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Viva Musiques Métisses!

S’il est un festival que j’aime, c’est bien le festival Musiques Métisses d’Angoulême. Pendant quatre jours, c’est comme si cette petite ville de Poitou-Charentes se transformait en un petit coin d’Afrique…

Mounira Mitchala
Mounira Mitchala

Cette année, la chaleur aidant, on s’y croyait vraiment. Sur l’île de Bourgines, dès l’après-midi, il y a toujours quelque chose à faire : les conférences et débats passionnants sous la tente de Littérature Métisses avec cette année, la présence remarquée de l’écrivain haïtien Dany Laferrière et de l’Américain Jake Lamar. Ou simplement flâner en regardant déambuler les Grandes Personnes, marionnettes géantes de Guinée. Avant le festival proprement dit, plusieurs des artistes ont été invités à des résidences : ils se sentent donc un peu «chez eux» et fraternisent avec les Angoumoisins.

Ainsi Maître Barry, génial saxophoniste de Conakry a joué avec les enfants comme devant les petits vieux des maisons de retraite et en garde un souvenir ému. Le soir de son concert « officiel», sous le chapiteau du Mandingue, ils sont nombreux à être venus le voir avec son combo de jeunes musiciens, dont un joueur de balafon et un bassiste stupéfiants. Mamadou Barry, en maître de cérémonie décline jazz, musique guinéenne et afrobeat avec autant d’aisance. Jugez plutôt dans cet extrait filmé par Mondomix!

La veille, ce furent ces jeunes compatriotes, les Espoirs de Coronthie, qui emballèrent le public avec leur soussou endiablé, leur trois chanteurs aux voix bien distinctes, mais complémentaires, leurs instruments de percussions et leur jeune prodige à la kora: Kandia Kouyaté.
Sur la grande scène, la sensation de l’année fut sans doute le trio constitué de Juldeh Camara, joueur gambien de riti (violon à une corde), de Justin Adams (guitariste de Robert Plant, arrangeur de deux des albums de Tinariwen) et du percussionniste Martin Barker. Ces trois-là balancent un rock africain comme on n’en a encore jamais entendu avant, à la fois branché sur les forces ancestrale et farouchement électrique.

Mais les «vieux» n’étaient pas en reste. Khaled, en chemise blanche, souriant, décontracté, entouré d’un big band acoustique, prouva qu’il tenait bien à faire un retour fracassant, un retour auquel on osait plus croire… Quant à Alpha Blondy, c’est deux heures de show reggae impeccable qu’il balança devant une salle pleine de fans. Et même si, comme moi, vous n’êtes pas une fanatique de reggae africain, vous auriez succombé à cette décharge de rythmes et de diatribes… La grande diva Oumou Sangaré est d’ailleurs venue sur scène saluer le chanteur ivoirien. Oumou Sangaré qui venait de le précéder avec son groupe malien. Elle en imposa comme à l’accoutumée. Des mélodies imparables, un tourbillon de rythmes et de cordes à la fois ancestrales et modernes et une façon tellement distinguée de lancer ses calebasses au-dessus de sa tête qu’on en reste magnétisé. Magnétisé encore par la classe de la jeune Mounira Mitchala, chanteuse tchadienne et protégée du Festival Musiques Métissses. Naturelle, élégante, elle chante avec la force de sa conviction des mélopées entêtantes de son pays retranscrites sur des guitares acoustiques et danse avec une légèreté, inversément proportionnelle à la difficulté de la mission qu’elle s’est fixée.

Et puisqu’il faut bien faire une critique, on peut seulement regretter que l’affiche 2009 du Festival n’ait pas inclus de groupes représentatifs des musiques urbaines du continent : rap, kuduro ou sound system comme Tumi and The Volume ou Didier Awadi lors des précédentes éditions.

Oumou Sangaré, la classe attendue au Cully Jazz Festival

Le troisième concert de la tournée européenne d’Oumou Sangaré fut à l’image du festival qui l’accueillait: chaleureux, festif et conquérant!

oumou-sangare-a-cullyFréquentation maximum, vente de billets inégalée : 2009 est une année record pour le Cully Jazz. A l’issue de ce 27è Cully Jazz Festival, une question se pose: ce festival de la région lausannoise est-il entrain de s’imposer comme le Paléo du printemps. Cette année, en tous cas, le festival voit la vie en rose : plusieurs des soirées du chapiteau se sont jouées à guichets fermés, la bière et le vin coule à grands flots dans les caveaux et bars, la météo a été clémente et le public incroyablement réactif…

Car c’est bien ce qui fait un des points forts du festival : un public incroyablement réceptif et participatif. Dans les coulisses, tous les artistes le disent. Sur scène, lorsqu’ils saluent, beaucoup sont émus. Et comme dans tout bon rapport, il y a échange, Face à un tel accueil, les artistes « se donnent» beaucoup plus. Ce concept de va-et-vient Oumou Sangaré, la grande chanteuse malienne l’a longuement défendu sur scène, dans un français approximatif, mais ô combien séduisant. Elle l’a également démontré dans une prestation époustouflante. Oumou Sangaré, c’est LA grande chanteuse du Mali. Lorsqu’une de ces cassettes paraît, c’est tout Bamako qui reprend en chœur ces chansons, sur les ondes radio et télé, dans la rue et dans les foyers. Oumou Sangaré, c’est aussi la porte-parole des femmes. Elle a chanté sur l’excision, sur les mariages forcés, sur les contraintes familiales de toutes sortes. A Cully, Oumou veut se faire comprendre, elle résume en français la plupart de ces chansons avant de les interpréter. La plupart sont issues de son dernier disque, «Seya» qui vient de paraître et qui intègre pour la première fois cuivres et autres instruments occidentaux. Sur scène, Oumou se présente par contre avec un groupe «traditionnel» – deux percussionnistes (l’un à la calebasse, l’autre au djembé), un joueur de n’goni, un flûtiste, deux choristes.

Finalement pas grand chose n’a changé depuis la première fois qu’on avait vu Oumou Sangaré il y a une quinzaine d’années dans un petit club veveysan. Oumou Sangaré a juste rajouté un guitariste électrique et un bassiste à sa formation. Mais Oumou Sangaré n’est plus la jeune fille fluette des débuts, c’est une femme mûre qui s’est imposée dans son pays à la force de sa volonté. Main de fer dans gant de velours comme on dit. Et son band a gagné en puissance. Avec une telle personnalité, de tels musiciens, nul besoin de batterie ou de synthétiseurs, ça groove tout seul. Somptueusement vêtue d’un habit blanc aux broderies sophistiquées, Oumou est aussi la meilleure ambassadrice de la mode africaine. Ainsi drapée, elle tournoie sur elle-même et entraîne toute l’audience dans la tourbillon de ces chansons aussi engagées que dansante. Avec elle, le temps prend un sérieux coup d’accélérateur et on a l’impression que sa prestation d’une heure trente a duré une demi-heure… Elle culmine sur «Wele Wele Wintou», une chanson traditionnelle dont Oumou Sangaré a complètement réécrit les paroles pour en faire une ode à la femme joyeuse et épanouie. Son morceau préféré… et le nôtre aussi du coup.

Mon disque du mois de mars: Oumou Sangaré

Le retour de la diva malienne sur disque  et sur scène.  Avec une escale au Cully Jazz Festival le temps d’une soirée Vibrations, C’est vendredi 3 avril avec le duo Kouyaté-Neerman en première partie. A ne rater sous aucun prétexte!

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Récemment invitée à participer à une carte blanche donnée au percussionniste indien Trilok Gurtu à la salle Pleyel à Paris, Oumou Sangaré apparaissait, en pantalons moulants, talons hauts et perruque africaine, avec tout le clinquant et la classe d’une authentique diva africaine. Son nouveau disque, «Seya», est à l’image de cette femme de tête : éclectique, inspiré et traversé de bout en bout d’une énergie indéfectible. Connue pour être la reine des rythmes du Wassoulou – une région au sud du Mali – Oumou Sangaré ose s’aventurer hors des sentiers connus. Sous l’égide de l’incontournable Cheikh Tidiane Seck, les cuivres, guitares électriques et violons déboulent en force pour renforcer les instruments traditionnels. Et Oumou se lâche. Le single «Seya» swingue et groove comme un morceau de funk. Entre deux phrases chantées, Oumou ose même un rire, décontractée et heureuse d’être à nouveau en studio.

Plus loin, sur une chanson contre les mariages forcés, elle opte pour des rythmes ultra-rapides, flirtant avec une musique de transe, fulgurante. Pour autant, elle n’en oublie pas ses origines : le répertoire et les rythmes caractéristiques des chasseurs du Sud («Donso»). Ni sa marque de fabrique : des ballades lancinantes aux paroles thérapeutiques. Ainsi «Djigui», un hymne de foi en la vie.
Arrivée au sommet de son art, cette femme hors du commun qui assume désormais pleinement sa double vie d’entrepreneuse – elle gère son propre hôtel à Bamako – et d’artiste.Un sacré parcours pour cette chanteuse qui débuta à l’âge de 13 ans pour gagner le pain de sa famille et qui dut vaincre pas mal de résistances dans un Mali où peu de femmes osent encore une telle émancipation. Chapeau.

Oumou Sangaré, «Seya» World Circuit