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Blog Mali: Bamako, avril 2016, un jeudi en musique

En ce vendredi 23 avril, l’avion Air France qui m’amène de Paris à Bamako est à moitié vide. Quelques rares Blancs et une large majorité de Maliens. On atterrit à l’heure en début de soirée et, le temps de récupérer les bagages et de sortir, il est déjà presque 22.00 quand la ville qui semble à chaque fois plus vaste s’étale sous nos yeux. Les rues sont presque désertes, les murs ont poussé partout, devant les hôtels, devant les lieux officiels, devant l’Alliance française.

Le poumon d’une ville asphyxiée par la chaleur et la poussière

Le restaurant Balasoko

Le restaurant Balasoko

Je suis à Bamako dans le cadre d’une mission de l’Initiative pour la Musique de la Fondation de l’Aga Khan. Depuis 2014, l’Initiative pour la Musique soutient les Jeudis Musicaux, des concerts hebdomadaires organisés en fin d’après-midi par et devant le Musée National dans le Parc du même nom, somptueusement restauré par la Fondation de l’Aga Khan. Pour qui se souvient de ce qu’était ce parc avant 2000, la métamorphose est impressionnante : bien que nous soyons à la fin de la saison sèche, les pelouses s’étalent vertes et soyeuses sous les arbres bien entretenus. Espaces de jeux, buvettes, une gigantesque tante pour les mariages du dimanche, une salle de gym et le restaurant Balasoko d’architecture moderne sur un rocher de pierres rouges : le parc agit comme un véritable poumon de la ville asphyxiée par la chaleur et la poussière.

Place aux enfants

Parmi les Jeudis Musicaux, l’Initiative pour la Musique a développé une activité pédagogique, les Jeudis Musicaux des Enfants, qui ont lieu quatre fois par année depuis 2015. Le premier Jeudi musical des Enfants de 2016 s’est tenu le 28 avril et c’est la raison pour laquelle, Lucy Duran, ethnomusicologue et grande spécialiste des musiques maliennes et moi-même sommes là. Lucy est un phénomène. Elle parle mandinka, bambara. Au Mali, on la surnomme Djely Moussa Diabaté car, comme les griots, elle connaît les répertoires des chants de louanges des différentes familles. Connue comme le loup blanc de tous les musiciens impliqués de près ou de loin dans les musiques traditionnelles mandingues, elle est l’une des activistes des Jeudis Musicaux des Enfants avec le balafoniste Lassana Diabaté, un Guinéen de Bamako, également leader du Trio Da Kali. Pour chaque Jeudi Musical des Enfants, la mission consiste à trouver des familles de griots ou des ensembles d’enfants, à les faire répéter et les assister dans les arrangements jusqu’à ce qu’ils soient prêts à présenter un set sur la scène du Musée national.

Dans le quartier de Bankoni

Oualy Konté & Mama Damba

Oualy Konté & Mama Damba

Le lendemain, Lassana, Lucy, Cheick Camara (notre chauffeur, guide et solutionneur de tout problèmes) nous retrouvons dans la maison de Oualy Konté, dans le quartier de Bankoni. Ce musicien de gambaré (luth traditionnel) travaille aujourd’hui dans l’administration. Autour de lui, ses deux filles adolescentes, Mariam et Djané, ses enfants et neveux percussionnistes, joueurs de gambaré ou guitaristes et sa petite nièce Mama Damba. Elle a seulement 6 ans, mais elle a déjà composé une petite mélodie en l’honneur de son grand frère, guitariste soliste de ce nouvel ensemble. L’après-midi file sur le toit de la maison de Oualy Konté, Lassana Diabaté coordonne orchestre.

 

 

Répétition sur le toit de la maison

Lucy aide les jeunes chanteuses à concentrer leurs forces, à placer les danses au bon moment. Le répertoire s’organise autour de pièces traditionnelles de la culture soninké telles que Boyi Boyi (littéralement Loin Loin) ou Djendje (Joie et enthousiasme). Petit à petit, le spectacle se met en place et, au moment de partir, l’ énergie vibre de tous côtés. Les enfants sont surexcités et Oualy Konté endosse le rôle du chef d’orchestre.

Première soninké au Musée national de Bamako

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Trois jours plus tard, les gradins du Musée national sont remplis d’enfants de tous âges qui s’éventent avec le flyer du Jeudi Musical des Enfants. Sur le côté, les adultes sont assis sur des chaises. Il fait plus de 40 degrés. Heureusement nous sommes à l’ombre. L’ensemble de Oualy Konté attaque avec une conviction et une énergie à toute épreuve.

 

 

C’est leur grand première live et on dirait qu’ils ont fait ça toute leur vie. L’avantage des griots sur les autres musiciens est sans conteste de baigner dans un flot de musique en continu et d’avoir appris dès leur plus jeune âge à surmonter toute forme de trac. Parmi les enfants massés sur les gradins se détache soudain une délégation de trois d’entre eux qui viennent faire quelques démonstrations de danses urbaines sur fond de musique traditionnelle soninké. Il n’y a qu’au Mali qu’on peut voir ça !

P1000226Le concert touche à sa fin. Les enfants de Oualy Konté respirent la fierté, les enfants du public aussi. Oualy Konté a hâte de voir la vidéo du concert et Lassana Diabaté est soulagé : tout s’est bien passé. Lucy s’agite pour une dernière photo d’ensemble. L’air est empreint d’émotion, de joie, de dignité.

©photos et vidéos Lucy Duran

à propos de ma future carrière au Bengladesh…

Il est de ces hasards qui font des rencontres, des petits instants de bonheur. Et qui me redonnent de la vigueur dans ma vocation de journaliste musicale (même si je suis toujours mal payée et que j’aligne les heures devant l’écran…).

Ma dernière en date fut l’interview de la chanteuse bengali Farida Parveen. J’avais prévu de présenter cette grande dame de la chanson soufie dans les pages du Courrier. Premier hic: mes délais rédactionnels m’empêchent de rencontrer la dame de visu. Me voilà donc partie pour une interview téléphonique, en communication directe avec l’hôtel Ibis de Roissy. Clairement moins dépaysant qu’un reportage au Bengladesh! Farida Parveen s’y était installée la veille en compagnie de ses musiciens pour une petite tournée européenne.

Dès le début, l’interview s’annonce périlleux, voire improbable. Farida Parveen parle très peu l’anglais. Et moi, bien évidemment, pas un seul mot de bengladeshi. Son agent, Pierre-Alain Baud, que je salue ici, se démène comme un beau diable pour que la communication passe. S’ensuit une longue conversation mélangée de bengali et franglais… Mais le courant passe et mes interlocuteurs téléphoniques sont aussi adorables que leur musique est magnifique. Du coup, inspirée, je ponds rapidement mon article pour le Courrier (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas). Sans que je sache pourquoi, l’équipe du Courrier décide de mettre à la « une » la photo de Farida Parveen pour annoncer mon papier dans les pages intérieures.

Du coup, ce matin mon téléphone sonne et j’ai le manager, ému, au bout du fil. Il me dit que les musiciens ont été tellement sidérés par l’article et par la place que Le Courrier a accordé à Farida Parveen qu’il souhaiteraient obtenir chacun un exemplaire du magazine. Il me dit encore qu’ils veulent le montrer à la télévision et à la radio au Bengladesh, voir le faire traduire. A mon tour d’être baba. En tous cas, s’il jamais ils le traduisent, j’aimerais bien recevoir une copie de ma prose en bengali! A défaut, vous pouvez télécharger le PDF de l’article en français ici: Le Courrier_Farida Parveen ou aller le lire sur le site du Courrier!

Ah! J’allais oublier, Le Courrier, le seul quotidien romand (voire francophone) qui a osé mettre une photo de Farida Parveen en couverture est un excellent quotidien indépendant, qui a toujours préféré compter sur ses lecteurs plutôt que sur d’aléatoires recettes publicitaires. Pour sûr, la meilleure façon de rester intègre. En ces temps de crise, le Courrier est plus que jamais à la recherche de nouveaux abonnés, voir de généreux donateurs. Cliquez ici si ça vous intéresse ou si vous êtes à la recherche de cadeaux de Noël intelligents!

Et surtout, si vous êtes du côté de la cité de Calvin, allez écoutez ce soir Farida Parveen et ses merveilleux musiciens à l’Alhambra de Genève.