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Mon disque du mois de novembre: Afrocubism

Nous sommes donc le 3 décembre, le temps pour moi de vous parler de mon disque du mois de novembre…

Cette fois ci, ce n’est pas que j’avais oublié, que j’étais surchargée ou je ne sais qu’elle autre raison du même ordre.Ça doit bien faire au moins deux semaines que je pense à ce fameux disque Afrocubism qui à peine sorti est déjà un carton. Seulement je fais un bloquage. Parce que j’aurais rêvé d’aller voir leur concert parisien à dimanche (concert déjà complet…) et que je ne peux pas et d’autre part parce que ça commence à être agaçant que tout ce à quoi touche Nick Gold soit immédiatement transformé en succès. Reste que je ne pouvais qu’aimer Afrocubism. D’abord parce qu’il y a deux de mes musiciens maliens préférés: le grandiose guitariste

Djelimady Tounkara

Djelimady Tounkara, ex gand manitou du Rail Band qui avait fait une réapparition aussi fulgurante que fugace le temps d’un album acoustique magnifique,«Solon Kono» (label Marabi). Et Bassekou Kouyaté dont le quartet de ngonis trafiqués est tranquillement entrain de révolutionner tout un pan de la musique traditionnelle malienne. Ces deux-là étaient prévus dans le projet originel de Buena Vista Social Club. Petit rappel des faits:  en 1996, Nick Gold, directeur du label World Circuit, aussi éperdu de musique malienne que cubaine, veut réhabiliter les liens entre ces deux cousines. Deux musiques qui flirtèrent ensemble dans les années 60 au moment où le Mali vient de gagner son indépendance et se tourne vers le socialisme. Il planifie un enregistrement de la crème des musiciens maliens et cubains, sous l’égide d’un certain Ry Cooder. Le tout étant filmé par Wim Wenders. Au dernier moment, les Maliens seront mis hors course à cause de problèmes de visas (déjà…).

Bassekou Kouyaté

La session aura quand même lieu avec toute la vieille garde cubaine. Le Buena Vista est né… Près de quinze ans plus, tard, Nick Gold, qui a la tête dure, a décidé de remettre sur les rails son projet initial. Du côté malien, outre Djelimady Tounkara (guitare), Bassekou Kouyaté (ngoni), on trouve encore Kassé Mady Diabaté (voix), Lassane Diabaté (balafon), Toumani Diabaté (kora) et du côté cubain Eliades Ochoa, l’homme qui chante «Chan Chan» dans l’enregistrement du Buena Vista, José A. Martinez (contrebasse) et Jorge Maturell (congas). Et, comme on pouvait s’en douter, tout ce beau monde joue vertigineusement bien. Vu le nombre et la virtuosité des musiciens maliens, ce sont eux qui «dominent».  Ils revisitent des classiques du répertoire mandingue («Jarabi», «Mariama») et se font plaisir dans quelques instrumentaux de leur cru comme sur ce «Djelimady Rumba» qui justifie à lui seul l’achat du disque. La magistrale et méconnaissable interprétation instrumentale de «Guantanamera» à la kora par Toumani Diabaté est un autre sommet de cet album. Enregistré dans les conditions du live en deux sessions, on sent l’aisance, l’expérience, l’inspiration. Il ne manque qu’un petit grain de folie, de complicité enthousiaste pour faire de cet « Afrocubism» le véritable pendant métisse du Buena Vista Social Club. Un peu de rôdage sur scène et le tour devrait être joué. Voilà pourquoi, le concert du 5 décembre au Bataclan ne peut être qu’un événement!  

Afrocubism, (World Circuit/ Harmonia Mundi)

Les touaregs bougent encore…

Assan Midal est un guide touareg. Il a publié il y a quelque temps un article sur les touaregs sur le site de France 24. Un point de vue de l’intérieur qui montre à quel point les médias, qui craignent désormais de se rendre dans le Sahara, stigmatisent toute une région sans mettre en perspective les différents tenants et aboutissants.

Vendredi dernier (le 26 octobre 2010), Libération consacrait sa une à « la menace »  islamiste suite aux dernières revendications de Ben Laden concernant les otages français et africains kidnappés à Arlit. Plusieurs pages dans lesquelles un colonne est consacrée aux touaregs. Si la journaliste précise en préambule que «toute la communauté touareg du Mali ne peut être considérée en bloc comme complice», elle dit aussi que « les notables et élus touaregs qui qui servent à négocier la libération des otages ne sont pas «clean» «  ou que «Kidal, dernière ville du pays avant la frontière algérienne est devenu le fief d’Aqmi». La plupart des journaux français entonnent d’ailleurs le même refrain.

Seul, l’Express a osé publié un article sur le problème des touaregs, pris entre le marteau et l’enclume. Cet article précise que le terrorisme handicape grandement cette région, dans l’impossibilité de se développer économiquement, que les touaregs pratiquent un islam ouvert et peu prosélyte. Il précise enfin que des «ex-rebelles réclament la création d’unités militaires associant combattants tamasheq et soldats maliens pour chasser les djihadistes du pays». Ouf! Enfin quelqu’un qui ose aller à contre-courant de la stigmatisation des touaregs. Car la question qui m’importe n’est pas: «Est-ce que des touaregs participent ou collaborent avec les terroristes islamistes?» car les extrémistes de tous bords attirent toujours des adeptes dans n’importe quelle société. Ce qui me dérange est que la presse n’essaie que trop rarement de mettre en perspective la situation très particulière des touaregs, que le kidnapping de cinq français occulte la mise à mort de tout un peuple, que le cliché « du bandit des grands chemins » perdure, envers et contre tout.

Hassan, du groupe Tinariwen, et une amie

Toute personne qui a été dans cette région ne peut adhérer à ces amalgames réducteurs. J’ai été trois fois dans le Nord du Mali, toujours pour de brefs séjours, dans le cadre de reportages musicaux. Ma dernière virée remonte à  novembre 2006, à Kidal justement, qui était alors surtout le fief des musiciens de Tinariwen. Les touaregs que j’ai rencontrés n’y ressemblaient pas du tout au tableau que l’on dresse actuellement dans les journaux. Sans être des saints – loin s’en faut – ils survivent dans une zone très difficile, délaissé par un gouvernement malien qui sait que la majorité de sa population ne les porte pas cette communauté dans son cœur.

Depuis très longtemps, cette zone du Sahara, à cheval sur le Mali, l’Algérie et le Niger, est le lieu de tous les commerces, de tous les trafics, du sel à la drogue… Depuis moins longtemps, la région est convoitée par les multi-nationales à cause des richesses de son sous-sol. L’exploitation de l’uranium par Areva à Arlit, dans le Nord Niger se fait depuis des années au mépris des droits humanitaires les plus élémentaires. En atteste le reportage de Dominique Hennequin et Pascal Lorent intitulé, «Uranium, l’héritage empoisonné» diffusé à la fin de l’année passée sur  la chaîne Public Sénat. En mai 2010, Greenpeace a publié un rapport accusant purement et simplement Areva de mettre en danger la vie des Nigériens. Pour résumer, vivre dans la ville touarègue d’Arlit signifie aujourd’hui accepter d’être radioactif de la tête aux pieds. D’ailleurs Arlit a gagné le triste titre de «premier bidonville touareg». Et vous vous le prendriez comment, si on vous annonçait soudain que vous n’êtes  plus qu’un  bête morceau de viande radioactif ?

 

Terakaft

Mais le regard de l’Occidental est très sélectif. Quand le touareg n’est pas le méchant bandit des grands chemins que tout le monde fustige, il devient le mystérieux homme bleu du désert, au charisme magnétique. Et si les touaregs n’étaient que des être humains normaux, comme vous et moi? Espérons que l’engouement pour le rock touareg puissent avoir cet effet. Les nouvelles de ce front là sont stimulantes. Tamikrest, les nouveaux rockers du Sahara sont en studio. Terakaft, constitué d’un ancien de Tinariwen et de jeunes touaregs travaillent aussi à la réalisation d’un nouvel album. Ils sont en Europe et joueront à Lausanne le 6 novembre au Bourg. Quant à Sedryk, l’ami lyonnais des touaregs, il continue son travail d’enregistrement numérique et de promotion de ces musiques sur l’excellent site tamashek.net. La sortie d’une série de chansons d’Amanar, de Kidal, est prévue (en téléchargement uniquement) fin novembre. J’y reviendrai. Et pour plus d’infos générales sur les touaregs, vous pouvez aussi consulter le site temoust.org.

Mais les touaregs ne font pas que de la musique. A l’instigation de l’actrice francophone Melissa Wainhouse, une jeune troupe de comédiens du nom de Tisrawtt, s’est créée. Bien que Melissa Wainhouse ne puisse désormais plus se rendre à Kidal, le projet continue. Début novembre, la troupe va répéter à Bamako avant de se produire en décembre au Festival des Réalités de Sikasso puis à Bamako et, en janvier, au Festival au Désert à Tombouctou. Dans un deuxième temps, Tisrawtt et des musiciens de Kidal participeront à un spectacle de la compagnie française La Calma prévu en France pour l’été 2011.  Le visualisation du documentaire ci-dessous est radicale pour qui cherche à avoir une vision moins stéréotypée du touareg!

Et si ça vous a plu, vous pouvez soutenir cette troupe de théâtre  – qui en a bien besoin – en prenant contact  par mail avec Melissa Wainhouse (meliwainhouse@yahoo.fr)

Mon disque du mois d’octobre: Danyel Waro

C’est marrant depuis la rentrée, j’ai complètement oublié d’alimenter cette chronique « disque du mois ». Peut-être parce que la musique devient de plus en plus immatérialisée, peut-être parce que l’exercice est plus approprié au format « magazine » qu’au format internet. Sort pourtant ces jours un disque qui montre un avenir possible pour le CD. Je veux parler du double album de Danyel Waro. Un double CD en forme d’OVNI, affranchi de toutes contraintes économiques et qui ose, par exemple, des morceaux de 21 minutes. Il faut dire que Danyèl Waro est un cas à part: une voix, une voix habitée, qui ne peut être formatée, qui ne peut se taire. Grand ambassadeur de la créolité et du maloya, cette musique de transe de la Réunion qui refuse de se taire, Danyel Waro ouvre désormais sa musique aux autres. «Aou Amwin», littéralement «De toi à moi», est un album intime qui prend aux tripes et au cœur. A «Veli» signé Titi Robin succède ainsi un chant traditionnel puis, plus loin, une composition de A Filetta. Le chœur corse est d’ailleurs l’invité de marque de cet album-jalon. Evidemment se dit-on, à peine les premiers chants du chœur entonné. Les spiritualités de ces deux îles se devaient de se rencontrer. Du maloya au chant mystique, les accélérations, les changements d’ambiance et les évocations varient. Si Fela avait croisé Sun Ra, le choc n’aurait pas été moins sismique. Une fois lancé Danyel Waro ne s’arrête plus.  À signaler enfin le morceau «Mandela» interprété en compagnie du rapper sud africain Tumi. Fulgurant. A l’image de la pochette, assemblage de têtes sculptées posées sur du sable, comme des bouddhas émaciés et bruts perdus sur une petite île océanique…

Danyel Waro, «Aou Amwin» (Cobalt/L’Autre Distribution)


Bye bye Mangala Camara

Si ça continue comme ça, ce blog va bientôt pouvoir se rebaptiser necro.com, mais bon je ne peux pas passer sous silence le décès du chanteur malien Mangala Camara. Cet ex-membre des Ambassadeurs du Motel avait remporté en 2007 le tamani d’or du meilleur artiste masculin. Avec sa voix entêtante et ses tenues en cuir, Mangala Camara était le rocker malien par excellence. Je l’avais vu en concert, une seule fois, au festival de Ségou en 2008:

Toujours proche d’un bar, Mangala Camara n’a jamais été pressenti pour une carrière internationale, probablement en raison de son caractère imprévisible et orageux. Mais il était bien présent dans le coeur des Maliens. Il y a quelques années, il signa un tube, « Minye Minye » qui fut un véritable raz-de-marée au pays. Il est décédé mercredi à l’hôpital de Bamako, à l’âge de 50 ans.

mon disque des mois de mai, juin etc : Fool’s Gold


Je sais j’ai quelques wagons de retard sur ce coup-là. Le premier disque de Fool’s Gold est paru en septembre dernier aux USA et depuis quelques mois en France. Mais bon d’abord, j’ai un peu raté sa sortie française, puis je me suis dit qu’il était trop tard. Mais comme ce petit disque rond ne veut toujours pas quitter mon lecteur CD, je suis bien obligée de vous en parler!

Annoncés comme les cousins de Vampire Week-end, puis comme les fils spirituels de David Byrne, Fool’s Gold ne déçoit pas. Emballé dans une pochette minimaliste – le nom du groupe en lettres 3D sur fond bleu – leur premier CD éponyme fait immédiatement penser à l’œuvre d’un groupe d’étudiants. Ce que sont d’ailleurs ces douze nouveaux venus de Los Angeles, mais des étudiants un peu particuliers puisque leurs matières de prédilection sont les musiques africaines.

Leur enregistrement manifeste avec génie de cette fulgurance entre amours africaines (musique éthiopienne, touarègue ou nigériane) et pop américaine. Le mimétisme avec Tinariwen est frappant. Le son des guitares saturés et certains chants semblent branchés en direct sur le désert. Et hop, en quelques riffs et grâce à un changement de chanteurs, nous voilà au cœur des musiques d’Addis Abeba. Avant de repartir d’un coup de rein vers l’afrobeat de l’Ouest africain. Intuitivement, Fool’s Gold retrace des routes musicales qui ont peut-être réellement existé. Grâce à leur esprit ouvert à 360°, grâce à leur énergie punk, il se dégage une unité et une puissance contagieuse de leurs chansons. Avec recul et modestie, les auteurs de cette nouvelle musique mutante imputent leur démarche à internet et à la fascination des Occidentaux pour l’authenticité et la sincérité des musiques d’ailleurs. Une vraie réussite.

Fool’s Gold. (Dist française: Wagram Music/Dist CH:Disques Office)

Mon Mondial à moi

Je n’aime pas le foot. Je n’ai rien contre ce sport en tant que tel. Depuis que j’ai vu le film «Looking For Eric» , j’ai même une certaine sympathie pour ses supporters. Seulement voilà, il m’est aussi impossible de me concentrer devant un match que devant la Nouvelle Star. Immanquablement, quand il se passe quelque chose d’important, je regarde ailleurs ou je pense à autre chose. Cela dit, j’aime bien les Mondiaux parce que, tout à coup, toutes les terrasses de la ville sont libres à l’heure de l’apéro. D’une certaine façon, j’aime aussi découvrir les résultats des matches en observant les déferlantes des différentes communautés, en fin de soirée, dans les rues de Lausanne.

Et puis là, en Afrique du Sud, musicalement on commence fort. Shakira n’a rien trouvé de mieux que de pomper son hymne officiel – «Waka Waka» – sur un vieux tube africain des années 80, propriété d’un groupe de l’armée camerounaise du nom de Zangalewa! Voilà qui vaut son pesant d’ironie et une rentrée d’argent inespérée pour Zangalewa. Et, comme si elle voulait se rattraper, Shakira s’associe alors aux Sud-Africains politiquement corrects de Freshlyground pour chanter son fameux hymne… Comme le dit l’adage «there is no business like show business, like no business at all»… Je n’ai toujours pas réussi à savoir si, du coup, les musiciens de Zangalewa avaient eu un ticket pour Pretoria. J’ai plutôt l’impression qu’on cherche à étouffer l’affaire, mais bon si vous avez des infos, dites-le-moi! En attendant, flashback sur leur vidéo (personnes sérieuses s’abstenir…).

Du côté africain, il y aura quand même beaucoup d’artistes intéressants dans le pays de Mandela: les touaregs de Tinariwen, la Camerounaise Kareyce Fotso et Amadou & Mariam, le couple d’aveugles du Mali. Qui en profite pour sortir des remixes de leur morceau «Africa» réalisé avec K’Naan. C’est Bob Sinclair, mais surtout le soundsystem londonien Radioclit qui s’y sont collés et les deuxièmes ne s’en sortent pas mal du tout! Bref, je voulais partager le remix de Radioclit avec vous, mais visiblement les fonctionnalités de ce blog wordpress ne le permettent pas… A vous de chercher!

Mais la bande-son idéale de ce Mondial, est proposée par l’excellent label Out Here à travers une compilation de house. Vous avez bien lu, c’est de la house. Inutile donc d’écouter ça dans votre salon. Ces 13 morceaux de musique de danse assez variée proviennent tous des ghettos d’Afrique du Sud. On y trouve du kwaito qui ne fait pas dans la dentelle avec DJ Cleo ou Pastor Mbhobho mais aussi l’incontournable DJ Mujava dans un morceau à la fois tribal, festif et minimal. Et quelques révélations comme la poétesse Ntsiki Mazwai, dub poet des temps modernes qui pose sa voix percutante sur des beats métronomiques. Ou encore le morceau de transe hypnotique «Mexican Girl», le rêve d’un certain Aero Manyelo retranscrit en musique. Uplifting!


«Ayobaness, The Sound of South African House», Outhere Records.

la retraite inspirée d’Idrissa Souamoro

Idrissa Soumaoro est un secret bien gardé de la musique malienne. Lors de l’un de mes premiers séjours à Bamako, il y a une quinzaine d’années, je le découvris animant un fort modeste orchestre dans le hall de l’hôtel Amitié. L’ambiance était un peu bizarre dans le bar de cet hôtel-tour (à l’époque une des seules tours de la ville) construit par les Russes dans les années 60, à la manière russe. S’y croisaient hommes d’affaires occidentaux ou libanais, prostituées, et quelques journalistes culturels égarés (dont moi) emmenés par Christian Mousset pour rencontrer les artistes de son label d’alors Indigo. Idrissa Soumaoro restait imperturbable face à ce parterre pas vraiment intéressé par ce qui se passait sur scène. D’ailleurs, disons le franchement, la musique n’était pas renversante non plus: il s’agissait surtout d’animation de bar. Idrissa ne s’y trompa qui fit une pause impromptue de plusieurs minutes pour venir nous saluer. Ce soir-là, l’oeil vif derrière ses lunettes, Idrissa cachait pourtant bien son jeu car ce petit Monsieur est un grand chansonnier doublé d’un excellent un professeur. Comme il aime à le dire «L’enseignement c’est ma vocation, la musique c’est ma mission!».


Au début des années 70 déjà, il enregistra un morceau mythique qui conciliait son amour des langues et ses talents de chansonnier. «Petit n’imprundent» est un morceau comique qui reprend le discours fleuri et imagé d’un ancien combattant en colère. Ce morceau fera le tour de l’Afrique de L’Ouest, sera repris par plusieurs formations dont les Guinéens de Balla et ses Baladins. En 1984, le Congolais Zao s’en inspira largement pour son titre «Ancien Combattant» qui fut, lui, un tube international. Zao pensa à déposer ce titre pour en toucher les droits d’auteur, ce que ne fit pas Idrissa en son temps.

Pour plus d’infos au sujet de cette histoire, allez voir l’article bien documenté sur histgeobox. J’en profite d’ailleurs pour saluer ce blog que je trouve génial: racontez l’histoire et la géo à travers des chansons du monde entier, voilà de quoi fasciner lycéens et amateurs de savoir toutes catégories confondues!
Plus tard, Idrissa Soumaoro se retrouvera prof à L’institut des Aveugles. Beaucoup de ses concitoyens, pas franchement réceptifs aux problèmes des gens ayant un handicap, ne comprennent pas qu’il accepte ce poste. Et attribuent ça au fait qu’Idrissa porte des lunettes! Qu’à cela ne tienne, Maître Soumaoro apprend la musicographie braille à Birmingham et formera entre autres un certain Amadou qui commence à travailler avec sa future femme… Mariam. Aujourd’hui, Idrissa Soumaoro approche de la retraite et sort seulement son troisième album, «Djitoumou» où se croisent son vieux complice Ali Farka Touré (l’album a été enregistré en 2005) et la grande cantatrice Kandia Kouyaté, une de ses parentes. Polyvalent, Idrissa compose, chante et joue ici du kamele n’goni. Bluesy, parfois même presque que country grâce aux effets de guitare et d’harmonica que lui a adjoint François Bréant, «Djitoumou» possède un charme discret, entêtant.

Idrissa Soumaoro, «Djitoumou» (Lusafrica)

L’irrésistible groove éthiopien

Les vétérans de la scène d’Addis Abeba, Mahmoud Ahmed et Alemayehu Eshèté sont de retour avec leurs amis bretons du Badume’s Band.

Véritable bol d’air au sein du petit business des musiques du monde, Musiques Métisses n’aime pas les musiques formatées. Tant mieux. Cette année, le festival s’est même spécialisé dans les big bands. Les tambourinaires d’abord avec Les Tambours des Docks, les uniques Tambours du Burundi (sur lesquels je reviendrais) et les foudroyants Tambours de Brazza. Créés à l’initiative du batteur congolais Emile Biayenda, ils reviennent en force avec une musique complètement ouverte. Traditionnel, tribal, festif, moderne, cet ensemble de tambourinaires pas comme les autres accueille un violoniste, un rapper ou le chanteur mauricien Menwar quand ces membres ne s’adonnent pas à des joutes dansées impressionnantes. Un gros chaudron qui pulse au rythme de la passion musicale.

Parmi les autres bigs bands, il faut signaler les Guinéens des Espoirs de Coronthie, qui même entassés sur la minuscule scène du mandingue, parviennent à séduire avec leurs mélanges de rythmes soussous et mandingues, d’arpèges de la kora, de rifs électriques, de voix et de danses et le Bahianais Carlinhos Brown dans une prestation pourtant plutôt décevante. Sauvé in extremis par son amie Margareth Menezes.

Last but not least, Mahmoud Ahmed et Alemayehu Eshèté ont enflammé le public de la nouvelle grande scène en surmontant les obstacles de circonstance. À savoir, un public clairsemé – ils ouvraient la soirée à 19 h 30 –  et une lumière du jour encore éblouissante. Séducteur impénitent, en costard anthracite, le pas alerte et l’œil vif, Alemayehu Eshèté roucoule et oscille entre soul, twist et rock’n’roll, made in Addis Abeba.
Le charme de Mahmoud Ahmed est tout autre. Vêtu en habit traditionnel blanc de la tête au pied, il semble de prime abord plus réservé. On se surprend à tendre l’oreille après avoir été pris dans l’opération de charme facile d’Alemayehu Eshèté. Lentement mais sûrement, les Bretons du Badume’s Band montent le son de leurs cuivres, guitares et claviers. Mahmoud Ahmed, danse saute et accroche le public d’un sourire, d’une voix encore superbe. Et finit en apothéose avec ses grands succès («Ere Mela Mela», «Addis Abeba Beheté»,) dont le public entonne les refrains. Le temps s’accélère et déjà il est loin. Tout simplement impérial !

C’est cette formation que je fais venir jeudi prochain, pour un unique concert en Suisse à Genève (Plan-Les-Ouates) avec, en prime les Genevois de Imperial Tiger Orchestra en première partie. De la Suisse à La Bretagne, la musique éthiopienne fait des émules aux quatre coins du monde et s’offre une deuxième vie grâce à ces nouveaux contacts. Ne les ratez pas !

Imperial Tiger Orchestra, Badume’s Band, Alemayehu Eshèté et Mahmoud Ahmed. Plan-Les-Ouates. Salle du Vélodrome. Vendredi 27 mai, 20 h.

Mamadou Barry, so cool…

Je viens d’arriver au Festival Musiques Métisses d’Angoulême, un de mes festivals préférés, toutes catégories confondues. L’année passée, à ce même festival, j’avais été séduite par le génial saxophoniste guinéen Mamadou Barry. N’ayant pas trouvé preneur, son interview est restée dans mes tiroirs. À l’heure où bon nombre des pays africains vont fêter leur 50 d’Indépendance, je me suis dit que le témoignage de Maître Barry valait la peine d’être publié. Ce tout grand Monsieur de la musique guinéenne avait vingt ans au moment de L’indépendance de la Guinée et a vécu la révolution culturelle de Sékou Toué de l’intérieur.

Mamadou Barry, comment avez-vous vécu le tout début de l’Indépendance ?
Mamadou Barry Je faisais mes études dans une mission catholique à Conakry quand l’indépendance est arrivée : les Français ont quitté le pays dans un délai d’une semaine. Donc toute l’administration disparaissait d’un coup. Les meilleurs éléments ont été recrutés dans les écoles et on leur a fait suivre une formation express pour pouvoir les envoyer transmettre leur savoir en brousse. J’ai été envoyé dans un village à une cinquantaine de kilomètres de là, à Maneah. C’est là que j’ai attrapé le virus de la musique. J’ai vu Kelitigui Traoré jouer du saxophone et il m’a ensorcelé. Sékou Touré avait recruté un excellent saxophoniste antillais, Honoré Kopé, pour l’aider à mettre en place la musique guinéenne, constituer l’orchestre national. Tous les dimanches, il venait dans le village où je travaillais pour m’apprendre à jouer. Dès que j’ai pu, j’ai commencé à organiser des petites soirées pour faire danser les gens du village. Mes élèves étaient là. Ça faisait plaisir.Mon répertoire était assez limité, mais l’essentiel, c’était de jouer du sax. Comme nous étions en brousse, c’était très sec et il y a beaucoup de poussière. Alors, on devait s’arrêter régulièrement pour arroser le sol. Une fois l’arrosage terminé, on reprenait et l’on pouvait danser ½ heure environ avant que la poussière ne revienne. Le lendemain, je retrouvais mes élèves en classe, mais là c’était du sérieux. Mon surnom de Maître Barry me vient de là. C’étaient des bons moments. Ça a été dur de quitter.

Ce sont les seules études de saxophones que vous ayez entreprises?
Mamadou Barry Plus tard, dans les années 72-73, dans le cadre de la coopération avec la Chine et la Corée, Sékou Touré a fait venir des professeurs coréens qui nous ont appris à déchiffrer une partition. La communication était difficile, mais on s’est débrouillé.

C’est à ce moment-là que vous êtes revenu à Conakry ?

Mamadou Barry Il était très très difficile pour un enseignant de revenir sur Conakry parce que la mission était d’éduquer les populations en brousse et non à la capitale. J’avais fait des demandes pour être affecté à Conakry, en vain. Jusqu’au jour où un orchestre a eu besoin d’un saxophoniste. À ce moment, tout c’est arrangé. J’ai immédiatement été muté.

Plus tard on m’a même m’a confié la direction du Khaloum Star, le dernier orchestre à être financé par le gouvernement. On faisait du soussou, de l’afrobeat. J’ai été convaincu par l’afrobeat quand je suis allé au festival panafricain de Lagos en 1977. Puis j’ai été au Festival mondial de la jeunesse à La Havane et le son montuno m’a aussi beaucoup inspiré.

Beaucoup de musiciens africains se sont retrouvés au 11ème festival mondial de la jeunesse et des étudiants de la Havane en 1978. Comment vous remémorez-vous cette expérience ?
Mamadou Barry Nous étions 1800 musiciens et artistes. 1800 pour représenter dix pays d’Afrique de L’Ouest au 11ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants de la Havane en 1978. Arrivés par avion à Oran, on nous fit embarquer sur un bateau russe de sept étages. Je me rappelle encore de son nom, le Nakimo. Le voyage dura dix-sept jours. C’était de la folie. Il y avait plusieurs boîtes de nuit et des orchestres se produisaient non-stop sur le grand pont. Tu dors, tu te réveilles et tu trouves toujours quelqu’un pour jouer. Les Congolais étaient là avec les Bantous de la Capitale. Pour représenter la Guinée, il y avait le Bembeya Jazz et Kelitigui Traoré.

Quel est votre point de vue sur Sékou Touré?
Mamadou Barry Sekou Touré avait mis la culture au-dessus de tout. Les Ballets africains et les orchestres nationaux, tout marchait comme sur des roulettes. Depuis qu’il n’est plus là, la culture a décliné. C’est trop difficile pour nous d’être indépendants dans la situation actuelle en Guinée.

Avez-vous connu Miriam Makeba, alors qu’elle résidait en Guinée ?
Mamadou Barry Je l’ai connue, mais je n’ai pas joué avec elle. Elle venait nous voir jouer dans les boîtes. Elle nous demandait parfois des morceaux guinéens qu’elle pourrait interpréter.

Elle donnait beaucoup de concerts?
Mamadou Barry Oui, mais surtout à l’extérieur. Sinon, à Conakry, elle jouait dans les grandes soirées officielles, lors des banquets, pour saluer l’arrivée de chef d’états. À chaque fois qu’un officiel rendait visite à Sekou Touré, il organisait un spectacle au Palais du Peuple et des banquets. Il adorait danser. Le comité national faisait le programme et, si cela ne lui convenait pas, il rectifiait. À cette époque, il n’y avait pas encore les maquis et le soir, on jouait dans la cour des maisons des jeunes. On allait aussi jouer dans les régions. Sekou Touré aimait beaucoup mon style, parce que nous faisions aussi de la variété et de la salsa. Nous étions les plus jeunes et nous étions aussi l’orchestre de la capitale. On était de la partie à chaque soirée officielle !

Qu’est-ce que le Gombo Jazz ?
Mamadou Barry Le Gombo Jazz rassemble pas mal d’ex-musiciens des grands orchestres nationaux. Il a été créé à l’occasion du départ du chef d’escale de la Sabena, en 1992. On m’a demandé de monter un groupe de jazz pour une fête d’expatriés. J’ai appelé quelques musiciens. On a répété une semaine et les gens ont beaucoup aimé. Alors j’ai proposé que l’on continue. Et nous jouions régulièrement dans une boîte : la Fourchette magique.

Vous avez toutefois préféré enregistrer votre nouvel album avec des jeunes ?
Mamadou Barry J’ai fait le tour des boîtes et j’ai repéré ceux qui jouaient le mieux, ceux qui pouvaient m’apporter quelque chose. Ils ont tous environ 25 ans, mais sont très professionnels.

Tous les jeunes semblent vous apprécier ?
Mamadou Barry Je fais encore plein de choses avec les jeunes. En septembre 2008, je me rappelle, je devais prendre l’avion pour aller faire le mix de mon album, J’avais déjà tous mes bagages dans la voiture quand des jeunes sont arrivés en courant chez moi en me disant : «Tonton, on a loué un studio, il faut que tu viennes faire du sax». J’ai essayé de refuser, mais ils ont insisté, alors j’y suis allé. J’ai enregistré 20 minutes et puis je suis parti prendre mon avion.

Votre surnom, Maître Barry, ça vous plaît ?
Mamadou Barry En fait, j’ai un autre surnom, Arôme Maggi ! On m’appelle toujours pour renforcer le goût particulier de chaque orchestre. Le Bembeya Jazz a eu recours à mes services, les Amazones ont eu recours à moi, Kelitigui Traoré aussi. On peut me mettre à toutes les sauces !

Quel était votre relation avec Momo Wandel ?
Mamadou Barry Momo Wandel a joué avec mon père. Ils ont grandi ensemble. Il était le saxophoniste de l’orchestre de Kelitigui Traoré. C’est là qu’on s’est connu. Il m’appelait pour que je vienne le voir chez lui et qu’on bavarde parce qu’il avait vu en moi quelqu’un qui pouvait le remplacer. Il a commencé à avoir du succès à un âge très avancé. On a sympathisé malgré notre différence d’âge. C’était comme un oncle. Ensuite j’ai participé à un hommage pour lui, mais ce n’était pas facile car on voulait que je joue de l’alto comme lui alors que je préfère le ténor.

Sur votre dernier disque, vous reprenez la chanson Take 5. Pourquoi ?
Mamadou Barry J’aime bien ce saxophoniste et je me demandais si je pouvais me mesurer à lui. Si ça passait, tant mieux et si ça ne passait pas, c’est qu’il me reste encore du boulot à faire. J’ai changé le beat et j’ai mis un rythme traditionnel de chez nous, au lieu de jouer la batterie on a utilisé une calebasse.

Vous êtes un grand amateur de jazz ?
Mamadou Barry Mes trois courants musicaux préférés sont la salsa, l’afrobeat et le jazz. Je suis un bon salsero. Je danse bien la salsa. J’aime exécuter, jouer l’afrobeat parce que la vitesse de ce rythme me fascine. C’est comme un cheval au galop. J’écoute Coltrane, Charlie Parker, Dave Brubeck, Sydney Bechett. À l’époque, il était difficile de se procurer les disques de jazz. Le fils de Sekou Touré avait une bonne collection de jazz..

Le seul disque de Mamadou Barry sous son nom est paru l’année passée à l’initiative de Christian Mousset, directeur du Festival Musiques Métisses. Ref : Mamadou Barry, «Niyo», World Village.

La classe du Bembeya Jazz

Je suis entrain d’écrire un article sur la musique au moment des indépendances en Afrique de l’Ouest (francophone). Et je ne résiste pas au plaisir de partager cette vidéo du Bembeya Jazz avec vous. Pour rappel, le Bembeya Jazz s’est formé dans le village de Beya au lendemain de l’Indépendance de la Guinée. L’ensemble fut sacré orchestre national en 1966 après avoir remporté deux fois de suite le concours du festival National des Arts. Chants, cuivres et surtout la guitare irrésistible de Sekou «Diamond Fingers» Diabaté en font un groupe culte de la musique africaine. Un swing communicatif. Jugez plutôt dans cet extrait d’un documentaire qui leur est consacré.