeling,de subtilité aussi. A peine s’est-il permis une ou deux petites descarga…… Et Mamadou, rapper sénégalais, fidèle des soirées de l’Addis, s’est même emparé du micro pour une jam transculturelle!

Bref, pour avoir une idée, j’ai essayé de filmer le final sur mon Iphone. Mais bon j’étais mal placée,il n’y avait pas de lumière et j’ai dû tourner une ou deux fois mon appareil…. Ça donne quand même une idée de l’ambiance. Quant aux photos qui illustrent cet article – nettement plus pro – elles sont signées d’Edgar Cabrita.

Ah, j’allais oublier: le prochain concert de l’Association Addis Sounds, ce sera le Raaga Trio, une rencontre entre deux Genevois (Andreas Fulgosi et Guillaume Lagger) et deux musiciens d’Afrique de l’Ouest (Andra Kouyaté et Baba Konaté) au Mombasa cette fois (rue de l’Ale 35). Et après, il aura plusieurs concerts au caveau Weber dans le cadre du off Cully Jazz Festival. Mais ça je vous en reparlerai.

Tous à la Cité!

Ce n’est pas parce que j’ai programmé quelques concerts au festival de la Cité que je recommande chaudement d’y aller. Enfin pas seulement… Car j’ai  bien évidemment proposé au festival des trucs que je trouve géniaux comme Aziz Sahmaoui. L’ex-leader de l’ONB revient aux sources de la musique gnawa qu’il conjugue avec ses cousines sénégalaises. Et comme, entre-temps, il a passé dans les rangs de Joe Zawinul, son combo est un véritable navire de rythmes et de mélodies imparables qui sait déclencher des tempêtes comme fendre les flots avec subtilité (Place du Château, samedi 2, 23 h 45). Avant le gnawa Aziz Sahmaoui, nos amis de Imperial Tiger Orchestra investiront la scène du Château avec leur collègue éthiopien Endress Hassan et un coupe de danseurs. Je ne reviens pas sur le sujet, j’ai abondamment tartiné sur eux.  Ceux que ça intéressent peuvent d’ailleurs d’ailleurs télécharger ici le dernier article que je leur consacre dans Vibrations:

Mais tonight is the night: Le festival démarre en beauté avec sur la scène de la Fabrique (20 h) avec Forro in the Dark. Ce groupe de New-Yorkais d’origine brésilienne amène à la musique traditionnelle de leur pays un gros son, une approche  à la fois « arty » et soul. Une démarche qui avait plu en son temps à un certain David Byrne qui collabora avec eux sur leur premier album, paru en 2005. Au même titre qu’une certaine Bebel Gilberto..

Pour info Forro in the Dark rejoue sur cette même scène de la Fabrique mercredi (21 h 15) et jeudi (23h).

Revenons à ce soir, suite des festivités avec les nouveaux héros genevois que sont Mama Rosin (scène de la Fabrique, 21 h 15). Trois hurluberlus qui détestent les formats et malaxent musique cajun, blues et tout autre genre qui leur plaît avec dextérité et décontraction. Final avec Professeur Wouassa (scène de la Fabrique, 23 h 15), les Lausannois, adeptes d’afrobeat pur jus. Ils annoncent pour l’occasion une ribambelle d’invités. Cela dit un cruel dilemme va se poser à ce moment là de la soirée: un peu avant (à 23 h), sur la scène du château démarre un spectacle qui s’annonce d’ores et déjà incroyable, signé Faustin Linyekula. «More, more, more… future» est le clin d’œil trash d’un artiste congolais au bon vieux slogan punk no future. Avec dans le rôle du  guitariste punk africain le génialissime Flamme Kapaya. Des costumes improbables (signés Xuly Bët), des danses déjantées et des musiques d’un genre nouveau pour rêver et réinventer un possible Congo. Explications et extraits avec l’auteur du spectacles dans la vidéo ci-dessous:

Les Espoirs de Coronthie au Festival de la Cité de Lausanne

C’est un de mes groupes africains actuels préférés. Partis de rien ou presque, les espoirs de Coronthie sont un défi sans cesse renouvelé. Un des groupes phares de Conakry qui ose se lancer à l’assaut de l’Europe en big band avec trois chanteurs, pas mal de percussions, des guitares et un joueur de kora plutôt inspiré. Vous pouvez lire ici, un article plus détaillé que je leur avais consacré dans le magazine Vibrations. Mais surtout venez nombreux au Festival de la Cité, à la scène de la Fabrique (derrière la Cathédrale). C’est gratuit et deux soirs de suite: mardi 6 et mercredi 7 juillet  à 20 h 30. Soyez ponctuels, car leur spectacle ne dure qu’une heure et que, comme je me tue à vous le dire, ça en vaut vraiment la peine.