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Grâce à Cesaria Evora, la musique capverdienne ne s’est jamais aussi bien portée…

Elle annonçait son retrait de la scène il y a un peu plus de deux mois pour cause de maladie. Cesaria Evora est décédée samedi dans un hôpital de l’île de Sao Vicente. Un deuil national de 48 heures a été décrété au Cap Vert . Les hommages affluent de toutes parts sur le net. En France, ce sont les politiques Jack Lang et Frédéric Mitterrand ainsi que le chanteur Bernard Lavilliers qui ont été  parmi les premiers à exprimer leur tristesse. Du Cap-Vert, l’information nous est parvenue du ministre de la culture Mario Lucio Sousa. Connu en tant qu’artiste sous le nom de Mario Lucio,la trajectoire de cet homme manifeste entre autres de l’importance de Cesaria Evora. Né dans un milieu très modeste, Mario Lucio  est devenu en même temps un avocat et un grand rénovateur de la musique capverdienne (voir l’article qui lui est consacré sur ce blog) avant de mettre sa carrière sur pause pour se consacrer à la délicate tâche de ministre de la culture. Sa carrière illustre l’importance de la musique dans ce pays archipel dénué de tout, dont Cesaria Evora fut la plus grande ambassadrice.

C’est José Da Silva, un Capverdien exilé en France, musicien de cœur et cheminot par la force des choses, qui fit connaître à la planète entière la diva aux pieds nus. Il la découvrit en 1985 au Portugal. Il la ramena à Paris avec lui et misa  tout sur elle, au prix de pas mal de galères. Pour elle, il créa un maison de disques Lusafrica en 1988. Il fut récompensé de ses efforts par le succès de Mar Azul en 1991, suivi une année plus tard par celui de de Miss Perfumado. La carrière de Cesaria Evora était lancée. Vingt ans plus tard, Cesaria Evora a enregistré plus de quinze albums, tourné dans le monde entier, fait des duos avec les plus grands, reçu un Grammy Award, la légion d’honneur.

Surtout, elle a permis à un pays que beaucoup d’Occidentaux ne savaient pas où situer sur une carte du monde, d’exister, de rayonner, de développer sa richesse musicale. Son succès planétaire a donné les moyens à Lusafrica de sortir beaucoup d’autres artistes, la plupart s’étant d’ailleurs formés à ses côtés. Ce furent d’abord Bau et Théofilo Chantre. Théofilo Chantre dont le récent sixième album, «MeStissage» est une pure merveille de… chansons françaises! Lura, Tcheka, représentatifs d’une nouvelle génération lusophone, ont aussi fait entendre leur voix en s’ émancipant de la tradition capverdienne. Quant à Mayra Andrade, son dernier album en trio acoustique, «Studio 105», a été publié sur Sony-Bmg (comme ses deux précédents opus d’ailleurs). Onze morceaux qui flirtent avec le jazz et osent une reprise inspirée de «La Javanaise». A travers cette nouvelle génération, c’est un peu de Cesaria Evora qui survit. Comme Miriam Makeba, l’importance de Cesaria Evora est inestimable. C’est pour cela qu’elle ne sera jamais tout à fait morte…

Lenine enflamme le Cully Jazz Festival

Déflagration musicale, vendredi soir, sous le chapiteau. Mémorable.

D’abord, il y eut Tcheka,  son charme, ses chansons entraînantes, subtiles, sa créolité et sa sensibilité à fleur de peau. Et puis, il y eut Lenine, son producteur, dans une formule scénique aussi minimale que… puissante. Une silhouette se glisse sur scène, saisit rapidement une guitare électrique et c’est parti… À ses côtés un bassiste, un batteur, un autre guitariste et maestro des samplers du nom de … Tolstoy. Surdoué, Lenine démontre d’emblée que les langages musicaux de son pays (samba, forro, maracatu)  comme ceux des grands courants internationaux (funk, reggae et rock) ne sont que de simples gammes, des outils de création. Ça joue fort, très fort et les deux premiers rangs du chapiteau ne tardent pas à se vider. Mais Lenine ne semble même pas s’en apercevoir tant il est entièrement dans l’instant, dans sa musique.

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La scène est régulièrement traversée par plusieurs « assistants» qui apportent de nouvelles guitares, fixent un câble, ajustent un casque… Grâce à eux, les musiciens délaissent les considérations techniques pour se concentrer sur la construction du spectacle, d’une précision implacable. Ils s’immergent totalement dans un crescendo de rythmes, de breaks, de sons, d’extraits folkloriques. Tolstoy fait glisser sa baguette sur le manche de sa guitare électrique, joue des effets de pédales ou de samples. Ces quatre-là semblent partis pour ne plus s’arrêter quand soudain c’est la pause: Lenine s’empare de sa guitare acoustique, vire ses acolytes et balance quelques ballades de son cru; histoire de montrer qu’il sait aussi faire ça.  Final en apothéose avec son hit «Alzira e a Torre» que ses fans brésiliens chantent à plein poumons. Les côtés de la salle tanguent, le public assis se lève pour saluer son héro, désormais totalement désinhibé. Lenine, ému, salue pour la énième fois le public décidément incroyable du Cully Jazz Festival.