Archives du blog

Musiques touarègues dans la tourmente

Alors que le MLNA (mouvement national de libération de l’Azawad) vient de faire sa déclaration d’indépendance et que le désert est à feu et à sang, il est plus que jamais l’heure de s’intéresser aux musiques touarègues. J’ai fait un article sur la question pour Le Courrier que vous pouvez consulter sur le site du journal ou en PDF.

Grâce au succès de Tinariwen, une scène touarègue a émergé avec des groupes plus jeunes (Tamikrest, Bombino…) ou plus traditionnels, comme le magnifique groupe féminin Tartit. Ceux-ci vivent actuellement des heures très difficiles, à l’instar de la plus grande partie de la population civile du Nord du Mali.

Pourtant, certaines de ses formations étaient entrain de tracer des voies  intéressantes. Par exemple Tadalat, un jeune groupe qui vient de faire paraître 5 morceaux enregistrés en plein désert dans le studio mobile Sahara Sounds de leur ami, ingénieur du son et manager Abdallah Ag Amano. A l’origine, deux jeunes Touaregs qui fabriquent des guitares-bidons et rêvent de suivre les traces de Tinariwen. Rejoints par d’autres musiciens, soutenus par Abdallah, ils prouvent aujourd’hui que la musique  tamasheq peut s’auto-produire sans obligatoirement passer par des réalisateurs artistiques occidentaux.

Une démarche rendue possible grâce au Français Sedryk et son label Re-aktion, qui fait l’interface et propose ces musiques en téléchargement payant. En 2008, Sedryk fonde tamasheq.net, le site des musiques touarègues et « le Chant des Fauves, la collection des musiques du Sahara ». En 2012, il détient bon nombre des premiers enregistrements des groupes du désert qui commencent à faire parler d’eux, comme Terakaft, Bombino, Tamikrest. Le Chant des Fauves propose aussi des compilations dont « Songs for Desert Refugees », parue il y a peu et  dont les bénéfices iront aux réfugiés du Nord du Mali. Le but de la collection et du site tamasheq.net n’est pas seulement de faire découvrir de la bonne musique, mais aussi « de casser quelques clichés hérités de la colonisation, comme celui de l’homme bleu sur son chameau. » Les CDs sont toujours accompagnés de livrets documentés. Le site propose également des podcasts d’émission de radio, des interviews d’artistes, un lexique et même une sélection musicale extraite de cartes mémoires récupérées dans le désert!

Quant à Tadalat – les instigateurs de cette compilation – ils innovent aussi musicalement en intégrant une batterie et des nouvelles rythmiques tout en s’offrant des séquences de chants traditionnels soutenus par des claquements de main. Plutôt convainquant. Et toujours téléchargeable au même endroit.

En janvier 2012, juste avant que la rébellion n’éclate, Tadalat a été lauréat du prix « Nouveaux Talents » au Festival au Désert. Ci-dessous un extrait de sa prestation. A voir pour l’ambiance et en faisant abstraction du son… Rock’n’roll à tous points de vue.

Mon disque du mois de septembre: Tinariwen

A l’occasion de la sortie de leur cinquième album, Tinariwen est partout dans la presse française. Groupe vieux de  plus de trente ans (même si leur carrière internationale ne remonte qu’à dix ans), les jeunes musiciens révolutionnaires ont vieilli. Et grandi. Eux qui rêvaient d’autonomie pour leur peuple errant entre le Niger, le Mali et l’Algérie ont aujourd’hui opté pour une attitude empreinte d’une sagesse un peu désabusée. Fidèles à leur mission, ils passent plus de temps en tournée que dans le Sahara, cherchant désormais à attirer l’attention de la communauté internationale sur leur peuple, via  leur musique. Sans jamais perdre l’inspiration. Logique puisque celle-ci est construite sur le sentiment de nostalgie, l’assouf en tamasheq. Pour preuve, ce nouvel album acoustique, enregistré à Tassili (également titre l’album) dans le désert, au sud-est de Djanet. Aux commandes de ce nouvel opus, Jean-Paul Romann qui participait déjà au tout premier enregistrement des rockers touaregs, des sessions cultes enregistrées à la Radio Tisdas dans leur fief de Kidal. En jouant l’acoustique, les rockers touaregs gagnent bien sûr en puissance émotive et en précision. Centré autour de la voix d’Ibrahim, membre fondateur du groupe,  «Tassili», montre que son chant bourdonnant sait parfois être plus léger ou se muer en récitation. Il le dévoile aussi dans des compositions plus personnelles, plus romantiques.

Exit les chœurs féminins, les autres membres de la formation sont là pour les chorus. Les seules voix à faire écho à celle d’Ibrahim sont celles de deux membres de TV on The Radio. Celle de Kyp Malone frappe juste sur «Asuf D Alwa», un morceau étonnant qui joue du contraste entre la voix haut perchée de l’Américain et les sonorités graves du chant touareg.

Jugez plutôt sur cette vidéo du making of de l’album:

Les cuivres de Dirty Dozen Brass Band qui apparaissent un peu plus loin, sans « déranger », n’apportent pas grand chose de plus à la formule.  L’album se clôt avec un morceau caché «Takest Tamidaret» chanté par Abdallah accompagné de sa seule guitare, clin d’oeil à la façon dont les touregs jouent dans le désert, le soir au coin du feu. Frisson garanti. «Tassili» est de loin mon album préféré de Tinariwen depuis «The Radio Tisdas Sessions».

Tinariwen, «Tassali» V2 Music